MichelEscatafal

Une intrusion du politique plutôt choquante !

Par escatafal in Général - 31 jan, 2008

Au moment où le président de la République dégringole à une vitesse supersonique dans les sondages, au point que de nombreux maires de la majorité présidentielle ne veulent plus faire référence à l’appellation UMP, le pouvoir s’immisce de plus en plus dans le dossier de la Société Générale. Et le moins que l’on puisse dire est que cette intrusion ne fait pas l’unanimité, un leader syndical la trouvant « peu saine », alors que Jean Peyrelevade (personnalité éminente du monde de la banque) la trouve « choquante ». Donc, en se lançant à l’abordage dans cette affaire ô combien nébuleuse, le pouvoir va trouver le moyen d’en faire une affaire d’Etat qui, à coup sûr, ne redorera pas son blason.

Du coup, l’opposition y voit juste avant les élections municipales, une occasion inespérée de mettre un peu plus Nicolas Sarkozy et sa majorité en difficulté. Décidément, ce dernier accumule les revers ces derniers temps comme cela était prévisible. A ce propos, rappelons-nous ce que François Bayrou ne cesse de dire depuis des mois : «Qu’est ce que c’est qu’un pays où le président de la République peut décider de tout ? … C’est une faiblesse française. Nous sommes un pays qui meurt parce qu’il laisse croire que l’État peut s’occuper de tout. … L’État est devenu omnipotent et impuissant ». Ce n’est pas nous qui démentirons le leader du Mouvement démocrate, et en plus  les faits lui donnent raison.

Revenons donc au dossier de la Société Générale et à l’intrusion de l’Etat à travers les propos tenus par les responsables de la majorité, à commencer par le président de la République lui-même qui souhaite que le PDG de la banque Daniel Bouton « assume ses responsabilités ». Qu’est-ce-que cela veut dire ? Dit clairement, Monsieur Bouton doit démissionner d’autant que bénéficiant d’une forte rémunération (cela doit faire rêver Nicolas Sarkozy) il ne peut pas s’exonérer de ses responsabilités. Voilà de fortes paroles serties de bon sens, donnant à penser au bon peuple que l’on s’occupe de ses affaires, la Société Générale étant une banque à forte clientèle particulière.

Bien entendu les membres du gouvernement ne sont pas en reste, à commencer par le Premier ministre qui ne cesse d’affirmer que les clients n’encourent aucun risque pour leurs économies, ce qui est un lieu commun, et qui a assuré que l’Etat « ne laissera pas la Société Générale être l’objet de raids hostiles » ce qui ne mange pas de pain. Ensuite, la ministre des Finances et la Garde des Sceaux, suivant en cela la voix de leur maître, ont estimé que le PDG avait sa part de responsabilité dans cette « méga perte », ce qui est une évidence, même si Christine Lagarde ne pensait pas tout à fait la même chose quelques jours plus tôt.

A propos de Christine Lagarde, il est quand même étonnant de voir à quel point cette ministre peut-être déstabilisée dans ses fonctions par le président de la République, ce qui montre encore une fois les limites du pouvoir personnel exercée par Nicolas Sarkozy. On ne compte plus les bourdes attribuées à la ministre des Finances, mais comment exercer des fonctions à ce niveau en ayant toujours quelqu’un au dessus qui agit à sa guise et sans concertation. Certes, il n’est pas dans mon intention de défendre Christine Lagarde qui, au demeurant, n’a jamais fait la preuve de grands talents comme ministre du Commerce extérieur, mais qui vaut sans doute mieux que ses pitoyables prestations depuis qu’elle est à Bercy.

Dans  l’opposition, les avis ne sont pas non plus unanimes sur l’attitude à avoir vis-à-vis de Monsieur Bouton. Certains réclament sa démission comme Monsieur Moscovici, mais d’autres comme Elisabeth Guigou ou François Hollande préfèrent attendre un peu pour ne pas déstabiliser un peu plus la banque, à l’instar de ce que pensent plusieurs syndicats. Cela étant, pour le moment le PDG a sauvé son poste, même s’il est désormais surveillé de près. Il faut quand même mener à bien l’augmentation de capital en cours et à ce niveau, cela ne s’improvise pas. Cela le gouvernement devrait le savoir tout comme Monsieur Moscovici. Mais que ne ferait-on pas pour faire parler de soi en cette période électorale !

Plus curieux encore, pour de nombreux observateurs surtout à l’étranger, le pouvoir s’est aussi invité dans le traitement judiciaire de cette affaire. Le procureur de Paris souhaitait, en relation avec la Garde des Sceaux, le placement en détention provisoire du trader Kerviel, mais les magistrats instructeurs, dont l’un est le juge Van Ruymbeke bien connu dans les allées du pouvoir, ont refusé. Tout cela reconnaissons-le fait quand même désordre alors que, tout en suivant  l’affaire de près, il eut sans doute été plus sage d’avancer prudemment dans la recherche des responsabilités, et d’attendre les conclusions des organismes de contrôle qui, eux-mêmes, n’échappent  pas aux critiques.

En tout cas, ce scandale provoqué par la perte de 5 milliards d’euros subie  par la Société Générale, qui va sans doute priver les employés de cette banque des bénéfices de la participation et de l’intéressement ce dont personne ne parle, ne va pas contribuer à redonner aux Français le moral qui leur fait défaut. Ils vont se poser encore plus de questions sur leur avenir, eux à qui Nicolas Sarkozy a tant promis et qui ne voient rien venir de toutes ces mirifiques promesses. Ils vont donc continuer à ne plus faire confiance à leurs gouvernants, voire à ceux qui dirigent leur entreprise, faisant l’amalgame  entre les deux.

 Dans ces conditions,  il ne sera pas étonnant si les Français recommencent à épargner (pour ceux qui peuvent), et donc à diminuer leur consommation ce qui se répercutera in fine sur les comptes publics. A ce moment-là, Nicolas Sarkozy et sa majorité seront bien obligés de dire la vérité aux Français, et de leur offrir comme perspective un solide plan de rigueur si nous ne voulons pas voir notre pays s’enfoncer un peu plus dans les déficits . Ah, les moqueries de François Fillon vis-à-vis de François Bayrou qui faisait de la réduction de la dette l’objectif majeur du quinquennat 2007-2012 ! Le malheur est que ce sont les Français, et plus particulièrement  les plus modestes d’entre eux, qui vont payer cette gabegie organisée par le pouvoir en place.

Michel Escatafal


Une page se tourne, ouf !

Par escatafal in politique étrangère - 29 jan, 2008

  

Le trio qui voulait la guerre en Irak

Il y a des dirigeants qui, lorsqu’ils quittent le pouvoir, laissent un souvenir  ému à leurs concitoyens et plus le temps passe, plus ils deviennent un mythe pour l’histoire. Qui de nos jours en France oserait apporter la moindre critique à l’action passée du général de Gaulle, de Pierre Mendès-France, voire même plus près de nous de Raymond Barre. Ce que l’on retient de ces dirigeants, outre les résultats de leur action, c’est d’abord leur sens de l’honneur. C’est aussi une éthique morale et intellectuelle, basée sur le souci de servir leur pays. C’est enfin le refus de toute compromission et démagogie dès lors qu’il y allait de l’intérêt supérieur  de la France.

Evidemment les femmes ou les hommes de cette trempe ne courent pas les pages d’histoire, en France et ailleurs. Par exemple aux Etats-Unis, il y a un président qui ne laissera un souvenir impérissable à ses concitoyens que pour ses bourdes, ses gaffes, ses mensonges, ses mauvaises décisions, bref toute la panoplie du parfait « looser », comme on dit chez lui. Rarement en effet, un président des Etats-Unis aura accumulé autant de revers pendant ses deux mandats que ne l’a fait Georges Bush. Et pourtant, il a été réélu en 2004 ce qui paraît invraisemblable de prime abord, mais finalement assez naturel dans le droit fil de ce que je disais hier ici même. La médiocrité paie dans les urnes, nous en avons ici une nouvelle preuve. Espérons que notre pays infirme ce diagnostic en 2012.

Revenons donc à Georges Bush et à son discours sur l’état de l’Union. Les chaînes américaines ont surtout retenu trois points qui sont effectivement au coeur des problèmes que rencontrent les Etats-Unis de nos jours. Tout d’abord l’Irak, où la guerre a commencé  il y a bientôt cinq ans. Manifestement le président américain n’avait pas lu la lettre qu’écrivait Richelieu à Louis XIII, au moment où la France s’impliquait directement dans la Guerre de Trente ans en 1635 contre la Maison d’Autriche : « En matière de guerres, on sçait comment et quand elles commencent, mais nul ne peut prévoir le temps et la qualité de leur fin ».

Presque  quatre siècles plus tard  c’est bien le cas en Irak, ce qui n’a pas empêché  Georges Bush de continuer à mentir aux Américains en affirmant que la situation s’améliorait, qu’elle était presque sous contrôle pour employer un langage militaire, oubliant de préciser que le nombre de soldats tués au combat avait été largement supérieur en janvier à celui de décembre. Il a aussi affirmé que si les soldats américains s’en allaient c’était  le chaos assuré, mais c’est déjà le chaos dans ce malheureux pays depuis le printemps 2003.

Ensuite sur l’Iran, Georges Bush a renouvelé ses menaces  comme il le fait régulièrement depuis quelque temps. Outre que les Iraniens n’ont pas l’air trop impressionnés, Georges Bush oublie sans doute que pour le monde entier il est déjà considéré comme un « has been », pour reprendre ce que dit la presse américaine. Les Américains en ont tellement assez de lui qu’ils considèrent qu’il est déjà parti. Alors, on imagine à l’étranger…

Il a aussi parlé de l’économie américaine reconnaissant qu’elle traversait « une période d’incertitude », ce qui est le moins qu’on puisse en dire. Il n’a pas reconnu de vraie responsabilité à titre personnel, et pourtant il y aurait beaucoup à dire sur la politique économique menée dans son pays depuis l’arrivée aux affaires de son administration. L’Amérique a certes connu pendant quelques années une période de croissance économique forte, mais à quel prix. Les baisses d’impôts massives diligentées par l’administration américaine en 2001 ou 2002 ont profité d’abord aux plus riches, mais elles n’ont pas enrichi les plus pauvres qui le sont encore davantage.

 A ce propos, on mesure aujourd’hui à quel point la politique de baisse des taux de la FED, encouragée par l’administration Bush,  a sa part de responsabilité dans la déconfiture des grands établissements de crédit américains et,  par ricochet, des banques européennes. Les taux étant restés longtemps historiquement bas, ont largement alimenté la frénésie d’achats  immobiliers qui a sévi aux Etats-Unis entre 2002 et 2005. Ils ont donc été les moteurs, en quelque sorte, de la crise des crédits hypothécaires  qui a envahi le paysage de la finance internationale l’été dernier. Cela personne ou presque ne le dit, mais la réalité est là et bien là.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille définitivement renoncer à des baisses sur les taux directeurs des banques centrales.  Mais il est permis de douter de l’efficacité réelle de baisses comme celle de la Réserve Fédérale la semaine dernière, comme l’ont souligné de nombreux observateurs. En tout cas, si récession il doit y avoir aux Etats-Unis, elle aura lieu que les taux baissent ou pas.  D’ailleurs, même si le contexte est très différent, le Japon qui a longtemps eu des taux directeurs quasiment à  zéro a mis très longtemps avant de renouer avec la croissance.

En résumé et pour revenir à notre propos initial, on a l’impression que cette année 2008 sera très différente des précédentes, comme si à travers la désignation d’un nouveau président aux Etats-Unis, on entrait dans une ère nouvelle. Pourquoi pas après tout ? Cela étant même si Barak Obama est élu président des Etats-Unis, il ne faut pas croire pour autant que le monde va vraiment changer, contrairement à ce que certains s’imaginent. Cependant, sur le plan des symboles, il est certain que voir élu un président noir à peine 40 ans après la mort de Martin Luther King serait quand même un sacré pied de nez à l’histoire.

Michel Escatafal


Populisme et démagogie sont, hélas, les deux mamelles des élections.

Par escatafal in Général - 28 jan, 2008

Dans un précédent billet ici-même, je disais que les électeurs sont très difficiles à satisfaire, ce qui ne les empêchait pas d’être très réticents à accepter le changement. C’est d’ailleurs ce qui explique les difficultés que rencontrent les partis politiques qui essaient de troubler le duo PS-UMP en France ou CDU-SPD en Allemagne, pour ne citer que ces deux exemples. En fait il n’y a guère que les trublions extrémistes  qui arrivent à s’immiscer dans ce jeu politique à deux, mais à des niveaux généralement marginaux.

Je dis bien généralement, car en France le Front National a été présent au second tour de l’élection présidentielle en 2002. Nous pourrions dire la même chose en Autriche où la droite parlementaire a été obligé de s’allier en 2000 au  FPO de Jorg Haider pour pouvoir gouverner. En Italie enfin, le parti néo-fasciste d’Humberto Bossi était suffisamment influent pour s’imposer dans le gouvernement de Silvio Berlusconi. Malgré tout, le poids global de ces mouvements nationalistes et d’extrême-droite, reste limité à un niveau plutôt inférieur à 10%.

Cela me permet de souligner une nouvelle fois le remarquable exploit de François Bayrou à l’élection présidentielle française de 2007, où sans jamais céder au populisme et à la démagogie, il a obtenu 18,6% des voix au premier tour. Cela étant, ses adversaires UMP et PS qui au contraire avaient multiplié les promesses et les annonces ont quand même obtenu respectivement 31 et 26%. Le leader du Mouvement Démocrate avait fait une percée, mais le peuple français n’était pas encore prêt pour résister aux effets d’annonce de deux candidats prêts à tout pour obtenir leurs suffrages, avec l’aide non dissimulée de la presque totalité des médias.

Alors, dans ces conditions comment s’étonner que les déceptions s’accumulent,  et que le peuple se sente bafoué quand le temps des désillusions est venu, ce qui généralement ne tarde pas. Mais dans ce cas comme par réflexe, la réaction est de revoter pour les candidats qui occupaient précédemment le pouvoir. Pas question pour eux d’élargir l’échiquier politique et d’essayer une autre solution, avec des hommes différents et des propositions qui ne le sont pas moins. "On prend les mêmes et on recommence! On est déçu mais on le sera toujours, alors autant rester dans le système que l’on connaît depuis si longtemps". Tels sont les slogans de nombreux électeurs.

 Espérons quand même que d’ici 2012, cette idée de changement s’impose aux Français car entre le pouvoir personnel exercé par Nicolas Sarkozy, et les 21 régions dirigées par la gauche socialiste, il y a quand même beaucoup de motifs à vouloir le changement. Quels sont les principaux dirigeants de la majorité en dehors de Nicolas Sarkozy? Inutile de les citer, tellement ils ont occupé les postes ministériels depuis vingt ou trente ans. N’est-ce pas risible de voir Nicolas Sarkozy, mais aussi François Fillon ou Xavier Bertrand pour ne citer qu’eux, critiquer ce qui s’est fait auparavant alors qu’ils étaient à des postes ministériels importants. Idem pour les dirigeants socialistes qui sont simplement aujourd’hui un peu plus voûtés qu’il y a vingt ans.

Pour autant, c’est pareil à l’étranger. Regardons ce qui se passe en Italie ces jours-ci, avec la nouvelle démission de Romano Prodi : on va inéluctablement vers de nouvelles élections générales, moins de deux ans après le début de la législature. Et dans ce cas qui est le grand favori des élections ? Le parti de Silvio Berlusconi dont, pourtant le bilan a été particulièrement calamiteux sur tous les plans. Pour prendre un simple exemple indiscutable, le gouvernement de Silvio Berlusconi a laissé l’Italie en 2005 avec un solde des finances publiques de - 4,2% et une dette publique de 106,2% du PIB, soient les plus mauvaises performances de la Zone Euro, à l’exception du Portugal  pour le déficit public.

Normalement, un tel bilan, économique, mais aussi politique, culturel etc. aurait dû être suffisant pour le bouter définitivement hors du pouvoir. Comment faire confiance à un homme que même Jacques Chirac appelait « un marchand de soupe », c’est dire ! Comment accepter de confier de nouveau le pouvoir à un homme qui a échoué sur tous les plans, sauf à mettre la main sur la presque totalité des médias de la péninsule. Comment enfin,  pouvoir faire confiance une nouvelle fois à quelqu’un dont le seul programme est la reconquête du pouvoir,  et dont la conception de la démocratie est tellement simpliste qu’il a traité de « couillons » ceux qui voulaient voter pour le parti d’en face.

Et bien, et je souhaite de tout cœur me tromper, j’ai bien peur qu’en cas d’élections anticipées qui paraissent aujourd’hui inéluctables, Monsieur Berlusconi sorte vainqueur de ces élections au détriment de Romano Prodi. Bref, on préfèrera « un marchand de soupe » malin, beau parleur et populiste à un homme intègre qui a d’abord le souci de l’Etat, et qui n’a pas eu peur de s’attaquer dès le début de son mandat au redressement des finances publiques de son pays. Cela évidemment nous rappelle quelque chose en France, avec le résultat que l’on connaît.

Cependant, et nous terminerons là-dessus, l’exemple de Romani Prodi montre les limites d’une coalition de petits partis. Après avoir gagné les élections avec seulement 24000 voix d’avance, il était inéluctable qu’avec seulement quatre voix de majorité au Sénat, le gouvernement Prodi soit très vite confronté à des difficultés, d’autant qu’en Italie comme en France, la fidélité aux accords conclus et aux idées est une notion assez marginale pour nombre d’élus. Cela dit, il reste quand même à souhaiter que la morale finisse par l’emporter, et que les électeurs italiens fassent preuve de sagesse et donnent une vraie majorité à Romano Prodi, ce qui en plus serait une bonne nouvelle pour l’Union Européenne. On n’ose imaginer ce que pourrait donner une alliance objective entre Messieurs Sarkozy et Berlusconi sur les questions européennes.

Michel Escatafal


Une France déboussolée et des hommes politiques désespérants

Par escatafal in politique française - 26 jan, 2008

Cette fois avec la perte des  5 milliards d’euros de la Société Générale par la faute d’un négociateur de valeurs, le pouvoir tient un sujet qui va lui permettre une nouvelle fois de faire preuve d'un minimum de démagogie.  Le Premier ministre lui-même,  qui n’a guère de bonnes nouvelles à annoncer a commencé à sonner la charge, et les autres membres du gouvernement de suivre. On nous explique doctement que le gouvernement va chercher à faire la lumière sur cette affaire, dont le moins qu’on puisse en dire est qu’elle est assez nébuleuse. Mieux même, sans rire, le Premier ministre indique qu’une commission va être créée. On connaît la chanson !

Nous n’allons pas parler de cette affaire, contrairement à beaucoup de journaux car en fait, pour le moment, personne ne semble savoir exactement ce qui a pu se passer pour qu’une telle somme (5 milliards d’euros) ait pu s’évaporer aussi facilement. On sait seulement que ce négociateur avait dans les mains des sommes supérieures à la valeur de la Banque elle-même, ce qui fait froid dans le dos. Ce qui est certain aussi et surtout, c’est que la finance internationale marche sur la tête avec des produits de plus en plus sophistiqués,  et que de pareilles affaires pourraient bien se renouveler ailleurs, si ce n’est déjà fait. Dans ce cas, personne n’en a fait état parce que les sommes étaient moins considérables.

En revanche nous allons revenir sur la chansonnette (« tout va très bien Madame la marquise ») entonnée par les députés socialistes,  lors de la séance des questions d’actualité à l’Assemblée Nationale cette semaine. C’est exactement le type de débat que l’on ne devrait pas voir s’instaurer dans le pays. Au lieu de dire la vérité et d’accepter de la recevoir on se retrouve face à face avec d’un coté un gouvernement qui ment, qui refuse de voir l’évidence sur la situation économique, et de l’autre coté une opposition qui s’amuse et qui semble se réjouir de ce qui arrive à notre pays. Clairement les uns et les autres font assaut de duplicité, y compris quand Monsieur Fabius fait  des propositions pour faire face à la crise financière actuelle.

Au fait depuis 1981, combien de postes ministériels Laurent Fabius a-t-il occupé à commencer par celui de Premier ministre ? Poser la question, signifie qu’il a toujours appartenu ou presque aux gouvernements socialistes quand ceux-ci ont été en charge des affaires, et le moins que l’on puisse dire est que son bilan, dans tous ses postes à responsabilité, n’a jamais été très brillant. Plus grave, il a sciemment trahi ses idées au moment du référendum sur la constitution européenne,  en se prononçant pour le NON pour des raisons purement politiciennes, espérant par ce clin d’œil à la gauche de son parti en tirer profit pour une candidature aux présidentielles.

Avec de pareils opposants, la majorité actuelle a peut-être encore de beaux jours devant elle. Et c’est bien ce que craignaient les millions d’électeurs qui se sont prononcés pour François Bayrou à l’élection présidentielle de 2007. Ils ne voulaient plus de ce clivage archaïque entre l’UMP ex RPR,  et le Parti Socialiste qui n’en finit pas de se déchirer à travers les ambitions des uns et des autres. Même Monsieur Fabius y croit encore, d’où son positionnement de plus en plus à gauche, lui le libéral bon teint à propos duquel  je ne sais plus quel chroniqueur de Charlie Hebdo posait sans rire la question : « quelle est la différence entre Strauss-Kahn et Fabius » ? Réponse : « l’un est de droite et l’autre n’est pas de gauche ». Laurent Fabius a encore du travail avant de passer pour un tant soit peu gauchiste.

Cette conception de la politique est aux antipodes de ce que les Français attendent de leurs hommes politiques. Cela étant, ce sont eux qui les ont élus et les maintiennent en place, y compris quand les promesses ne sont pas tenues. A ce propos, il est quand même curieux que les gens puissent se laisser abuser plusieurs fois, surtout quand en face de ces élus multi mandats, il y a des représentants d’autres partis, le Mouvement Démocrate pour ne citer que lui, qui sont prêts à prendre la relève avec des idées à la fois nouvelles et surtout pleines de conviction.

Cela fait partie des mystères de la démocratie, à moins que tout simplement les électeurs ne soient tellement  écoeurés qu’ils considèrent qu’il ne sert à rien de changer. On connaît hélas les ravages de la célèbre formule « tous pourris » ! Cependant, avec de tels raisonnements, on ne fait qu’entretenir ce que les gens dénoncent et il est normal de retrouver à la tête d’une région, d’un département ou d’une commune toujours les mêmes élus, d’autant que la classe politique de notre pays se refuse toujours à légiférer sur le non cumul des mandats.

Michel Escatafal


En marge du forum économique de Davos

Par escatafal in Général - 26 jan, 2008

Aujourd’hui nous n’allons pas parler des sujets qui font les gros titres de la presse française, à savoir la victoire de Tsonga en Australie (ce n’est que du tennis), ni même les 5 milliards d’euros perdus par la Société Générale par la faute d’un négociateur de valeurs  (trop gros pour paraître vrai), ni encore moins de l’autosatisfaction perpétuelle de François Fillon sur le devenir de la France chaque fois qu’il se trouve à l’étranger, comme il l'a fait hier au Forum économique de Davos ( pour garder sa place). Nous allons plutôt évoquer les interrogations suscitées par les fonds d’Etat des pays émergents qui injectent des milliards de dollars, et prennent des participations dans de nombreux établissements financiers américains ou européens.

Certes ce sujet , bien présent à Davos, est loin de passionner les foules ce qui au demeurant est compréhensible, mais pour ceux qui s’intéressent de près à la vie économique, cet activisme de ce que l’on appelle les « fonds souverains » fait couler beaucoup d’encre,  avec à la clé cette question : les pays émergents sont-ils devenus les banquiers des pays riches ? La question pourrait même être précisée de cette manière : les pays riches le sont-ils toujours autant, d’autant que certains croulent sous des dettes colossales ? Sur ce dernier point nous répondrons  que les pays, dits riches, le sont toujours mais qu’ils ont parfois besoin des pays émergents pour financer leur développement et maintenir leur avance technologique.

Pour certains ce constat est assez choquant, car cela voudrait dire que l’on applique aux pays développés la devise : « on ne prête qu’aux riches ». Dit autrement, cela signifie que les pays émergents préfèrent investir dans les pays riches plutôt qu’améliorer leurs infrastructures, ces dernières étant généralement loin d’être en adéquation avec leurs capacité financières. Ces critiques curieusement ne viennent pas seulement des altermondialistes, mais aussi des dirigeants des pays qui profitent de cette manne financière qui a permis d’éviter, sans doute, une crise de liquidités encore plus grave que celle que nous connaissons.

 Alors pourquoi ces critiques vis-à-vis de ceux que certains économistes appellent « le Père Noël », notamment pour le secteur bancaire durement secoué par la crise des crédits hypothécaires américains ?  Tout d’abord parce qu’ils ne s’investissent pas que dans le système bancaire. Les fonds d’Etat prennent aussi des participations, parfois importantes (10 voire 15% du capital), dans des entreprises considérées comme sensibles et stratégiques. Et cela les dirigeants des pays occidentaux ne veulent  pas l’accepter pour plusieurs raisons, et en premier lieu une certaine opacité quant au choix des investissements. Pourquoi investir dans tel secteur plutôt que dans tel autre ?

 Mais il y a une autre raison à cette méfiance qui découle de la première : la crainte d’une prise de pouvoir notamment dans les secteurs de l’énergie, de la communication ou l’armement. La chancelière allemande Angela Merkel, mais aussi Nicolas Sarkozy, sont adeptes d’une proposition de loi interdisant la participation de ces fonds d’Etat étrangers dans les entreprises stratégiques. D’autres, proposent de limiter leur participation dans les entreprises occidentales. Tous enfin, réclament l’établissement de code de conduite, aux standards occidentaux bien évidemment, afin de réguler les activités de ces investisseurs.

Toutes ces démarches n’impressionnent guère les dirigeants de ces fonds d’Etat qui affirment la main sur le cœur, «que leurs activités sont bien connues depuis plus de vingt ans »et que jusque là il n’y a jamais eu de problèmes. Et c’est vrai que jusque là les pays Arabes, par exemple, qui ont investi massivement dans  les économies américaines ou européennes l’ont fait dans le seul but de diversifier leurs placements. Certains observateurs économiques font remarquer aussi, qu’il y a une part d’hypocrisie dans ces règles que l’on essaie d’imposer, car cela va à l’encontre de la libération des flux de capitaux. En outre, si on oppose des limitations aux investissements des fonds d’Etat des pays émergents, ceux-ci en contrepartie pourraient faire de même vis-à-vis des investisseurs occidentaux.

Enfin, pour ceux qui ont peur d’être submergés par cet afflux de capitaux en provenance des pays asiatiques ou arabes, il faut quand même raison garder. Les fonds souverains pour aussi importants qu’ils soient, restent marginaux par rapport aux sommes que peuvent investir les énormes fonds de pensions anglo-saxons ou les grosses compagnies d’assurance. En 2006, ces derniers ont dépensé 140 milliards de dollars pour acheter des entreprises américaines soit cinq fois plus que l’Arabie Saoudite, Singapour et la Chine réunis. Cela étant, et c’est pour cela que les Etats-Unis restent extrêmement vigilants, la fortune de ces fonds va augmenter considérablement dans les années à venir. Elle pourrait en 2015 atteindre  12 000 milliards de dollars (90% du PNB américain en 2006) et le double en 2020 ce qui est quand même considérable.

En résumé, si la puissance financière des pays émergents est en forte croissance avec la manne énergétique ou industrielle, elle n’en reste pas moins limitée par rapport à celle des grands pays industrialisés. De plus les pays émergents,  notamment la Chine, sont loin d’utiliser la totalité de leurs ressources dans l’investissement aux entreprises, à travers leurs fonds souverains, car ils achètent massivement des bons du trésor américains, finançant ainsi le déficit colossal des Etats-Unis et permettant à ces derniers de vivre largement au dessus de leurs moyens.

Combien de temps cela durera-t-ils ? A priori assez longtemps car les pays émergents, la Chine en premier lieu, ne peuvent pas se passer des exportations à destination des Etats-Unis sous peine de voir leur croissance économique se contracter fortement. Alors les Chinois continueront à accumuler des excédents, continueront à investir en Afrique pour s’approprier les matières premières du continent, continueront à diversifier leurs placements à l’étranger. Quant aux Occidentaux, crise ou pas, ils poursuivront leur politique d’investissement dans les pays émergents, en essayant de racheter à bas prix des entreprises et de l’immobilier qui leur rapporteront à terme, du moins l’espèrent-ils, de belles plus-values. Ainsi va l’économie mondiale !

Michel Escatafal


Sommes nous vraiment gouvern�s?

Par escatafal in économie - 5 jan, 2008

Pendant que le président de la République  est parti se promener ce week-end en Jordanie, les mauvaises nouvelles économiques s’accumulent, qui font de plus en plus douter des chiffres annoncés relatifs à  la croissance en 2008. La France est d’ailleurs le seul pays a ne pas vouloir reconnaître qu’il faudra réviser à la baisse les prévisions (2,25%) sur les quelles a été établi le budget de cette année. Il est vrai qu’il y a les élections municipales et cantonales en mars, et pour cette raison il faut éviter de parler des sujets qui  peuvent fâcher. Alors, pour détourner l’attention on parle de l’évaluation des ministres, d’un possible remaniement etc.

A propos de remaniement, il y a au moins une ministre qui ne craint rien et qui joue de temps à autres un jeu qui montre que ce président, qui se considère tout puissant, ne l’est peut-être pas autant que cela. Fadela Amara, puisque c’est d’elle dont il s’agit, a carrément dit ces derniers jours dans l’hebdomadaire Le Point qu’elle ne votera pas Sarkozy en 2012, et qu’il le sait.

Elle explique qu’elle votera socialiste si le candidat est bon, c’est-à-dire si ce candidat s’appelle François Hollande. Décidément avec Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat, chaque jour apporte son lot de « mauvaises » surprises. Nous savions déjà que ce gouvernement  n’avait rien d’homogène, que chacun tirait à hue et à dia dans son pré-carré, que les ministres ignoraient tout ou presque de ce que faisaient leurs collègues mais là, on touche au grotesque.

Voilà où mène la démagogie, car c’est bien de démagogie qu’il s’agit en pareil cas. Quelle image peut donner un tel gouvernement, notamment à l’étranger ! En tout cas, à travers  cette interview de Fadela Amara, on peut constater que Nicolas Sarkozy a plus besoin d’elle, qu’elle n’a besoin de lui. Apparemment elle se sait intouchable, et  le fait savoir ce qui nous donne envie de dire : « tel est pris qui croyait prendre! ». C’est curieux, cet homme à l’ego apparemment surdimensionné, subit depuis plusieurs semaines quelques humiliations qui en disent plus long sur le personnage que de longs discours. Manifestement, il gouverne à vue et ne sait plus à quel saint se vouer. Dit autrement, il a des habits trop grands pour lui.

Et pourtant dans la conjoncture difficile qui est la nôtre, notre pays aurait besoin d’un vrai pilote dans l’avion France, qui subit de plus en plus de turbulences. Certes nous dira-t-on, les chiffres du chômage sont à la baisse ce qui était déjà le cas auparavant notamment grâce à la démographie, mais ces chiffres apparemment plus favorables cachent une grande précarité,  et ne contribuent nullement à redonner le moral aux consommateurs. Et d’ailleurs comment pourrait-il en aller autrement avec les prix du carburant et de l’alimentation qui explosent, sans parler des augmentations habituelles de tarifs publics en début d’année.

En parlant de cela, nous venons d’apprendre que l’inflation en Zone Euro est restée à son plus haut niveau en décembre depuis 2001 (+3,1%), sous la poussée des prix alimentaires et du pétrole qui vient de franchir la barre des 100 dollars le baril. On est donc très au dessus du seuil de tolérance de la BCE qui est rappelons-le de 2%, ce qui signifie qu’une baisse prochaine des taux est exclue à court terme. Or, pour certains, cette baisse des taux est absolument nécessaire pour doper l’économie, ce qui ne veut pas dire que cela soit suffisant. Les Etats-Unis ont baissé leurs taux récemment, et cela ne les empêche pas d’aller vers une possible récession.

Pour revenir au prix du baril, il est clair qu’une telle fièvre aura des conséquences économiques partout dans le monde, y compris dans les pays émergents. Dans la zone Euro, par exemple, la hausse des prix de l’énergie entraînera nécessairement une baisse du pouvoir d’achat qui, en contre partie,  devrait contrecarrer la poussée sur les prix et limiter l’inflation. De plus, comme nous l’avons dit précédemment, la Banque Centrale Européenne veille au grain, même si sa position est difficile car il faut à la fois contenir l’inflation et veiller à ne pas casser la croissance.

Ces problèmes dont on parle aujourd’hui font penser à une époque, que les moins de quarante ans n’ont pas connue (fin des années 70), où le prix du pétrole avait déjà explosé à un niveau proche de celui d’aujourd’hui. A ce moment, la hausse du baril avait eu des effets très négatifs, avec un phénomène que les économistes ont appelé la stagflation, c’est-à-dire une inflation couplée à un recul de la croissance. Cela dit, de nos jours, la situation est différente car les hausses de salaires sont beaucoup mieux contenues qu’à l’époque, même si en Allemagne, après des années de « vaches maigres », les pressions à la hausse sont parfois très fortes.

En réalité, le principal problème concernant la hausse des prix se situe au niveau des produits alimentaires qui représentent un fort pourcentage de la consommation dans des pays comme la Chine ou la Russie. En quoi sommes-nous concernés ? Et bien, si dans ces pays les prix alimentaires atteignent des niveaux intolérables et amputent donc le pouvoir d’achat, il y aura fatalement des hausses salariales qui renchériront les produits que nous importons, donc qui pèseront sur notre pouvoir d’achat.

Comme nous pouvons le constater, ce n’est pas à coup de slogans ou d’incantations que nous règlerons le problème du pouvoir d’achat chez nous en France, la réalité économique étant incontournable. Pourtant, il ne semble pas que cela inquiète grand-monde, et plus particulièrement le  gouvernement, à moins qu’une nouvelle fois on essaie de nous cacher la vérité. Ce ne serait pas la première fois.

En attendant, ce sont les Français, et notamment les classes les moins favorisées qui vont en subir les premières les conséquences, surtout dans un contexte où « le chacun pour soi » est devenu quasi institutionnel. D’ailleurs, n’est-ce-pas la priorité de nos gouvernants actuels, qui ne manquent jamais une occasion de dresser les Français les uns contre les autres ?  Le « divide ut regnes (divise pour régner) a encore de beaux jours devant lui, avec les Machiavel au petit pied qui nous gouvernent.

M.E.


Maintenant, c'est le tour des chômeurs...

Par escatafal in Général - 4 jan, 2008

Parmi les nouvelles importantes de la matinée, il y en a de plus réjouissantes que d’autres et c’est bien normal. Première bonne nouvelle, je parle à titre personnel, la victoire de Barack Obama dans la primaire de l’IOWA qui montre (définitivement sans doute) que les Etats-Unis veulent tourner la page du passé. Le seul fait que Madame Clinton soit aussi devancée par le sénateur Edwards est un signe. Les Américains en ont assez des promesses non tenues et des slogans réducteurs, qui font passer ce grand pays pour un peuple que rien n’intéresse à part la bourse et les hamburgers. Espérons qu’en France, le plus tôt possible, les électeurs démontrent aussi qu’ils en ont assez de ceux qui leur racontent des histoires.

Et des histoires on leur en a raconté depuis plusieurs mois. D’ailleurs comme l’a dit Nicolas Sarkozy, « on ne gagne pas l’élection présidentielle en promettant du sang et des larmes ». C’est vrai, mais un minimum d’honnêteté ne peut que faire du bien à la démocratie. Or de l’honnêteté pendant la campagne de Nicolas Sarkozy, il n’y en eut point. Il suffit de lire les couvertures de journaux de ces derniers mois, que l’on trouve souvent chez le dentiste ou le coiffeur, pour s’en convaincre. On a menti aux Français, et on les a pris pour des benêts. Cela étant, il est amusant de constater le ton employé par ces mêmes journaux aujourd’hui par comparaison avec celui des mois de juin et juillet. Déjà le soufflet est retombé et ce n’est rien de le dire.

Il est vrai qu’en juin-juillet tous les hebdos, y compris ceux dits de gauche, étaient tombés sous le charme du nouveau président de la République et tous, ou quasiment, disaient comme lui : la croissance de 3% l’an, c’est possible. Personne ne disait comment, mais tout le monde pensait que le volontarisme présidentiel suffirait à redonner à notre pays la capacité d’augmenter ses richesses de 3% chaque année. Plus curieux encore, en lisant des journaux sérieux, on pensait que c’était possible parce que les Français allaient travailler plus et donc gagner plus. Désolant ! On s’étonnera après coup que les gens se sentent grugés et ne cessent de dire : « moi je ne lis plus les journaux car ils nous mentent ».

Mais il n’y a pas que les journaux qui nous mentent, même s’ils ont tort de s’imaginer qu’il faut nécessairement accompagner l’opinion. Je ne suis pas de ceux qui sont adeptes du « vox populi, vox dei ». Au contraire je suis convaincu qu’en toutes circonstances il faut prendre un minimum de hauteur. En tout cas, de la hauteur nos gouvernants n’en prennent pas comme nous le confirment toutes les radios ce matin. Le pouvoir a décidé de s’attaquer aux chômeurs fraudeurs, parce que c’est « une question de justice ». On connaît déjà la musique, car c’est un slogan que le gouvernement utilise systématiquement quand il veut stigmatiser une catégorie de Français. Après les nantis des régimes spéciaux, après les fonctionnaires qui empêchent les gens de se rendre au travail, c’est au tour des chômeurs d'être montrés du doigt parce qu’ils profitent du système.

L’offensive vis-à-vis de cette malheureuse population est lancée par médias interposés. Il faut remettre au travail les chômeurs parce « qu’ils coûtent cher à la société ». Les chômeurs doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas refuser plus de deux emplois qui leur sont proposés, sous peine d’être radiés des services de l’ANPE, et les commentateurs d’ajouter de concert avec le gouvernement : « que c’est normal, vis-à-vis de ceux qui travaillent ». A ces florilèges de bas étage, les syndicalistes répondent qu’entendre dire de pareilles choses est aberrant parce que ce type de situation est peu fréquent, et que les fraudes aux ASSEDIC représentent un pourcentage très faible. Ce n’est pas moi qui le dit, mais un responsable de la CFE-CGC, syndicat qui n’a rien de révolutionnaire.

Heureusement, il n’y a pas que les chômeurs à être dans le collimateur du président de la République, c’est du moins ce qu’on nous dit. Les ministres en effet, vont être évalués comme de simples chefs de service administratifs et en plus, cela sera fait (on s'en serait douté) par des cabinets d’audits privés. A ce propos, je pose la question : combien cela va-t-il coûter à l’Etat ? On pourrait ajouter, à quoi cela va-t-il servir ? Et si finalement ce n’était qu’un gadget de plus inventé par Nicolas Sarkozy pour détourner l’opinion, au moment où les mauvaises nouvelles sur le plan économique s’accumulent ? Une chose est certaine, si on avait dû évaluer le bilan de Nicolas Sarkozy comme ministre de l’Intérieur, il est vraisemblable qu’il n’aurait pas été très brillant. N’est-ce pas lui, avec ses déclarations à l’emporte-pièce, pour ne pas dire injurieuses,  qui a mis le feu aux banlieues en novembre 2005 ?

Voilà où nous en sommes moins de huit mois après l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. On passe son temps à essayer d’endormir les électeurs avant les élections municipales et cantonales. Ce qui est certain, c’est que les candidats de la majorité présidentielle ne pourront pas s’appuyer sur le bilan du gouvernement sur le plan économique, et notamment sur le pouvoir d’achat. Ils ne pourront même pas s’enorgueillir d’un quelconque succès diplomatique, comme l’avait fait Jacques Chirac au moment de la guerre en Irak. Non, pour le moment le bilan est nul, n’ayons pas peur de le dire et ce qui nous attend n’a rien de réjouissant. Comment pourrait-on prendre la présidence de l’Union Européenne en juillet, en étant les seuls à ne pas faire d’efforts pour respecter les critères en matière de finances publiques?  La TVA sociale n’est plus très loin, pas plus qu’une hausse de la CSG. N’est-ce pas Monsieur le Président ?

Michel Escatafal


2008, année de tous les espoirs?

Par escatafal in politique étrangère - 3 jan, 2008

Le mois de janvier sert généralement à faire le bilan de l’année écoulée, mais il permet aussi de réfléchir à ce qui va se passer dans les mois à venir. L’année 2008 va être une année particulièrement importante pour la planète, puisqu’il va y avoir l’élection présidentielle américaine. Or  ne l’oublions pas, les Etats-Unis sont la première puissance militaire du monde (50% des dépenses mondiales). Dans ces conditions, le monde va suivre avec une attention toute particulière cette élection, surtout après les huit années calamiteuses de Georges Bush et des néo conservateurs républicains.

Et, contrairement à ce que beaucoup croient, il ne faut pas se faire d’illusions : ces gens-là feront tout pour garder le pouvoir. Cela signifie que les démocrates n’ont pas encore gagné et, d’ailleurs, s’ils devaient gagner on sait où iraient les faveurs de ceux qui détiennent en partie le pouvoir. Ils choisiront bien évidemment Hillary Clinton qui, à leurs yeux présente davantage « de garanties » qu’un Barack Obama. Il est vrai que l’ex-first lady a voté pour la guerre en Irak, une guerre finalement bien vue à l’époque par les milieux d’affaires,  qui ne pensaient pas que les troupes américaines subiraient le calvaire qu’elles endurent depuis 4 ans.

Pour en revenir aux Républicains, je suis quand même effrayé par le programme de Rudolf Giuliani, ancien maire de New-York,  qui est un véritable va-t-en guerre et qui essaie de surfer encore et toujours sur la vague du 11 septembre, comme Bush et ses amis ont si bien su le faire en 2004. Quand les électeurs comprendront-ils qu’il ne faut pas voter pour quelqu’un qui use de quelques slogans simplistes qui, généralement, tiennent lieu de programme ou de projet. Bush en 2004 n’avait d’autre projet que renouveler son mandat,  et il l’a prouvé car il a mené son pays à la catastrophe économique et financière. En disant cela j’exagère à peine,  et j’espère qu’un autre illusionniste que nous connaissons bien ici en France ne restera pas plus de 5 ans au pouvoir.

Alors rêvons un peu, et disons-nous que seule l’Europe peut, peut-être, sauver la planète de tous les maux qui l’assaillent. Elle a plus ou moins rempli les objectifs qu’elle s’était fixés dans le cadre des accords de Kyoto, que les Américains n’ont pas signé. L’Europe devrait pouvoir faire pression pour que le Moyen-Orient évolue vers plus de démocratie mais cela,  elle ne pourra le faire qu’à deux conditions : que la Grande-Bretagne joue vraiment le jeu de l’Union et que la France cesse de jouer les francs-tireurs. Plus facile à dire qu’à faire !

En Grande-Bretagne, après le départ de Tony Blair, il semble de plus en plus que le sentiment européen devienne uniquement un concept. Une véritable unanimité, malgré la résistance courageuse de quelques libéraux démocrates, est en train de se dessiner pour que la Grande-Bretagne tire le maximum de profit de l’Europe, mais sans aucune contre partie politique. Quand à la France de Nicolas Sarkozy, elle est considérée par la plupart de nos partenaires dans l’Union Européenne comme un pays qui n’a jamais renoncé à son impérialisme politique sur la scène européenne. Et ce n’est pas cette fumeuse idée d’union méditerranéenne, proposée par Nicolas Sarkozy, qui va calmer les inquiétudes de ceux qui se méfient de notre diplomatie.

En attendant, il va falloir d’abord ratifier le traité européen, ce qui n’est pas acquis partout. Pour une fois, Nicolas Sarkozy a fait preuve de réalisme en proposant une ratification par le Parlement. C’est beaucoup plus sûr qu’un référendum, surtout avec un contexte économique en France qui se dégrade chaque jour un peu plus. Un référendum est un bon moyen de se défouler pour certains politiciens à courte vue qui profitent largement des excès de règlementation de Bruxelles ou du démantèlement de certaines autres, notamment dans les services publics, pour encourager les électeurs à refuser la seule voie possible pour des petites nations comme celles qui composent l’Union Européenne.

Répétons-le encore une fois : dans 20 ans, quel sera le poids politique et même économique de  la France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne en tant qu’entité nationale  par rapport aux Etats-Unis, à la Chine et peut-être même à l’Inde ? Pas très lourd, mais l’Union Européenne à 27 est déjà la première puissance économique mondiale.

A ce propos, notre pouvoir de négociation sur la scène internationale est quasi nul en tant qu’entité purement française. On vient d’en avoir la preuve ces jours-ci : le président de la République a cru bon de fustiger la Syrie pour son action au Liban. Résultat le pouvoir syrien a fait comprendre à la diplomatie française qu’il se moquait de ses remontrances, ce qui nous vaut une humiliation supplémentaire sur la scène internationale.

Personne n’écoute la France, pas plus que les autres nations européennes, mais on écouterait attentivement un véritable ministre des Affaires étrangères européen. Que pèse la France face à l’OPEP ? Que vaut sa voix dans le conflit israélo-palestinien ou au Liban, sans parler de l’Iran? Rien ou si peu, alors quand Bernard Kouchner part pour le Pakistan pour aider à régler les problèmes de ce pays, il provoque surtout des haussements d’épaule. Quand demandera-t-on un siège au Conseil de sécurité pour l’Union Européenne ?

Voilà une petite esquisse de l’état du monde début 2008, et des dangers qui le guettent. Espérons donc que le peuple américain choisira la voie de la raison pour élire son président. Espérons aussi, et peut-être surtout, que l’Union Européenne sortira renforcée de cette année 2008 avec une présidence slovène et française à partir de juillet. Espérons à ce propos que Nicolas Sarkozy ne joue pas le registre du gadget ou du « m’as-tu-vu » qui lui convient tellement. Il vaut d’ailleurs mieux pour lui que sa présidence de l’Union soit honorable, sous peine de voir le peu de crédit qui lui reste sur la scène diplomatique s’envoler durablement. Espérons, espérons…

Michel Escatafal

 


A propos de voeux...

Par escatafal in politique française - 2 jan, 2008

  

Le Cervin

 En vous présentant mes meilleurs vœux pour l’année 2008, je vais revenir sur ceux du président de la République. Aux dires de ses journalistes amis, l’allocution télévisée du 31 décembre au soir devait marquer une réelle rupture par rapport à ce qui se faisait auparavant. Et de fait, tout le monde se demandait ce que Nicolas Sarkozy allait sortir de son chapeau pour essayer, encore une fois, de nous étonner. Certains même se demandaient s’il n’allait pas courir dans le bureau afin d’inciter les gens à faire du sport, d’autres pensaient qu’il écraserait un gros cigare par terre pour montrer sa détermination à faire respecter la loi anti-tabac, d’autres encore se disaient qu’ayant amené son ami Bigard voir le Pape, c’était peut-être ce dernier qui allait présenter les vœux.

Trêve de plaisanterie, je suis en train de dire n’importe quoi car à bien y réfléchir, je ne vois pas ce qu’il pouvait inventer dans cet exercice qui n’ait été déjà fait. Au contraire, il ne pouvait pas comme le général de Gaulle s’habiller en tenue militaire, et il ne pouvait pas davantage comme Valery Giscard d’Estaing présenter ses vœux avec son épouse à ses côtés, puisqu’il n’en a plus. Alors, comme son prédécesseur Jacques Chirac l’a toujours fait, il a présenté sous un angle favorable son action passée et il a parlé au futur, comme d’habitude. Les campagnes électorales de 2007 appartenant au passé, et bien on s’occupe déjà de celles à venir. Donc, il faut promettre, encore et toujours.

Cependant, les observateurs ont tous remarqué que Nicolas Sarkozy avait été relativement sobre sur le bilan, mais que pouvait-il dire de plus? En dehors de deux ou trois réformes bâclées (université, justice, régimes spéciaux) et du paquet fiscal de cet été, quel est son bilan en termes de résultats? Faible, très faible et plus grave encore, aucune perspective d’amélioration de la vie des gens dans les mois à venir. Au contraire, avec son paquet fiscal, il a repoussé à plus tard le redressement pourtant tellement nécessaire des finances publiques. De plus, lui qui se voulait le champion de l’augmentation du pouvoir d’achat, il va obliger les Français à dépenser plus pour se soigner, se chauffer, alors que salaires et pensions de retraite stagnent au moment où l’inflation semble repartir.

Sur un plan plus général, j’ai trouvé le président de la République étonnamment  " éteint"  en lisant sur son prompteur ce qu’il avait à dire. On dirait qu’il est déjà usé par le pouvoir après huit mois d’exercice. Je pense tout bonnement qu’il n’a déjà plus rien à proposer, ce qui est normal dans la mesure où il n’a jamais eu de projet pour notre pays, mis à part celui de se faire élire. D’ailleurs, s’il a promis tout et n’importe quoi, s’il a formulé tellement de propositions contradictoires, c’est précisément parce que dans son esprit ce ne sont pas des choses qui comptent. Pour lui, il suffit de parler et de communiquer pour faire de la politique.

Nous l’avons vu de nouveau hier après sa pénible prestation télévisée. Il a reçu sous les feux des caméras des personnes qui avaient travaillé la nuit du 31 décembre. Il en a profité une nouvelle fois pour se donner en spectacle, dans un exercice qui sonne tellement faux. On avait  l’impression de se retrouver des décennies en arrière quand, au moment de l’entracte dans les cinémas, il y avait les séances d’actualité où l’on faisait l’éloge de ce qui était fait par le gouvernement. Oui, en fait d’avenir, avec Nicolas Sarkozy c’est à un retour en arrière que l’on assiste.

En tout cas, il y en a au moins un au gouvernement qui commence à se fatiguer de n’être qu’un "collaborateur" : c’est le Premier Ministre. Il a carrément boudé la petite réception du 31 décembre à l’Elysée, préférant se retirer chez lui en famille plutôt que de servir une énième fois de faire-valoir à son mentor. C’est une attitude qui m’a surpris, mais il doit savoir que ses jours à Matignon sont comptés.

Pauvre Monsieur Fillon qui a été tellement arrogant vis-à-vis de François Bayrou au moment de la campagne présidentielle, parce que notre leader estimait que la priorité des priorités c’était la diminution de la dette. Pauvre Monsieur Fillon qui affirmait quelques semaines plus tard qu’il était " à la tête d’un Etat en faillite". Décidément, en politique, on parle toujours trop, surtout quand on n’a rien à dire !

C’est évidemment un reproche que l’on peut faire à tous ceux qui dans la majorité ont trompé les Français, en leur faisant miroiter du mieux et du concret dans les années à venir si on assurait leur élection ou leur réélection. Certains, sont allés jusqu’à renier leur engagement passé pour s’assoir à la table du pouvoir. Ils sont aujourd’hui ministres ou députés ou présidents de je ne sais quelle commission, voire même président du FMI. Grand bien leur fasse, mais la gloire est éphémère et comme dit le proverbe : " bien mal acquis ne profite jamais". On pourrait citer aussi les paroles d’Horace pour flétrir ces courtisans avides de pouvoir : " servum pecus" qui se traduit par "troupeau servile".

Voilà quelques pensées qui m’agitent en ce deuxième jour de l’année. J’espère simplement pour notre pays que la conjoncture internationale ne se dégradera pas trop, et que les dégâts en termes de croissance ne seront pas trop visibles. J’espère surtout que les Français donneront un coup de semonce à ce pouvoir arrogant, au moment des élections municipales. C’est le seul langage que comprenne notre président de la République, sinon il va se croire tout permis.

Les Français ont plus de pouvoir qu’ils ne le croient, et surtout ils doivent se dire qu’il existe des alternatives à ce qui se passe aujourd’hui. Les projets du MoDem  font partie de ces alternatives parce qu’ils sont à la fois réalistes, modernes et crédibles. Alors, nous savons ce qu’il nous reste à faire : voter et faire voter aux prochaines  élections municipales et cantonales pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate.

Michel Escatafal