MichelEscatafal

Comparaisons économiques européennes : pays adhérents et candidats

Par escatafal in économie - 29 jui, 2007

  

 Les problèmes posés par une Europe à 27 ne sont pas seulement  une vue de l’esprit  pour les « europhobes », mais sont d’abord inhérents aux énormes différences qui existent entre les économies des états membres.

La meilleure illustration en est la comparaison faite par Eurostat le 28 juin, sur le PIB par habitant dans l’Union Européenne. Il varie en effet de 1 à plus de 7 entre le Luxembourg, pays le plus riche, et la Bulgarie qui est le plus pauvre. Avec un peu moins de 500 000 habitants, le Luxembourg dégage un PIB global de 29, 4 milliards d’euros alors que celui de la Bulgarie ne dépasse pas  65 milliards d’euros avec  7,8 M d’habitants. Autre exemple : pour un nombre d’habitants presque équivalent (8,2 M d’habitants), l’Autriche dégage un PIB de 240 Mds d’euros.  Ces chiffres démontrent à l’évidence que le désir manifesté par certains Etats membres pour une adhésion rapide était pour le moins prématuré et poserait nécessairement des problèmes tels que l’Union n’en avait jamais connu.

Certes, l’Irlande en son temps (1973), la Grèce (1981), l’Espagne et le Portugal ensuite (1986) étaient loin des standards de l’Union quand ces pays ont adhéré, mais leur intégration était facilitée parce qu’il s’agissait de pays peu peuplés ou qui étaient déjà dans une perspective européenne, tant au niveau politique qu’économique. La situation était évidemment très différente en 2005 et 2007 car dans ce cas il s’agissait de l’arrivée dans l’Union de 17 pays, le tout représentant une augmentation de population de 27%, mais seulement de 11% du PIB. En fait, à part Chypre, la Slovénie et  un cran en dessous  la République Tchèque et Malte, tous les pays entrants ont un PIB par habitant qui se situe entre 30 et 63% en dessous de la moyenne de l’Union Européenne à 27.

Bien évidemment tous ces pays ne sont pas prêts à faire leur entrée dans la Zone Euro. En 2008, la porte ne sera  ouverte que pour Chypre et Malte, après la Slovénie en 2007. A noter qu’il s’agit là des 3 plus petits pays de l’Union, mis à part le Luxembourg. Nous voyons donc que les critères d’entrée pour faire partie de l’Eurosystème sont autrement plus contraignants que pour faire partie de l’Union Européenne,  ce qui n’étonnera personne.

Tout ceci nous amène à évoquer une évidence pour ceux qui souhaitent une ouverture encore plus large de l’Union Européenne, notamment vers la Turquie. Contrairement à de nombreux membres de la classe politique en France, nous sommes de ceux qui pensent que La Turquie appartient à l’histoire de l’Europe. A la mort d’Auguste (14 après J.C.), une bonne partie de l’actuelle Turquie faisait partie de l’Empire Romain et cent ans plus tard à la mort de Trajan (117) c’est la totalité de son territoire actuel qui faisait partie de l’Empire. Pour autant, les conditions de son entrée aujourd’hui ou dans 10 ans sont loin d’être remplies. Sur un plan politique d’abord et ensuite sur un plan économique. Un chiffre, un seul, résume la situation : le PIB par habitant se situe à 70% en dessous de la moyenne européenne.

 La Turquie, pays de 75 M d’habitants, est  plus pauvre que la Roumanie ou la Bulgarie, et son intégration poserait à l’évidence beaucoup plus de problèmes que tous les autres pays réunis récemment. Certes cela pourrait l’aider dans son développement économique et même politique, mais ce pays est-il prêt à faire les efforts nécessaires pour intégrer l’Union?  Beaucoup de politiques pensent que non et nous  partageons cette opinion, même si elle est moins tranchée. En revanche, il est souhaitable de conclure avec ce grand pays un accord de coopération privilégiée,  comme le répétait François Bayrou pendant la campagne présidentielle. Cet accord serait une suite à l’accord d’association signé en 1963 avec la CEE, ancêtre de l’Union Européenne.

M.E.

 

Indice du PIB* par habitant en 2006 – UE à 27 = 100

Source Eurostat

Nom des Pays

Population en M d’hab. (2005)

Indice PIB par hab. SPA*(2006)

Luxembourg

0,5

280

Irlande

4,1

144

Pays-Bas

16,3

131

Autriche

8,2

129

Danemark

5,4

127

Belgique

10,5

123

Suède

9,0

121

Royaume-Uni

60,2

118

Finlande

5,2

117

Allemagne

82,5

113

France

62,8

113

Italie

58,5

104

UE 25462,4104

Espagne

43,4

102

UE 27492,5100

Chypre

0,8

94

Grèce

11,1

89

Slovénie

2,0

87

République Tchèque

10,2

79

Malte

0,4

77

Portugal

10,5

75

Estonie

1,3

67

Hongrie

10,1

66

Slovaquie

5,4

63

Lituanie

3,4

58

Lettonie

2,3

56

Pologne

38,2

53

Roumanie

22,3

38

Bulgarie

7,8

37

Croatie – candidat

4,4

50

Turquie – candidat

74,7

29

Macédoine –candidat

2,1

27

Population totale des Etats-Unis = 301 M d’habitants – PIB Etats-Unis = 9957 Mds d’€ courants

Population totale de l’Union Eur.= 493 M d’habitants - PIB  Union.Eur.=11130 Mds d’€ courants

PIB : somme des valeurs ajoutées (biens et services)réalisées annuellement sur le territoire national par les entreprises d’un pays, quelle que soit leur nationalité

SPA : le standard de pouvoir d’achat est une unité monétaire artificielle qui élimine les différences de niveaux de prix entre les pays


les pays attractifs

Par escatafal in économie - 28 jui, 2007

Parmi les dernières informations inquiétantes pour notre pays il y en a une qui, apparemment, n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'échos dans la presse : la France semble avoir moins la cote auprès des investisseurs que les années précédentes.

Nous venons en effet d'avoir les résultats pour l'année 2006 d'une enquête faite par le cabinet Ernst & Young sur l'attractivité des territoires  et, pour la première fois, la France ne figure plus dans le groupe des 10 pays préférés des investisseurs, alors qu'elle était il y a peu dans le top 5. Bien entendu c'est la Chine qui est leader dans ce classement avec 48% des faveurs des investisseurs.

Les Etats-Unis se situent à la deuxième place de ce classement (33%) des pays préférés pour accueillir les IDE, en baisse très nette par rapport à l’année précédente (41%) où ils partageaient le leadership avec la Chine. Enfin l’autre géant asiatique, l’Inde, se classe en 3è position avec 26% contre 18% en 2005, et commence à rattraper son retard vis-à-vis de la Chine.

Ainsi se dessine de plus en plus l’ordre économique mondial dans les décennies à venir, raison de plus pour continuer à construire une Union Européenne forte et puissante, car les nations européennes seules pèsent de moins en moins dans la concurrence mondiale. Le classement que nous évoquions précédemment est à cet égard tout à fait significatif : derrière la Chine, les Etats-Unis et l’Inde, l’Allemagne arrive en 4è position avec seulement 18% des pays préférés des investisseurs, devant la Russie (12%), le Royaume-Uni et la Pologne (11%). La France et l’Espagne pour leur part sont tombées en dessous de 10%.

Cela ne signifie pas pour autant que les investissements directs dans notre pays ont diminué en volume, les chiffres de 2005 (65,2 milliards d’euros) étant quasiment équivalents à ceux de 2006 (64,6 milliards), à comparer aux chiffres de 2004 (26,2 milliards) et de 2005 (37,7 milliards). Une remarque toutefois concernant la France : l’investissement des groupes français à l’étranger (92 milliards) est largement supérieur à celui des groupes étrangers dans notre pays ce qui est une constante depuis 2002, dernière année où les chiffres étaient équivalents.

Si l’on regarde les chiffres par zone géographique, l’Europe Occidentale (essentiellement Zone Euro plus Royaume Uni) reste en tête avec 55% des préférences des investisseurs, devant la Chine, l’Europe centrale et orientale, et l’ensemble nord-américain composé des Etats-Unis et du Canada.

A noter que les investissements en Europe proviennent en premier lieu des Etats-Unis qui représentent près d’un tiers de ces investissements (28%).  Le secteur des logiciels représente à lui seul plus de 13% des implantations. Cela étant, les IDE intra européens, plus particulièrement ceux réalisés par l’Allemagne et le Royaume-Uni (20% à eux deux), participent eux aussi largement à la dynamisation du Vieux Continent.

Le nombre d’emplois créés (211 000) liés aux investissements étrangers en Europe en 2006 a été notablement supérieur à celui de 2005 (+ 8,3%). La Pologne, comme en 2005, reste le pays qui en a bénéficié le plus malgré un recul significatif (31 115 emplois en 2006 contre 37 745 en 2005) , devant le Royaume-Uni et la France. La Pologne arrive en tête grâce aux grands projets industriels gourmands en main d’œuvre.

Ernst et Young souligne aussi que l’attractivité de l’Europe s’améliore, et qu’elle va progresser encore dans les prochaines années, même si le célèbre cabinet souhaite qu’elle s’engage plus avant dans la flexibilité, la simplification des procédures administratives et le soutien à l’innovation.  En effet, une analyse fine des lieux d’implantation démontre que les investisseurs potentiels sont extrêmement attentifs à divers critères incontournables, comme nous l’avons souvent souligné au cours des dernières semaines électorales.

Parmi ces critères, il y a ceux dont l’impact sur l’activité de l’entreprise est avéré, notamment la qualité des infrastructures de transport logistique, de télécommunication, la qualité des ressources opérationnelles, sans oublier la proximité des marchés. A cela s’ajoutent des éléments qui affectent le coût structurel de l’investissement.  La main d’œuvre en fait partie tant au niveau des coûts, que de la formation ou des gains de productivité. Il ne faut  pas négliger non plus le niveau des impôts, la flexibilité du droit du travail et la possibilité d’obtenir des aides publiques. Enfin, l’impact des ressources en matière de recherche et d’innovation, sans oublier la qualité de vie, sont autant de composantes qui pour être considérées comme périphériques, prennent de plus en plus d’importance.

Au vu de ces critères incontournables, nous pouvons constater que la France se situe à un bon rang dans la compétition, malgré ses manques flagrants en termes de flexibilité du travail, et à un degré moindre dans le domaine de la recherche. Cependant, même  si notre pays est loin de la Pologne ou même de l’Allemagne en matière d’attractivité, il se situe devant ces pays pour les projets recensés. Cela veut dire que, finalement, l’économie française souffre surtout d’un déficit d’image auprès des marchés, voire même d’un manque de notoriété. Il nous reste donc à souhaiter que notre omniprésent Président de la République tienne les nombreuses  promesses qu’il a faites, notamment sur le travail, la fiscalité locale, la simplification administrative pour faire de la France un pays « pro-entreprise », pour reprendre une terminologie utilisée par François Bayrou pendant la dernière campagne présidentielle. C’est à ce prix que nous trouverons les ressources nécéssaires pour alimenter une croissance économique créatrice de richesse et de cohésion.

M.E.


Les taux d'intérêt montent

Par escatafal in économie - 27 jui, 2007

En regardant la presse étrangère du jour, nous avons eu une nouvelle fois la confirmation que la hausse des taux d’intérêt commence à devenir une réelle inquiétude un peu partout en Europe et dans le monde. A ce propos, il faut apporter une première précision et voir de quels taux nous parlons.

Il y a tout d’abord les taux directeurs des banques centrales.  Le sujet est souvent débattu au moment des campagnes électorales, et celles des dernières semaines dans notre pays n’ont pas échappé à la règle. Les critiques contre la Banque Centrale Européenne sont fréquentes chez certains économistes, mais surtout chez les hommes politiques.

Un examen sérieux montre bien évidemment qu’il s’agit d’un pur fantasme mais à force d’évoquer le sujet, et même si le sujet en question est incompréhensible pour le plus grand nombre, cela finit par influencer l’opinion et, de facto, être un nouveau sujet de critiques vis-à-vis de l’Europe. N’oublions pas que l’euro représente le seul vrai lien immédiatement perceptible unissant les habitants de la Zone. C’est aussi pour cela que ces attaques infondées doivent être combattues avec la dernière énergie même si la plupart du temps, une fois la campagne finie, on n’en parle presque plus.

En premier lieu il faut savoir ce qu’on attend d’une banque centrale et surtout quel peut être son rôle pour stimuler l’économie ? Tout d’abord, et c'est de sa seule responsabilité, elle doit par un maniement judicieux de son taux directeur, maintenir des taux d’intérêt les plus bas possibles à court terme, mais aussi à long terme afin de garder la confiance des marchés, seuls à décider du niveau des taux des obligations. Certes, les taux ne jouent pas dans la Zone Euro un rôle aussi important qu’aux Etats-Unis dans la mesure où la renégociation des emprunts hypothécaires( surtout en cas de baisse) est monnaie courante là-bas, ce qui n’est pas encore le cas chez nous, mais force est de constater que depuis sa création la BCE a fait un sans-faute en ce qui concerne le pilotage de sa politique monétaire.

En effet, la politique de la BCE n’a en rien freiné la croissance dans la Zone Euro, et les taux affichés par la Zone restent  encore les plus bas du monde, à part le Japon. Si la croissance n’a pas été au niveau espéré à une certaine époque ce n’est pas la faute de la BCE, mais celle de nos gouvernants incapables de réaliser les réformes de structure sans lesquelles nous ne pourrons pas bénéficier pleinement des bienfaits de la croissance. Nous rappellerons simplement qu’en période de haute conjoncture, entre 1997 et 2000, le débat en France était de savoir comment répartir « la cagnotte ».

Cela étant, quelle est la situation aujourd’hui ?  Tout le monde s’accorde à dire que l’inflation est la principale menace pour nos économies, en proie à une hausse des cours des matières premières, ce qui explique pourquoi la BCE a relevé à plusieurs reprises son taux directeur qui est aujourd’hui à 4%. Ce niveau est toutefois très inférieur à celui de la Réserve Fédérale américaine ( 5,25%) ou à celui de la Banque d’Angleterre (5,5%). Ce différentiel n’empêche pas l’Euro de se situer très largement au dessus de son cours d'introduction face au dollar, qui pourrait encore baisser un peu plus si, comme certains le prédisent, la FED abaissait de nouveau ses taux directeurs. Mais là aussi, nous savons que le taux de change ne se décrète pas : il se constate sur les marchés, ce que feignait d’ignorer le Président de la République pendant la campagne présidentielle.

Cependant, l’inflation n’est pas le seul souci des économistes : les inquiétudes sur le marché immobilier semblent se préciser aux Etats-Unis et même en Europe. L’hypothèse d’une crise dans ce secteur apparaît de plus en plus crédible, ce qui a entraîné une chute des places boursières ces derniers jours, notamment des valeurs financières. Les ventes de logements  neufs aux Etats-Unis baissent et le taux de défaut de paiement des ménages américains s’accroît avec la crainte d’une crise de l’ensemble du marché du crédit. La remontée des taux longs est un fait avéré, et on se rapproche de la moyenne de l’année 1999 (5,70%) puisque le rendement de l’emprunt d’Etat américain à 10 ans devrait se situer début 2008 autour de 5,60%.

S'agissant de l’Europe, le danger est peut-être moins présent en ce qui concerne l’immobilier, même si les inquiétudes sont nourries notamment sur le marché espagnol. Le quotidien El Pais de ce jour titrait : « l’Euribor hypothécaire se situera fin juin à 4,50% » faisant une comparaison avec les 2,2% de septembre 2005. Or en Espagne, l’Euribor est la référence d’intérêt pour les prêts immobiliers, et le chiffre de juin est supérieur de 1,10% à celui de la même période de l’an passé. Cela signifie, pour reprendre les termes d’El Pais, qu’un ménage qui remboursait, pour 150 000 euros empruntés sur 25 ans,  la somme de 784 euros en juin 2006 devra débourser un an plus tard 878 euros. Ce ne sera pas sans conséquence sur la consommation dans ce pays ( nombre de familles se sont endettées pour acquérir un logement), et pourrait annoncer des lendemains qui déchantent pour un pays longtemps pris pour modèle dans la Zone Euro pour sa croissance économique.

Nous n’en sommes pas encore là en France pour plusieurs raisons : dans notre pays « l’effervescence immobilière » est apparue un peu plus tard. Par ailleurs, nombre de prêts immobiliers ont été mis en force à taux fixes, mais cela ne veut pas dire que les acquéreurs de logement n’éprouvent pas de difficultés pour assurer leurs remboursements, d’autant que les prix d’achat se sont envolés ces dernières années.  A ce propos, beaucoup  d’observateurs estiment que  les déductions fiscales liées aux intérêts des emprunts ayant financé l’achat de l’habitation principale pourraient entraîner une nouvelle hausse des prix, ce qui annihilera d’autant  la capacité d’achat des acquéreurs. Ceux-ci, en outre,  subiront les effets de la hausse des taux longs même si ces derniers demeurent encore à des niveaux  acceptables, très proches des taux à court terme.

Sur un plan plus global, l’endettement des ménages français atteint chaque année de nouveaux records, rapporté à leur revenu disponible brut. La dette des ménages croît à un rythme élevé (plus 11,2% en 2004 et 2005)  avec des prêts à l’habitat qui s’accroissent de 15%, mais elle reste inférieure à celle de la moyenne de la Zone Euro, et plus encore à celle de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis, Cependant,  les ménages français conservent des flux de placements financiers imposants, même s’ils sont en diminution.

En résumé, la situation des grandes zones économiques impose aux responsables de la politique monétaire de rester vigilants quant aux risques d’inflation, dans la mesure où la croissance mondiale est forte. Dans ce contexte il est à craindre, dans les pays où les capacités de production sont très largement utilisées et où le chômage est faible, la montée de pressions inflationnistes qui ne manqueraient pas de provoquer une augmentation des taux d’intérêt. Toutefois, cette hypothèse n’est pas la seule privilégiée par les marchés. Ils semblent  parier, pour le moment, sur une croissance maîtrisée avec maintien de la modération salariale et stabilisation de la part des profits. C’est évidemment le scénario idéal.

M. E.

POUR Info - définition des taux de référence européens :

EURIBOR (Euro Interbank Offered Rate) : taux auxquels des dépôts interbancaires en euros sont offerts entre banques de premier plan au sein de la Zone Euro ( durée  d’une semaine à 2 ans) déterminé sur la base d’un échantillon de 57 banques, dont 10 sont originaires de pays hors Zone Euro, mais qui y sont implantées.

EONIA (Euro Overnight Index Average) : taux moyen pondéré de toutes les transactions au jour le jour exécutées sur l’interbancaire de la Zone Euro pour le même échantillon que l’EURIBOR


A propos des problèmes de l'enseignement,

Par escatafal in Général - 25 jui, 2007

Sans remonter très loin, le problème de l’enseignement est récurrent dans notre pays, plus peut-être que partout ailleurs, car nous sommes à la fois le pays des Lumières et celui où l’enseignement laïque et obligatoire a sans doute le plus contribué à notre rayonnement intellectuel dans le monde.

Revenons un peu plus de 150 ans en arrière, et nous verrons que les questions posées dans les années 50 (1850) ressemblaient beaucoup à celles que nous nous posons aujourd’hui. Pourquoi remonter si loin ? Tout simplement parce qu’il y a en France un problème au niveau de l’école et de l’université, au point d’ailleurs que notre tout nouveau Président de la République veut faire passer très rapidement, à la hâte dirons ses opposants, une nouvelle loi sur l’université.

Remontons donc le temps vers le milieu du 19è siècle, très exactement en 1849, quand se réunit une commission qui doit préparer un nouveau statut de l’enseignement et qui aboutira à la loi Falloux de 1850. Il faut d’abord se rappeler que la loi de 1833, établie par Guizot, donnait à l’instituteur une relative indépendance, mais celle-ci a plus été un vœu pieux qu’une réalité sous l’influence d’une Eglise qui protégeait les privilèges qui lui restaient.

Malgré tout 15 ans plus tard ( en février 1848) Hippolyte Carnot,  descendant du grand Lazare Carnot qui sauva la République en 1793-1794, s’installe rue de Grenelle au ministère de l’Instruction Publique, ancêtre du Ministère de l’Education Nationale.  Même s’il n’a pas un grand sens politique, il sait prendre quelques initiatives intéressantes. Ainsi pour démocratiser l’accès aux plus hautes fonctions de l’Etat, idée à souligner à l’époque, il crée une Ecole d’Administration qui va vite tomber aux oubliettes, mais qui un siècle plus tard renaîtra et deviendra l’Ecole Nationale d’Administration (l’ENA).

Les instituteurs de leur côté prennent de l’importance. Ainsi en 1848, lors des élections à l’Assemblée Constituante, Carnot invite les instituteurs à élargir leur rôle en conseillant aux nouveaux citoyens d’élire des gens honnêtes et plein de bon sens, hors de toute considération de fortune ou d’éducation. Certes la Chambre des Députés ne doit pas nécessairement être envahie par des « zigotos », pour parler comme Alain Juppé avant le 2nd tour des dernières élections législatives, mais pour siéger au Palais-Bourbon et accomplir le travail législatif, il n’est pas nécessaire d’être un intellectuel ce qui signifie qu’un employé ou un ouvrier peut parfaitement faire l’affaire.

Sur ce plan  aussi la circulaire de Carnot restera lettre morte, nombre d’électeurs trouvant cette idée saugrenue, les instituteurs eux-mêmes n’étant pas nécessairement convaincus du bien-fondé des suggestions du ministre. Cela étant 150 ans après, le Parlement est largement ouvert à des hommes ou des femmes qui ne sont pas nécessairement énarques ou diplômés de grandes écoles. Cependant, même si le temps donnera raison à Carnot, il est obligé de démissionner le 5 juillet 1848, pour être remplacé par un personnage cultivé, pieux, fils de riches commerçants anoblis en 1825, dénommé Frédéric de Falloux, promoteur de la loi de 1850 établissant le principe de la liberté de l’enseignement.

Cette loi, dont on parle encore à intervalles réguliers, a mis en place le statut de l’enseignement primaire. Les instituteurs, au nombre de 36000 en 1849, étaient des personnages très décriés à l’époque, considérés par Thiers comme « des petits rhéteurs et des anticurés ».  Désormais ils vont être placés sous la coupe du Préfet, le recteur lui-même étant installé au chef-lieu du département. La 3è République perpétuera la situation. Plus tard on optera pour une organisation plus rationnelle où le rectorat sera centré autour d’une ville dotée d’une Faculté. Toutefois, il y a un fait acquis depuis la loi Falloux : il y a des écoles primaires publiques et privées. Les conseils municipaux sont libres de choisir pour l’école privée des religieux ou des laïcs. Les religieux sont évidemment choisis dans les villes ou les gros villages industriels, car ils sont considérés par le patronat comme les meilleurs remparts contre le socialisme. De plus, les ouvriers et les paysans sont plus préoccupés de voir les enfants travailler le plus rapidement possible plutôt que de poursuivre des études, car ils apportent un surcroît de main d’œuvre ou de  ressources pour des familles qui en manquent cruellement.Par ailleurs, les divers types d’enseignement tels que nous les connaissons de nos jours n’existaient pas. Il y avait la culture gréco-latine pour ceux qui faisaient des études et c’est tout. Même Duruy, ministre de l’Instruction Publique entre 1863 et 1869, pourtant très lié personnellement à l’empereur Napoléon III, ne réussira pas à développer l’enseignement scientifique, ce qui nous rappelle qu’à notre époque nombreux sont ceux qui regrettent qu’on n’investisse pas davantage dans notre pays sur la recherche scientifique à l’Université. Bien mieux, les socialistes ou assimilés des années 1860, tel  Auguste Blanqui, redoutaient l’école professionnelle « qui risque de faire un homme techniquement compétent, mais civiquement servile ». Décidément les socialistes ne changeront jamais et auront toujours un train de retard.

D’autres comme Frédéric Bastiat  s’en prendront au baccalauréat disant  aux bourgeois de l’époque à propos de ce diplôme : « il conduit le pays à la ruine. Il fait des tribuns, des Caïus Gracchus, des esprits critiques ou lyriques, mais non des producteurs. Il fabrique trop de légistes, trop d’avocats qui ne peuvent vraiment fleurir que sur le terreau des sociétés décomposées ». Il ajoutait également « que la bourgeoisie ouvre la soupape de l’école professionnelle ; son intérêt et l’intérêt du pays tout entier lui commandent ce geste ». Les bourgeois resteront sourds à l’appel.

Tout ceci nous ramène à la situation que nous connaissons aujourd’hui.  Notre système éducatif obtient d’excellents résultats avec les très bons élèves, mais l’école ne donne pas suffisamment sa chance à ceux dont le parcours est plus difficile. Laisser entrer en 6è un élève qui ne maîtrise pas la lecture et l’écriture de notre langue est une pure aberration, et ce n’est pas la suppression de la carte scolaire qui va améliorer la situation. Au niveau de l’enseignement supérieur la situation n’est pas satisfaisante non plus. L’université française dispose certes de bons atouts (qualité de l’enseignement, maillage du territoire), mais elle manque de moyens : on investit plus sur les lycéens que sur les étudiants (7000 euros en France contre 11000 en Suède et 15000 aux Etats-Unis). De plus, l’orientation est mal organisée et nombre d’étudiants vont vers des filières à faibles débouchés.

 Il est anormal par exemple que tant de jeunes suivent des études et ne trouvent pas de travail à la sortie, faute de vraie qualification, alors que nombre de filières techniques manquent de jeunes diplômés. Cela dit, la question centrale reste celle des jeunes chercheurs et nous ne pouvons que souscrire à la proposition de François Bayrou, souhaitant qu’un véritable parcours soit organisé, non seulement vers les laboratoires mais aussi vers les entreprises, afin d’éviter la fuite des cerveaux ou le gaspillage d’énergie que nous connaissons trop souvent. Tout cela nécessite des moyens, mais dans ce domaine, il faut absolument faire un effort. La France ne l’oublions pas consacre seulement 2,2% de son PIB à la recherche, loin derrière nos principaux partenaires. Il faudrait rapidement passer à 3% pour commencer à rattraper notre retard dans ce domaine.

Toutefois, cela ne peut pas changer du jour au lendemain, et nous ne pouvons qu’approuver le Président de la République quand il veut réaliser la réforme de l’université et notamment la réforme  sur l’autonomie des universités. François Bayrou lui-même estimait que la gouvernance des universités pouvait être sensiblement améliorée avec, notamment, une équipe de direction renforcée, un président légitimé et une culture de l’évaluation.

Avec la réforme promise par le Gouvernement, nous allons vers des universités autonomes, une gouvernance rénovée et des moyens accrus ce qui va faire passer les dépenses de la nation à 10000 euros par an et par étudiant.  En six mois, toutes les universités devront avoir changé de gouvernance, mais seuls les établissements volontaires pourront accéder à l’autonomie budgétaire et à la propriété immobilière. On parle de 10 à 20 grosses universités, les mieux dotées, ce qui suscite déjà la polémique, les syndicats étudiants  parlant déjà d’une « université à deux vitesses ».

L’introduction d’une sélection à l’entré du master est un autre sujet de désaccord entre Gouvernement et syndicats étudiants.  Là aussi, François Bayrou avait proposé une solution originale pendant la campagne présidentielle : la classe de terminale pourrait devenir «une propédeutique, préparatoire à un enseignement plus approfondi, une année consacrée moins à emmagasiner des connaissances qu’à apprendre à les utiliser ». La rupture actuelle, trop brutale, entre le lycée et la faculté serait effectivement très atténuée, au plus grand profit des nouveaux étudiants.

Enfin, restent les droits d’inscription : la ministre a confirmé que ceux-ci augmenteront dans des proportions identiques à celles de l’augmentation du coût de la vie. Cela pourrait être la goutte d’eau qui va faire déborder le vase, d’autant que pour notre part il ne nous paraît pas très raisonnable de vouloir aller aussi vite sur un sujet quand même extrêmement sérieux et ce, même si nous attendons une réforme depuis  15 ans, pour parler comme Valérie Pécresse.  Raison de plus pour prendre un peu de temps.

M. E.


l'Europe : suite et sans fin

Par escatafal in Europe - 23 jui, 2007

Les leaders européens ont donc approuvé les bases du futur texte simplifié remplaçant feu la Constitution Européenne, rejetée suite aux référendums français et néerlandais. Cela ne s'est pas fait sans douleur, mais au prix de grosses concessions. Tout d'abord à la Pologne toujours aussi méfiante vis à vis de l'Allemagne, en retardant jusqu'à 2017 l'entrée en fonctionnement du système de vote à la double majorité (55% des Etats, 65% de la population). Ensuite à la Grande-Bretagne qui obtient une dérogation sur l'application chez elle de la Charte des droits fondamentaux, sans parler de la réduction des pouvoirs du chef de la diplomatie communautaire tels qu'ils avaient été proposés par l'ancien traité constitutionnel. Enfin aux Pays-Bas qui obtiennent un renforcement des pouvoirs des Parlements nationaux, un protocole sur le rôle essentiel des services publics, et l'ajout d'une référence à des conditions d'entrée dans l'Union de nouveaux Etats membres. De plus, et c'est davantage logique, le texte ajoute également deux articles à la demande de la Pologne et de la Lithuanie, soulignant que l'Union doit être solidaire de ses membres en cas de problème d'approvisionnement énergétique. Quant à la France, elle devra se contenter de la suppression de la "référence à la concurrence libre et non faussée", stigmatisée à l'époque par les partisans du NON au référendum. 

Bref, cet accord a le mérite d'exister et sur ce plan nous ne pouvons que nous en féliciter d'autant que Nicolas Sarkozy y a pris toute sa part. La construction européenne n'est plus tout à fait aussi en panne qu'elle l'était il y a encore quelques semaines. D'ailleurs, comment ne pas être satisfait d'une évolution qui fut un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle de François Bayrou, à savoir refonder le projet européen en proposant un texte de constitution "simple, lisible, court qui sera soumis à référendum". Cela dit, de référendum il n'y aura point ni en France, ni ailleurs. Il sera toujours temps d'en reparler d'ici 2009.

Il y a quand même quelque chose qui nous interpelle à travers cet accord arraché cette nuit : la nécessité de construire une Europe à deux vitesses, avec d’une part les pays qui veulent réellement avancer sur la voie d’une Europe plus intégrée et d’autres qui l’ont toujours considérée comme une vaste zone de libre-échange. Le Royaume-Uni, c’est bien connu, ne s’intéresse à l’Europe que s’il y trouve avantage. Pourtant, jamais les Britanniques n’ont eu un Premier Ministre plus europhile que Tony Blair. Il est à prévoir que ce dernier parti, la Grande-Bretagne se montrera encore plus intransigeante qu’aujourd’hui sur tous les sujets difficiles. La Suède, le Danemark ne sont pas en reste pour d’autres raisons. En fait ces deux pays veulent préserver leur modèle social, qui n’est quand même plus le même qu’il y a 25 ans.

Il est d’ailleurs symptomatique  que ces pays n’aient pas voulu adhérer à l’union économique et monétaire, ce qui n’est pas le cas des pays nouvellement entrés dans l’Union, qui au contraire, souhaitent leur adhésion le plus rapidement possible. Certes les pays de l’Est européen restent alignés sur la politique étrangère des Etats-Unis, mais comme ce fut le cas pour les pays membres fondateurs de l’Europe, ils se détacheront peu à peu de la tutelle américaine. Cela prendra 15 ou 20 ans, mais cela arrivera et nous pensons qu'il ne faut plus regarder l'Europe comme nous la regardions dix ou vingt ans auparavant. Les nouveaux arrivants, même si cela ne saute pas aux yeux, sont heureux que l'Europe leur ait ouvert une porte à laquelle ils ne songeait pas il y a seulement 15 ans. Cela signifie que malgré les freins anglais, suédois ou danois, l'Union Européenne se consolidera et avancera parce que le mouvement est irréversible.

A ce propos, contrairement à ce qui est dit très souvent, nous ne pouvons que rappeler une évidence à savoir que la France ne restera une grande puissance que dans le cadre européen. Cela nous confère des devoirs et en premier lieu de ne plus être, comme c'est le cas depuis 25 ans, un des mauvais élèves de l'Europe en terme de finances publiques. Mallheureusement, nous craignons que les mesures annoncées par Monsieur Sarkozy, fiscales notamment, ne creusent un peu plus les déficits et l'endettement du pays. Dire cela n'est pas porteur sur le plan électoral, nous le savons bien : il est tellement plus facile de promettre tout et n'importe quoi. La meilleure preuve en a été administrée cette semaine avec "la révélation" de Ségolène Royal, affirmant haut et fort qu'elle ne croyait pas du tout aux promesses faites sur le SMIC et les 35 heures pendant sa campagne présidentielle. Ce que nous appellerons le comble de l'impéritie lui a sans doute permis d'être qualifiée pour le second tour, mais qu'elle ne se fasse pas trop d'illusions, les Français sauront un jour lui rappeler ces mensoges.

Le Président de la République lui-même, malgré tout son talent et la bienveillance des grands médias, pourrait aussi voir arriver plus vite qu'il ne pense le jour où ils vont lui demander des comptes, après avoir cru de bonne foi qu'ils allaient vivre mieux avec ce qu'il avait promis. Déjà certains s'inquiètent à Bruxelles de voir la France s'affranchir de nouveau des règles du Pacte de stabilité.

Cela nous éloigne quelque peu de notre propos initial, mais finalement ce sommet européen qui s'est terminé comme à l'accoutumé par un compromis plus ou moins bancal, nous aura permis de réfléchir une nouvelle fois sur la politique que le Président de la République aura à mettre en oeuvre. Certes, nous ne sommes sans doute pas nombreux à amorcer cette réflexion aujourd'hui, alors que le Président de la République et ses thuriféraires nous vantent les mérites de l'accord conclu avec, évidemment, le plus beau rôle pour la France. Cependant, un jour viendra où il faudra affronter la réalité et dire aux Français que la situation économique du pays nécessite de nouveaux efforts. Et ces efforts qui les fera? Ceux qui vont bénéficier du bouclier fiscal à 50% ou bien ceux qui voudraient travailler plus pour gagner plus, mais qui ne trouvent pas ou ont perdu leur emploi? .

Michel ESCATAFAL

 


La TVA sociale

Par escatafal in économie - 21 jui, 2007

C'est un sujet dont on a beaucoup parlé au cours des derniers jours et qui, aux dires de certains, a permis un surcroît de pluralisme à l'Assemblée Nationale élue dimanche dernier. Essayons donc de voir en quoi cela consiste exactement car, comme d'habitude, tout le monde parle de ce sujet sans trop savoir ce qu'il contient exactement. Cela entraîne à la fois des critiques parfois infondées, mais aussi des jugements très optimistes de la part de ceux qui en parlent, selon le camp auquel on appartient.

Cette idée de création d'une taxe de sur la valeur ajoutée (TVA) sociale ne date pas d'aujourd'hui. Le sénateur Arthuis, auteur d'un rapport en 1993 où il s'inquiétait des conséquences des délocalisations d'activités économiques sur l'emploi, est depuis longtemps convaincu qu'il faut sortir progressivement les salaires, tous les salaires, des assiettes de cotisations d'assurance maladie et d'allocations familiales. Cela étant, les masses en cause sont tout à fait considérables : plus de 120 milliards d'euros en 2005 pour la branche maladie et près de 50 milliards pour la branche famille. Ces sommes là il faudra bien les compenser et ce n'est pas avec la seule réduction des dépenses que l'on y arrivera.

Il y a certes les fruits espérés de la croissance qui amène son lot d'entrées fiscales supplémentaires, mais là aussi les résultats attendus sont sans commune mesure avec les enjeux. Donc, pour Monsieur Arthuis, c'est du côté de la fiscalité que se situe la réponse et, plus particulièrement de la fiscalité du citoyen car il est naturellement exclu, compte tenu des enjeux de la délocalisation, de laisser peser sur les entreprises le poids des prélèvements obligatoires. Dans ce contexte, avec un marché largement ouvert aux importations, la TVA est bien le seul impôt que la France puisse faire supporter aux biens et services venant de l'extérieur.

La TVA sociale, telle que l'étudie le Gouvernement, est donc un transfert d'une partie du financement de la Sécurité sociale des cotisations vers la consommation. Cela permet de réduire les charges sociales des entreprises et donc le coût du travail, grâce à la hausse des recettes de la TVA. Il faut savoir en effet que les sommes récoltées au titre de la TVA sont tout à fait considérables : elles représentent plus de trois fois le montant total de l'impôt sur le revenu ou plus de sept fois la TIPP. Cela signifie que 5 points de TVA en plus pourrait générer 40 milliards de recettes fiscales supplémentaires.

Cela précisé, et c'est bien ce qui a fait débat entre les deux tours des élections législatives, la diminution des charges patronales ne profite qu'aux seules entreprises alors que l'augmentation de la TVA touche tous les Français y compris les plus défavorisés. C'est en cela que l'on parle d'impôt injuste,  argument largement exploité par le PS et l'ensemble des partis qui souhaitaient davantage de pluralisme à l'Assemblée Nationale. Pour être juste, il faut dire que le Premier Ministre et les autres membres du gouvernement n'ont rien fait pour rendre lisible la mesure envisagée.

Parmi les inquiétudes qui se font jour sur l'augmentation de la TVA, il y a également la hausse des prix qu'elle peut engendrer, ce qui pourrait casser la progression globale du pouvoir d'achat des Français, au demeurant contestée par une bonne partie d'entre eux qui ont plutôt le sentiment d'une évolution négative. Certains économistes estiment qu'une hausse de la TVA de 2% pourrait entraîner une hausse de l'inflation dépassant 0,5% sur l'année. D'autres vont jusqu'à dire que cela pourrait aller jusqu'à 1%. En fait, le pire n'est jamais sûr dans ce domaine, comme nous pouvons le constater en Allemagne qui, rappelons-le, a vu son taux de TVA augmenter de 3% depuis le 1er janvier 2007, et qui a réussi à contenir la hausse des prix dans des limites raisonnables.

Certes l'économie allemande présente des caractéristiques différentes de l'économie française, mais force est de constater que cette hausse importante de la TVA n'a pas provoqué les effets nocifs attendus. Pour autant, il ne faut quand même pas négliger les risques d'une augmentation de l'inflation, surtout si les entreprises "ne jouent pas le jeu". Cela signifie que les entreprises ne répercuteraient pas à la baisse leurs prix de vente hors taxe, dans des proportions identiques à celles de la baisse des charges dont elles bénéficient. Plus simplement encore, elles profiteraient de la baisse des charges pour élargir leurs marges et améliorer leurs résultats. Dans ce cas, ce ne serait plus "gagnant, gagnant", mais l'inverse. A ce sujet, on ne peut être que dubitatif sur les propos tenus par le Premier Ministre quand il disait "si la TVA antidélocalisation se traduisait par une augmentation des prix, alors naturellement elle n'aurait pas de sens et nous ne la mettrions pas en place". Voilà de belles paroles, mais de tels propos ne veulent rien dire car ou bien on augmente la TVA avec les risques que cela comporte, ou bien on n'y touche pas et on fait autre chose, mais on ne peut pas parler des deux à la fois.

Cela suffit à démontrer que le débat sur cette question n'a sans doute pas été abordé avec le sérieux nécessaire. Il y a malgré tout un point indiscutable à propos de cette TVA dite sociale : les prix des produits importés devraient théoriquement progresser. Ce sujet avait été évoqué dans le projet de François Bayrou au moment de l'élection présidentielle où il était dit "s'agissant de la TVA sociale, il conviendra de distinguer les produits soumis à la concurrence internationale de ceux qui relèvent de l'économie de proximité".

Cela nous amène à parler d'un problème récurrent pour l'économie française à savoir que les dépenses de consommation courante progressent régulièrement, mais ces besoins sont de plus en plus satisfaits par l'offre étrangère. Ainsi la demande intérieure a progressé de 7% entre 2002 et 2005, mais le PIB s'est seulement accru de 4,4% dans la même période (+14% pour les importations et seulement +5% pour les ventes à l'étranger). Pour revenir à notre propos initial, nous voyons donc que sur nombre de produits importés, fatalement moins chers pour le consommateur final, le risque de hausse des prix est bien réel. Par exemple un vêtement en provenance du Bangladesch sera certes toujours moins cher que s'il était fabriqué en France ou en Europe, mais en cas de hausse de la TVA, son prix risque fort d'augmenter d'autant.

L'introduction d'une TVA sociale dans notre pays s'explique aussi par la nécessité de rendre notre industrie plus compétitive. La France a beaucoup perdu en compétitivité au cours des dernières années alors que notre voisin allemand, par exemple, l'a retrouvée à un niveau élevé. La réduction autoritaire de la durée du travail, ajouté à un alourdissement global de la fiscalité n'a pas facilité la tâche de nos entreprises, et il suffit de voir la différence de résultats entre les deux pays en terme d'exportations pour en être convaincu. Pour que la France redevienne une économie de production, il faut donc réduire les coûts et accélerer les gains de productivité. Nous sommes donc assez loin du sujet qui nous intéresse, à savoir une augmentation du taux de TVA qui permettra une diminution des coûts pour nos entreprises, grâce à l'allègement des charges qui en résultera, mais qui ne suffira sans doute pas à nous rendre cette competitivité qui nous pénalise tellement en terme d'exportations.

D'ailleurs, tous les secteurs de notre économie ne sont pas concernés de la même façon par cet allègement des charges. Certains, gros consommateurs de main d'oeuvre et soumis à une très forte concurrence internationale (l'industrie textile, l'équipement automobile et aéronautique etc..), ont beaucoup plus à gagner que ceux qui n'interviennent que sur les marchés nationaux (services, BTP, commerce...etc) ou mondiaux comme l'agroalimentaire ou l'industrie chimique qui travaillent à partir d'unités flexibles, entièrement automatisées qui emploient un minimum de personnel. Pour ces derniers, le dispositif envisagé n'a finalement qu'une importance relative car il ne va pas leur apporter ce surcroît de competitivité qui permettrait aux entreprises françaises d'accroître leurs parts de marché nationale et à nos exportateurs de ne plus en perdre, ou d'en gagner à l'étranger.

En résumé, même si nous ne voulons pas nous comporter en opposant systématique, cette mesure donnant l'impression d'avoir été envisagée à la va-vite pourrait ne pas s'avérer avoir l'éfficacité attendue. Au pire et c'est la crainte de nombreux observateurs, elle pourrait ne servir qu'à résorber des déficits publics qui ne peuvent que continuer à se creuser. Danc ce cas ce serait encore un mauvais coup porté à notre économie, et refléter encore une fois la pente de la facilité choisie par nos gouvernants depuis 1981. Il reste à espérer que ceux qui nous gouvernent aujourd'hui n'attendront pas que la situation soit gravement dégradée pour prendre les décisions qui s'imposeront en matière de finances publiques.

Michel ESCATAFAL


Ce n'est qu'un début...

Par escatafal in Général - 20 jui, 2007

Chers amis,

C'est avec un grand plaisir que je vous reçois sur le nouveau blog que j'ai créé à mon nom pour continuer l'action que nous avons entreprise il y a un peu plus d'un mois, à l'occasion des élections législatives.

J'en profite pour remercier, une nouvelle fois, ceux qui m'ont aidé et tous ceux qui ont voté pour moi et apporter au MoDem et à François Bayrou le témoignage de leurs encouragements. Ces voix montrent que la bataille pour faire la politique autrement est bien lancée et que, quoiqu'il arrive, dans les mois et les années qui viennent les idées de François Bayrou vont triompher.

Ce rassemblement au centre de la vie politique française s'imposera de plus en plus et d'ailleurs, bien maladroitement au demeurant, le Président de la République s'y est essayé. Cela dit, n'est pas rassembleur qui veut et ce n'est pas en dépeçant les adversaires, et en provoquant des ralliements que l'on rassemble. Au contraire, cela accentue les anathèmes et les divisions comme nous avons pu le constater récemment. Les ralliés passent pour des traîtres et cela souligne encore un peu plus les divisions dans la Maison France qui, pourtant, n'en a pas besoin.

Tout cela pour dire que François Bayrou compte beaucoup sur nous pour l'aider dans son action de rénovation entreprise il y a cinq ans, quand il a refusé des ministères prestigieux pour que son mouvement continue à exister. Et force est de constater que ce mouvement est bien vivant : il est jeune, il est plein de vie, il suscite des milliers d'adhésions, et il est de plus en plus courtisé au moment des élections. D'ici peu, il deviendra le seul recours, dès que le gouvernement sera confronté aux premières réalités liées à la mise en oeuvre d'un programme qui ressemble furieusement, même si les finalités sont différentes, au catalogue appliqué en 1981. Par ailleurs, le Parti Socialiste continuera encore longtemps sa guerre des chefs, dont tout le monde a pu mesurer les effets malgré la constance affichée par ses électeurs.

En résumé, le combat continue. Le Mouvement démocrate a un bel avenir devant lui et dans 5 ans au plus tard, nous pourrons dire que nous avons été les pionniers d'un rassemblement tel que notre pays n'en a plus connu depuis le retour du Général de Gaulle en 1958.

Michel ESCATAFAL