Un triste temps de Toussaint
Parmi les nouvelles qui interpellent en cette période de Toussaint, il y en a quelques unes qui, à des titres divers, posent question. Tout d’abord il y a cette vilaine affaire des enfants tchadiens « orphelins » dans laquelle, apparemment, les zones d’ombre sont nombreuses. Décidément ce continent, exploité durant des siècles et qui continue de l’être, est la victime de toutes les embrouilles, y compris les plus sordides. Espérons quand même que nous découvrirons la vérité sur cette ténébreuse entreprise.
Dans un tout autre domaine, les médias relatent à l’envie le voyage du président de la République en Corse avec, pour point d’orgue, la tenue d’un Conseil des Ministres décentralisé à Ajaccio. Pourquoi pas ? L’ennui, c’est que cela va encore coûter très cher avec tout le cérémonial qui entoure ce type de manifestation qui, de l’avis général, n’apportera rien de plus à la Corse, sauf à disserter sur les innovations présidentielles. D’ailleurs, malgré tous les voyages effectués en tant que ministre de l’Intérieur, malgré un nombre considérable d’annonces, la situation dans l’Ile de Beauté ne s’est pas vraiment améliorée depuis que Nicolas Sarkozy s’en occupe.
En parlant du coût de ce Conseil des Ministres décentralisé, nous ne pouvons pas éviter d’évoquer l’augmentation de salaire du Président de la République. Celui-ci, en effet, avait promis pendant la campagne présidentielle de restreindre le train de vie de l’Elysée, en réponse à François Bayrou qui avait affirmé, qu’une fois élu et pour montrer l’exemple, il s’engageait à réduire de 20% le budget de l’Elysée.
Il est évident que si le leader du MoDem avait été élu cette promesse aurait été tenue, personne n’en doute. Il est vrai que les militants qui animaient sa campagne avaient pour slogan : « François Bayrou, l’homme qui ne promet que ce qu’il peut tenir ! ». Dommage que les Français aient préféré élire quelqu’un qui disait que dans notre pays tout était possible, y compris à partir de promesses inconsidérées, irréalisables et parfois totalement contradictoires.
Pour revenir au salaire présidentiel, ce qui apparaît le plus choquant dans l’attitude du chef de l’Etat, ce n’est pas tant la somme qui va lui être octroyée (au fond peu importe ce qu’il va gagner chaque mois), mais plutôt le moment choisi. En effet, cette augmentation (+100%) intervient à la suite d’une campagne de dénigrement sans précédent, vis-à-vis « des privilégiés » qui bénéficient d’une retraite à régime spécial. Monsieur Fillon avait même parlé « de l’injustice la plus criante ». Les Français peuvent constater que les injustices criantes ne manquent dans la France dirigée par Messieurs Sarkozy et Fillon, et nous ne parlons pas que du bouclier fiscal à 50%.
Une chose est certaine : si Nicolas Sarkozy va bénéficier d’une forte, très forte progression de son pouvoir d’achat, la quasi-totalité des Français va voir le sien diminuer, et plus particulièrement les plus démunis. « Travailler plus pour gagner plus » était certes un bon slogan de campagne, mais ce n’est en rien une garantie de voir cela se réaliser. D’abord pour travailler plus, il faut qu’il en y ait la possibilité, et ensuite nombreux sont ceux qui pensent que le dispositif gouvernemental, pour coûteux qu’il puisse être, s’apparente quand même beaucoup à « une usine à gaz ».
Par ailleurs, et là Nicolas Sarkozy n’y est pour rien, il y a la flambée des matières premières qui se répercute sur les consommations de base. A cela s’ajoute la forte hausse du cours du pétrole (94 dollars le baril) qui ne manquera pas d’être répercutée sur les prix du fuel, ce qui va pénaliser lourdement les familles utilisant ce moyen de chauffage. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour que le pouvoir d’achat des Français, comme celui des européens d’ailleurs, baisse dans des proportions inquiétantes ce qui, fatalement, aura des répercussions sur la croissance. Malheureusement, « même en allant la chercher avec les dents » comme l’a si joliment dit le président de la République, l’objectif de 2,25 % d’augmentation du PIB en 2008 sera loin d’être atteint.
Du coup, nos finances publiques déjà obérées par le paquet fiscal seront lourdement pénalisées, et il faudra nécessairement prendre des mesures pour limiter les déficits et contenir la progression de la dette. Et là, nous savons qui sera sollicité en premier : la plupart des Français qui travaillent (ou pas) à travers quelques mesures comme la hausse de la TVA, et ou une augmentation des impôts pour ceux qui ne bénéficient pas du bouclier fiscal. C’est effectivement la seule perspective crédible que nous offrent Nicolas Sarkozy et l’UMP. Ce n’est pas cela que les Français espéraient, même s’ils auraient pu imaginer que les mêmes hommes feraient la même politique.
M.E.
L'U.E. et la France ont besoin des immigr�s
Au moment où la France prend des mesures de plus en plus contraignantes vis-à-vis des étrangers qui veulent venir chez nous, on apprend que la Commission européenne propose « la carte bleue » pour attirer en Europe des personnes en âge de travailler, et les détourner d’aller s’installer aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie. En fait cette carte bleue ressemble à la « green card » américaine, que reçoivent certains étrangers venant travailler aux Etas-Unis.
Nous disons bien certains étrangers, car ils ne sont pas tous bienvenus. Les populations concernées par cet accueil chaleureux étant plutôt composées d’ingénieurs, de médecins ou d’informaticiens, venus du Tiers-Monde et des pays émergents. En revanche, jusqu’à présent, l’Union Européenne accueillait surtout des travailleurs non qualifiés. Avec le projet présenté par Franco Frattini, Commissaire en charge de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité, la Commission européenne espère inverser les choses, même si tout le monde sait bien que les Etats-Unis continueront encore un certain temps à être l’Eldorado des étrangers hautement qualifiés.
Pour le Commissaire, « une nouvelle vision s’impose », et l’Europe doit recruter à un niveau supérieur. Les recommandations en termes de rémunération seront d’ailleurs assez séduisantes, puisque les ressortissants d’un pays obtenant un emploi dans l’Union Européenne, toucheront un salaire au moins trois fois supérieur à celui du salaire minimum de son pays d’origine. De plus, ils bénéficieront de conditions favorables en matière de regroupement familial. Bien entendu, ce candidat devra être titulaire d’un diplôme reconnu, et justifier de trois ans d’expérience. En outre, il ne pourra postuler que pour une offre d’emploi non pourvue par un travailleur communautaire.
Le dispositif permettrait en outre aux travailleurs immigrés ayant terminé leur contrat et retournant dans leur pays, de pouvoir revenir ensuite en Europe, sans devoir refaire les démarches auxquelles ils ont été contraints lors de leur premier séjour. C’est ce que Monsieur Barroso, le Président de la Commission Européenne, appelle « le dispositif de migration circulaire qui constitue la valeur ajoutée européenne par rapport à la green card américaine ». Ces dispositions devraient être adoptées assez rapidement, sans doute au prochain Conseil européen, malgré quelques réticences de la part de l’Allemagne et de l’Autriche.
Cela rappelle un peu les mesures prises par le gouvernement français qui veut « faire passer l’immigration professionnelle de 7 à 50% des personnes s’installant durablement en France ». Toutefois, la liste des emplois en France est beaucoup plus large puisque l’on répertorie 30 professions susceptibles d’être proposées aux immigrés en provenance des pays non membres de l’Union Européenne, et 152 métiers ouverts aux ressortissants des pays de l’Est européens, membres de l’Union. Les professionnels du bâtiment et de la restauration, notamment, sont satisfaits d’autant que le recrutement en France dans ces secteurs demeure très difficile.
Bien entendu, ces mesures soulèvent l’indignation des associations de défense des étrangers qui, à juste titre, s’étonnent que l’on ne veuille pas régulariser les sans-papiers travaillant au noir, alors que les besoins existent et que l’on va chercher de la main d’œuvre à l’extérieur, qui n’est pas nécessairement plus qualifiée. Sur ce plan, le gouvernement est confronté à une logique qui n’est pas cohérente entre l’immigration dite de travail, et la mise en place de toutes sortes de quotas contradictoires. D’ailleurs, comme l’a souvent répété François Bayrou, « l’immigration choisie est au mieux un slogan, au pire un leurre ».
A ce propos, il faudra bien que Nicolas Sarkozy et le ministre de l’Immigration Brice Hortefeux comprennent que la coopération européenne est plus que jamais nécessaire. Il faut absolument construire une politique commune de visas, de lutte contre l’immigration clandestine y compris et même surtout dans les DOM-TOM, sans oublier le co-développement notamment avec les pays africains. D’ailleurs au cours de sa visite au Maroc, Nicolas Sarkozy a été interpellé par le roi Mohammed VI qui a souhaité la création de «mécanismes innovants », lors du deuxième sommet Afrique-UE à Lisbonne en décembre 2007 sur l’immigration.
Or sur l’immigration, l’Union Européenne a beaucoup de difficultés à adopter une politique harmonisée. L’Espagne régularise massivement, l’Italie aussi à un degré moindre, et pendant ce temps la France et la Grande Bretagne se montrent beaucoup plus restrictives. Bref, chacun fait sa politique de son côté, en considérant d’abord ses intérêts nationaux et les enjeux électoraux qui accompagnent ces réflexions.
Pourtant, quoiqu’en pensent les gouvernants européens, l’Europe vieillissante aura besoin d’immigrés. Ces immigrés il faudra les accueillir, les former, quitte à en voir certains repartir dans leurs pays. Il est impensable d’imaginer que l’on puisse piller les richesses humaines des pays en voie de développement, comme on le fait des richesses de leur sous-sol. Cependant, compte tenu des problèmes démographiques rencontrés par l’Union Européenne, problèmes qui vont s’amplifier dans les décennies à venir, il va falloir gérer la situation migratoire.
Certains disent que la France n’est pas concernée par cet affaiblissement de la population, ce qui est vrai par rapport à des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou certains pays à l’Est de l’Union Européenne. Toutefois, le problème se pose quand même puisqu’on est obligé de prendre des mesures pour pourvoir à des emplois qualifiés, mais aussi non qualifiés. Nous manquons d’informaticiens, d’interprètes ou traducteurs, mais aussi de bûcherons et de balayeurs. Le phénomène est général dans la quasi-totalité des Etats de l’UE.
Raison de plus pour faire un effort sur la politique communautaire en matière d’immigration. Raison de plus, également, pour trouver un équilibre entre les aspects humanitaires et économiques des flux migratoires des pays tiers. Raison de plus enfin, comme ne cesse de le répéter François Bayrou, « de bâtir la politique d’immigration avec les pays d’émigration sur des principes clairs et, notamment, sur la mise en œuvre de partenariats et d’accords de coopération avec les pays concernés ». Cela nous permettrait surtout d’avoir une vision prospective sur le sujet. Nous y gagnerions en efficacité et plus encore en humanité. La France est quand même la patrie des Droits de l’Homme et l’Europe le berceau de la démocratie.
M.E.
Je suis d�mocrate, je suis europ�en, donc je suis MoDem
Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA)
Pour tout le monde Europe rime aujourd’hui avec démocratie. Quand je dis Europe, cela signifie bien entendu Union Européenne, ensemble de 500 millions d’habitants, allant de la Mer Noire à l’Océan Atlantique et de la Mer Méditerranée au Cap Nord, sans oublier les territoires ou régions dépendant de pays de l’UE. Le soleil ne se couche jamais sur « cet empire » qui a, surtout, la particularité de s’être constitué dans la paix, avec pour critère principal le même respect des principes démocratiques dans tous les Etats qui composent cette union. C’est en cela aussi que nous pouvons parler d’ensemble unique sur la planète, les Etats-Unis d’Amérique par exemple ayant encore des Etats appliquant la peine de mort, ou recélant sur leur territoire des prisons type Guantanamo.
Les liens entre l’Europe et la démocratie sont très anciens comme chacun le sait, puisque la démocratie tire son nom de la Grèce Antique. C’est là que fut établi le principe du gouvernement du peuple par le peuple, même si nous savons bien que dans le peuple en question étaient exclus les femmes et les esclaves. Il n’empêche, ce type de gouvernement va beaucoup influencer la vie politique de l’ensemble de l’Occident, appelé communément « l’Occident Chrétien ».
Certes l’Empire Romain, le Moyen-âge et ensuite l’absolutisme royal dans les grandes monarchies européennes n’ont pas été des exemples de démocratie, ce qui représente une vingtaine de siècles, mais dès le 18è siècle (siècle des Lumières) cette idée de démocratie représentative s’impose en Angleterre, puis aux Etats-Unis qui en sont aux balbutiements de leur histoire, et enfin en France avec la Révolution et l’adoption par l’Assemblée Constituante, c’est-à-dire les représentants du peuple, de « la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » le 26 août 1789.
A partir de là, le mouvement ne s’arrêtera plus malgré les inévitables soubresauts de l’histoire. La Révolution française va s’exporter dans une bonne partie de l’Europe Occidentale grâce aux conquêtes militaires, et le mouvement va s’amplifier sous diverses formes pendant la révolution industrielle. Celle-ci, en effet, en raison des problèmes sociaux qu’elle suscite va permettre à certains courants de pensée de mettre en avant, face au pouvoir de la bourgeoisie capitaliste, des idées aussi simples que la protection des plus faibles et des plus démunis. Cela aboutira à la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » adoptée en 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies.
Un peu plus tard, en 1950, les Etats membres du Conseil de l’Europe adoptent « la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales ». Celle-ci, contrairement à la DDHC de 1789, institue une Cour de Justice chargée de faire respecter les droits de l’homme, la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui siège à Strasbourg. Cependant, si l’on est allé aussi loin dans le respect de l’individu, c’est aussi parce que le monde venait de vivre quelques épisodes parmi les plus effroyables que l’humanité ait connus. Nous voulons parler bien sûr des deux guerres mondiales avec, comble de l’horreur, le totalitarisme national-socialiste en Allemagne.
Il faut aussi souligner qu’à l’époque ou fut signée la Convention de 1950, notre continent vivait dans sa partie orientale une révolution qui, sur le plan de l’horreur à défaut des principes, ressemblait en tous points au nazisme : le totalitarisme communiste illustré par le règne de Staline, qui perdurera encore 38 ans après la mort du Czar rouge. Là aussi, malheureusement, beaucoup soulignent l’influence française dans l’évolution de cette dictature, les idées les plus tyranniques de la Révolution française ayant servi de référence à « la dictature du prolétariat ». Cela étant, pour être juste, l’apport de la Révolution française a été infiniment plus riche que la dérive thermidorienne ou napoléonienne qu’on lui prête si souvent.
Pour en revenir à l’année 1950, nous dirons qu’elle est sans doute la période la plus marquante pour notre continent, car c’est là que commence réellement la construction européenne. Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, lance l’idée d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Ce plan est destiné en premier lieu à amorcer le rapprochement entre la France et l’Allemagne. Il sera mis au point par Jean Monnet qui, dès 1945, avait décidé de fonder une première institution commune aux Européens, avec le soutien affirmé d’hommes d’Etat comme Konrad Adenauer ou Alcide de Gasperi, qui ont été respectivement chancelier de l’Allemagne Fédérale et Président du Conseil italien.
Nous n’allons pas évidemment faire l’historique de la construction européenne, mais plutôt rappeler l’extraordinaire apport démocratique de l’Union Européenne sur notre continent. Tout d’abord la paix entre les peuples. N’oublions pas que la démocratie, c’est d’abord la paix à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est quand même une idée nouvelle en Europe. La France pour ne citer qu’elle, se nourrit d’une histoire militaire intense au cours des derniers siècles.
Sans remonter très loin, entre les guerres de Louis XIV, de la Révolution, de Napoléon et son neveu Napoléon III, plus les deux guerres mondiales, la France a été constamment en guerre avec nos principaux partenaires de l’Union Européenne. Or, aujourd’hui tout conflit est impossible entre les 27 pays membres. Mieux même, quoi qu’on puisse en dire, et même si l’on peut regretter que l’union politique ne soit pas suffisante au niveau des instances européennes, l’Union Européenne est inattaquable par aucune autre puissance dans le monde que ce soit sur le plan militaire, ou sur le plan économique. L’UE est la première puissance économique mondiale, avec un PIB qui dépasse largement le quart des richesses produites dans le monde, loin devant les Etats-Unis.
La paix n’est pas le seul acquis de l’Union Européenne. Il y a aussi le progrès social, fruit d’une croissance soutenue par la coopération économique, et la libération des échanges à l’intérieur de l’Union. Grâce à l’UE, des pays quasiment en voie de développement dans les années 70, comme l’Espagne, l’Irlande, le Portugal ou la Grèce sont devenus aujourd’hui des pays développés, voire même très riches comme l’Irlande. D’autres suivent le même chemin, notamment les pays de l’Est entrés dans l’Union après la chute du communisme.
Sur le plan politique, la construction de l’Europe s’est accompagnée dans toute l’UE d’une application avancée de l’Etat de droit avec, en particulier, la primauté du droit communautaire institué « en ordre juridique propre »sur les droits nationaux, les citoyens pouvant en demander l’application devant les tribunaux. Cet apport est particulièrement bienvenu pour les pays récemment libérés de la dictature communiste.
Cependant, le tableau de cette Europe ne saurait être idyllique pour plusieurs raisons : la première vient en grande partie des dirigeants politiques eux-mêmes. Tous les pays, dont le nôtre, ne sont pas dirigés par « d’authentiques européens » quelles que soient leurs gesticulations de façade, ces dirigeants refusant farouchement d’aliéner une partie de leurs pouvoirs nationaux.
Ensuite, il y a les effets conjoints de l’ouverture totale des marchés à l’intérieur de l’Union, mais aussi de la mondialisation, avec la vague de restructurations économiques qui ont accompagné ces mouvements, et les drames sociaux qu’ils ont engendrés dans certaines régions. Du coup, plusieurs pays ont vu monter une vague de populisme et de nationalisme exacerbée, qui rappelle de mauvais souvenirs aux plus anciens d’entre nous.
Enfin, il y a le risque de dilution de l’Union avec l’élargissement à marche forcée que l’on a connu ces dernières années. Les nouveaux pays membres pèsent d’un poids de plus en plus lourd dans les institutions et procédures européennes ce qui paraît une évidence à première vue. Cela étant, il faut que les pays entrants fassent l’apprentissage de la politique communautaire, sous peine de voir les nations les moins portées à l’approfondissement politique, la Suède, le Danemark et surtout la Grande Bretagne risquer de tirer parti de l’élargissement pour reporter sine die la construction de l’Europe politique. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que ces trois pays ont refusé leur adhésion à la Zone Euro.
A ce propos, nous ne pouvons que nous féliciter du fonctionnement de l’Eurosystème (13 pays membres aujourd’hui). Nous n’allons pas redire une nouvelle fois les multiples avantages que nous avons retirés de cette monnaie unique. Simplement, sa plus belle réussite réside dans le fait que démonstration est faite qu’une gouvernance européenne est possible dans un domaine aussi important que la monnaie. Le projet européen imaginé par les pionniers de l’Union a trouvé sa conclusion sur le plan économique et social. Et le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter car plusieurs pays (Malte, Chypre, Lituanie, Estonie) seront intégrés très rapidement, une fois les critères de Maastricht satisfaits, notamment en matière d’inflation.
Tout cela signifie qu’une intégration européenne plus approfondie est possible. Si l’Europe fédérale, comme nous l’avons vu n’est plus d’actualité, si l’on assiste à une renaissance des nationalités, je suis persuadé que le sentiment national n’est pas nécessairement incompatible avec le sentiment européen. Les pays de l’Est ont un sentiment national très fort, mais ils ont voulu faire partie de l’Europe et ils sont heureux d’y être, quoi que puissent en dirent les europhobes. L’Europe a permis de réconcilier les multiples sentiments nationaux et, surtout, elle a fait reculer le nationalisme qui est « un sentiment négatif » comme disait Raymond Barre, européen convaincu.
Cela m’amène une nouvelle fois à déplorer le NON français à la Constitution européenne. Je ne veux pas donner l’impression de me répéter, mais qu’un pays comme le nôtre ait pu dire NON à la Constitution européenne telle qu’on nous la proposait est, tout simplement, indigne de notre passé. J’en veux surtout aux politiciens appartenant aux partis de gouvernement d’avoir pour des raisons personnelles, c’est-à-dire, en espérant en tirer profit sur le plan politique, fait campagne pour le NON et laisser croire qu’il y avait une autre alternative (plan B).
Néanmoins, je suis convaincu que le processus enclenché en 1950 n’est pas prêt de s’arrêter et qu’il va s’approfondir, pour peu que les hommes au pouvoir dans les divers Etats de l’Union n’y fassent pas trop obstacle. Comme le dit souvent François Bayrou « si les égoïsmes nationaux ou les seuls intérêts financiers prenaient le dessus, on pourrait détricoter, morceau par morceau, l’ensemble patiemment édifié jusqu’ici ».
Malgré tout, grâce à des femmes ou des hommes de pouvoirs comme Angela Merkel, François Bayrou, Romano Prodi, Jean-Claude Junker, pour ne citer qu’eux, nous devons rester confiants pour l’avenir de l’Union Européenne qui, dans le sillage de l’euro, finira par s’imposer à tous. Les peuples eux-mêmes imposeront leurs choix, notamment les nouvelles générations. Ce sera la victoire de la démocratie. Je suis convaincu qu’en France le Mouvement Démocrate sera la formation politique la mieux à même d’imposer et d’accompagner ces évolutions indispensables.
Michel Escatafal
Une France verte? A voir
Si après tout cela Nicolas Hulot n’est pas ministre, c’est à désespérer de tout. En tout cas, le producteur d’émissions de TF1 n’y est pas allé par quatre chemins dans le dithyrambe : pour lui le Grenelle de l’environnement, c’est l’équivalent de Valmy ou de la bataille de la Marne. La France est sauvée et la planète aussi ! Rendons grâce au Président Sarkozy d’avoir organisé ces réunions ! Certes, j’exagère un peu, mais depuis jeudi soir nous sommes abreuvés de bonnes nouvelles sur l’environnement.
Cela ne signifie pas pour autant que je suis contre ce type de manifestation, loin de là. Cela ne signifie pas non plus que je ne souhaite pas la réussite de ce qui a été décidé suite à ce Grenelle de l’environnement, je pense simplement qu’il faut savoir raison garder avant de manifester un enthousiasme démesuré. Compte tenu des enjeux, il faut des résultats c’est-à-dire du concret. Nicolas Sarkozy sait parfaitement s’y prendre pour donner de l’importance à tout ce qu’il fait, mais souvent à peine le sujet effleuré on passe à autre chose. C’est pour cela que je suis tellement méfiant, et que j’approuve totalement Vauvenargues quand il dit : « l’art de plaire est l’art de tromper ».
En tout cas, on ne pourra pas reprocher au président de la République de n’avoir pas mis tout son poids pour assurer la réussite de ce « forum », qui a duré plusieurs semaines et qui a abouti à deux journées de négociations intenses, avant qu’il ne prononce son discours de clôture. Et là personne ne fut déçu au point que les écologistes, sans voix, se sentaient quasiment tous rassurés sur la volonté du pouvoir de mettre la France au vert. Il n’y a guère que Noël Mamère pour doucher quelque peu le bonheur ambiant en parlant du financement, mais que vaut la parole de Mamère par rapport à celle de Nicolas Hulot ?
Pas grand-chose. Nicolas Sarkozy a donc beaucoup promis dans ce discours. Les mauvaises langues diront que c’est une habitude de sa part, mais là il s’est en quelque sorte surpassé, même s’il a eu l’habileté de renvoyer à plus tard quelques uns des sujets qui fâchent.Dans le secteur des transports, le chef de l’Etat a tout simplement proposé un plan Marshall d’un milliard d’euros sur quatre ans, pour financer les énergies et les moteurs du futur. Un gros effort va être fait, nous dit-il, sur le fret ferroviaire et fluvial. En revanche, il pense qu’il est impossible de se passer du nucléaire, mais pour faire plaisir aux écologistes, il ne veut pas créer de nouveaux sites. Toutefois, ceux qui sont à peine commencés (EPR) ne seront pas arrêtés. Il n’a pas parlé non plus des déchets. Mais cela ne fait rien, il y a du grain à moudre pour tout le monde.
Le bâtiment figure également parmi les priorités, même si les résultats ne se feront sentir qu’en 2020, ce qui est loin. Tous les nouveaux immeubles seront construits avec des normes très strictes destinées à faire baisser de 40% la facture énergétique. Nicolas Sarkozy avance sans sourciller le chiffre de 140 000 emplois crées par ces mesures, dont 40 000 pour le seul secteur de l’énergie. On ne peut qu’applaudir à ces mesures qui, toutefois, devront être financées comme d’ailleurs celles destinées au secteur des transports. Or, sans vouloir jouer les rabat-joie, cela représente des sommes considérables qu’il faudra trouver, sous peine de voir ces bonnes intentions s’évaporer très rapidement.
Sur les autres sujets « délicats », le président de la République veut laisser « du temps au temps ». Ainsi, il s’engage à étudier la création d’une taxe carbone, « à condition qu’elle vienne en contre partie d’un allègement de la taxation du travail ». Nicolas Hulot s’est dit satisfait, même si pour le moment rien n’est fait. Cependant, pour rassurer définitivement son auditoire, Nicolas Sarkozy va proposer au niveau européen une taxe carbone sur les produits importés qui ne respectent pas le protocole de Kyoto. L’Europe dans ces cas-là est bien utile.Pour les pesticides, il faut d’ici 10 ans réduire de 50% leur usage, et encore à la condition que cela soit possible. Les agriculteurs s’en remettront, tout comme ils ont été satisfaits d’entendre le président de la république confirmer le moratoire sur les OGM jusqu’en janvier. Cela dit, les semis de maïs se font fin avril-début mai. On verra ce que diront les experts, et surtout seront-ils écoutés et par qui ? Quelle sera l’attitude des députés UMP élus dans des circonscriptions agricoles (il y en a beaucoup) quand le Parlement sera saisi du problème ?
Autant de questions sans réponse qui méritent réflexion, et qui tempèrent l’enthousiasme de ceux qui espéraient beaucoup (trop) de ces travaux. Certains diront même qu’il s’agit d’abord de rattraper notre retard sur l’application des décrets européens. D’autres feront le rapport entre le milliard d’euros pour sauver la planète et les milliards de cadeaux fiscaux octroyés en juillet. La pastille verte va-t-elle faire baisser les ventes de 4X4, alors que ceux qui les achètent sont généralement parmi les plus aisés. Rien n’est moins sûr. Enfin, quid des biocarburants dont on nous a tellement parlé jusque là et qui semblent aujourd’hui en perte de vitesse. Là aussi les experts décideront, mais on ne remet pas en cause les engagements pris, pour parler comme Nicolas Sarkozy qui tient, là aussi, à rassurer les agriculteurs engagés dans la filière.
Et pendant ce temps, le prix du pétrole continue d’augmenter (91- 92 dollars le baril), et ce n’est sans doute qu’un début, car selon l’Institut Energy Watch Group, groupe d’études indépendant de l’industrie pétrolière, la production de pétrole dans le monde qui a atteint son pic en 2006, devrait décroître et décliner de moitié d’ici 2030. Actuellement le monde produit environ 80 millions de barils par jour. En 2020, il devrait en produire 58 millions par jour, puis 39 millions en 2030, soit une baisse de 50% par rapport aux niveaux actuels. Cette hypothèse de l’EWG est très différente de celle de l’AIE (Agence internationale de l’Energie) qui table sur 105 millions de barils par jour en 2020 et 116 millions en 2030. Qui a raison, qui a tort ?
En fait, selon EWG, l’AIE conteste la théorie d’une raréfaction des ressources fossiles et même son épuisement à terme, car elle est partie prenante de l’industrie pétrolière. L’EWG estime d’ailleurs qu’à travers ses projections beaucoup trop optimistes, l’AIE envoie aux milieux d’affaires un message extrêmement négatif, en présupposant que le pétrole va continuer à couler à flot dans les 20 ou 30 prochaines années, car cela n’encourage ni l’industrie, ni les gouvernements du monde à se lancer dans les changements structurels nécessaires.
Pourtant, les tenants du tout pétrole devraient se rendre compte qu’en un mois les prix du baril ont augmenté de plus de 10 dollars tant à New-York qu’à Londres, la hausse sur un an atteignant 50%. Il est vrai que les évènements se succèdent pour favoriser cette hausse des cours, avec la décrue des stocks européens et américains, les sanctions américaines contre l’Iran, les bruits de botte au Kurdistan (le transit du pétrole irakien se fait par la Turquie), sans oublier les violences continues au Nigéria qui est le premier producteur africain. A cela s’ajoute la baisse du dollar qui donne l’impression aux pays producteurs que les prix doivent sans cesse augmenter pour maintenir leurs revenus.
Sur ce plan, nous ne pouvons que nous féliciter de voir la France commencer à réfléchir à l’après-pétrole, à travers les mesures décidées pour réduire la consommation d’énergie. Nous sommes en accord avec le président de la République quand il dit ne pas pouvoir se passer du nucléaire même si nous, militants du MoDem, pensons qu’il faut davantage de transparence sur ce type d’énergie. N’oublions pas, comme l’a souvent rappelé François Bayrou, que la France ne remplit ses engagements en matière de gaz à effet de serre que grâce au nucléaire.
Cependant, il faut aussi investir massivement sur les énergies de substitution, comme l’ont fait l’Allemagne et les pays nordiques. Nous sommes très en retard sur les énergies telles que le solaire, la géothermie, les éoliennes, et nous n’avons pas l’impression que cela ait été souligné suffisamment dans le Grenelle de l’environnement. On a beaucoup évoqué les taxes écologiques, mais cela ne suffit pas.
Il faut insister sur l’énergie à la fois propre, si tant est qu’on puisse y arriver, et renouvelable. Seulement, le problème est que cela coûte beaucoup d’argent et pourquoi ne pas le reconnaître, nous n’avons pas les moyens de nos ambitions, sauf à davantage impliquer la population dans les investissements à réaliser pour, à terme, finir par faire des économies tout en vivant mieux. L’Allemagne, pour ne citer qu’elle, fait un gros effort en ce sens.
Qu’avons-nous fait en France ces dernières années pour préparer l’après pétrole ? Peu de choses, et ce ne sont pas Messieurs Sarkozy et Fillon, membres éminents des gouvernements Raffarin ou de Villepin, qui nous diront le contraire. On a essayé de développer la filière des biocarburants, alors que déjà nombre d’organisations en charge de la planète mettaient en garde sur ses effets néfastes pour l’environnement, sans parler du coût. On a essayé etc. Rien de bien concret, sinon une impression de bricolage. Raison de plus pour prendre des mesures et prévoir leur financement. On y revient toujours !
M.E.
"Mare nostrum"
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Nicolas Sarkozy veut-il marcher sur les pas de Scipion, César, Auguste ou Trajan qui, à des titres divers, représentent la main mise de Rome sur la Méditerranée ? Certains se le demandent puisqu’il a défendu au Maroc, lors de sa visite officielle, l’idée d’une Union méditerranéenne, invitant à un sommet des Etats de la Méditerranée à Paris, en juin 2008, pour jeter les bases d’une union politique, économique et culturelle.
C’est un projet extrêmement ambitieux qui, en fait, reprend le processus dit de Barcelone initié en 1995 par Felipe Gonzales alors Premier Ministre espagnol, et Javier Solana son ministre des Affaires étrangères, et destiné à définir une aire commune de paix et de stabilité tout autour du Bassin Méditerranéen. Onze pays méditerranéens sont partie prenante de ce processus (Algérie, Maroc, Tunisie, Turquie, Chypre, Egypte, Jordanie, Israël et l’Autorité Palestinienne, Liban et Syrie) avec les pays membres de l’Union Européenne.
« Ce projet ambitieux consacrera le rôle pionnier de mon pays dans le rapprochement des deux rives de la Méditerranée », a dit Monsieur Sarkozy, visiblement ravi de son initiative. En revanche, tous ses interlocuteurs l’étaient moins pour nombre de raisons. Les Marocains d’abord, qui veulent surtout que l’Union Européenne « ne casse pas ce qui existe ». En fait le Maroc reçoit chaque année de l’Union Européenne une aide annuelle de 265 millions d’euros. Il est aisé de comprendre que le projet de Nicolas Sarkozy ne suscite qu’un enthousiasme modéré et poli de la part du souverain marocain, qui a affirmé que cela devait se faire « en parfaite articulation avec la consolidation souhaitée du processus de Barcelone ».
La Commission Européenne n’a pas montré davantage d’engouement sur le projet, même si Monsieur Barroso est bien conscient des limites proposées par le processus de Barcelone, en raison des tensions perpétuelles qui agitent le Moyen-Orient. Quelques heures après la déclaration de Monsieur Sarkozy, la Commission européenne disait « attendre des clarifications » de la France sur son projet, estimant que cela pourrait faire doublon avec ce qui existe déjà.
L’Espagne également a marqué son étonnement, voyant plutôt dans ce projet un plan destiné à prendre le leadership de la conférence, ce qui n’est sans doute pas faux. En fait, ce qui provoque agacement à Bruxelles, et dans les autres chancelleries européennes, c’est le nouveau cavalier seul de Nicolas Sarkozy dans cette affaire, qui n’a jamais été discutée dans les instances européennes. Nos partenaires européens, convaincus en outre que Nicolas Sarkozy cherche une issue pour sortir du problème franco-français de l’adhésion turque à l’Union Européenne (cette Union méditerranéenne en serait une) , sont désormais sur leurs gardes vis-à-vis des initiatives du président français.
Les diplomates des autres pays arabes sont eux aussi méfiants, d’autant qu’ils n’ont pas été invités à écouter son discours de Tanger, alors qu’ils estiment être les premiers concernés par le projet. En revanche, tous les ambassadeurs européens étaient présents. Cela personne en France ne l’a souligné, mais notre « omni président » va devoir apprendre les règles de la diplomatie. Il ne faudrait quand même pas que Nicolas Sarkozy s’imagine traiter les dirigeants des pays étrangers, comme ceux de l’UMP ou du Nouveau Centre.
En conclusion, nous dirons que cette nouvelle initiative du président français démontre, à l’évidence, que sur le plan des affaires extérieures la rupture est bien là même si certains, en Afrique notamment, disent qu’il essaie surtout de se démarquer de ce que faisait son prédécesseur. Nos partenaires européens sont déroutés, nos amis africains se posent des questions, et seuls les Américains semblent réellement satisfaits de leurs relations avec le nouveau pouvoir français.
A ce propos, nous ne pouvons que souligner la remarque de François Bayrou, qui regrette en particulier l'absence de continuité en politique étrangère, traduisant en cela le sentiment de nombreux Français : "Je souffre de voir la France s'aligner sur l'administration Bush". Ce n’est pas, en effet, cette rupture que les Français attendaient en priorité.
Michel Escatafal
"Tout vient à point à qui peut attendre" (Clément Marot)
Et l’on s’étonnera que les Français, les jeunes notamment, ne s’intéressent plus à la politique ! Que peuvent penser les gens quand ils apprennent qu’une proposition de loi, soutenue par le gouvernement, la majorité UMP et…le Parti Communiste, propose qu’un parti politique (un groupuscule) puisse bénéficier d’un financement public même s’il n’en remplit pas les conditions. C’est du Nouveau Centre bien entendu dont je veux parler. La loi en vigueur aujourd’hui précise, en effet, qu’il faut avoir 50 candidats ayant obtenu 1% des voix aux élections législatives pour en bénéficier. Nous disons bien 1% des voix soit 100 voix sur 10 000. Et ce parti revendique, avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy, la possibilité de toucher 1,8 M d’euros par an. Incroyable, mais vrai !
Ce projet a évidemment suscité de nombreuses réprobations dans l’opposition, car trop c’est trop. On se moque des citoyens et du suffrage universel. A ce propos, il est symptomatique que le « presque feu » Parti Communiste se soit associé à ce projet de loi, lui qui a toujours vécu dans la duplicité. On a les soutiens que l’on mérite! En tout cas, je pense que François Bayrou a eu tout à fait raison de parler récemment d’une « énorme décomposition de la vie publique, sociale et politique dans notre pays ». Dit autrement, nous avons de plus en plus l’impression de vivre une fin d’époque.
A propos du Nouveau Centre, on se demande d’ailleurs pourquoi ses dirigeants s’obstinent à ne pas vouloir se fondre dans l’UMP, à moins que celle-ci ne les veuille pas. Peut-être en effet, que Nicolas Sarkozy dans ses embrouilles politiciennes, y trouve avantage. En tout cas, ce n’est pas en utilisant de si grosses ficelles que le Nouveau Centre va conquérir un électorat qui le fuit, et plus encore qui ne le connaît pas. Ce n’est pas non plus avec de telles méthodes que le président de la République va réconcilier la politique et les Français, lui qui a tant promis pendant la campagne présidentielle. « Moins on pense, plus on parle » disait Montesquieu. Tout Nicolas Sarkozy est dans cette phrase.
Le plus grave dans cette affaire, c’est l’image que le Parlement donne à la population. Nombre de nos élus n’ont toujours pas compris qu’ils doivent donner l’exemple. Cela étant, même si ce n’est pas une excuse, ils ne font que représenter la société dont ils sont issus. D’ailleurs, ne vivons - nous pas dans un monde où est exaltée de plus en plus la devise « la fin justifie les moyens » ? On arrive au pouvoir par le mensonge, on s’y maintient par la dissimulation, et on renouvelle ses mandats par la compromission. Bien entendu, toutes les femmes et tous les hommes politiques n’en sont pas là, mais depuis le 22 avril (fin du 1er tour de l’élection présidentielle), nous sommes gâtés quant à ce type de comportement.
Heureusement, comme je viens de le dire, qu’il y a des femmes et des hommes qui savent rester debout, qui savent résister, même si leur comportement suscite moins la une des médias. C’est tellement plus croustillant et plus vendeur de louer le savoir faire, la roublardise d’un président de la République qui récupère un à un quelques politiciens « au rancart », pour parler comme le général de Gaulle, plutôt que souligner l’obstination d’un homme, comme François Bayrou, qui refuse les compromissions, et s’engage à suivre coûte que coûte la voie qu’il s’est tracée. Plus triste encore, nombre de médias ont raillé l’attitude du leader du MoDem en juin, juillet, août. On s’est même moqué de lui en le montrant seul, en haut de l’hémicycle, en disant que son combat était perdu d’avance.
Mais les thuriféraires du pouvoir oubliaient simplement que dans le monde actuel tout va très vite. Ils oubliaient surtout qu’il y a des réalités économiques, géopolitiques dont on ne peut pas s’affranchir. Il y a même la vie tout court, et ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui nous contredira. Autant d’éléments qui exigent de la part de ceux qui nous gouvernent du courage, beaucoup de courage. Pourquoi les Français ont-ils le souvenir attendri de personnages comme le général de Gaulle, Pierre Mendès-France ou Raymond Barre ? Parce qu’ils se faisaient « une certaine idée de la France », parce qu’ils refusaient les compromissions, parce qu’ils avaient une éthique.
François Bayrou fait partie de ces dirigeants, mus par le souci de l’intérêt général. En tant que militant du Mouvement Démocrate, je mesure la chance que j’ai d’appartenir à une formation politique où les deux premiers principes qui doivent être ceux de notre mouvement sont : « une charte des valeurs pour définir très clairement ce à quoi nous croyons et ce que nous refusons, et une charte d’éthique et de comportement indispensable, après les blessures profondes ressenties par les militants lorsque des parlementaires changent de cap ».
En écrivant cela, je suis convaincu que les Français sont, et seront, de plus en plus nombreux à être séduits par la démarche initiée par François Bayrou, de construire une démocratie nouvelle dans notre pays, où le citoyen n’est pas seulement un consommateur, mais un « producteur d’idées, de convictions, d’engagements, de solidarité ». D’ailleurs les médias eux-mêmes, confirmant ce jugement, commencent à s’apercevoir du phénomène, comme en témoignent les apparitions de plus en plus fréquentes de François Bayrou à la radio ou à la télévision. Je parierais volontiers que ce n’est qu’un début, car l’avenir appartient au Mouvement Démocrate et à son leader.
Michel Escatafal
Ne jamais se décourager
Avant hier, nous avons appris que le président de la République avait décidé de s’inviter au bureau politique de l’UMP. Cette information n’a rien de banal dans la mesure où l’UMP est né des cendres de feu le RPR, lui-même issu des différents partis gaullistes qui ont marqué l’histoire des décennies 50, 60 et 70. D’ailleurs pendant la campagne présidentielle Nicolas Sarkozy, qui n’est pas à une contradiction près, s’est plusieurs fois réclamé du gaullisme et du général de Gaulle. Raison de plus pour être étonné de voir le président de la République continuer à se comporter en chef de parti. Quelle humiliation posthume pour le fondateur de la 5è République !
François Bayrou en a d’ailleurs profité pour dire que « c’est une faute pour la fonction », car pour lui le président de la République est au dessus des partis. Raymond Barre ne disait pas autre chose l’année dernière quand, à propos de l’élection présidentielle, il affirmait qu’il ne faut à aucun prix que le président de la République devienne le chef du parti majoritaire. Cela étant, nous savons bien que l’élection présidentielle au suffrage universel, avec un personnage désigné par un corps électoral nombreux, soutenu par un appareil partisan puissant, a toujours beaucoup de mal à être du jour au lendemain l’homme de la nation entière. Il n’empêche, avec Nicolas Sarkozy toute ambigüité est levée.
Parmi les informations dont on ne parle pas beaucoup en France, il y a les élections à l’étranger. C’est un comportement qui surprend a priori, tellement les autres pays font beaucoup de place à nos propres élections. Chaque jour dans la presse suisse, italienne, espagnole, nous trouvons en période électorale un article évoquant les élections en France. On y voit même l’évolution quasi quotidienne des principaux instituts de sondage. C’est valable surtout pour l’élection présidentielle, mais les élections législatives ne sont pas oubliées pour autant. Chez nous, en revanche, on se passionne peu pour ce qui se passe à l’extérieur des frontières, y compris dans les pays de l’Union Européenne, à la notable exception des élections américaines, sans que toutefois cela déchaîne les passions.
Or dimanche dernier, il y avait précisément les élections fédérales en Suisse. Au-delà des résultats proprement dits, nous avons surtout noté la nouvelle progression du parti populiste (l’UDC) qui a obtenu près de 29% des voix (+ 3% par rapport à 2003), loin devant le Parti Socialiste qui atteint à peine 19% des voix, en baisse de 4,2%. Cela n’a rien d’étonnant car, comme en France, le PS n‘a plus aucune idée à offrir aux électeurs.
L’UDC (Union Démocratique du Centre) qui, contrairement à son appellation, est le parti de la droite nationaliste et populiste, a donc gagné ces élections. Le moins que l’on puisse dire est que pour des observateurs étrangers, cette victoire tient du paradoxe quand on connaît la situation de la Suisse de nos jours. C’est un pays où règne le plein emploi même si la précarité est souvent la règle, son économie tourne à plein régime et ses habitants sont parmi les plus choyés de la planète. Malgré tout le seul sujet des élections, aux dires et écrits des journalistes, était Christoph Blocher, leader charismatique de l’UDC. Combien de sièges supplémentaires allait-il obtenir ? Allait-il garder son siège au Conseil fédéral ? Voilà les questions qui intéressaient les Suisses à la veille du scrutin.
Pourtant aux dires de ses détracteurs et de ceux qui l’étaient moins, il ne proposait rien de nouveau par rapport à son programme des élections précédentes. Les thèmes, que nous connaissons bien ici en France, tournaient autour des questions liées à l’immigration, la criminalité étrangère, l’insécurité etc. Bref tous les morceaux choisis de la droite xénophobe et anti Union Européenne. Jusqu’à présent, c’est surtout en Suisse Alémanique qu’il avait conquis ses succès. A présent, c’est la Suisse romande, pourtant plus libérale, qui s’est laissé séduire par le populisme, Genève et le canton de Vaud en tête. Pourtant Genève est le type même de la ville ouverte, internationale, très longtemps marquée par l’influence socialiste. Mais le résultat est là : sans atteindre ses scores de l’Est du pays, l’UDC a largement battu le Parti Socialiste dans ses fiefs francophones.
Cela nous rappelle quelque chose et nous ramène en France. Quand on est au pouvoir, il ne faut pas décevoir et surtout il ne faut pas décevoir plusieurs fois, sous peine de voir des UDC ou Front National prendre des voix et atteindre 20 à 30% des suffrages. Et une fois atteint ce niveau, ces formations politiques qui, répétons-le, n’ont aucun programme sérieux, se retrouvent en position d’arbitre ou au gouvernement comme en Autriche par exemple en 2000. Cela ne dure généralement pas très longtemps. Le parallèle est valable aussi pour le Front National en France, dans les quelques villes de plus de 10 000 habitants prises par ce parti aux élections municipales. Ce fut un fiasco total. Néanmoins, les idées demeurent et ceux qui veulent récupérer ces voix, doivent le faire en « droitisant » leurs discours et, malheureusement, leurs actes. C’est ce qu’a fait Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle et après.
Cependant, la France a une histoire et cette histoire compte dans l’inconscient collectif. La France est le pays de la Révolution de 1789, des « trois glorieuses » de 1830, du 24 février 1848, du 4 septembre 1870. Cela veut dire que nos gouvernants ne peuvent pas tout se permettre, même s’ils s’imaginent que les Français vont se laisser bercer d’illusions si on flatte leur ego. De plus, comme le disait Raymond Barre : « géographiquement nous sommes un pays tempéré ; politiquement, un pays exacerbé ».
Nicolas Sarkozy commence d’ailleurs à s’en apercevoir : ses rodomontades n’impressionnent plus. La démonstration en a été faite encore avant hier, avec le refus des enseignants d’instrumentaliser la fameuse lettre de Guy Môquet. Cela avait déjà été le cas avec les tests ADN sur le regroupement familial, même si le gouvernement a maintenu l’amendement controversé, mais celui-ci a été largement édulcoré. On annonce aussi, et c’est tant mieux, un recul sur le projet de loi sur la maîtrise de l’immigration, avec la possibilité de régularisation des sans-papier disposant d’une promesse d’embauche sous certaines conditions (métier et zones géographiques où les recrutements sont difficiles).
Il ne faut donc pas se décourager, et en disant cela je m’adresse à toux ceux qui veulent que la France soit gouvernée autrement. Il ne faut surtout pas perdre espoir, et se dire que le peuple français n’accepte jamais très longtemps les mensonges de ceux qui les gouvernent. Notre pays, soyons en sûr, saura manifester le moment venu son rejet des illusions ou des chimères pour retrouver le chemin du progrès. Seule une France avec des finances publiques saines, seule une France solide sur le plan économique, seule une France solidaire, pourra affronter les difficultés qui tiennent au monde globalisé dans lequel nous vivons. Et dans notre paysage politique, il n’y a qu’un homme qui puisse incarner ce changement : François Bayrou.
M.E.
Démocratie, démocratie chérie : sans toi pas de liberté

Guy Môquet (1924-1941)
Le 20 juin est par principe une date importante pour l’histoire de France. Il suffit de se rappeler le « serment du jeu de paume » le 20 juin 1789, quand Louis XVI décidant de fermer la salle de réunion du Tiers Etat, les députés décident de se réunir dans la salle du Jeu de Paume de Versailles, et jurent « de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides ». Ils sont rejoints par de nombreux députés du clergé. Plus tard Mirabeau s’écrie devant le représentant du roi : « allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ».
Si je parle du 20 juin aujourd’hui, c’est parce que j’ai écrit le premier de mes 100 articles sur ce blog le 20 juin 2007. Oui, déjà 100, et je vais continuer à écrire quasi quotidiennement, ici et ailleurs, afin de contribuer à mon très modeste niveau, à faire vivre les idées de François Bayrou et du Mouvement Démocrate. La situation que nous connaissons en cet automne l’exige plus que jamais, et les cinq ans que nous allons vivre jusqu’en 2012 seront à coup sûr très difficiles. Il n’est qu’à voir le traitement qui est infligé à certains habitants de notre pays, les sans-papiers notamment, pour s’en convaincre. C’est la raison pour laquelle je suis de ceux qui pensent que nous sommes en résistance, même si évidemment la situation d’aujourd’hui n’est pas comparable à celle de 1789.
Quand nous signons la pétition contre les tests ADN dans le cadre du regroupement familial, je crois sincèrement que nous préservons l’esprit de la France des Lumières, et celui qui animait les députés du Tiers Etat. A ce propos, j’en profite pour manifester, une nouvelle fois, ma fierté d’appartenir à un mouvement dont le leader ne cesse d’affirmer sa croyance dans les valeurs de la République. Un leader qui a comme credo la nécessité d’avoir un Etat impartial, un Etat garant avec un pluralisme politique protégé par la Constitution, un Etat qui veut investir sur l’avenir, un Etat qui assure l’égalité des chances et la solidarité etc. En disant cela, je ne fais que reproduire quelques unes des grandes lignes du projet présidentiel de François Bayrou, au demeurant toujours et plus que jamais d’actualité.
Quand je parle de résistance, je souligne ce que beaucoup d’observateurs n’osent dire, dans un pays où la presse et les médias sont largement aux ordres du pouvoir. Oh certes, on n’interdit pas les journaux comme au lendemain du coup d’Etat du 2 décembre 1851, mais ce sont les journaux eux-mêmes qui s’interdisent de donner des informations qui, pourtant, intéressent au plus haut point les Français. Ils savent, comme ils disent, mais par déontologie, ils ne veulent pas donner l’information. Parfois, ils savent tellement bien, qu’ils écrivent un livre sur le sujet pendant qu’ils maintiennent ceux qu’ils sont censés informer dans l’ignorance, de peur de déplaire à ceux qui les paient, ce qui peut à la limite paraître une excuse, eux-mêmes sous l’emprise de ceux qui nous gouvernent ou sont susceptibles de le faire, ce qui est anormal et pour tout dire scandaleux.
Toujours à propos de résistance, aujourd’hui dans toutes les écoles on va lire ou on devrait lire (on ne sait plus) la fameuse lettre de Guy Môquet, écrite à ses parents avant de mourir. Ce jeune résistant communiste fusillé le 22 octobre 1941 mérite, au même titre que beaucoup de ses camarades ou compagnons de l’époque, de figurer parmi les héros de la nation, mais quelque part les gens ont l’impression qu’il y a de la récupération de la part du pouvoir. Comment en irait-il autrement, alors que le nouveau secrétaire d’état aux Sports a osé faire lire cette lettre dans les vestiaires aux joueurs du XV de France avant le match contre l’Argentine, ce qui était nullissime. Ce pouvoir, croit-il ainsi s’exonérer aux yeux de l’histoire, des atteintes aux droits de l’homme qu’il inflige à certains de ceux qui vivent dans la patrie de Lazare Carnot, Victor Hugo, ou Guy Môquet? En tous cas, Guy Môquet et la mémoire de la résistance qu’il incarne, méritent beaucoup mieux que cette misérable polémique déclenchée par Nicolas Sarkozy.
Pour parler d’un autre sujet, aux élections législatives en Pologne le parti, très à droite, des frères Kaczynsky a été largement battu par son concurrent libéral, le PO (parti libéral Plate-forme civique) de Donald Tusk, ce qui ne devrait pas changer énormément de choses pour le pays, sauf à infliger aux Polonais une sévère potion libérale. Cela étant, la politique populiste menée par les frères jumeaux Kaczynsky a fait la démonstration de son inefficacité, ce qui explique son rejet après deux ans de pouvoir. Certains en France feraient bien de méditer sur ce résultat.
Pour ce qui nous concerne, il reste à lutter chacun à notre façon pour être en mesure d’imposer, le moment venu, non seulement une autre politique, mais aussi une autre vision de la politique. François Bayrou et le Mouvement Démocrate attendent de nous que nous participions activement à ce mouvement. En contre partie, les adhérents et sympathisants du MoDem demandent à ceux qui dirigent ses instances de rester unis derrière notre leader, et d’être fermes sur les principes qui ont permis à François Bayrou d’obtenir 18,6% des voix à l’élection présidentielle. Sur ce socle, nous bâtirons nos prochaines victoires, et la France pourra enfin être « gouvernée autrement ».
Je vous remercie du fond du cœur pour votre amitié et votre fidélité.
Michel Escatafal
Le budget 2008 : prévisions et réalités
Aujourd’hui nous allons parler d’un sujet qui n’a rien de ludique, et encore moins de réjouissant : le budget de la nation. Celui-ci prévu pour l’année 2008 ressort en fort déséquilibre, ce qui apparaît tout à fait paradoxal quand on a entendu les propos fracassants du premier Ministre, disant que la France était en faillite. Hier, nous disions à propos de Nicolas Sarkozy qu’il avait choisi comme politique la fuite en avant. En regardant de près le budget de l’année prochaine, nous ne sommes pas loin de la vérité, même si certains vont dire que nous exagérons.
En 2008, les dépenses nettes du budget de l’Etat s’élèveront à 272 milliards d’euros, tandis que les recettes nettes s’établiront à 230 milliards, soit un déficit d’environ 42 milliards. Cette somme a été très légèrement alourdie (66 millions d’euros) par rapport à celle qui avait été initialement présentée parce que les députés ont ajouté, in extrémis, un amendement qui permet à un chef d’entreprise qui paie l’impôt sur la fortune (ISF), une réduction d’ISF sur les sommes qu’il investit dans sa propre entreprise. Cela dit, au vu de ces chiffres, ce n’est pas en 2008 que nous enregistrerons une baisse de l’endettement public, le gouvernement prévoyant de stabiliser celui-ci à un peu plus de 64% du PIB.
Essayons de voir un peu plus en détail les différents éléments qui ont présidé à la confection de ce budget, en précisant immédiatement qu’il est basé sur une prévision de croissance de 2,25%, ce qui est pour le moins optimiste et sans doute irréaliste, puisque tous les organismes nationaux ou internationaux tablent sur un chiffre inférieur à 2%. Cela étant, en agissant ainsi ce gouvernement n’a fait qu’imiter ses prédécesseurs.
En 2001 par exemple, le gouvernement Jospin tablait sur une hypothèse de croissance allant de 2, 9 à 3,6% et nous avons fait 1,9%. En 2003, le projet de budget n’était pas plus sincère puisque la prévision de croissance allait de 2,5 à 3%, et nous avons fini l’année avec une hausse du PIB de 1,1%. Certes, il y a des aléas conjoncturels, mais pourquoi systématiquement « forcer » les chiffres sachant que la probabilité de les atteindre est très faible. C’est encore cela l’exception française depuis 1981.
Les chiffres relatifs au cadrage économique sont d’ailleurs tous très optimistes, même s’il est parfois très difficile de prévoir les évolutions à six mois ou un an. Par exemple, compte tenu du poids de nos exportations dans les pays de la Zone Euro, le gouvernement est obligé de retenir une prévision de croissance dans la Zone. Pour 2008, il a été prévu 2,3% ce qui est une fourchette haute aux dires des économistes qui prévoient un chiffre plus proche de 2%.
Autre élément dont on tient compte, l’évolution du dollar : le gouvernement part sur la base d’un euro valant 1,37 dollar en moyenne. Il valait hier 1,43 dollar. Enfin, le baril de pétrole à 73 dollars est estimé à un niveau très inférieur à celui d’aujourd’hui, qui est d’environ 90 dollars. Toutefois, nombre d’observateurs pensent que les fondamentaux du marché ne justifient pas un baril à ce niveau, et que les investissements spéculatifs sont les vrais responsables de la flambée actuelle des cours. Cela signifie qu’une baisse rapide est toujours possible, mais il faut être très prudent.
Cette hausse des cours du pétrole aura fatalement une influence sur le pouvoir d’achat des ménages. Or, le gouvernement qui parie sur une hausse de l’inflation de 1,6% (égal au chiffre de septembre 2007 en glissement annuel), a prévu une progression du pouvoir d’achat du revenu disponible de 2,5%, en légère baisse par rapport à 2007 (2,8%), et des dépenses de consommation de 2,5%, nettement supérieures à 2006 et 2007 (2%), ce qui n’est pas neutre.
En ce qui concerne le budget proprement dit, le déficit prévu se situe donc à un niveau quasiment égal à celui de loi des finances initiale de 2007, et supérieur à celui attendu en exécution qui devrait s’élever à 38,3 milliards d’euros, identique au déficit constaté en 2006. Ce déficit tient compte du « paquet fiscal », qui est évalué à 9,1 milliards d’euros en 2008, mais qui en régime de croisière coûtera environ 14 milliards, la différence se situant sur les crédits d’impôt sur intérêts d’emprunt qui passeraient de 220 millions d’euros en 2008, à 3,73 milliards à partir de 2009. Toutefois, il ne s’agit là que de prévisions, dans la mesure où l’impact des mesures sur les heures supplémentaires est chiffré à 1, 3 milliards en 2007, puis 5,5 milliards en 2008 et 6,6 milliards en 2009. Or y aura-t-il la croissance pour faire des heures supplémentaires et à quelle hauteur ?
Toujours dans le chapitre des dépenses supplémentaires, cette fois beaucoup plus faciles à déterminer, il y a l’augmentation des charges de la dette (1,6 milliard) liées aux taux d’intérêt et les dépenses de pension (2 milliards) avec les départs en retraite du « papy boom », sans oublier les financements pour les organismes sociaux (1,2 milliard). Parmi les autres dépenses, il faut noter l’effort conséquent sur l’enseignement supérieur et la recherche (1,8 milliard d’euros) lié à la réforme des universités et au soutien à la recherche des entreprises, mesures auxquelles nous ne pouvons évidemment que souscrire.
A un niveau moindre, le budget prévoit des hausses dans l’audiovisuel public (3,7%) ce qui n’empêchera pas les coupures publicitaires, et la culture (3,1%). Par ailleurs la création du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale va coûter à lui seul 700 millions d’euros, avec l’embauche de 600 agents. Le budget de la Justice va également bénéficier d’un supplément d’embauches (1600 créations d’emplois prévues), et 140 millions d’euros sont prévus pour la mise en place d’études dirigées dans les collèges.
A côté de cela le gouvernement souligne les efforts de rationalisation qu’il s’est engagé à réaliser, et tout particulièrement le non-remplacement de 22900 fonctionnaires partant en retraite. L’ennui, c’est que la moitié de ces diminutions de postes se situe dans l’Education nationale (11200), ce qui est la démonstration éclatante qu’on refuse de faire un effort dans ce secteur vital pour l’avenir de notre pays. En fait, il n’y a que la justice qui affiche une progression de ses effectifs, alors que les effectifs de la défense diminuent de 6037 ETP*, tout comme à un degré moindre ceux de l’Intérieur, outre-mer et collectivités territoriales, qui baissent de 2306 ETP*. En revanche, il n’y a pas de baisse dans les services ministériels. On a les priorités qu’on peut!
Le volet recettes est très stable, avec une progression des recettes nettes globales de 0,9% par rapport aux estimations révisées 2007. Mais sur ce plan, nous l’avons déjà dit, l’incertitude règne quoi que puisse en dire le gouvernement. On prévoit une augmentation de l’impôt sur le revenu de 6,6%, et un total d’impôts sur les sociétés quasiment équivalent à celui des évaluations révisées 2007. Or, sur ce plan, les dernières nouvelles sont quelque peu inquiétantes car les recettes connaissent une stagnation préoccupante. De plus, le poids des remboursements et dégrèvements divers est de plus en plus lourd (83,1 milliards d’euros prévu en 2008 contre 79,4 milliards en 2007).
Nous pourrions développer plus longuement les grandes lignes du projet de loi des finances pour 2008. Nous y découvririons les mêmes caractéristiques : ce budget ne repose pas sur des bases suffisamment solides, pour que nous puissions en donner une appréciation favorable. Rappelons encore une fois que François Bayrou avait, seul, appréhendé la gravité de la situation pendant la campagne présidentielle. Le constat tient toujours et plus que jamais : il faut réduire la dette, pour la ramener à des proportions davantage supportables. Il faut stabiliser les prélèvements obligatoires tant que la dette publique n’a pas diminué. Il faut impérativement supprimer le déficit de fonctionnement. Le gouvernement a choisi hélas une autre voie. Même le Nouveau Centre trouve ce budget déraisonnable. C’est dire ! Cela ne l’empêchera pas de le voter. Il est vrai que ce minuscule parti (moins de 1% des voix aux élections législatives) n’est pas à une contradiction près, à l’image de son tuteur, l’UMP.
*ETP : équivalents temps plein
M.E.
| Recettes de l'Etat en Mds € | 2006 | 2007 révisé | Projet LF 2008 |
| Impôt/ Revenu | 58.6 | 56.7 | 60.5 |
| Autres impôts directs(rôles) | 6.3 | 6.6 | 6.4 |
| Impôts/sociétés | 58.3 | 63.4 | 63.8 |
| Autres impôts direct et T.As. | 10.4 | 11.2 | 11.4 |
| Taxe int.prod.pétrol. | 18.9 | 17.6 | 16.9 |
| TVA | 166.3 | 173.1 | 179.4 |
| Enr.timb.aut.contrib. Et T.Ind | 21.3 | 18.8 | 16.8 |
| RECETTES FISCALES BRUTES | 340.1 | 347.4 | 355.2 |
| Remb.et dégrèv.imp.d'Etat | 59.5 | 65.6 | 67.0 |
| Remb.et dégrèv.imp. Locaux | 12.7 | 13.9 | 16.0 |
| RECETTES FISCALES NETTES |