MichelEscatafal

Il aura fait tout ce qu’il ne faut pas faire !

Par escatafal in politique française - 30 mar, 2008

Aujourd’hui, je dirais comme d’habitude, nous allons encore parler de Nicolas Sarkozy, mais il est difficile de faire autrement tellement il a accaparé le pouvoir à son usage exclusif. Et comme les problèmes de notre pays et de ses habitants s’accumulent les uns à la suite des autres, il est normal pour ne pas dire justifié que nous en parlions. Ces problèmes sont d’autant plus aigus que depuis son accession à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy et son gouvernement n’ont cessé de prendre des décisions qui, pour la quasi-totalité d’entre elles, vont à l’encontre des mirifiques promesses qu’il avait faites au moment de la campagne présidentielle.

Certes, nous lui accorderons l’excuse que la situation économique dans le monde n’est pas des plus favorables, mais justement il fallait éviter certaines promesses et erreurs qui vont polluer tout son quinquennat. Quel crédit peut-on accorder à un responsable qui s’écrie, en conférence de presse devant des journalistes du monde entier, « qu’il n’est pas le Père Noël », lui dont le slogan de campagne était : « Ensemble tout est possible ». Lui aussi, qui avec son Premier ministre actuel, n’a cessé de brocarder François Bayrou quand ce dernier disait que la priorité des priorités, c’est la dette, et que par conséquent on ne pouvait pas promettre de baisses d’impôts.

D’un côté on avait un homme d’Etat sérieux, conscient des difficultés que rencontrait le pays, et de l’autre de joyeux démagogues assoiffés de pouvoir, qui voulaient se faire passer pour des réformateurs. Le hic, c’est qu’avant de faire et d’imposer des réformes, il faut assainir les finances publiques. Il ne faut pas dépenser en premier l’argent qu’on n’a pas.  Où allait-on prendre les 60 ou 70 milliards nécessaires à la baisse des prélèvements obligatoires ? Où allait-on prendre l’argent pour les aides promises à toutes les catégories sociales de la société, y compris à ceux qui sont les plus favorisés ? Nulle part, bien entendu, puisqu’il n’y a pas d’argent dans les caisses.

Alors dans ces conditions, les promesses ne sont pas tenues et tout le monde est mécontent. En fait, il n’y a qu’une promesse qui ait  été tenue : le paquet fiscal qui favorise les plus aisés,  et surtout les plus riches familles de notre pays. Et pour satisfaire cette catégorie de la population, et bien on creuse  encore un peu plus les déficits déjà très importants de notre pays.

La nouvelle est tombée jeudi ou vendredi, on a dépassé les 2,5% de déficit public en 2007 au lieu des 2,3% attendus. Du coup le taux d’endettement public va se situer quasiment à 65%. Voilà pour les chiffres officiels, qui pourraient s’avérer en dessous de la réalité, tout comme le déficit prévu en 2008 qui serait estimé à 2,7%, mais qui en réalité devrait approcher les 3%. Rappelons que le budget était basé sur une croissance de 2,25%, alors qu’elle atteindra à peine 1,5%.

Bien entendu, malgré les dénégations du gouvernement, tout cela ne sera pas sans conséquence pour la plus grande majorité des Français qui n’avaient pas imaginé qu’on puisse les tromper à ce point. Pourtant, ils auraient dû être avertis et même immunisés contre les promesses non tenues. Entre celles de la gauche en 1981, puis la réduction de la fracture sociale de Jacques Chirac, sans oublier la lutte contre l’insécurité initiée à grand renfort de publicité par le ministre de l’Intérieur Sarkozy, le moins que l’on puisse dire était que les Français avaient payé pour savoir que les hommes qui se sont partagés le pouvoir depuis 27 ans avaient beaucoup menti.

Hier par exemple, nous avions à Paris une grosse manifestation (entre 15 et 30000 personnes) à l’appel d’une centaine d’associations de handicapés et de victimes de maladies invalidantes. Que réclamaient-ils ? Tout simplement des conditions de vie décentes,  comme le leur avait promis Nicolas Sarkozy. A peine élu, celui-ci s’était déplacé spécialement au Congrès National de l’UNAPEI pour annoncer une augmentation de 25% de l’allocation d’adulte handicapé. Or si augmentation il y a bien eu, celle-ci a atteint 1,1%. Pour quoi faire des effets d’annonce et donner de l’espoir à des personnes en grande difficulté, en sachant très bien que l’objectif ne sera pas tenu ?

C’est cela que les Français reprochent au président de la République, et pas autre chose. Ils se moquent complètement de sa vie privée, ils n’ont rien à faire de ses problèmes ou de ses bonheurs sentimentaux. Peu importe avec qui il est marié ou pas, avec qui et où il part en vacances, ce qui compte pour nos compatriotes  c’est le pouvoir d’achat dont ils peuvent disposer pour vivre décemment. Pour ne citer qu’eux,  car ils sont loin d’être les seuls, il y a des milliers et des milliers de personnes handicapés n’ayant que le RMI pour vivre. Et comment font-ils pour se soigner quand ils sont contraints de prendre un traitement au long cours tous les jours ?

Dans ces conditions il ne faut pas s’étonner si les manifestations de toutes sortes se multiplient, et si l’on entend parler à longueur de journée des 9 milliards de cadeaux fiscaux octroyés aux plus aisés en 2008, ou de l’augmentation de salaire de 200% que s’est octroyé le président de la République. De plus, que peuvent penser les Français quand on leur dit qu’il y a des contraintes budgétaires partout, qu’il faut supprimer des postes de fonctionnaires parce que ces derniers coûtent trop cher, et qu’à côté de cela on va augmenter  le contingent français en Afghanistan de 1000 hommes ? Oui, même si nous savons bien que la réalité des choses est plus compliquée en matière budgétaire, tous les messages envoyés par le pouvoir sont brouillés.  Et la situation hélas ne peut qu’empirer si l’on continue sur cette voie. Jusqu’à quand ?

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Une politique inconstante et irrationnelle

Par escatafal in politique étrangère - 29 mar, 2008

Il est bien connu que Nicolas Sarkozy refuse toute filiation avec Jacques Chirac, un de ses anciens mentors. Pire même, il essaie par tous les moyens de s’en démarquer, le plus souvent d’ailleurs maladroitement.  Et pourtant que de similitudes entre les deux hommes. Oh certes ils ne se ressemblent pas sur tout, notamment sur la taille, mais pour ce qui est des combinaisons politiciennes ils sont quasiment jumeaux. Enfin l’un comme l’autre ont été élus président de la République sur le mensonge, Jacques Chirac sur la fracture sociale qu’il n’a fait que contribuer à élargir, et Nicolas Sarkozy sur le thème du pouvoir d’achat qui ne fait que baisser pour les plus démunis, et qui augmente insolemment pour les plus riches. A la réflexion, il est aisé de s’apercevoir que c’est la même chose.

Les deux hommes ont aussi en commun, même si c’est rarement souligné, d’avoir perdu beaucoup d’élections. Chirac a dû s’y reprendre à trois fois pour arriver à l’Elysée, sans parler de la fameuse dissolution de 1997 qui s’était terminé par une arrivée miraculeuse de la gauche au pouvoir. On lui fera grâce du référendum sur la Constitution européenne où la plupart des partisans du OUI, entre autres Nicolas Sarkozy, ont été particulièrement nuls pendant cette campagne. De même nous ne lui imputerons pas les échecs, classiques et habituels, aux élections intermédiaires (municipales, cantonales, régionales et européennes).

Nicolas Sarkozy lui-même a subi plusieurs revers, dont le plus retentissant se situe lors des élections européennes de juin 1999, où la liste RPR-DL qu’il menait  a obtenu 12,8% des voix, devancée par la liste RPFIE de Charles Pasqua et Philippe de Villiers (13%), et par liste du PS (22%). Personne n’a oublié non plus son échec personnel lors du référendum en Corse le 6 juillet 2003. En  revanche on aura du mal à le créditer de ses succès électoraux à Neuilly, banlieue où la droite ne peut en aucune façon être battue, même en se déchirant comme elle l’a fait aux dernières élections municipales. En fait son seul vrai succès électoral, il l’a remporté le 6 mai dernier.

Cela dit, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac se rapprochent sur un autre point : l’un et l’autre ne tirent que des conséquences politiciennes de leurs échecs électoraux. Nicolas Sarkozy en fait l’entière démonstration avec le changement amorcé…dans la direction de son parti, l’UMP. Il n’est bien évidemment pas question pour lui de s’interroger sur la pertinence d’une action politique qui a déjà fait la preuve de son inefficacité. La preuve, les électeurs l’ont lourdement sanctionnée. Le plus urgent pour le président de la République, c’est de reprendre en main un parti qu’il s’était appliqué à désactiver sitôt élu.

Son obsession, en effet, comme l’a toujours fait Chirac est d’avoir la main mise totale sur son parti, ce qui explique les arrivées de Xavier Bertrand et Nathalie Kosciusko-Morizet, au sein de la direction de l’UMP. Il est vrai que Nicolas Sarkozy est bien placé pour savoir qu’un rival peut prendre à tout moment la tête d’un parti, pour peu qu’il en ait l’ambition et la volonté. C’est d’ailleurs comme cela que, malgré l’habileté politicienne de Jacques Chirac, celui-ci s’est fait doubler par…Nicolas Sarkozy en 2004, en prenant la tête de l’UMP. Cela étant,  beaucoup pensent comme moi que François Fillon, malgré sa popularité, n’a pas l’envergure pour réaliser ce type de pronunciamiento.

En revanche, en matière de politique étrangère, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ne se ressemblent pas vraiment.  Certes pour moi, ni l’autre ni l’autre ne sont d’authentiques européens. Il suffit de se rappeler  l’ « Appel de Cochin », où Jacques Chirac ne sachant comment s’y prendre pour contrarier l’action du gouvernement Barre en 1979, avait condamné « le parti de l’étranger et la politique de supranationalité », lors des premières élections du parlement européen au suffrage universel. Mais dans ses attaques incessantes contre la BCE, et dans la manière désinvolte qu’il a de se détourner de la législation européenne, Nicolas Sarkozy ne fait pas preuve de plus d’esprit européen que Jacques Chirac à cette époque.

Il est même aujourd’hui en décalage total sur ce plan, comme il l’est dans les relations extérieures. Jacques Chirac, une fois élu président de la République s’est efforcée de poursuivre l’action diplomatique de François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, avec à la fois une coopération européenne très forte et une volonté d’indépendance nationale affirmée, dans la ligne de celle du général de Gaulle. Jacques Chirac l’a prouvé à maintes reprises, tant dans sa relation privilégiée avec l’Allemagne, qu’avec ses prises de position sur la guerre en Irak en 2003.

Aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy qu’en est-il ? Et bien, on l’appelle  « Sarko l’Américain » ou quand il rend visite à la Reine d’Angleterre « Sarko le Britannique ».  Cette semaine, il en a fait des tonnes sur la relation franco-britannique au point de ne plus parler avec Gordon Brown de la vieille  « entente cordiale » pour la remplacer par « l’entente formidable ». Au-delà des mots, cela veut dire que les Britanniques comptent sur Nicolas Sarkozy pour faire en sorte que ce nouveau concept amène la France et la Grande-Bretagne à une « relation forte avec notre partenaire américain » pour parler comme Gordon Brown. En clair, compte tenu des liens privilégiés entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, Nicolas Sarkozy va être « le caniche » de Georges Bush et de Gordon Brown à la fois. Et dire que son parti se veut d’essence gaulliste !

Et l’Europe alors ? C’est justement ce qui inquiète notre partenaire allemand.  Jusqu’à présent les Allemands savaient que la France était leur partenaire privilégié et vice-versa. Depuis le 6 mai 2007, les relations entre Paris et Berlin ont été marquées  par une instabilité chronique. Pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, « la politique du président Sarkozy apparaît inconstante et égocentrique », et ce n’est pas l’idée d’une union méditerranéenne sortie d’on ne sait où, vite diluée au demeurant par Angela Merkel, qui va redorer le blason de Nicolas Sarkozy en Allemagne. Bref, les Allemands craignent que cette « nouvelle fraternité franco-britannique » ne se fasse sur leur dos et au détriment de l’Europe.

Encore une fois, nous pouvons constater à quel point les Français se sont trompés en élisant un président démagogue et populiste à la tête de leur pays. La France est en train de perdre ce qui lui restait d’aura et de prestige dans le monde. Elle inquiète ses partenaires traditionnellement les plus proches en Europe et en Afrique, pour se rapprocher d’un axe anglo-américain qui la tient parfois pour quantité négligeable. Nicolas Sarkozy a pu s’en rendre compte encore une fois lors de sa visite en Grande-Bretagne, quand Gordon Brown lui a répliqué sèchement qu’il ne boycotterait pas la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin.

Et pourtant il avait annoncé lors de son discours au Parlement britannique (avant d’en informer officiellement les Français !) qu’il enverrait 1000 hommes de plus en Afghanistan, montrant par là sa volonté de reprendre toute sa place au sein de l’OTAN, ce qui ne pouvait que faire plaisir à ses hôtes qui n’en demandaient pas davantage. Il est vrai qu’en plus de leur désir de lutter contre les talibans, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont en commun des déficits de leurs finances publiques et de leur balance commerciale tout à fait considérables. C’est peut-être cela qui rapproche Georges Bush, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy, mais il n’y a pas de quoi en être fier.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


La magie Ferrari...

Par escatafal in sport - 28 mar, 2008

A peine a-t-il mis les pieds dans sa Renault R 28 que Fernando Alonso a déjà envie d’aller voir ailleurs. Tout cela parce qu’il n’a pas une voiture pour lui permettre de figurer de nouveau parmi les vainqueurs de Grand Prix. C’est quand même un comble,  quand on sait qu’il a fait son retour dans l’écurie française (pour moi elle est française, même si elle est basée en Angleterre) uniquement parce qu’il ne savait pas où aller.

Certes il pouvait retrouver Trulli chez Toyota, mais il savait que s’il intégrait cette équipe il ferait de la figuration. Alors il restait Renault comme ultime solution, car le pilote espagnol sait bien qu’il n’y a pas beaucoup d’écuries capables de lui assurer la victoire. En fait, il y en a deux, à savoir Ferrari et Mac Laren. Comme il n’était pas question pour lui de rester  chez Mac Laren-Mercedes…, la seule option aurait été Ferrari.

Le hic, c’est que les deux places chez Ferrari sont occupées par le Champion du Monde en titre, Raikkonen, qui vient de remporter le Grand Prix de Malaisie dimanche dernier, et par Felipe Massa. Ce dernier qui a un contrat jusqu’en 2011 ne risque a priori pas grand-chose, mais il vaudrait mieux pour lui qu’il ne renouvelle pas trop souvent les erreurs qu’il a faites en Australie et en Malaisie. En effet, compte tenu des moyens dont dispose la Scuderia, remplacer un pilote encore sous-contrat par un autre ne pose aucun problème, même si le dédommagement doit être important.

 Alonso justement aimerait bien aller chez Ferrari, et pour cela il dispose d’un atout considérable: l’appui de Luca di Montezzemolo, le grand patron. C’est un avantage important, d’autant que cela ferait bien pour une écurie mythique comme Ferrari, d’aligner un tandem de pilotes champions de monde ce qui, à ma connaissance, n’a jamais dû lui arriver.  Alonso a donc toutes les chances de se retrouver avec  Raikkonen chez Ferrari en 2009, sauf si Massa réussit des prouesses jusqu’à la fin de la saison. C’est ça la Formule 1, un monde impitoyable où règne la loi du plus fort, parce qu’il faut absolument être le plus fort.

Cela dit, Alonso n’est pas le seul pilote à rêver de Ferrari. Tous les pilotes en rêvent, mais certains savent bien que jamais ils n’iront, sauf si les circonstances s’y prêtent. En disant cela je pense à l’ère Schumacher, où le pilote qui accompagnait le septuple champion du monde savait qu’il serait nécessairement numéro 2. Ce fut le cas d’Irvine, Barrichello et Massa, ce dernier faisant mieux que se défendre face au recordman des victoires en grand prix. C’est d’ailleurs cela, plus l’appui de Jean Todt, qui lui permit de rester dans l’écurie.

Pourquoi les pilotes rêvent-ils tellement de Ferrari ? D’abord parce que depuis l’an 2000, la Scuderia a remporté 6 titres de champion du monde (5 avec Schumacher et 1 avec Raikkonen). Cela signifie une extraordinaire constance au plus haut niveau,  qui n’a d’égale que celle de Mac Laren dans les années 80, ou Lotus à la fin des années 60 et au début des années 70. C’est évidemment une motivation qui pèse lourd pour des champions affamés de victoires.

Ensuite il y a le fait que Ferrari reste l’écurie la plus ancienne et la plus prestigieuse. Certes, elle a connu des hauts et des bas au cours de sa longue existence (60 ans cette année).  En effet, après avoir été dominatrice au début du championnat du monde de Formule 1, dans les années 50 avec Ascari (1952-1953), Fangio (1956) et Hawthorn (1958), elle restera au plus haut niveau jusqu’au milieu des années 60 avec deux titres pour Phil Hill (1961) et Surtees(1964). Ensuite il faudra attendre le milieu et la fin des années 70 avec Lauda (deux fois en 1975 et 77) et Schekter (1979) pour renouer avec le titre mondial qui, par la suite, lui échappa jusqu’en 2000.

Il n’empêche, malgré ces échecs successifs pour le titre mondial, les victoires s’accumulaient et les meilleurs pilotes lorgnaient tous sur un siège chez Ferrari. Certains virent leur espoir se concrétiser, comme Prost ou Mansell pour ne citer que les plus grands, d’autres comme Senna n’eurent pas cette chance pour la raison que l’on connaît.  Il aurait sans doute beaucoup gagné avec Ferrari s’il y était allé, et la Suderia aurait remporté davantage de victoires encore que les 202 qu’elle comptabilise à ce jour. Oui 202 victoires pour 760 grands prix disputés, ce qui la place très au-dessus des autres, y compris Mac Laren avec ses 157 victoires pour 633 grands prix.

Tout cela, plus quelques grandes victoires aux 24h du Mans (9 dont 6 consécutives entre 1960 et 1965) et aux 12h de Sebring (12), donne à Ferrari un prestige inégalé. Demandons à n’importe quel amateur d’automobile la voiture qu’il aimerait posséder dans son garage si, bien sûr, il en avait les moyens. Il répondra à coup sûr : « une Ferrari » !  Tout est beau dans cette voiture, le rouge, le petit cheval cabré, les lignes…, ce qui  permet à la marque ce privilège rare de n’avoir pas besoin de  publicité pour vendre plus d’autos qu’elle ne peut en fabriquer. En tout cas, les Italiens ont de la chance d’avoir un tel ambassadeur dans le monde !

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Cotiser plus pour avoir moins de retraite !

Par escatafal in politique française - 27 mar, 2008

Cotiser plus pour avoir moins de retraite ! Tel est le slogan que veut nous imposer le gouvernement, même s’il se refuse à le dire. Aujourd’hui donc, commencent les négociations sur les nouvelles dispositions liées à la loi de 2003, dite loi Fillon. Parmi celles-ci il y a deux thèmes essentiels : l’allongement de la durée des cotisations et la revalorisation des pensions et des retraites les plus faibles. Cela étant pour le premier Ministre, au moins sur le premier point, le débat est tranché depuis longtemps puisqu’il considère qu’on ne touche pas à l’âge légal de départ en retraite (60 ans). Ce que ne dit pas François Fillon c’est la suite,  à savoir que si on part à 60 ans on risque fort de ne pas toucher une retraite à taux plein.

En fait, toute la problématique se situe dans cette dernière phrase. Le gouvernement et le patronat veulent un allongement de la durée de cotisation, mais se refusent à embaucher ou à garder des personnes dépassant les 55 ans. On devine aisément pourquoi : un salarié qui a plus de 55 ans, pour peu qu’il soit dans l’entreprise depuis une dizaine d’années, coûte beaucoup plus cher qu’un jeune qui sort tout juste de l’école ou de l’université. Certes le salarié de 55 ans (ou plus) a pour lui son expérience mais, tout compte fait, il est plus facile d’embaucher un jeune arrivant sur le marché du travail avec un niveau d’études intéressant, donc facile à former et peu regardant sur le salaire, parce qu’il sait que nombre d’entreprises embauchent avec des niveaux de rémunération très bas. En clair, les « masters » ou les DESS font leur effet sur le CV, mais pas sur la fiche de paye.

Dans ces conditions l’ire des syndicats ou des salariés eux-mêmes est compréhensible, car ils savent bien que derrière toutes les bonnes paroles sur la nécessité des réformes, se cache une régression sociale majeure, et surtout une volonté délibérée de ne pas faire ce qui a été fait dans de nombreux pays, à savoir prendre les mesures nécessaires pour favoriser l’emploi des séniors. A ce propos, le gouvernement s’est-il posé la question de savoir si de nombreux salariés ne seraient pas désireux de poursuivre plus longtemps leur carrière dans l’administration ou les entreprises, ne serait-ce que pour aider au financement des études de leurs enfants, à la fois longues et coûteuses.  

Mais le plus scandaleux dans cet allongement programmé, réside dans le fait que ceux qui ont un travail pénible ou qui ont travaillé très tôt devront aussi cotiser 41 ans, dans un premier temps, pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Or de nos jours, même ceux qui exercent un métier manuel suivent généralement des études,  qui les font véritablement entrer dans le marché du travail à l’âge de 20 ans. On n’est plus dans les années 50 ou 60, où les gens commençaient à travailler dès l’âge de 14 ans dans un contexte de plein emploi. De plus, qu’en sera-t-il des femmes qui ont pris des congés sans traitement pour élever leurs enfants ? Avec le dispositif envisagé par le gouvernement, elles sont sûres de ne pas toucher une retraite à taux plein.

Le pire dans cette affaire c’est que, comme à l’accoutumée, quand une loi passe en restreignant les avantages de ceux qui travaillent, on ne revient jamais en arrière ou très rarement. C’est d’ailleurs une question que le Mouvement démocrate devra se poser le moment venu (oui je continue à être optimiste !). Dans le programme présidentiel de François Bayrou, la question des retraites était abordée différemment  avec la mise en place d’une retraite par points, applicable à tous, qui aurait permis d’individualiser les choix de départ et de donner une totale lisibilité au système. A cela s’ajoutait une bonification pour les femmes ayant élevé des enfants, mais aussi pour les métiers pénibles et pour ceux qui voulaient travailler au-delà de l’âge légal. On était dans une logique très différente et, malheureusement, pour ces mesures comme pour beaucoup d’autres, on n’a pas donné ou su donner la publicité que cela méritait. 

En tout cas, si nous sommes en charge du pouvoir (cela finira bien par arriver), il faudra nécessairement revenir au nom de l’équité et la transparence sur les dispositifs que l’on met en place. Il faut que les règles du jeu soient précises,  et ne changent pas au gré des revendications du MEDEF. Allonger la durée de cotisations ne doit pas signifier une baisse des montants octroyés au moment du départ en retraite. Au contraire, travailler plus longtemps (à 63, 65 ou 67 ans)  doit permettre d’avoir une retraite plus élevée quand le moment de cesser son activité sera venu. En revanche, ceux qui voudront cesser leur activité plus tôt doivent savoir qu’ils auront une retraite moins importante (sauf pour certains métiers à définir), mais le moment du départ ne doit pas être « forcé » comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui. Toutes ces mesures permettront en outre  d’y voir plus clair dans le besoin de financement de ces retraites, ce qui est loin d’être le cas de nos jours.

Michel Escatafal


"Ce que j’ai promis je le tiendrai, il y va de la crédibilité de la politique". Paroles, paroles, paroles...

Par escatafal in politique française - 26 mar, 2008

Cela faisait quelques jours que l’on entendait un peu moins parler du nouveau couple Nicolas-Carla Bruni-Sarkozy. Certes on savait qu’ils avaient passé le week-end de Pâques au Maroc, mais cette fois on n’avait pas donné trop de publicité à ce voyage express. En effet, il eut été malvenu de faire du tapage autour de cette escapade, au moment où les Français ne peuvent plus se payer ce type de voyage, faute de disposer du pouvoir d’achat nécessaire. Les factures de chauffage, celles des carburants pour se rendre à son travail, sans oublier les augmentations des produits alimentaires, sont passées par là et les salaires ne suivent pas. Travailler plus pour gagner plus, c’est au mieux un slogan, au pire une supercherie, sauf pour quelques uns.

Aujourd’hui, en revanche, on évoque abondamment la visite officielle en Grande-Bretagne avec tout le protocole qui s’y attache. On précise que Nicolas Sarkozy, et sans doute son épouse, ont été longuement initiés au protocole particulier lié à ce type de manifestation. On se demande comment va se comporter Carla Bruni-Sarkozy avec le prince consort Philip, elle qui ignorait il y a trois ou quatre mois qu’elle serait un jour l’épouse d’un chef d’Etat. Bref, on se pose beaucoup de questions pour pas grand-chose au moment où les médias confirment, enfin, ce que beaucoup d’entre nous pensaient depuis longtemps : le gouvernement ne tiendra pas les engagements de Nicolas Sarkozy sur la diminution des impôts et des cotisations sociales.

Mais franchement, qui pouvait croire à cette promesse, comme à toutes celles que le candidat Nicolas Sarkozy avait pu faire? Il fallait quand même une bonne dose d’optimisme pour y croire un tant soit peu et ce, d’autant plus que personne n’ignorait que « les caisses étaient vides » pour parler comme le président de la République. L’endettement public posait d’ailleurs un tel problème qu’un des successeurs de Nicolas Sarkozy au ministère des Finances, Thierry Breton, avait confié en juillet 2005 à Michel Pébereau, président de BNP-Paribas, le soin de préparer un rapport sur l’endettement de la France.

Donc, comme prévu par la plupart des observateurs, le taux de prélèvements obligatoires ne sera pas ramené au niveau moyen de celui de la Zone euro, parce qu’il est impossible de trouver les 70 milliards d’euros nécessaires pour remplir cet objectif, avec un « Etat en faillite » pour reprendre l’expression de François Fillon. A ce propos, on a beau dire que les paroles s’envolent, mais de nos jours ces paroles sont tellement reproduites à travers les médias, qu’elles finissent par suivre leurs auteurs jusqu’à la fin de leur carrière. Elles sont d’autant plus médiatisées que ceux qui les ont prononcées sont ceux qui ont amené le pays là où il est aujourd’hui.

Alors bien entendu, le ralentissement de la croissance dans le monde est le coupable tout désigné pour ne pas tenir des promesses intenables, faites avec beaucoup de légèreté au moment de la campagne présidentielle (et même après) par des gens qui n’avaient de cesse de traiter les autres d’incapables. Certains, n’est-ce pas Monsieur Fillon, disaient même à propos de François Bayrou, qui avait fait de la réduction de l’endettement son objectif privilégié, qu’avec lui « c’était l’immobilisme assuré ». En attendant, si le gouvernement avait respecté les règles budgétaires de base, à savoir ne pas distribuer les euros que nous n’avons pas, nous n’en serions pas là.

Il fallait quand même beaucoup de légèreté pour mettre en place le fameux paquet fiscal en plein été, au moment où le monde entier commençait à s’inquiéter sérieusement de la crise des crédits hypothécaires américains. Je sais, certains répondront que jamais on aurait imaginé que la crise financière atteindrait une telle ampleur, et qu’elle serait aussi durable. Et bien c’est faux, car nombre d’études ont prouvé que les crises financières se ressemblent toutes, et qu’elles durent en moyenne deux ans. Ces études montrent aussi que la contraction de l’économie atteint en moyenne 2%, ce qui signifie que cela peut-être moins, mais aussi beaucoup plus. Or la croissance moyenne de la France depuis 2001 était inférieure à 2%.

Alors se pose la question des compétences de ceux qui entourent le chef de l’Etat. A quoi sert cette armée de conseillers de toutes sortes,  si aucun d’entre eux n’est capable de discerner les conséquences d’une crise annoncée ?  En fait comme souvent dans notre pays, mais aussi ailleurs, on parie sur l’avenir sans penser qu’un pari est par essence risqué,  et dans ce cas il l’était d’autant plus que les problèmes étaient déjà présents, et chacun s’accordant à reconnaître que ce n’était qu’un début.  Nicolas Sarkozy (et son équipe) a  parié sur la croissance, qu’il voulait « aller chercher avec les dents », comme l’aurait fait Ségolène Royal si elle avait été élue ce qui, par parenthèse, explique l’accord impossible avec François Bayrou lors du second tour de l’élection présidentielle.

Alors aujourd’hui le président de la République peut réciter, s’il l’a un jour apprise, la fable de la Fontaine La laitière et le pot au lait : « Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ; je suis gros Jean comme devant ». L’ennui, c’est que ce n’est pas lui qui va en subir les conséquences, mais le peuple et notamment les plus défavorisés. Après avoir servi ses amis, s’être servi lui-même, il ne reste plus rien…Dit autrement, les seules promesses qu’il ait tenues sont à son bénéfice exclusif ou à celui de ceux qui l’entourent ou l’ont aidé. Et dire qu’il n’a cessé d’affirmer pendant toute sa campagne présidentielle : « Ce que j’ai promis je le tiendrai, il y va de la crédibilité de la politique ». Comment peut-on être démagogue à ce point, et  comment peut-on croire de pareilles sornettes ?

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


La Légion d'Honneur : une faveur ou une récompense ?

Par escatafal in histoire politique - 25 mar, 2008

Même si nul ne conteste une forme de génie à l’empereur Napoléon 1er, il aura quand même accumulé les avatars pour notre pays. Tout d’abord il aura laissé la France « tout petite », pour reprendre son expression, alors l’avoir reçue si grande. Ensuite parmi les erreurs qu’il a faites, il y a eu la création de la Légion d’honneur (le 19 mai 1802), même si c’est sans doute une de celles qu’on lui reproche le moins. Et pourtant  on se demande bien pourquoi,  en tant que fils de la Révolution, il a rétabli ce qui avait été supprimé après 1789, à savoir toutes les décorations de l’Ancien Régime. Peut-être était-ce une forme de démonstration prouvant que la Révolution avait vécu,  et que désormais on allait vivre sous une nouvelle ère.

De fait le 14 juillet 1804, quelques  mois avant d’être couronné empereur, le Premier Consul organisa la première remise de Légion d’Honneur destinée aux officiers méritants. Il fut d’ailleurs obligé de faire un tri, car avec toutes les guerres de la Révolution depuis Valmy (20 septembre 1792) jusqu’à Marengo (14 juin 1800), le nombre de soldats qui se sont illustrés est tout à fait impressionnant. Et ce n’était qu’un début car, peu après, il y aura des guerres contre toute l’Europe entre 1805 et 1815, avec de nombreuses victoires mais aussi quelques défaites retentissantes, dont Waterloo, qui mettront un terme à un empire dont la durée de vie n’aura pas dépassé une dizaine d’années.

Cela étant la Légion d’Honneur  existe toujours, et chaque année à l’occasion du 14 juillet ou en début d’année, nous avons droit immanquablement à des nominations dont on peut penser qu’elles sont d’abord une faveur offerte à quelques amis du président en place, et en cela Nicolas Sarkozy ne fait que suivre ce que faisaient ses prédécesseurs. Là aussi, il n’y a pas eu la rupture annoncée, mais qui en doutait ? D’ailleurs il suffit de voir les noms des principaux récipiendaires pour en être convaincu. Entre Bernadette Chirac, Christian Clavier, Patrick Lelay qui devient commandeur, Valérie-Anne Giscard d’Estaing, pour ne citer qu’eux, on se demande bien au nom de quoi ces gens-là ont droit à cette distinction.

Si nous disons cela c’est parce que, comme chacun le sait, la Légion d’Honneur est la plus élevée des distinctions nationales  avec, en outre, la particularité de pouvoir aussi être attribuée à des étrangers. Elle est la récompense de mérites éminents acquis au service de la Nation, soit à titre civil,  soit sous les armes, selon le code en vigueur depuis 1962. Cela précisé, cette définition ne diffère guère de celle de la loi du 29 Floréal an X : « récompenser les services civils et militaires exceptionnels rendus au pays ».  Le mot exceptionnel indique bien que la manière dont cette distinction est octroyée de nos jours est  à l’opposé de ce qui devrait être fait.

Même Vladimir Poutine s’est vu décerner la Légion d’Honneur il y a deux ans, en 2006. Ce n’est certainement  pas la meilleure décision de Jacques Chirac, même s’il fait partie des responsables politiques qui se sont beaucoup trompés. Heureusement, Nicolas Sarkozy s’est un peu rattrapé puisqu’il a décoré Festus Mogae, le président du Bostwana pour avoir fait de son pays « un modèle de démocratie ». Cela étant, je maintiens quand même que lui donner la Légion d’Honneur n’est pas dans l’esprit de la distinction telle que nous pouvons la concevoir

Il ne l’est pas davantage, pour ne pas dire encore moins, quand il s’agit d’hommes politiques dont les principaux faits d’armes ont été de présider un Conseil Général ou Régional.  Et pourtant combien sont-ils à exhiber fièrement leur  petit insigne rouge à la boutonnière. Il y a aussi les gens de lettres qui figurent parmi ceux qui sont souvent décorés. Là aussi on peut se poser la question, car ce n’est pas parce qu’un écrivain a gagné le prix Goncourt que cela doit être considéré comme un évènement exceptionnel méritant pareille distinction. Tout le monde n’est pas Lamartine, Victor Hugo,  ou Zola.

Restent  les sportifs, qui sont sans doute les mieux acceptés parmi les récipiendaires, parce qu’ils représentent la grandeur du pays et parce que les gens s’assimilent facilement à eux. Marie-Jo Pérec, Laure Manaudou, Zidane, Platini, Prost ou Hinault, ont porté très haut les couleurs de la France par les exploits qu’ils ont accompli dans les grandes compétitions.  Certains sont même flattés de voir leur idole être décorée de la sorte, car ils considèrent que c’est aussi un peu à eux que l’on rend hommage, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Malgré tout, ceux pour lesquels j’ai le plus d’admiration sont ceux qui refusent la distinction car, généralement, ils la refusent pour de très bons motifs. Le Curé d’Ars la refusa parce que cela ne rapportait pas d’argent …qu’il aurait pu donner aux pauvres. D’autres la refusent par principe comme l’ont fait par le passé  Sartre et Simone de Beauvoir, mais aussi Aragon, Jacques Prévert, et plus loin de nous Georges Sand, Maupassant ou Maurice Ravel.  D’aucuns enfin, dont les parents sont morts à la guerre, la refusent parce qu’ils pensent, à juste titre, que ces derniers la méritent davantage qu’eux parce qu’ils ont versé leur sang pour la patrie.

Bref, je fais partie de ceux qui pensent que la plupart de ceux qui ont la Légion d’Honneur ne la méritent pas, et qu’en revanche beaucoup de ceux qui ne l’ont pas mériteraient de l’avoir. Je suis surtout atterré de constater que finalement rien n’a changé dans notre monde depuis 1804. La Révolution se termina par une victoire de la bourgeoisie sur le petit peuple, le Tiers Etat devenant la classe dominante à la place de la noblesse et du clergé. Cette victoire se concrétisera définitivement avec l’Empire, ce qui n’empêchera pas les opportunistes de se glisser dans cette nouvelle aristocratie.

La liste des légionnaires civils de la Légion d’Honneur de la promotion d’octobre 1803 en est l’exemple frappant. Les légionnaires appartenaient tous à la nouvelle classe sociale dominante, avec des noms célèbres encore aujourd’hui comme le régicide Fouché, l’ancien évêque Talleyrand, le chimiste Chaptal ou le cardinal Cambacérès. A côté de cela, nombre de soldats ou d’officiers qui avaient pourtant sauvé leur pays à maintes reprises n’y figuraient pas, pas plus d’ailleurs que les femmes dont on sait pourtant que leur rôle a été très important dans les années qui ont suivi la Révolution. Pour mémoire, je rappellerais qu’il faudra attendre presque cinquante ans pour voir une femme (Marie Duchemin) recevoir la Légion d’Honneur des mains du président Louis Napoléon Bonaparte.

Voilà pourquoi, je persiste à dire que la révolution avait fait œuvre utile en supprimant toutes décorations y compris militaires, même s’il n’était pas rare dans cette catégorie que le nom du simple soldat puisse côtoyer celui de son général.  En tout cas si on devait garder à l’avenir cette distinction bicentenaire, il faut souhaiter qu’elle soit attribuée selon des critères qui n’aient rien à voir avec le copinage. Ce serait aussi une certaine manière de montrer que l’Etat ne saurait être colonisé par un parti, un clan ou une classe sociale.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


La crise sera longue…

Par escatafal in économie - 21 mar, 2008

Au moment où le gouvernement français révise enfin ses prévisions de croissance, de plus en plus d’observateurs se demandent combien de temps va durer cette crise, et surtout les raisons pour lesquelles on en est arrivé là. La première d’entre elles réside dans le fait que c’est la spéculation qui nourrit la crise, mais si spéculation il y a, celle-ci est facilitée par les difficultés toujours plus grandes à évaluer la qualité et la solidité de ceux qui émettent des titres sur les marchés financiers. Enfin il y a également l’explosion du crédit sous toutes ses formes, ce qui a permis à certains établissements aujourd’hui en difficulté,  de s’enrichir à bon compte pendant des années, jusqu’au moment où le système s’est grippé.

Parlons d’abord de la spéculation qui est, rappelons-le,  inhérente au fonctionnement du marché. Tout le monde s’imagine que le spéculateur est nécessairement un fonds de pension qui dispose de capitaux très importants qu’il fait fructifier. Mais le spéculateur est aussi un particulier qui place ses économies en achetant des actions, dans l’espoir que les cours de ces actions montent, ce qui lui permettra d’empocher une plus-value. De plus, chacun de nous participe aussi à la spéculation en déposant de l’argent dans sa banque, ce qui va permettre à cette dernière d’investir une partie de cet argent en Bourse. En fait les seuls qui ne participent pas à la spéculation sont ceux qui n’ont pas d’argent, ou qui ne laissent  quasiment rien sur leur compte bancaire.

Cela dit, une énorme partie des transactions boursières est faite par des spéculateurs professionnels que ne sont pas les petits porteurs. En effet, les fonds de pension qui disposent d’énormes liquidités, passent des ordres un peu partout dans le monde à la recherche d’opportunités de placement. Ils peuvent être actionnaires d’une entreprise pendant quelques jours, voire même quelques heures ou quelques secondes.  De nos jours,  grâce à la technologie, les transactions se font quasiment en temps réel. Il suffit d’avoir acheté  au bon moment des titres qui avaient beaucoup baissé quelques heures auparavant, pour les revendre tout de suite après avec un bonus important, compte tenu des sommes mises en jeu.

On imagine donc dans ces conditions l’ampleur que peut prendre une rumeur, par exemple sur les résultats, sur la cotation d’une action. On imagine aussi que sans les facilités techniques qu’ont les spéculateurs aujourd’hui de passer un ordre d’achat ou de vente, via les plates-formes boursières, les crises financières n’auraient pas l’effet domino que nous leur connaissons. Cela démontre aussi a contrario que, même s’ils peuvent être qualifiés de spéculateurs, les petits actionnaires qui investissent quelques milliers d’euros en Bourse ne peuvent pas gagner beaucoup, et peuvent même perdre une partie de leur mise, parce que jouer en Bourse exige un énorme professionnalisme. Je dis cela pour ceux qui pourraient se faire des illusions. En fait le petit porteur ne peut augmenter son capital qu’en jouant sur la durée, et là les gains peuvent être intéressants.

La crise financière que nous connaissons serait aussi due aux agences de notation. Elles ont certes leur part de responsabilité, mais leur taux de défaut est faible dans un contexte de plus en plus difficile à appréhender, avec de multiples acteurs et intermédiaires,  et des instruments financiers à la fois non transparents et pas liquides.  Et puis, qui a fait en sorte que ces agences soient les juges suprêmes sur la capacité des entreprises ou des groupes à honorer leurs engagements, sinon tout un système qui préfère confier à des sociétés privées, non soumises à supervision, ce type d’évaluation qui pourrait parfaitement être exécuté par des organismes nationaux, indépendants du pouvoir politique et économique. Cela,  personne n’en parle. On a d’ailleurs donné tellement d’importance à ces agences de notation qu’elles ont même une influence dans les ratios de solvabilité des banques.

Reste le problème de l’endettement qui a été évoqué plus tardivement, parce qu’on avait jamais connu un tel phénomène lors des précédentes crises financières. En effet, si l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis a causé autant de dégâts,  c’est parce que cette bulle s’est traduite par une hausse des prix largement supérieure à celle des crises précédentes. Et tout cela a été favorisé par l’explosion des crédits accordés aux ménages américains. Mais c’est en réalité tout le système économique qui a abusé de la dette qu’il s’agisse des organismes prêteurs, des sociétés privées et même des Etats. C’est pour cela que,  malgré les moyens déployés par les banques centrales pour assurer la liquidité du système, la confiance a du mal à se rétablir et que le retour à la normale sera sans doute plus long que prévu.

Raison de plus pour ne pas faire croire aux Français que notre pays ne devrait pas trop souffrir des effets de cette crise qui, ne l’oublions pas, figure parmi les plus graves que l’on ait connues  depuis cinquante ans. Or chaque grande crise s’accompagne fatalement d’un recul de la production qui peut aller jusqu’à 5%, comme ce fut le cas pour le Japon à partir de 1992. D’ailleurs les prévisions relatives à la croissance américaine pour les deux premiers trimestres, indiquent clairement que les Etats-Unis sont au bord de la récession, s’ils n’y sont pas déjà.

Dans la Zone euro le ralentissement est moins brutal,  grâce notamment aux exportations qui se maintiennent à un bon niveau, malgré la flambée de l’euro par rapport au dollar. Voilà une nouvelle pierre à jeter dans le jardin de Nicolas Sarkozy qui voit dans l’euro fort la source de tous nos maux. Il est vrai que le commerce extérieur français (-2,3% du PIB) est loin de se porter aussi bien que celui de l’Allemagne (+5,8% du PIB) ou des Pays-Bas (+6,9% du PIB). Cela démontre amplement ce que nous avons dit ici même à de nombreuses reprises, à savoir  que l’effort de notre pays a été insuffisant en matière de recherche et développement,  et donc d’investissement.  Qui dit investissement, dit redressement de la production, mais aussi croissance des exportations, création d’emplois  et maintien du pouvoir d’achat.

Apparemment, quand il accumulait ses promesses sur le pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy n’avait pas bien saisi les principes directeurs de l’action économique. Il avait pourtant été ministre des Finances dans le gouvernement Raffarin, mais comme ses prédécesseurs en poste depuis 1981, l’investissement n’a jamais été pour lui une préoccupation prioritaire. On l’a d’ailleurs rarement entendu s’exprimer sur le sujet. Or, avec la baisse de l'activité et des conditions de crédit moins favorables dans le monde, l’investissement devrait stagner de nouveau au cours de l’année 2008 selon l’INSEE.

Cela signifie que la croissance sera encore soutenue par la consommation des ménages, mais là aussi il faut être prudent car l’inflation devrait se situer à un niveau annuel de 3%, au moins jusqu’au mois de juin. Et il n’y a que l’INSEE et le gouvernement pour croire qu’avec 3% d’inflation, il n’y aura pas d’érosion du pouvoir d’achat. Décidément,  on est loin d’avoir épuisé un des sujets favoris du président de la République au cours de sa campagne électorale : « je serai le président du pouvoir d’achat » avait-il dit à cette époque. Depuis, comme il l’a confirmé au cours de sa dernière conférence de presse, il a relégué l’angoisse du pouvoir d’achat des Français au second rang de ses priorités. D’ailleurs comme l’a dit son conseiller Henri Guaino : « Cela fait 25 ans que le pouvoir d’achat recule ». Alors effectivement, les Français peuvent bien attendre 5 ans de plus !

Michel Escatafal


Irak, Afghanistan, jusqu'à quand?

Par escatafal in politique étrangère - 20 mar, 2008

Sur ce site j’avais écrit il y a peu,  que  Georges W. Bush aura été le président qui a accumulé le plus d’échecs pendant les deux mandats qu’il a accomplis à la Maison Blanche. J’en profitais pour souligner au passage, qu’il était extrêmement étonnant qu’un président comme Georges Bush ait pu être réélu après un premier mandat calamiteux. Cela dit Nicolas Sarkozy a bien été élu l’an passé à la présidence de la République,  en se faisant passer pour un homme neuf,  alors qu’il avait été pendant quatre ans le numéro deux des  précédents gouvernements. Pour autant  il reste à espérer pour notre pays, que Nicolas Sarkozy n’accumulera pas avec la même constance que Georges Bush les échecs et les mauvaises décisions.

Je dis bien il reste à espérer, parce que les premiers mois de Nicolas Sarkozy à l’Elysée ont été dans la lignée des résultats de son ami américain, au point de subir un naufrage électoral aux élections municipales et cantonales dimanche dernier. En tout cas, il est heureux que la France ne soit pas une puissance militaire du niveau de celle des Etats-Unis ou de feu l’Union Soviétique parce que, dans cette hypothèse, il y aurait beaucoup à craindre de la part de notre président de la République. N’oublions quand même pas que, contre l’avis des militaires de haut rang et sans que le Parlement ait son mot à dire, il n’a de cesse d’envoyer des renforts français en Afghanistan et ce, au moment  où plusieurs pays ayant des troupes là-bas veulent se désengager de ce conflit sans fin.

En fait, à part Nicolas Sarkozy et Georges Bush, tout le monde se pose la question du retrait des troupes guerroyant en Afghanistan et en Irak depuis respectivement 2001 et 2003. En effet, hier cela faisait  cinq ans jour pour jour que les premiers missiles américains tombaient sur Bagdad, et le moins que l’on puisse dire est que le bilan de ce conflit est tout à fait désastreux. Au moins 80000 civils tués depuis le début du conflit, plus quelques dizaines de milliers de militaires dont 4000 Américains. A cela s’ajoute plus de 1500 milliards de dollars dépensés en pure perte, soit l’équivalent de la richesse nationale produite annuellement par un pays comme l’Italie.

Bref, une gabegie financière et plus encore humaine qui déshonore les Etats-Unis et ceux qui les soutiennent, même si nombreux sont ceux qui en Europe, en Australie et en Amérique s’insurgent contre cette guerre qui fait régner le chaos dans un pays plongé dans un désastre humanitaire sans précédent, au point de faire regretter aux Irakiens l’époque de Saddam Hussein. Quel beau résultat en effet, et quel triste constat pour un président des Etats-Unis qui achève son mandat dans la honte et l’opprobre du monde entier.

Et en disant cela je pèse mes mots, la meilleure preuve en étant le recul depuis quelques temps de l’usage de la langue anglaise. Il y a quelques années, la moindre interview de la part des correspondants étrangers dans les pays d’Extrême Orient ou encore dans les pays arabes, voire même sud-américains, se faisaient toujours en anglais. Aujourd’hui, cela se fait dans la langue du pays. Manifestement,  Georges W. Bush aura largement contribué à l’affaiblissement durable de la nation dont il est le président, celle-ci ressemblant de plus en plus au « tigre de papier » dont parlait Mao Zedong dans les années 60 et 70.

L’Irak figure bien entendu au premier rang ou presque des préoccupations électorales des Américains. Je dis bien presque,  parce que la crise qui frappe des pans entiers de l’économie des Etats-Unis prend de plus en plus d’importance dans l’esprit des Américains, qui sont chaque jour plus nombreux à subir les effets de cette crise. Et pendant ce temps leur pays dépense en Irak des milliards de dollars, qu’il est obligé d’emprunter au monde entier. Comme le dit un des auteurs d’une étude publiée sous l’autorité du Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz : « Aujourd’hui, le déficit de l’Amérique est tel qu’elle ne peut même plus sauver ses propres banques ».

A ce propos, les Américains commencent à réaliser que la guerre en Irak n’a pas que des conséquences néfastes sur le plan militaire ou sur les déficits de leur pays. Ils s’aperçoivent notamment que l’augmentation sans fin du prix du pétrole est aussi la résultante de ce conflit, et cela pèse lourdement sur le budget des ménages. C’est la raison pour laquelle, dans le débat électoral qui va occuper les Etats-Unis jusqu’en novembre, la question irakienne va accaparer les esprits presque autant que la question économique.

Mais que proposent les trois candidats qui animent, et vont animer, la campagne présidentielle américaine ? En fait, ils ont des propositions assez différentes qui, a priori, nous confortent dans l’idée qu’un démocrate devrait succéder à Georges Bush, compte tenu de l’impopularité de cette guerre. En effet le candidat républicain Mac Cain, vétéran du Vietnam, a déjà affirmé à plusieurs reprises qu’avec lui comme président les Etats-Unis ne se retireront pas d’Irak, allant jusqu’à rendre permanente l’occupation du pays, «  cent ans s’il le faut ». Voilà qui a le mérite de la clarté et…qui fait plaisir aux plus excités des défenseurs de la « lutte contre le terrorisme ». On imagine qu’il fera de même en Afghanistan. Sur ce point il aura à coup sûr le soutien de notre président de la République, qui a dit le mois dernier quasiment la même chose en parlant «d’une guerre contre le terrorisme, contre le fanatisme, que nous ne pouvons pas et ne devons pas perdre ».

Les deux candidats démocrates sont eux pour le retrait, mais le calendrier n’est pas le même. Hillary Clinton prône un retrait qui commencerait 60 jours après sa prise de fonction, et qui se poursuivrait de manière progressive. Pendant combien de mois ou d’années ? Ce n’est pas précisé dans le programme. En revanche Barack Obama a été beaucoup plus précis : ce serait un retrait de toutes les troupes de combat dans les 16 mois. Cela voudrait dire qu’il n’y aura plus de combattants américains en Irak en juin 2010, ce qui inquiète quand même les observateurs, ces derniers n’imaginant pas que le pays puisse du jour au lendemain retrouver son calme et son assise, vu l’état de décomposition de la société irakienne après tant d’années de guerre.

On le voit, les scénarios qui sont envisagés par les trois candidats comportent de multiples incertitudes, et ce n’est pas une campagne électorale qui va les lever. Même l’hypothèse la plus simpliste, celle de Mac Cain, reste très aléatoire car il est impensable que les Etats-Unis puissent prolonger indéfiniment une aussi coûteuse occupation. Alors il faut souhaiter que le pire n’arrive pas, et que le désengagement américain se fasse en bon ordre quelle que soit la solution envisagée. Ces paroles sont celles de la sagesse, et vont à l’encontre des affirmations de Georges Bush qui croit encore, ou fait semblant de croire à la victoire des Etats-Unis, alors que de l’avis de tous les observateurs militaires l’armée américaine est à bout de souffle, comme elle l’est aussi en Afghanistan. Et puis dans les deux cas, de quelle victoire pourrait-il s’agir ?

Espérons là-aussi, sans trop y croire, que notre président de la République n’ira pas trop loin dans ses idées guerrières. A ce propos Nicolas Sarkozy,  qui veut faire des réformes d’ordre institutionnel, serait bien inspiré d’abandonner le principe « du domaine réservé » d’un autre âge. Après tout, la politique étrangère ne saurait être interdite aux représentants du peuple. Alors pourquoi ne pas faire ce que François Bayrou avait proposé pendant la dernière campagne présidentielle, à savoir que chaque année un discours sur l’état du monde soit prononcé par le président de la République, et que cela donne lieu à un débat, et le cas échéant, au vote d’une résolution exprimant les orientations du Parlement. Voilà une réforme peu coûteuse qui serait une réelle avancée démocratique.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Quand les élus découvrent l'extension du paupérisme...

Par escatafal in politique française - 19 mar, 2008

Pendant la campagne électorale des législatives où j’étais candidat pour le Mouvement Démocrate, je n’ai eu cesse de dire que si j’étais élu je serais présent aussi souvent que possible dans ma circonscription.  Quand je disais aussi souvent que possible, cela voulait dire quand je ne siègerai pas au Parlement car j’aurais été un député assidu. J’ajoutais en outre que ce serait mon seul mandat d’élu, car je suis farouchement opposé au cumul des mandats. Il est en effet inconcevable à mes yeux que l’on puisse être à la fois député, maire, conseiller général et président d’une communauté de commune et je ne sais quoi encore. Pourtant quand on regarde les fonctions électives d’une majorité de députés, il n’est pas rare qu’ils occupent  toutes ces fonctions. Parfois même, ils travaillent dans un cabinet d’avocats d’affaires.

Où trouvent-ils le temps ? Où vont-ils chercher toute cette énergie ? Franchement il y aurait de quoi être admiratif si, précisément, ils faisaient convenablement le travail pour lequel ils ont sollicité les suffrages. Or en lisant Libération on s’aperçoit qu’une députée de l’Yonne, Marie-Louise Fort, qui vient de perdre sa mairie de Sens et sans doute la présidence de la communauté de communes de Sens, vient de réaliser que « ce scrutin est le reflet de la désespérance des gens ». Ensuite elle ajoute : « Durant la campagne j’ai été frappée par la paupérisation des travailleurs pauvres et des personnes âgées et ses conséquences sur les familles ».

Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que cette élue multifonctions ne s’intéresserait  à la vie des gens qu’au moment des campagnes électorales, et que le reste du temps elle vaquerait à ses occupations de manière fatalement superficielle. Je ne dirais pas pour autant que cette dame ne travaille pas, loin de moi cette idée. Je dis simplement que toutes ces fonctions électives lui permettent, au mieux, un survol des sujets concernant sa circonscription, sa mairie autrefois etc. Certes elle a des collaborateurs payés pour cela, mais ne pas s’apercevoir que les gens de sa ville sont désespérés, que les travailleurs pauvres se paupérisent, que les personnes âgées ont de plus en plus de mal à assurer leurs fins de mois apparaît rien moins que stupéfiant.

Oui pour nos élus, il serait temps de prendre conscience de la gravité de la situation pour une fraction de la population de plus en plus large. A ce propos, Marie-Louise Fort a même oublié (apparemment) de parler de ceux qui n’ont pas de travail, mais cela ne change rien au constat que les électeurs ont fait et que nous pouvons faire. D’ailleurs je ne sais pas comment elle a pu mener sa campagne législative, parce que je puis affirmer que ce qu’elle vient de découvrir existait déjà l’année dernière au mois de juin. Elle n’est quand même pas une élue de Neuilly !

En tout cas pendant ma campagne législative, c’est cette désespérance des électeurs qui m’avait le plus frappé, au point que nombre de personnes ne cessaient de me dire que si j’étais élu je ferais comme les autres, et que je ne me soucierais  plus de leurs problèmes. Pour ma part, je considérais cela comme une insulte, mais après réflexion je me disais qu’après des années de promesses non tenues, les gens avaient bien le droit de penser ainsi. Ils étaient d’ailleurs tellement convaincus de ce qu’ils disaient, qu’ils écoutaient à peine ce que je leur répondais, et notamment qu’il n’y a pas de fatalité à la désertification des territoires, pour peu que les élus veuillent bien s’investir pour faire venir des entreprises, sur des communes ou des circonscriptions qui ne cessent d’en perdre. Et dans la circonscription du Gard où  je faisais campagne, c’était le cas.

Cela étant, si Madame Fort vient de découvrir que le paupérisme était loin de s’éteindre dans sa circonscription ou sa commune, le gouvernement en revanche semble faire comme si de rien n’était. Nicolas Sarkozy a dit la semaine dernière à Toulon qu’il tiendrait compte de ce que les Français exprimeraient dans les urnes. Or qu’elle est la réponse donnée par le président de la République ? Tout simplement  créer  six secrétariats d’Etat confiés à des personnalités bien connues dans les milieux politiques et proches du président de la République. On notera à ce propos que l’ouverture semble bel et bien finie, et qu’à présent il faut resserrer les rangs autour de Nicolas Sarkozy. On notera également que pour un président qui devait limiter au strict minimum le nombre de membres du gouvernement, on doit se retrouver à peu près au niveau de ce qui était fait précédemment.

En faisant ce constat, on se demande bien comment un homme qui se veut responsable peut se contredire à ce point. C’est ahurissant ! Il n’y a pas un domaine où Nicolas Sarkozy a mis en application ce qu’il avait dit, mis à part quelques réformettes faciles comme celle des régimes spéciaux. Partout il dément ce qu’il avait dit qu’il ferait. Il devait nommer les meilleurs aux postes à responsabilité, il devait restaurer l’impartialité de l’Etat, il devait, il devait… Résultat, rien n’a changé sauf en pire.

Le président de la République est même allé jusqu’à confier un secrétariat d’Etat à Nadine Morano, sévèrement battue dimanche dernier à Toul, ce qui est manière d’entendre ce que disent les Français, et qui entre autres controverses s’est faite remarquer dernièrement en soulignant le besoin de légiférer, pour faire mieux contrôler les blogs politiques. On voit bien quelle est la conception démocratique de cette dame qui, reconnaissons-le, voue une admiration sans borne à Nicolas Sarkozy, et ne manque jamais une occasion de voler à son secours.

En conclusion nous pourrions dire en étant défaitiste, qu’il paraît très difficile de changer la société tellement celle-ci paraît sclérosée autour de ses élus. Ces derniers qu’ils soient de droite ou de gauche semblent avoir oublié le sens des réalités de notre pays. Ils vivent bien de leurs mandats, ils se battent pour les conserver au moment des élections, mais pour ce qui est de régler les problèmes au quotidien de leurs administrés ou de leurs concitoyens, il n’y a plus personne. De toute façon, ils savent que les risques sont minimes car les électeurs se sont habitués peu ou prou à ce système bipolaire qui nous fait tellement de mal.

Alors quand  l’UMP gouverne, ils votent à gauche et quand c’est le Parti Socialiste, ils votent à droite. Pour les électeurs il n’existe aucune alternative à la médiocrité de ceux qui occupent le pouvoir depuis bientôt trois décennies. A nous militants du Mouvement Démocrate de démontrer le contraire, mais ce n’est pas en faisant des alliances contre nature ou politiciennes que nous y parviendrons. Restons nous-mêmes, continuons à promouvoir nos idées, mettons en avant nos projets et les électeurs finiront par s’apercevoir qu’il est possible de gouverner autrement.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


A propos du vent de panique sur les marchés financiers...

Par escatafal in économie - 18 mar, 2008

Et dire que certains ne cessent de critiquer la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne (BCE), en prenant pour exemple la Réserve Fédérale américaine (FED). Parmi ceux-ci il y a évidemment notre président de la République, mais aussi certains membres importants du Parti Socialiste. J’espère et je suis sûr qu’au-delà de leurs préoccupations électorales, ils ont constaté à quel point la FED a fait preuve d’amateurisme ce week-end au point de provoquer une nouvelle déflagration sur les marchés financiers. «C’est la plus grave crise financière depuis la Seconde Guerre mondiale », diagnostique Alan Greenspan qui fut, ne l’oublions pas, le président de la FED de 1987 à 2006. Il a même  osé la comparaison avec  la crise de 1929.

Ces paroles sont à plusieurs titres le symbole de ce qu’il n’aurait pas fallu faire, notamment à la fin des années 1990 et au début des années 2000, époque où la finance internationale considérait Alan Greenspan comme un demi-dieu, et où il était de bon ton de vanter son savoir-faire. Epoque aussi où on ne cessait de railler « la frilosité » de la BCE, parce qu’elle suivait attentivement les évolutions de la masse monétaire et par conséquent de l’inflation. En fait aujourd’hui, on constate que la BCE a été beaucoup plus sage dans ses décisions de politique monétaire que la FED. Elle donne surtout l’impression de beaucoup mieux maîtriser la situation, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy et ses acolytes.

Il faut quand même rappeler que le leitmotiv des conservateurs américains, suivis en cela par la FED et son président de l’époque, était qu’il fallait à tout prix favoriser le crédit pour maintenir une croissance de 3 à 4% minimum, condition nécessaire pour que les Etats-Unis puissent faire financer leurs déficits par le reste du monde. Si les Américains achetaient beaucoup de logements, y compris en s’endettant pour 50 ans, c’était bon pour la croissance car cela faisait monter les prix de l’immobilier, et in fine cela permettait aux ménages américains d’acquérir, grâce à de nouveaux crédits,  des biens de consommation.  Ils obtenaient d’autant plus facilement ces crédits, que le prix de leurs logements prenait de la valeur. De plus ces crédits se situaient  généralement à un niveau historiquement bas. Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

A coté de cela, cette pauvre BCE faisait piètre figure avec ses yeux rivés sur une inflation qui ne devait pas dépasser 2% l’an et qui, par conséquent, refusait de baisser ses taux au-delà du raisonnable. Evidemment pour un Nicolas Sarkozy ou une Ségolène Royal, mais aussi bien d’autres, Jean-Claude Trichet et son équipe n’étaient qu’une escouade de technocrates qui allait mener à la catastrophe le  bateau Zone Euro, alors qu’Alan Greenspan était en quelque sorte un marchand de bonheur. Ah le rêve américain dont on nous rebat les oreilles depuis tant d’années !

Et puis la crise est apparue dans toute sa complexité l’an dernier, plus particulièrement aux Etats-Unis. La Chine que l’on avait tellement aidée  dans son développement, et qui nous le rendait bien en faisant baisser les prix des produits de consommation et des biens durables, se développe plus vite que prévu, trop vite. Sa croissance dépasse les 10% chaque année,  elle accumule les excédents commerciaux d’autant plus facilement que  son yuan est faible, ses besoins s’accroissent très rapidement,  au point qu’elle est obligée de partir à la conquête du monde pour trouver ce qu’elle n’a pas ou plus dans son riche sous-sol. Et là, la panique s’empare du monde économique parce que le prix des matières premières s’envole, et pas seulement celui du pétrole, rendant les produits importés plus chers.

Du coup le spectre de l’inflation resurgit, entraînant une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, notamment américains, ces derniers ne pouvant plus rembourser les multiples crédits facilement obtenus. Pire, ils ont d’autant plus de difficultés à honorer leurs dettes que le robinet de l’argent facile se referme,  car ceux qui ont beaucoup prêté ne peuvent plus le faire aux mêmes conditions. De fait, de nombreux propriétaires se voient contraints de vendre leurs biens, faute de pouvoir payer leurs crédits,  et la bulle immobilière se dégonfle beaucoup plus vite que prévu. C’est le scénario catastrophe, d’autant que des banques « téméraires » ont racheté à bas prix les crédits mis en force par d’autres établissements, pour les placer à leur tour auprès d’organismes peu regardant sur la qualité de ces créances, en empochant au passage une solide plus-value. Du pur bonheur pour les spéculateurs… tant que cela marche !

Problème, le bonheur comme toujours est éphémère,  et de nombreuses banques ou établissements financiers sont très exposés à ce que l’on appelle « les crédits pourris ». Du coup, le crédit se raréfie parce que plus personne ne veut prêter de l’argent à quiconque, ce qui met en difficulté tout le système. Alors, même si les banques centrales, y compris la FED, n’ont cessé d’affirmer qu’elles ne secouraient pas les banques trop aventureuses, elles sont bien obligées dans certaines circonstances de prendre à chaud des mesures pour éviter la faillite de certains établissements au bord de l’asphyxie.

Ce fut le cas vendredi dernier pour la banque Bear Stearns, cinquième banque d’investissement des Etats-Unis, qui emploie 14000 personnes et dont les clients se désengageaient les uns après les autres. Dans la foulée, la FED abaisse de nouveau son taux d’escompte, appliqué aux grands établissements financiers, avant une nouvelle diminution de son principal taux d’intérêt, qui sera sans doute décidée aujourd’hui mardi. Enfin, elle annonce une nouvelle facilité de crédit pour que les grandes institutions puissent prêter de l’argent plus facilement, notamment aux établissements financiers les plus modestes.

Tout cela a entraîné une nouvelle panique sur les marchés financiers avec des baisses allant de 3 à 5%, les titres bancaires dévissant parfois de presque 20% comme la banque très connue Lehmann Brothers, dont on dit qu’elle est en grande difficulté. Le dollar a plongé de nouveau à des niveaux très bas, non seulement face à l’euro, mais aussi face aux autres grandes monnaies. Du coup le cours du pétrole dépasse les 110 dollars, et la récession aux Etats-Unis n’est plus une probabilité. Alors beaucoup se demandent si nous ne sommes pas, effectivement, dans une situation proche de celle de 1929, laquelle a entraîné la plus grande crise économique du 20è siècle.

Personne ne peut le dire avec certitude, mais ce que nous pouvons affirmer c’est que cette crise qui affecte en premier les Etats-Unis, n’aurait sans doute pas les mêmes conséquences pour les Européens qu’elle n’en a eu en 1929. Depuis cette date l’Europe existe, et nous avons une monnaie unique. Les détracteurs de l’intégration européenne devraient y penser ! Et puis, à quelque chose, malheur est bon : le ralentissement économique en cours est peut-être le meilleur moyen pour atténuer la fièvre inflationniste en Chine et en Inde. Ce n’est pas pour autant une consolation.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)