Cette fin de semaine, l'information politique c'est le congrès du Mouvement Démocrate
Pour François Bayrou, " la banlieue va très mal, et malgré les déclarations multiples qui ont lieu au rythme des émeutes, la vérité est que rien n'a réellement changé sur le fond parce que, hélas, le pays dans lequel on vit se satisfait du retour au calme et des déclarations habituellement grandiloquentes, des plans annoncés majestueusement et qui ne sont pas réellement suivis d'effets" ce qu'il résuma de manière incisive : "Il y a eu trop de promesses et pas assez d'actes."
Le président de l'UDF-Mouvement Démocrate a également tracé les grandes lignes d'une action de long terme en faveur des banlieues autour de trois axes : la lutte contre discrimination "une discrimination devant l'emploi", les services publics et l'Etat dont la présence est nécessaire "là où nous en avons le plus besoin et où ils sont le plus absent" et enfin, le désenclavement afin que "l'on ne soit pas enfermé dans les cités".
Par ailleurs, interrogé sur le départ de Jean-Marie Cavada, François Bayrou a estimé : "On leur a expliqué qu'avoir un poste gouvernemental ça passait par deux choses : premièrement se rallier à l'UMP et conduire sa liste dans un des arrondissements parisiens dont on ignore tout , deuxièmement, si vous voulez un poste ministériel, alors il faut que vous traîniez dans la boue vos anciens amis".
Voilà le résumé des propos tenus hier par notre leader sur France-Inter. Evidemment, s’il bénéficiait du temps de parole que l’on devrait accorder normalement à un candidat qui a obtenu 18,6% des voix à l’élection présidentielle au suffrage universel, il aurait pu commenter plus longuement l’actualité nationale et internationale. Mais le service public, que nous payons avec nos impôts, ne lui en a pas laissé le loisir.
Il est vrai que toutes les chaînes de radio et de télévision du pays sont d’ores et déjà mobilisées par l’intervention de Nicolas Sarkozy de ce soir. Il va parler pour la énième fois, il va de nouveau annoncer quelques mesures qui vont obérer un peu plus le budget de l’Etat, et il va continuer à faire des promesses. Nous allons avoir, c’est certain, quelques questions aseptisées et un long monologue de Nicolas Sarkozy. Ensuite toutes les rédactions vont amplifier le message présidentiel et nous passerons à autre chose, car il faut tenir jusqu’aux élections municipales. Et après ? On verra.
En revanche, je ne suis pas certain que ses journalistes amis vont lui poser quelques questions embarrassantes. Parmi celles-ci, il y en a une relative au maintien de l’exonération de redevance (116 euros par an) pour les plus de 65 ans qui ont des faibles ressources. Théoriquement, elle doit être supprimée le 1er janvier. Il faut savoir en effet que les députés de la Commission des Finances ont écarté plusieurs amendements socialistes demandant le maintien de cette exonération. Il paraît que la question va revenir à l’ordre du jour en décembre, lors de l’examen du collectif budgétaire, aux dires de quelques députés UMP qui, eux aussi, souhaiteraient le maintien de l’exonération. Les élections municipales approchent et ceux-là doivent être en difficulté.
Cette question à poser au chef de l’Etat serait d’autant plus pertinente que l’on parle beaucoup en ce moment de pouvoir d’achat, et 116 euros pour les retraités à faible revenu c’est beaucoup. Cela étant, il faut financer le coût du paquet fiscal voté en juillet au bénéfice des plus riches. Comme nous pouvons le constater, le président de la république et sa majorité ont une priorité : distribuer de l’argent à ceux qui en ont le moins besoin, et pressurer au maximum ceux qui n’arrivent pas à gagner plus et qui ont peu.
Autre question qui pourrait être posée, dans un tout autre domaine, concernant la réforme imminente du secteur audiovisuel extérieur, pour tout dire la voix de la France à l’étranger. Manifestement pour le président de la République, la voix de la France c’est TF1 et accessoirement France Télévision. Mais pour les francophones vivant à l’étranger, c’est aussi France 24 lancée à grand fracas par Chirac fin 2006 (dont TF1 est actionnaire), RFI (Radio France Internationale) et TV5. Pour cette dernière, il y a des actionnaires belges, suisses et canadiens ce qui complique la chose, car ces actionnaires ne sont pas forcément là pour vanter la gloire et les mérites de Nicolas Sarkozy. Gageons, hélas, que le président de la République saura trouver la solution pour faire en sorte que, là aussi, le pluralisme ou la diversité soient absents. Et peu importe si les francophones d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique ne regardent plus TV5 Europe ou Monde.
Nous pourrions continuer longtemps encore sur les questions qui préoccupent les Français et qui ne seront pas abordées ce soir. Mais pour nous, et vous ne m’en voudrez pas, nous sommes tout à notre joie de participer à partir de demain au congrès de l’UDF et du Mouvement Démocrate. L’ambiance sera j’en suis sûr à la fête, même si la naissance d’un mouvement qui compte déjà 80 000 membres est quelque chose de très sérieux et important pour un pays qui, comme le notre, a besoin de retrouver l’espoir, ce qui passe par le renouvellement de son personnel politique. La France traverse une crise profonde, mais son déclin n’est pas inéluctable pour peu que nous le voulions et que nous nous en donnions les moyens. Le Mouvement Démocrate est là pour combler l’attente d’une nation qui doute de plus en plus de son avenir.
Michel Escatafal
Construire une République honnête et un Etat impartial
A la veille de partir pour le congrès fondateur du Mouvement Démocrate, je voulais parler du plaisir que j’ai de participer à la naissance d’un parti totalement nouveau, tellement nouveau d’ailleurs que beaucoup de monde essaie de le démolir avant qu’il ne soit né. C’est d’ailleurs toujours le cas, quand un mouvement prend de l’ampleur, surtout si ce mouvement est dirigé par un homme qui veut changer la vie de ses concitoyens, et gouverner autrement. Par certains cotés, ce qui arrive aujourd’hui à François Bayrou me fait penser à Léon Gambetta, quand celui-ci voulait changer la vie des Français et envisageait de grandes réformes institutionnelles, économiques et sociales, notamment en faveur des classes défavorisées.
Que s’est-il passé ? Au moment où il s’apprêtait à gouverner (1881), une coalition d’intérêts s’est soudain retrouvée pour l’empêcher de mettre en place son projet. Cette coalition regroupait la présidence de la République, mais aussi la haute banque, les dirigeants des grands groupes miniers et des compagnies de chemins de fer ; il ne manquait que TF1, mais la télévision n’existait pas. Il avait aussi à affronter l’ensemble du personnel politique, soucieux de préserver ses prérogatives, ses mandats et pour tout dire ses privilèges.
Tout cela nous rappelle quelque chose, et nous ramène à ce qui s’est passé en début d’année au moment où François Bayrou faisait sa percée dans les sondages. Tout a été mis en œuvre pour que le second tour de l’élection présidentielle, oppose les candidats des deux partis qui se partagent le pouvoir depuis 1981. Même le journal Le Monde rompant avec une éthique séculaire, parce que désormais inféodé aux grands groupes financiers, y est allé de son couplet pour barrer coûte que coûte la route à François Bayrou.
Cela étant, on peut comprendre que tout ce petit monde puisse s’inquiéter de l’émergence d’un parti politique fort, soucieux de placer l’homme au centre des préoccupations. L’article 2 du projet de statuts du Mouvement Démocrate est à cet égard significatif : « le Mouvement Démocrate s’engage à promouvoir les idéaux républicains par l’édification d’une démocratie de responsabilité dans la vie politique nationale, européenne et mondiale comme dans la vie politique sociale ».
Bien évidemment, tous les partis politiques peuvent se prévaloir de ce type de phrase, mais le Mouvement Démocrate en fait une question de principe. Léon Gambetta croyait à ce qu’il disait, et cela ses adversaires le savaient. François Bayrou croit à ce qu’il affirme, et c’est pour cela qu’il est combattu par l’ensemble de la classe politique d'autant que notre leader, contrairement à Gambetta, a le soutien d'un grand nombre de militants. Il faut l’abattre, et pour reprendre ce que disait hier Marielle de Sarnez dans le journal Libération, "le départ de J.M. Cavada prouve simplement que Nicolas Sarkozy et l’UMP sont déterminés à tout faire pour empêcher la création d’un grand parti démocrate, libre et indépendant ". Elle aurait pu ajouter que le Parti Socialiste ne voit pas non plus d’un très bon œil la montée en puissance du MoDem.
Et oui, notre mouvement fait peur et plus on ira, plus il prendra de place dans le pays. Les prochaines élections le prouveront, soyons en sûrs. D’ailleurs les Français commencent à réaliser qu’ils se sont trompés, qu’on les a trompés. Devant le vide sidéral en termes d’idées du Parti Socialiste, il n’y a comme alternative que François Bayrou et le Mouvement Démocrate face à Nicolas Sarkozy et l’UMP. Les Français ont déjà compris que le président de la République et son parti renient les valeurs de la République, et leur font subir la dictature des images et des postures sur la raison. Ils commencent à comprendre qu’il faut nous unir, et non pas nous laisser diviser comme le pouvoir ne cesse de le faire, en prenant à témoin la population pour discréditer ceux qui osent s’opposer.
Le responsable de tous nos malheurs n’est pas le chômeur, ni l’immigré, ni le fonctionnaire. Non le responsable, c’est la finance internationale, c’est l’argent facile, c’est l’argent roi, celui que l’on prête aux pauvres sans se soucier des conséquences, parce qu’ils sont très nombreux, et parce qu’ils sont prêts à tout pour essayer de survivre. Tout le monde le sait, Nicolas Sarkozy le premier, comme l’a rappelé récemment François Bayrou quand il dénonçait le ralliement de notre président de la République « à un rêve américain inégalitaire », qualifiant le sarkozysme de « projet inégalitaire assumé ».
Il reste donc aux militants du Mouvement Démocrate que nous sommes, à nous battre pour faire comprendre à nos compatriotes qu’il faut nous rassembler dans un commun intérêt général, seule manière de faire bouger les choses, hors des idéologies, des réseaux, des communautés. Ce projet là, comme le répète sans cesse François Bayrou, dépasse les frontières classiques de la droite et de la gauche.
Le Mouvement Démocrate est là pour proposer un monde meilleur, un monde où tout n’est pas sacrifié au profit. Ce monde, je suis convaincu que nous l’établirons en France, et par contagion il se fera aussi en Europe. Sans idéal, la vie politique se ramène à une lutte pour le pouvoir sans s’interroger sur l’usage qu’on en fera. Ce n’est pas ce que nous voulons pour notre pays.
Michel Escatafal
Pour adhérer au Mouvement Démocrate
Un petit rappel pour ceux qui ne sont pas encore adhérents du Mouvement Démocrate :
adresse : www.bayrou.fr
Ensuite cliquer sur : adhésion au MoDem
A bientôt. Michel Escatafal
Pitoyable! Lamentable! Minable!
Ces trois adjectifs ne font que refléter ce que peut ressentir un militant du Mouvement Démocrate devant la désertion de Jean-Marie Cavada. Celui-ci, en effet, a décidé de mener la liste UMP dans le XIIè arrondissement, avec en numéro deux Madame Lagarde, la ministre des Finances. Cette décision, disons-le tout de suite, n’a pas surpris tout le monde au Mouvement Démocrate. Je faisais partie des sceptiques et hélas, les faits m’ont donné raison. Comme disait La Rochefoucauld dans ses Maximes, « la faiblesse est le seul défaut que l’on ne saurait corriger ».
Certes, lit-on dans les journaux, il ne va pas rejoindre le Nouveau Centre comme l’ont fait les anciens députés UDF ralliés à la majorité, mais pour moi c’est la même chose. Quelle différence entre quitter le navire dès la fin du premier tour comme l’ont fait les députés du Nouveau Centre, et attendre le mois de novembre, à la veille du Congrès fondateur du Mouvement Démocrate, pour annoncer son ralliement à la majorité ? Je réponds une nouvelle fois que pour moi il n’y en a pas.
Ce qui est le plus gênant dans l’attitude de J.M. Cavada, c’est qu’en plus de trahir son parti (dont il n’avait pas la carte), il n’hésite pas à saluer l’action de Nicolas Sarkozy « qui fait bouger la France ». C’est curieux, mais à Seignosse début septembre, à moins que j’ai mal écouté, je ne l’avais pas entendu dire cela. Alors, que lui a-t-on promis pour qu’il change d’avis ? Je ne sais pas, mais personne ne doute que s’il change de camp, c’est n’est pas pour rien. D’ailleurs comment pourrait-on refuser un portefeuille à un homme comme Nicolas Sarkozy, qui «est allé chercher les meilleurs pour réussir les réformes que nous aurions dû faire il y a trente ans» ? Désolant!
Mais le pire de tout est que ce « grand moraliste » se permet de critiquer avec vigueur François Bayrou qui, ne l’oublions pas, lui a permis d’entrer en politique par la grande porte puisqu’il est député européen. Le leader de notre mouvement aurait « un programme romantique mais un tempérament qui lui fait refuser l’obstacle de la décision » dit J.M. Cavada dans le Figaro d’hier, ajoutant que « s’il avait voulu que ses idées prévalent, il aurait pu négocier une alliance avec le gouvernement ». Enfin, voilà un scoop, comme disent les journalistes ! Puis, entre autres vilénies, il ajoute des arguments dignes de Morin ou Leroy en affirmant : «il faut instaurer la démocratie interne». En somme, J.M. Cavada essaie de faire la leçon à François Bayrou. Pauvre J.M. Cavada, il est pathétique !
En tout cas, pour un homme qui a « épuisé tous les recours de la loyauté avec Bayrou », il se montre en opposition totale avec l’action de notre leader, qu’il a fait semblant d’approuver jusque là. Ce qui est le plus amusant dans ses arguments, c’est qu’il ne veut pas à 68 ans « bâtir une carrière politique sur les ruines de son pays ». Pourtant, il y a de fortes chances que ce soit le cas, car on ne voit pas comment Nicolas Sarkozy va s’y prendre pour éviter une augmentation des déficits et de la dette, sans parler des multiples conflits sociaux qu’engendre une politique où le projet social est totalement absent.
L’homme de centre gauche, enfant de Delors et de Rocard, comme se décrit J.M. Cavada, va quand même avoir du travail pour arriver à se sentir à son aise dans la politique de la majorité présidentielle, lui qui ne comprenait pas il y a quelques semaines « comment on peut passer de façon si bonasse sur quelque chose de gravissime », en parlant des tests ADN et de la loi sur l’immigration.
Il va devoir faire le grand écart pour être en accord sur l’essentiel avec Madame Lagarde, sa colistière, qui ne passe pas pour quelqu’un ayant une fibre sociale très marquée. Gageons, toutefois, qu’il n’aura aucun mal à se fondre dans ce moule qu’au fond de lui-même, et quoiqu’il puisse en dire, il recherchait. D’ailleurs, si tel n’était pas le cas, il aurait refusé l’offre présidentielle. Et puis il va se retrouver avec Kouchner, Bockel et Jouyet, autres grandes consciences de gauche.
Il reste à souhaiter maintenant, et je ne suis sans doute pas le seul dans ce cas, qu’un tel comportement soit sanctionné par les électeurs. Il pourrait l’être d’autant plus, que J.M. Cavada habite Neuilly et non le XIIè arrondissement, ce qui signifie que pour la population il sera considéré comme un parachuté. Et ce n’est pas Madame Lagarde qui pourra lui faire découvrir les spécificités de cet arrondissement, même s’il abrite son ministère. Mais au fond ni l’un ni l’autre ne s’inquiète des problèmes de cet arrondissement. La seule chose qui compte est de remporter l’élection pour l’UMP, afin de faire plaisir à «leur maître».
Quant à nous, militants du MoDem, nous ne devons surtout pas nous décourager face à la désertion spectaculaire d’un homme qui aime trop le spectacle pour travailler dans l’ombre. Le Mouvement démocrate c’est François Bayrou et ses 70 ou 80000 adhérents. J.M. Cavada pesait peu dans le mouvement, même s’il en était une figure sans être adhérent, ce qui était déjà un signe. Je suis persuadé que le week-end prochain tous ceux qui seront réunis à Villepinte n’auront pas la plus petite pensée pour lui. Ils n’auront qu’un but : faire du Mouvement Démocrate, le parti qui permettra à François Bayrou de gagner l’élection présidentielle de 2012, pour pouvoir « gouverner autrement ».
M.E.
Le président est mort, vive le roi!
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Si vous aimez l’histoire vous avez beaucoup de chance, car cela vous permet de vivre à travers les siècles ce qui se passe aujourd’hui. Le roi Charles X en est un exemple frappant. Toutes les biographies sur le personnage nous font irrésistiblement penser à Nicolas Sarkozy, président de la République en 2007. Certes, il y a une différence notable par rapport à cette époque : Nicolas Sarkozy a été élu démocratiquement, ce qui évidemment n’était pas le cas de Charles X. Il n’empêche, l’élection de notre président doit beaucoup au pouvoir des médias et des puissances d’argent, qui ont mis tout leur poids dans la balance, afin que François Bayrou ne participe pas au second tour de l’élection présidentielle le 6 mai dernier.
Revenons à Charles X et à cette date du 16 septembre 1824, jour où le roi Louis XVIII s’éteint aux Tuileries. Quelques instants plus tard, on annonce la nouvelle à la famille royale : « Le Roi est mort, vive le Roi », ce qui fit dire à la petite fille de Charles X : « Roi ! Oh ! c’est bien là le pis de l’histoire ! ». Manifestement, elle n’avait pas l’air enchanté de voir son grand-père, pour lequel elle avait beaucoup d’affection, monter sur le trône, au contraire du petit Louis le jour où Nicolas Sarkozy s’empara de l’UMP, quand il lança son désormais fameux : « je te souhaite bonne chance mon Papa ! »
Charles X a 67 ans quand il devient roi de France, mais on le décrit toujours fringant, presque adolescent avec un éternel sourire charmeur. Sa gentillesse et sa générosité frappent toux ceux qui l’approchent. Cela nous rappelle un autre personnage, sauf que Charles X, précédemment Comte d’Artois, est fils d’une famille royale, avec la courtoisie et la dignité pleine d’aisance qui sied aux princes. En revanche, il n’était pas très cultivé au sens où l’on entend le mot, par la culture encyclopédique ou l’esprit voltairien de son frère Louis XVIII. En cela il ressemble beaucoup à son lointain successeur d’aujourd’hui, qui est loin d’avoir le goût de l’art et des belles lettres de Pompidou, Mitterrand ou Valéry Giscard d’Estaing. Nicolas Sarkozy aime bien Johnny !
Le drame de Charles X aux yeux des historiens, c’est de croire que l’histoire s’est arrêtée en 1789, comme si la Révolution et l’Empire n’avaient jamais existé. Sa conception de la royauté est absolue, comme en témoigne cette phrase qu’il répétait souvent : « j’aimerais mieux scier du bois que de régner à la façon du roi d’Angleterre ». Il n’a de compte à rendre qu’à Dieu et à son peuple. Cela aussi nous rappelle quelque chose : « Les Français ne m’ont pas élu pour regarder passer les trains», répète sans cesse Nicolas Sarkozy. Donc c’est lui et lui seul qui gouverne.
Cela nous ramène à Charles X qui a toujours affirmé qu’il n’avait guère de théorie politique, ni de programme défini. Mais Nicolas Sarkozy en a-t-il ? Notre président réagit plus qu’il n’agit réellement, au gré des circonstances. Comme Charles X, il choisit ses ministres sur des critères plus affectifs et personnels que politiques, même si le fait d’avoir pris des ministres socialistes ou centristes pourrait indiquer le contraire. S’il les a nommés, c’est parce qu’il y voyait un intérêt personnel et non pour rassembler des compétences comme l’aurait fait François Bayrou.
En conseil des ministres, le roi Charles X se mêlait à toutes les discussions, en donnant à son opinion le caractère d’une volonté arrêtée. En fait, comme l’actuel « locataire de l’Elysée », sa préférence allait au travail en comité restreint avec ses principaux conseillers. C’est là que se jouaient les décisions dans le royaume, comme elles se jouent de nos jours dans la République, sauf que le principal conseiller de Charles X, Villèle, était aussi son principal ministre, rôle que n’a pas François Fillon.
D’après Lamartine, Charles X aimait à s’entourer « d’une petite cour de familiers, sans lumières, enivrés par la faveur, avides de régner sous leur maître ». C’est le propre de tout pouvoir de secréter autour de lui un noyau d’affidés, plus particulièrement quand le pouvoir appartient à un seul homme. C’est bien ce qui se passe depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Qui était avec lui lors de la fameuse nuit du Fouquet ? Des chefs d’entreprises importants, quelques amis politiques et ce que l’on appelle « des people », chanteurs, acteurs de cinéma, sportifs etc.
Charles X avait des rituels en cours de journée qu’il veillait à ne pas négliger. Vers 10 heures, il partait à la chasse qui, comme chacun sait, est une passion très royale, décuplée par le fait qu’il vivait seul, son épouse Marie-Thérèse de Savoie étant décédée en 1805. Notre président de la République ne va pas à la chasse, mais il court et fait son jogging. La différence entre les deux monarques est que Charles X n’avait pas TF1 ou France 2 pour immortaliser ses escapades journalières. On ne le voyait pas arpenter les forêts avec son fusil, comme on voit la petite foulée de Nicolas Sarkozy. Il ne s’arrêtait pas en pleine chasse pour livrer ses confidences aux journalistes face à la caméra.
Nous pourrions citer bien d’autres remarques ou anecdotes entre les deux personnages qui, chacun à leur manière, auront suscité bien des espoirs, voire même une vague d’enthousiasme à leur avènement. Charles X, juché sur un magnifique cheval arabe fait son entrée dans Paris le 27 septembre 1824 au milieu d’une foule en liesse. Le contraste diront les observateurs est saisissant avec Louis XVIII qu’il remplace, roi usé par de longues années d’exil et une santé déficiente. Nicolas Sarkozy le 6 mai au soir, rencontre la même liesse auprès de ceux qui l’ont élu et soutenu, lassés par 12 ans de présidence chiraquienne. Mais comme pour Charles X, nombre de Français ne se reconnaissent pas dans ce nouveau pouvoir fait de clinquant et de paillettes.
A peine arrivé aux Tuileries, Charles X avec l’appui de Villèle fit voter « le fameux milliard aux émigrés », pour compenser les pertes qu’ils avaient subi quand ils quittèrent la France au moment de la Révolution. C’était la toute première mesure du règne de Charles X, une sorte de paquet fiscal pour faire le parallèle avec Nicolas Sarkozy. Cette maladresse de Charles X et Villèle pèsera très lourd six ans plus tard en 1830, comme sans doute le paquet fiscal pèsera dans la prochaine élection présidentielle.
Une fois sur le trône, Charles X va rayonner pendant quelques mois en ayant le sentiment d’avoir renoué avec les plus belles heures de la royauté, mais moins de six ans plus tard les Français le chasseront du pouvoir. Dans quatre ans et demi, ce n’est pas une révolution qui obligera Nicolas Sarkozy à quitter ses fonctions, mais le suffrage universel. La déception est déjà perceptible dans la population. Le président apparaît déjà comme un monarque à court de solutions, face aux défis auxquels est confronté notre pays.
Les Français voudront donc revenir aux principes qui ont guidé les fondateurs de la 5è République, à savoir un équilibre constitutionnel retrouvé et des principes de responsabilité et de légitimité. Ils refuseront aussi « le ralliement à un rêve américain inégalitaire », comme le dit avec justesse François Bayrou qui est, d’ores et déjà, le seul recours possible pour faire avancer notre pays sur la voie de la modernisation politique, sociale et économique.
Michel Escatafal
Le courage est la première qualité en politique
Pour changer nous allons parler d’économie, car la France se trouve dans une position qui n’est pas sans rappeler celle que nous avons connue en 1979 avec, toutefois, une différence de taille : nous sommes en monnaie unique. Par ailleurs, si l’on veut que le parallèle soit complet, il faut reconnaître que fin 1978, la situation économique de la France était meilleure, grâce aux mesures courageuses prises par Raymond Barre depuis 1976. Le déficit budgétaire était proche de 1%, l’endettement public était faible (environ 15%) et la balance commerciale était en équilibre. Même l’inflation, pourtant très élevée partout dans le monde, diminuait puisqu’en rythme annuel elle se situait légèrement au dessus de 8%, soit presque deux fois moins qu’aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne.
Aujourd’hui, malheureusement, nous ne sommes plus sur les mêmes bases. En effet, nous avons un déficit budgétaire qui se situe autour de 2,5%, un endettement public très élevé puisqu’il frôle les 65%, une balance commerciale très déficitaire et une inflation qui en rythme annuel dépasse les 2%. C’est d’ailleurs pratiquement le seul critère où nous sommes, pour le moment, à une bonne place dans la Zone euro. Voilà l’héritage que « se sont laissés » nos gouvernants au moment où nous avons changé de président de la République.
En disant cela, même si Nicolas Sarkozy n’y fait jamais allusion, nous disons une nouvelle fois que si le style présidentiel a changé, les femmes et les hommes qui composent le gouvernement sont quasiment les mêmes. Ce rappel est nécessaire pour expliquer les problèmes que notre pays rencontre en ce moment. On n’a pas préparé l’avenir, on a fait des promesses inconsidérées, on a joué avec les chiffres et, en plus, il arrive ce qui n’était pas arrivé depuis plus de 25 ans : un choc pétrolier d’une grande ampleur largement atténué, toutefois, par l'euro fort. C'est ce qui nous fait dire que le pouvoir d’aujourd’hui a quand même plus de chance que celui de l’époque. Cela explique aussi que les autres dirigeants européens aient moins de vigueur à dénoncer l’euro fort que Nicolas Sarkozy, même si Angela Merkel a dit récemment que « l’euro pose naturellement problème ».
Cependant, cela ne signifie pas nécessairement qu’il faille interpréter cette phrase comme Christine Lagarde qui affirme, péremptoirement, que l’Allemagne revient sur la ligne française. En fait, il est clair qu’au-delà d’un certain niveau, la chute du dollar va poser des problèmes qu’il sera nécessaire de corriger, car ce sont les Américains eux-mêmes qui en subiront les premiers les conséquences. Il est évident que de nos jours, il y a un excès de liquidités internationales, c’est-à-dire de dollars, qu’il devient très difficile de maîtriser. Par ailleurs, la hausse du prix du pétrole provoque des déséquilibres supplémentaires et massifs des balances des paiements, par exemple en France.
Si en plus, une monnaie est abandonnée à elle-même comme cela semble être le cas du dollar depuis quelque temps, les dangers sont décuplés non seulement pour le pays qui laisse filer sa monnaie, mais aussi pour ceux qui vivent autour. Cela étant, tant que la chute de leur monnaie est relativement indolore, il ne faut pas attendre trop des autorités américaines, mais l’heure viendra où il faudra bien qu’ils finissent par se préoccuper du problème qui, présentement, repose sur les épaules des Européens.
C’est effectivement un élément nouveau très important par rapport à une époque pas si lointaine : les pays pétroliers, mais aussi la Chine et à un degré moindre l’Inde, qui bénéficient d’excédents structurels de devises très importants disposent aujourd’hui à côté du dollar, d’une grande monnaie qui garantit à leurs avoirs une valeur stable. Dans ces conditions, on comprend les hésitations américaines quant au maniement de leurs taux et à la conduite de leur politique monétaire. Si les Etats-Unis abaissent leurs taux directeurs au dessous de ceux de l’euro, le dollar risque de s’effondrer et donc de provoquer un vent de panique à travers le monde dont nul ne mesure les conséquences. En revanche s’ils maintiennent des taux élevés, c’est leur économie qui va en pâtir.
Certains diront à juste titre que c’est la conséquence de la politique menée par l’Administration Bush qui, on s’en souvient, a cru régler tous les problèmes en faisant des diminutions massives d’impôts pour les plus riches, en favorisant par des crédits très bas l’achat de biens immobiliers et l’endettement pour les plus pauvres. Tout cela n’a évidemment qu’un temps et la réalité est là : la monnaie américaine s’effondre, l’immobilier aux Etats-Unis baisse et les consommateurs qui ne peuvent plus avoir recours au crédit consomment moins. Est-ce vers ce modèle que l’on veut nous conduire en France ?
Nous posons une nouvelle fois la question parce que nous vivons une période difficile, avec un sentiment d’impuissance pour y faire face parce que Nicolas Sarkozy gouverne avec l’œil rivé sur les sondages d’opinion. Tout est fait et discuté en fonction de cela, et c’est ce qui inquiète le plus les économistes sérieux. Certes, comme disait Raymond Barre, « les problèmes monétaires ou ceux du commerce international ne mobilisent pas l’opinion ». Ils la mobilisent d’autant moins si personne ne leur en parle. Or nous sommes à présent le dos au mur et il va bien falloir prendre des mesures courageuses qui seront nécessairement impopulaires. Et plus on attendra, plus dures seront ces mesures, car nous appartenons à la Zone Euro et on nous obligera à les prendre, quoi qu’en pense Nicolas Sarkozy.
En attendant, nous avons eu hier des nouvelles peu rassurantes, voire même très inquiétantes, sur la volonté du président de la République de prendre en compte l’ampleur de nos déficits. En effet Monsieur Jouyet, ancien socialiste converti au sarkozysme devenu secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes, a affirmé que « le pacte de stabilité prévoit qu’il peut y avoir une pause dans la réduction des déficits dès lors qu’un mouvement important est engagé ». En clair cela signifie que l’équilibre de nos comptes publics est repoussé à 2012.
Donc, nous n’allons pas changer de politique dans l'immédiat : on va par conséquent adopter des mesures sur le pouvoir d’achat qui vont creuser un peu plus les déficits de l’Etat, au moment où la croissance est déjà malmenée. D’ailleurs les mesures dont on parle ne résoudront pas le problème du pouvoir d’achat. Qui va bénéficier de l’exonération fiscale du 13è mois ? Ceux qui le touchent. Qui va bénéficier du rachat de jours de congés ? Les fonctionnaires que, par ailleurs, le pouvoir fait passer pour des privilégiés et livre à la vindicte publique quand il se met en grève. Tout cela est complètement incohérent, va coûter très cher, et ne compensera pas les hausses sur les carburants, l’augmentation des charges de chauffage etc.
En vérité, on veut gagner du temps jusqu’aux élections municipales. Comment un homme qui a tous les pouvoirs pour une durée de cinq ans peut-il ainsi mettre son pays dans une telle difficulté ? La réponse est simple : Nicolas Sarkozy manque de courage et refuse d’affronter les problèmes. N’oublions pas ce que Raymond Barre disait à propos de ses fonctions de premier Ministre : « On n’est pas à Matignon pour faire le joli cœur ». Il répétait aussi très souvent à ses amis : « Ne me félicitez pas d’être courageux. Je suis courageux parce que je me bats le dos au mur et que je ne peux pas reculer. Il faut prendre tout cela avec philosophie ». Tout l’inverse de l’idée que se fait Nicolas Sarkozy du pouvoir. En fait, aujourd’hui, un seul homme incarne le courage dans notre paysage politique : François Bayrou.
M.E.
Après les immigrés, les fonctionnaires, à qui le tour?
Il faut oser, aller assez loin, reculer s’il le faut un peu, mais toujours donner l’impression que l’on avance. C’est la stratégie de ceux qui veulent imposer leur loi et sur ce plan, Nicolas Sarkozy et ses communicants sont passés maître dans l’art de faire accepter par l’opinion les mesures qu’ils veulent mettre en œuvre, y compris les plus contestables. Nous en avons l’exemple chaque mois, chaque semaine pour ne pas dire chaque jour. Jamais, depuis bien longtemps, nous n’avions subi un tel matraquage organisé pour laisser accroire aux Français qu’on gouverne le pays avec eux, et pour eux.
Nous n’avons pas besoin de remonter bien loin pour en avoir la preuve. Les grèves à la SNCF et à la RATP en ont été le meilleur exemple. Qu’avons-nous lu et entendu à propos de ces mouvements ? Les mots otages, colère, les expressions ras-le-bol, en avoir marre, les adjectifs furieux, fatigués etc. Qui utilisait ce vocabulaire ? Réponse : le gouvernement et la plupart des médias ou si l’on préfère tous les grands médias, ceux qui comptent le plus dans l’opinion, relayant à sens unique les propos d’usagers jetant l’opprobre sur les cheminots ou les employés de la RATP. En revanche, on n’a quasiment pas entendu les grévistes de la base, à croire que la grève était faite par les Thibault, Chérèque ou Mailly, c’est-à-dire par les leaders des grandes centrales syndicales qui, par parenthèse, ont pu vérifier en quelle estime les tenaient leurs militants et le peu de confiance qu’ils leur font.
Cela n’avait d’ailleurs pas d’importance pour TF1 ou France Télévision, l’essentiel étant que les dirigeants syndicaux aient voulu aller à la table des négociations très rapidement, conformément aux souhaits de Nicolas Sarkozy. A partir de là, on pouvait annoncer que celui-ci sortait grand vainqueur de ce conflit et les Français d’applaudir « parce qu’il n’avait pas lâché ». On aime bien dans notre pays les langages guerriers : « il a tenu » comme à Verdun. Désolant ! Comme si les rapports sociaux dans le pays devaient se résumer à ce type de rapport de force.
Cela étant, si cette grève dans les transports à propos des régimes spéciaux a monopolisé les médias ces derniers jours, il est peut-être bon de revenir sur un exemple emblématique de l’état d’esprit que l’on essaie d’inculquer aux Français : le recours aux tests ADN dans le cadre du regroupement familial. D’abord on en a peu parlé dans les grands médias, sauf pour nous dire que Nicolas Sarkozy a été élu par les Français pour faire des réformes. Soit, mais il y a des réformes que nous préférerions ne pas avoir à commenter, et la dernière loi sur l’immigration avec l’introduction de tests ADN dans le cadre du regroupement familial en fait partie.
Cette loi, en effet, nous ne le redirons jamais assez, est une honte pour notre pays, même si le Conseil Constitutionnel a édulcoré l’amendement qui posait le plus problème. Certains, dont nous faisons partie, ont dit que c’était une demi- victoire que d’avoir obligé le Conseil Constitutionnel à mettre suffisamment d’obstacles au dispositif pour le rendre finalement inapplicable. Malgré tout, la loi a été votée et c’est une de plus, de trop, dans un arsenal anti immigration qui devient indigne de la France.
Là, nous touchons à l’essentiel : les idées du FN se banalisent de plus en plus, et il n’est pas étonnant de voir des élus Front National mener des listes UMP aux élections municipales ou se rallier au parti majoritaire. La stratégie a été payante au moment de l’élection présidentielle, et nous devons tout mettre en œuvre pour qu’elle ne le soit pas une nouvelle fois à l’avenir. Les Français doivent comprendre que Nicolas Sarkozy agit toujours de la même façon : il avance des idées fortes sur l’immigration, sur le droit du travail, sur l’éducation etc., prend à témoin les Français, et fait passer l’essentiel de ces idées.
Quoi de plus facile que profiter d’un crime odieux, pour faire passer une loi qui restreint les libertés. Quoi de plus facile que mettre en opposition une catégorie de salariés qui cotise 40 ans pour sa retraite, et l’autre qui cotise 37 ans et demi. Quoi de plus facile que discréditer des fonctionnaires (ces nantis, ces privilégiés etc.) réclamant un supplément de pouvoir d’achat en disant à ceux qui ne le sont pas, que les employés des services publics ont la garantie de l’emploi et qu’à ce titre, ils ont la possibilité d’empêcher de travailler ceux qui ne bénéficient pas de cette garantie. Imparable, il suffit d’oser !
Cependant, une question se pose : jusqu’où ira-t-on ? Aujourd’hui nous parlons de l’immigration, de la réforme des régimes spéciaux. Demain ce sera le tour du droit du travail, la première offensive étant lancée par la présidente du MEDEF qui demande carrément la suppression de la durée légale du travail. Ce n’est pas une proposition lancée en l’air, d’autant que si l’on écoute Madame Parisot, c’est le meilleur moyen de pouvoir augmenter le pouvoir d’achat puisque, selon ses dires, « celui-ci est une résultante de la croissance ». Or, pour elle, il y aura plus de croissance sans durée légale du travail. Il faut noter que jusqu’à présent, on a entendu personne au gouvernement dire que cette idée était loufoque, tellement elle leur paraît naturelle.
On va donc s’attacher à préparer les esprits à cette nouvelle rupture, en expliquant que la France est en panne de croissance parce qu’il y a trop de rigidités, et donc « il faut balayer tous ces mécanismes très complexes » pour parler comme Madame Parisot, la présidente du MEDEF. Les médias vont relayer cette idée, en oubliant de dire que le dispositif des heures supplémentaires, pourtant bien aménagé par les précédents gouvernements, n’avait pas permis le supplément de croissance promis. D’ailleurs, nombre d’entreprises sont loin d’utiliser les dispositifs autorisés, mais cela il ne faut pas l’avouer, si on veut imposer à notre pays le modèle américain, dont Nicolas Sarkozy ou Madame Lagarde sont de grands admirateurs.
Cela étant, ce sera quand même plus difficile à imposer aux Français que des lois sur l’immigration ou des suppressions de poste de fonctionnaires. Pendant sa campagne présidentielle et après, François Bayrou n’a cessé de dire que le modèle français n’avançait plus parce qu’il était inadapté à la société d’aujourd’hui. Mais il ajoutait que cette inadaptation avait deux sources principales : « l’abandon du principe de l’égalité des chances et du principe de solidarité ». Le leader du Mouvement Démocrate a raison : c’est dans ses traditions et dans ses valeurs que notre pays trouvera la réponse aux nouveaux défis liés à la mondialisation. En disant cela, nous sommes très loin du rêve des adeptes du libéralisme pur et dur, mais c’est sans doute le seul moyen de refonder notre modèle social.
Néanmoins la partie n’est pas gagnée d’avance, et il faudra se battre pour imposer une société où l’homme a une place prépondérante. En effet, comme pour l’immigration, on va essayer de conditionner la population afin qu’elle accepte des mesures ultra libérales. Avec les cadeaux fiscaux aux plus riches, la dépénalisation du droit des affaires, la suppression de 63 tribunaux de prudhommes, la grande offensive est lancée. Le MEDEF apportera sa pierre à l’édifice et on peut compter sur les propriétaires des grands médias, amis à la fois de Madame Parisot et de Nicolas Sarkozy, pour achever le travail de conditionnement.
Malgré tout, le président de la République aurait tort de trop sous-estimer les Français car dans le domaine du droit du travail, tous sont concernés et pas seulement les immigrés. Le précédent du CNE et plus encore du CPE devrait l’inciter à la prudence. De plus, même ceux qui doivent se contenter d’un emploi précaire ne sont pas prêts à accepter la suppression de la durée légale du travail. Il sera quand même difficile de leur faire admettre qu’ils sont des privilégiés parce qu’ils ont un travail, à moins de vouloir revenir au 19è siècle.
Pour notre part, et ce sera notre conclusion, nous faisons confiance à nos compatriotes pour empêcher Nicolas Sarkozy de faire de la France une terre où le salarié est considéré non plus comme un homme, mais seulement comme un agent économique.
ME
Et maintenant que va-t-il faire?
Les conflits à la RATP et à la SNCF étant en voie d’extinction, Nicolas Sarkozy et son gouvernement vont pouvoir passer à autre chose. Cela étant, on ne connaît pas encore les résultats de ces grèves liées à la réforme sur les régimes spéciaux. Personne, pour le moment, n’est capable de nous expliquer ce que le gouvernement a réellement gagné dans cette affaire, et pour les syndicats le flou est encore plus marqué dans la mesure où les négociations vont se dérouler pendant quelque temps encore. Une chose est certaine, personne ne sort réellement gagnant du conflit : le pouvoir parce qu’il se contente d’une victoire en ce qui concerne la durée de cotisation, les syndicats parce qu’ils n’ont pas réussi à maintenir une pression suffisante pour faire reculer le gouvernement, au moins sur la durée de cotisation, même s’ils disent avoir obtenu des contreparties intéressantes. Lesquelles ?
En revanche, ce dont on est certain, c’est que la facture sera lourde pour tout le monde. Combien a coûté ce conflit ? Personne ne peut réellement le dire, même si çà et là on entend des chiffres allant de 4 à 5 milliards d’euros. Rien que pour la SNCF, la facture se monterait à 200 millions d’euros. Bien sûr, comme nous avons coutume de le dire, pour Nicolas Sarkozy et le gouvernement quelques centaines de millions voire quelques milliards d’euros, ne pèsent pas lourd à coté des déficits considérables qui grèvent le budget de la Maison France, surtout si cela doit permettre au président de la République de passer pour un grand réformateur. D’ailleurs, on est en droit de se demander si finalement, ce n’était pas le seul but de ce conflit que l’on aurait pu et dû éviter.
En effet, on a beau chercher à comprendre, on ne voit pas ce que ce mouvement social provoqué, a pu apporter comme début de résolution du financement des retraites à échéance de 15, 25 ou 35 ans. Pourtant, le gouvernement Jospin avait mis en place en 1999 un fonds de réserve des retraites, destiné à accumuler des réserves financières jusqu’en 2020. Les revenus de ce fond devaient permettre d’atténuer les charges des régimes de retraite et limiter les besoins de financement. On devait atteindre la somme de 152 milliards d’euros en 2020 grâce aux recettes des privatisations et aux excédents de certains régimes de sécurité sociale. Aujourd’hui ce fonds n’est doté que de 13 milliards d’euros.
Mais au fait où sont passés les 14 milliards d’euros qu’ont rapporté la vente des autoroutes, ce qui a valu au gouvernement précédent un recours au Conseil d’Etat déposé par François Bayrou en février 2006 ? Ou sont passés les milliards de cessions diverses par l’Etat des titres France Télécom qui lui restaient, sans oublier EDF, la SNCM etc. ce qui représente environ 25 milliards d’euros? En tout cas, ils n’ont pas alimenté le fond de réserve des retraites, et nous n’avons jamais entendu Nicolas Sarkozy, à l’époque numéro deux du gouvernement, s’indigner de cela. Certes, on nous a dit que ces sommes ont servi à recapitaliser les entreprises publiques, parfois avant de les privatiser, mais ce dont nous sommes sûrs c’est que seulement 1,6 milliard d’euro a été versé au Fonds de Réserve des Retraites.
Or le déficit du régime général sera de 4,6 milliards d’euros cette année, et de 5,7 milliards en 2008. Plus inquiétant, le besoin de financement sera d’environ 25 milliards en 2020. Nous nous arrêterons à cette échéance, car au-delà le besoin est un peu plus difficile à évaluer, trop dépendant de nombreux facteurs. Cela dit, l’idée de créer un fonds de réserve était bonne, mais à une condition : l’alimenter, ce qui n’est pas fait. Il est vrai que depuis 1981, tous les gouvernements n’ont cessé de tirer des traites sur le futur, dont on mesure réellement les conséquences de nos jours.
Reste à régler le problème avec les étudiants et les lycéens, dont on entend peu parler parce qu’occulté par la grève dans les transports. Celle-ci, évidemment, provoque des gênes pour les usagers sans commune mesure avec celle provoquée par les étudiants, ce qui explique son faible écho dans l’opinion, contrairement à ce qui s’était passé au moment de l’affaire du CPE. Néanmoins, l’affaire s’annonce peut-être plus compliquée que ne le croit le gouvernement, malgré l’accord de l’UNEF pour négocier. A ce propos, nous ne pouvons qu’être stupéfaits de voir Bruno Juillard, dont on dit qu’il joue sa place sur une liste socialiste, être le représentant des étudiants aux yeux de Madame Pécresse, la ministre des Universités, alors que pratiquement aucun étudiant ne se reconnaît en lui. Au fait, il est étudiant en quoi et depuis combien de temps?
Pour terminer, il faut là aussi rappeler que François Bayrou avait fait de nombreuses propositions pendant la campagne présidentielle qui auraient permis à coup sûr d’éviter ce conflit. D’abord ces propositions auraient fait l’objet de nombreuses discussions avec l’ensemble des personnes concernées. Ensuite ces propositions s’inscrivaient dans une logique de diversité des intelligences et dans une orientation plus efficace. Par exemple, la classe de terminale qui est la clé du passage vers l’enseignement supérieur, devait marquer l’amorce des études supérieures, avec possibilité de changer de voie si le futur étudiant s’apercevait que son orientation n’était pas la bonne.
Rappelons quand même que le but de l’université est de distribuer des diplômes, et non pas d’être une sélection par l’échec. L’enseignement supérieur méritait mieux qu’une réforme bâclée, même si le gouvernement a annoncé une augmentation du budget des universités de 5 milliards d’euros sur cinq ans. Comme le rappelait François Bayrou lors du vote de confiance au Parlement début juillet, « c’est dix fois moins que l’engagement présidentiel de Nicolas Sarkozy d’augmenter de 50% le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche qui est aujourd’hui de 20 milliards d’euros ». Ah, les promesses !
M.E.
Agriculteur, un métier d'avenir? Certainement
« Ce n'est pas parce qu'on est urbain qu'on n'est pas capable d'être à l'écoute du monde agricole. Les valeurs qui sont les vôtres, ces valeurs qui irriguent en profondeur la société française, je les partage au plus haut degré. Je veux que nos agriculteurs puissent vivre des prix de leurs produits ». Voilà quelques phrases chocs de Nicolas Sarkozy assénées aux agriculteurs au moment de sa campagne électorale, mais aussi dernièrement à Rennes (11 septembre) où il a même été jusqu’à souhaiter une anticipation du calendrier sur la réforme de la PAC. A cette occasion le chef de l’Etat s’est livré à une analyse contradictoire de la situation en défendant le marché, remède à tous les maux, mais aussi en se faisant l’avocat d’une régulation forte, rappelant la nécessité de la préférence communautaire. Comprenne qui pourra ! Une fois encore nous ne pouvons que regretter les simplifications abusives du président de la République, sur un sujet ô combien important en Europe et dans notre pays.
Comme le disent de nombreux observateurs, l’agriculture est le domaine dans lequel l’intégration communautaire est le plus poussé. Cette intégration est la résultante d’une longue évolution depuis le Traité de Rome en 1957, et la mise en place de la PAC (Politique Agricole Commune) en 1962 qui avait pour objectif d’augmenter la production alimentaire en Europe, mais aussi la productivité. Le but étant au final de garantir aux pays membres une auto suffisance alimentaire, et d’assurer aux agriculteurs un prix minimal sur chaque produit ou groupe de produits même si ceux-ci ne trouvent pas preneur.
Depuis 1972, la PAC a été amené à s’adapter à travers quelques réformes successives visant à réduire les excédents grâce à la mise en place de quotas, à diminuer la part de l’agriculture dans le budget communautaire, et à accorder une place plus importante à la dimension qualitative. Cette nouvelle orientation se retrouve dans les objectifs de la nouvelle PAC, qui vise à promouvoir une agriculture de qualité, respectueuse de l’environnement et des normes sanitaires, tout en garantissant aux agriculteurs un niveau de vie leur permettant de vivre de leur travail et non de subventions.
A partir de 2003, le système d’aide aux agriculteurs a en effet été sensiblement modifié. Il est guidé par deux principes : éviter la surproduction, poursuivant en cela la politique initiée dans la décennie 80 (quotas, jachère, gel des terres etc.), et mettre en place une véritable politique de développement rural avec des aides attribuées sous condition (environnement, bien être des animaux etc.), et réorientées vers le financement du développement rural. C’est un défi important qui va devoir être relevé, d’autant que l’agriculture européenne a enregistré un doublement de la surface agricole, et une hausse de 70% du nombre d’agriculteurs, avec l’entrée dans l’Union des pays de l’Est européen en 2004 et 2007.
La France, comme nous le savons, est le premier bénéficiaire de la PAC, loin devant l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. En disant cela on ne fait que rappeler les luttes entre membres de l’UE qui souhaitent périodiquement, et de plus en plus souvent, remettre en cause un système qui profite beaucoup à certains pays et pas du tout à d’autres. Bien entendu, ceux-là souhaitent rompre avec le principe de solidarité financière qui existe depuis les débuts de la Politique Agricole Commune. Cela dit, la PAC dispose d’un budget garanti jusqu’en 2013. Après cette date, il y aura fatalement des changements quant au financement et les discussions ne vont pas tarder puisqu’elles doivent commencer en 2008, donc sous présidence française de l’Union Européenne.
Ces cinq ans ne seront pas de trop compte tenu des enjeux, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, et plus particulièrement en France. L’agriculture dans notre pays est un sujet extrêmement sensible et force est de reconnaître que Jacques Chirac, depuis son passage au ministère de l’Agriculture (1972-1974), avait su s’attirer la confiance des agriculteurs. Sur ce plan, Nicolas Sarkozy ne bénéficie pas au départ du même capital de sympathie, même si beaucoup d’agriculteurs ont voté pour lui, et il lui faudra autre chose que des slogans ou des incantations pour mener à bien, avec ses partenaires européens, la réforme de la PAC. Déjà les propositions de révision de la PAC présentées par la Commission européenne, envisageant l’abandon des quotas, la suppression de la jachère et le mécanisme d’intervention garantissant les prix semblent faire l’unanimité contre elles.
Les Jeunes Agriculteurs veulent garder « l’indispensable régulation des marchés aussi bien en termes de prix que de volumes ». La Coordination rurale, beaucoup plus radicale, juge que la PAC se livre aux desiderata du marché et estime qu’elle «a besoin d’un sérieux redressement plutôt que d’une liquidation ». En fait, les agriculteurs refusent le désengagement des politiques de peur que la période actuelle ne perdure très longtemps. La Commission de son coté, a surtout le souci d’une bonne adaptation de l’agriculture européenne face aux mouvements des marchés, dans un contexte de forte hausse de la demande mondiale.
Les paysans observent ce qui arrive avec la méfiance de celui qui se dit qu’une année peut-être bonne et l’autre non. Dans ce cas, on bénéficie un temps d’une hausse des revenus, mais que se passe-t-il si la conjoncture s’alourdit ? Il est évident que les prix garantis sont un confort et une sécurité dont il est difficile de se passer, même s’ils profitent surtout aux plus grandes exploitations pour qui ce système est une véritable rente de situation. En revanche, cela permet aux petites exploitations de survivre, les aides qu’ils reçoivent étant sans commune mesure avec celles que touchent les gros céréaliers par exemple. Ces derniers, en effet, peuvent investir sans risque dans le développement industriel des productions, ce qu’ils font en ce moment dans le domaine des biocarburants pour lequel ils bénéficient également de subventions !
Pour en revenir à la conjoncture actuelle, les professionnels de l’agriculture ou de l’agroalimentaire sont nombreux à penser que la hausse des prix des produits laitiers, et plus généralement des matières premières agricoles, sont un phénomène durable. En tout cas, c’est au moins une stabilisation à un haut niveau qui est anticipé pour les deux prochaines années. De plus, pour l’agriculture cette évolution s’accompagne d’un signe favorable de développement avec la sensibilité accrue des consommateurs pour les produits de qualité, avec une traçabilité incontestable, sans parler du désir toujours plus aiguisé pour les produits bio.
Il y a donc une formidable opportunité pour l’agriculture européenne à saisir, et la France doit en profiter. Raison de plus pour prendre le problème à bras le corps et non pas se contenter de formules simplistes qui ne permettront pas de faire avancer la profession comme elle le doit et le mérite. L’agriculture reste un secteur économique très important de notre pays. Une dynamique doit s’enclencher pour l’amener à se réformer sans heurt. Les paysans doivent reprendre confiance pour saisir la chance qui s’offre à eux. Il y va de l’avenir de milliers d’emplois en France et dans l’UE, sans oublier le nécessaire maintien d’une vie rurale dans nos régions. Ce sera aussi un bon moyen d’éviter la disparition programmée des services publics ruraux auquel on essaie de nous préparer.
Pour conclure, rappelons ce que François Bayrou disait pendant la campagne présidentielle sur une nouvelle politique agricole commune : «notre ligne politique est de changer de politique agricole. Elle doit être fondée sur les prix et non sur les aides, qui déstabilisent le marché, découragent les producteurs, et font artificiellement monter les prix pour les consommateurs. La politique agricole devra répondre à la triple exigence de la sécurité des approvisionnements en produits sains, des conduites protectrices de l’environnement et le choix d’un tissu dense d’agriculteurs au sein d’un monde rural vivant».
Tout est dit dans ce résumé : les agriculteurs qu’on a si souvent montré du doigt parce qu’ils refusent toute évolution, devraient pouvoir se retrouver dans un discours où on reconnaît leur spécificité, leur utilité qui pourrait être beaucoup plus grande si l’agriculture revenait à son marché de proximité, et leur nécessaire densité avec davantage de petites exploitations qui abaisseront le coût de l’empreinte écologique.
M.E.
| Dépenses de l'U.E. | % budget | Montant en Mds € |
| croissance durable | 43% | 54,90 |
| agriculture | 34% | 42,70 |
| Developt rural, envrt, pêche | 11% | 13,60 |
| Acteur mondial | 5% | 6,80 |
| Autres dépenses et frais div. | 7% | 8,50 |
| Total | 100% | 126,50 |
| Recettes de l'UE | % recettes | Montant en Mds € |
| R.N.B. Prelevt taux de 0,73% | 69% | 79,20 |
| Prelevt sur TVA | 15% | 17,80 |
| Droits douane et agricoles | 15% | 17,30 |
| Autres | 1% | 1,20 |
| Total | 100% | 115,50 |
Sources : U.E. et Toute l'Europe.fr
"J'irai jusqu'au bout" : de quoi?
Enfin, nous allons avoir l’impression d’être gouvernés. Le Président de la République va s’adresser aux Français jeudi ou vendredi pour leur parler, mais de quoi ? Du pouvoir d’achat nous dit-on. Soit, mais que va nous proposer Nicolas Sarkozy qu’il ne nous ait déjà dit. On a déjà l’impression, après 6 ou 7 mois de gouvernement d’avoir tout vu et entendu avec lui et qu’il n’a plus rien à promettre. Certes, il ne faut pas le sous-estimer, et nous le savons capable de sortir de son chapeau une mesure à laquelle nous ne pensons pas, mais quelque part les Français commencent à douter des capacités de celui qu’ils ont élu le 6 mai dernier.
Ils doutent et s’inquiètent. Tout va tellement vite avec ce président de la République, mais rien ne se fait comme ce devrait l’être. Il est illusoire de vouloir gouverner seul, sans réelle négociation et sans dialogue avec les acteurs concernés. On nous parle de la réforme des universités comme une des grandes œuvres du quinquennat, mais il est impossible de parler de vraie réforme quand on sait dans quelles conditions elle a été réalisée. Après, il y a la réforme des régimes spéciaux sur laquelle tout a été dit, et qui est l’exemple type de ce qui n’aurait pas dû être fait. Enfin, et pour couronner le tout, il y a la réforme de la carte judiciaire qui est surtout une liste supprimant des tribunaux. Là aussi, il n’y a pas eu l’ombre d’une concertation au point que juges et avocats, pour ne citer qu’eux, manifestent comme s’ils avaient fait cela toute leur vie.
Mais au fait que veut ce pouvoir ? Il veut d’abord diviser pour régner. Tout est bon pour discréditer ceux qui dans le pays manifestent leur mécontentement, et ils sont nombreux. Les grands médias, souvent aux ordres, se parent des vertus de la défense des usagers, et ne cessent de montrer les plus mécontents d’entre eux fustigeant les gens qui prennent en otage la population. C’est d’ailleurs une des expressions préférées du gouvernement : « nous sommes pris en otage » et heureusement que le gouvernement est là pour nous sauver ! Voilà ce qu’on essaie de faire croire aux Français par l’intermédiaire de la radio et la télévision.
Ce pouvoir veut aussi détricoter tout notre système de protection sociale et, plus généralement, supprimer tout ce qui permet aux plus démunis de vivre et de survivre. Ainsi, on instaure des franchises sur les médicaments, en sachant très bien que ce n’est pas avec des mesures de ce genre que l’on va réduire le déficit de la sécurité sociale. En revanche, si dans deux ou trois ans le déficit reste très élevé, ce qui est certain, on nous proposera des mesures beaucoup plus drastiques qui feront que les personnes en grande difficulté sociale (chômeurs, rmistes etc.) ne pourront plus se soigner. On veut instaurer une autre franchise, cette fois sur l’aide juridictionnelle, ce qui est le meilleur moyen pour empêcher certaines catégories de Français d’avoir accès à la justice.
A propos de justice, il est évident que cette suppression de tribunaux va jouer un rôle dans le traitement des dossiers. La justice était déjà lente faute de moyens de toutes sortes, alors on imagine ce qui va se passer avec ce regroupement de tribunaux. Les gens ont quand même du mal à comprendre comment en supprimant la justice de proximité on va améliorer la situation. Même de nombreux maires UMP s’inquiètent, c’est dire ! Cela étant, rassurons-nous, ils s’inquiètent surtout parce que les élections municipales approchent. Le reste ce n’est pas leur problème.
Voilà quelques exemples du mépris dans lequel Nicolas Sarkozy, son gouvernement et leurs soutiens UMP et Nouveau Centre, tiennent les électeurs. En revanche, on écoute et on cajole les plus riches. Après les mesures de ce que l’on a appelé le paquet fiscal qui va coûter 9 Milliards d’euros en 2008, on a même été jusqu’à supprimer, dans le projet de loi des finances, l’impôt de bourse mis en place en 1893, et destiné à lutter à l’époque contre la spéculation.
Certes, aujourd’hui nous ne sommes plus à la fin du 19è siècle, et la bourse a évolué, mais cela démontre un état d’esprit de la part des élus de la majorité, d’autant que cela va augmenter encore un peu plus le déficit public qui atteint déjà près de 42 milliards d’euros. On n’est plus à quelques millions d’euros près, sauf que la France va présider dans 7 mois l’Union Européenne, et que nous serons parmi les plus mauvais élèves de la Zone Euro et même de l’UE. Peut-on faire illusion avec un tel bilan ?
Pour terminer sur une note plus optimiste, nous nous contenterons de reprendre une phrase de ce qu’a dit François Bayrou au cours d’une émission télévisée ces derniers jours : « les lois qui font le monde de l'argent ne sont pas les seules, ne doivent pas être les seules qui s'imposent à la société. Il y a d'autres manières d'aborder les choses ». Nous ne pouvons que souscrire à une telle déclaration. Elle représente l’antithèse des valeurs prônées par Nicolas Sarkozy et sa majorité. Cela les Français sauront s’en souvenir dans les mois et les années à venir, d’autant que leurs inquiétudes, pour ne pas dire leurs angoisses, ne peuvent que s’amplifier dans une société ou tout est fait pour que l’argent domine l’homme.
M.E.