Une récompense pour Angela Merkel
Enfin, le Comité International Olympique va être content : là où passe la flamme olympique ces jours-ci, elle est accueillie avec tous les honneurs dus à son rang. Point de manifestation, des drapeaux chinois qui virevoltent, une foule enthousiaste, bref c’est la fête. Je précise que cela se passe en Corée du Nord et au Vietnam, pour que cela ne fasse pas trop rêver. On ne manifeste pas dans ces pays à tout propos, y compris pour une flamme olympique. On ne manifeste pas beaucoup plus en Tunisie où Nicolas Sarkozy et Carla, accompagnés de quelques autres ministres et d’une forte délégation de patrons (plus de 100 personnes), sont en voyage officiel depuis hier.
La Tunisie est un pays qui a beaucoup de charme, et son économie est plutôt en meilleure posture que celle de ses voisins, malgré un sous-sol moins généreux. Elle a donc quelques moyens que d’autres pays n’ont pas, et peut acheter sans trop de problèmes des avions ou des prestations dans le domaine de l’électricité et du nucléaire civil. Dans ces conditions, on comprend que Nicolas Sarkozy n’ait pas voulu froisser son homologue tunisien, le président Ben Ali, sur la question des droits de l’homme.
Mais qu’y a-t-il d’étonnant de sa part, même s’il avait affirmé pendant la campagne présidentielle que sur ce plan aussi, il y aurait rupture ? En tout cas, ce manque de bravoure dans le domaine des droits de l’homme contraste avec celui d’Angela Merkel, dont je viens de découvrir qu’elle va recevoir le prix International Charlemagne, décerné à des personnalités qui se sont engagées pour l’unification européenne. Parmi les lauréats figurent deux anciens présidents de la République française, François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, ce qui n’est que justice vu leur influence notamment sur la création et la mise en place de l’union monétaire.
Nicolas Sarkozy qui se prend pour un grand européen, ce qu’il n’est pas, va être jaloux de celle qui n’a jamais trop aimé son style bling-bling, et surtout qui n’a jamais hésité à le renvoyer à ses chères études quand il en faisait un peu trop, par exemple sur l’Union méditerranéenne. Cela étant la chancelière allemande dispose de nombreux atouts que n’a pas le président français. D’ailleurs l’opinion que les fonctionnaires de Bruxelles portent sur Angela Merkel est en opposition totale avec celle qu’ils ont de Nicolas Sarkozy. Pour résumer, ils disent que l’une a su parfaitement défendre les intérêts de l’Allemagne, sans se mettre à dos les autres pays de l’Union, alors que l’autre n’a fait qu’aviver certaines rancoeurs avec ses foucades, ses idées loufoques, et sa diplomatie à géométrie variable.
Tout le monde en Europe souligne le fait que l’autorité d’Angela Merkel est sans commune mesure avec celle des autres dirigeants européens, au point que de plus en plus de voix s’élèvent pour que ce soit elle qui occupe le poste de président du Conseil européen. A titre personnel, et je ne suis pas le seul, il est certain que ce choix serait celui de la raison, beaucoup plus par exemple que Tony Blair à qui Nicolas Sarkozy a promis son aide le moment venu. Son bilan en tant que présidente de l’Union Européenne (au premier semestre 2007) est souligné par tous les observateurs tant sur le plan institutionnel, que sur celui du développement durable. N’oublions que c’est son volontarisme en la matière, qui a permis pendant la présidence allemande d’obtenir de l’Union Européenne des objectifs contraignants et ambitieux de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.
Angela Merkel a aussi pour elle d’être le chef de gouvernement d’une nation qui, après avoir rencontré énormément de difficultés suite à la réunification avec l’Allemagne de l’Est, a retrouvé des bases économiques saines. De nombreuses réformes, souvent douloureuses, ont été faites dans son pays sous l’impulsion de son prédécesseur à la Chancellerie, Gerhardt Schroeder, et poursuivies avec succès par le gouvernement de coalition qu’elle dirige. Les réformes en Allemagne passent parce qu’elles sont marquées du sceau du pragmatisme, avec le souci de laisser le moins de monde possible sur le bord de la route. Elles sont acceptées parce que les gens sont convaincus de leur nécessité. Cela ne veut pas dire que l’Allemagne n’ait pas son lot de problèmes, sa croissance notamment accuse un net ralentissement puisqu’on va passer de 2,5% en 2007 à 1,7% en 2008, et sans doute moins (1,2%) en 2009. Cela étant, on a le mérite de l’avouer et tout le monde sait à quoi s’attendre.
Tel n’est pas le cas en France qui ne fera pas mieux que l’Allemagne, mais qui au contraire de son voisin va voir son déficit public dépasser très rapidement les 3%, comme je l’ai toujours affirmé ici même. Peut-être même dès cette année selon la Commission Européenne, alors que le déficit de l’Allemagne ne devrait guère dépasser 0,5% en 2008. Angela Merkel, contrairement à Nicolas Sarkozy, dirige aujourd’hui un pays qui a retrouvé ses fondamentaux économiques, ce qui lui permet de parler haut sur le plan international. Elle entretient de bonnes relations avec la totalité des pays qui comptent sur la planète, ce qui ne l’empêche pas de faire la leçon aux Russes ou aux Chinois en matière de droits de l’homme.
N’oublions pas que si on ne l’a pas entendu parler à tout propos des Jeux Olympiques, elle a déjà reçu le dalaï-lama sans que cela entraîne des manifestations hostiles à Pékin contre l’Allemagne. En fait l’Allemagne est dirigée par une dame de conviction, alors que notre pays l’est par «un amateur». Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner si l’influence de l’Allemagne en Europe est infiniment supérieure à celle de la France, même si Nicolas Sarkozy peut compter à présent sur le soutien de son ami Silvio Berlusconi. Qui se ressemble s’assemble !
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
On ne peut pas les comparer...
Mis à part la presse anglaise qui fait nettement la différence, la plupart des médias européens ont à mon avis la fâcheuse habitude de comparer Valéry Giscard d’Estaing à Nicolas Sarkozy. C’est outrancier car ils sont quand même très différents. Certes, quand il est devenu président de la République, VGE a largement utilisé les médias à son avantage, créant même plusieurs chaînes de télévision concurrentes à la place de l’ORTF (TF1 et Antenne2 notamment), mais il leur a laissé plus d’autonomie qu’elles n’en avaient jamais eu jusque là. On se rappelle à ce propos la formule de Georges Pompidou, « l’ORTF c’est la voix de la France !». Aujourd’hui les quelques journalistes qui restent de cette époque doivent se dire que cette autonomie a en grande partie disparu, comme en témoigne la dernière intervention télévisée de Nicolas Sarkozy cette semaine.
Certes aussi Valéry Giscard d’Estaing, à l’époque très jeune président de la République, affichait constamment son besoin de plaire, et semblait avoir atteint avec cette accession à la magistrature suprême à une forme d’extase. Il avait également, dans ce contexte, le désir de vouloir faire toutes « les réformations » possibles, comme on disait à l’époque de Louis XIV, pour laisser une trace indélébile dans l’histoire. De fait, rien qu’avec la loi sur l’IVG de Simone Veil, tout le monde lui accorde le label de réformateur. De plus, après deux années très difficiles avec Jacques Chirac comme Premier ministre, notamment sur le plan économique, il aura le génie et le mérite de confier les rênes du gouvernement à Raymond Barre qui fut celui qui transforma le plus et le mieux la société française au cours des 50 dernières années.
Nicolas Sarkozy, lui aussi élu jeune à la présidence de la République, a commencé son quinquennat sur les mêmes bases que VGE. Les médias étaient quasiment tous avec lui et derrière lui et, après 12 ans de présidence Chirac, le peuple avait l’irrépressible envie de voir bouger la société française. Alors, après une campagne menée tambour battant où le candidat Sarkozy promettait tout pour tous, l’attente était considérable. Elle l’était d’autant plus que des promesses avaient été faites sur des sujets très sensibles, par exemple le pouvoir d’achat. Le nouveau président avait aussi promis la rupture partout, au point que beaucoup s’imaginaient que le fonctionnement de l’Etat et de notre société allaient en être changé profondément.
Le problème c’est que Nicolas Sarkozy avait mal évalué la situation, celle-ci étant de surcroît très mouvante dès l’été 2007. Comme à l’époque de l’arrivée au pouvoir de VGE, les difficultés économiques à l’échelle planétaire se faisaient sentir avec de plus en plus d’insistance. Le prix du pétrole augmentait dans des proportions inquiétantes, la crise des crédits hypothécaires américains commençait à exercer ses ravages, et le dollar s’affaiblissait face aux principales monnaies. Malgré tous ces avertissements, le président de la République faisant fi de la contrainte extérieure décidait de mettre en place immédiatement le paquet fiscal. Funeste erreur qui n’est pas sans nous rappeler celle que le couple Giscard-Chirac avait faite en 1974 en faisant une relance par le déficit. Les plus anciens se souviennent des résultats désastreux de cette politique.
Mais la comparaison s’arrête là entre les deux hommes, ce qui explique que le rejet de VGE ait été moins brutal que celui de Nicolas Sarkozy aujourd’hui. Tout d’abord même si VGE s’est autorisé quelques mises en scène démagogiques, comme s’inviter à diner chez des Français lambda, il n’a jamais exposé sa vie privée comme l’a fait l’actuel président. De plus Anne-Aymone Giscard d’Estaing, son épouse, est une grande dame et jugée comme telle par tout le monde. Ensuite VGE savait s’entourer et savait déléguer si le besoin s’en faisait sentir, comme il l’a démontré dans son mode de fonctionnement avec Raymond Barre. Hélas pour lui, Nicolas Sarkozy n’a pas de Raymond Barre dans son entourage et même s’il en avait un, nul doute qu’il ne le nommerait pas Premier ministre. Enfin, Valéry Giscard d’Estaing avait su, avec Raymond Barre, se construire une majorité sur mesure malgré l’opposition de Chirac et du RPR à partir de 1976.
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy semble beaucoup plus que Giscard entre 1976 et 1981, à l’abri d’une fronde parlementaire, ne serait-ce que parce qu’il était le président de l’UMP, mais ce n’est qu’une apparence. En effet, s’il a réussi à s’emparer aussi facilement du parti gouvernemental au détriment de Chirac, c’est parce que ce parti n’est pas d’une fidélité exemplaire. C’est aussi parce que ce parti est très à droite, pour beaucoup de députés à la lisière du Front National. C’est grâce à eux qu’il a réduit presque à néant l’influence électorale de l’extrême-droite, et récupéré des voix des déçus de la gauche qui avait fini par voter Le Pen. Cependant cet électorat n’est pas une « assurance tout risque » pour le président de la République, comme il a pu le constater aux élections municipales. Il l’est d’autant moins que ces gens sont loin d’être des nantis.
Or jusqu’à présent, et contrairement à Valéry Giscard D’Estaing pendant son septennat, Nicolas Sarkozy n’a gouverné (et réformé comme il le dit sans arrêt) qu’au profit exclusif des couches les plus favorisées de la population, au point que ce sont toujours les plus démunis qui font les frais de chaque réforme. Qu’arrivera-t-il le jour où il devra faire des choix de justice sociale parce que la situation l’exigera ? Et bien, ce qui est arrivé à Jacques Chirac quand il a voulu imposer certaines réformes jugées nécessaires : les parlementaires et élus UMP le quitteront pour se jeter dans les bras de quelqu’un d’autre, pourquoi pas un Juppé ou un de Villepin surtout s’ils retrouvent la popularité qui sied si bien à ceux qui ont quitté le pouvoir depuis un certain temps. En politique, tant qu’on est vivant, on ne meurt jamais, et ce que je dis là n’est pas une lapalissade.
Voilà pourquoi, en tant qu’adhérent et militant du Mouvement démocrate, je garde l’espoir pour l’avenir. Si dans notre mouvement nous savons clarifier les choses, si nous restons nous-mêmes sur une ligne à la fois réaliste et réformatrice, si nous dépassons les inévitables querelles de personnes, si François Bayrou fait confiance à ceux qui sont prêts à se battre pour lui, et non à ceux qui espèrent obtenir les faveurs d’un mandat électif, alors notre discours deviendra très rapidement audible. Après tout le programme présidentiel de notre leader est plus que jamais d’actualité, avec comme priorité le rétablissement des équilibres budgétaires et la diminution de la dette, mais aussi l’aide aux PME créatrices d’emplois, des mesures pour l’école afin de vaincre l’échec scolaire, assurer une protection efficace contre les grands risques et les aléas de la vie, et prendre en compte les impératifs écologiques. Tout le contraire de ce que propose Nicolas Sarkozy.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Il a parlé, mais pour dire quoi?
Après un tintamarre sans précédent au cours des derniers jours afin que les téléspectateurs regardent l’émission consacrée à Nicolas Sarkozy, ce dernier a parlé. Il a même parlé plus que prévu puisqu’il a dépassé l’horaire initial. Mais qu’a-t-il dit ? Rien que nous ne sachions déjà. Il a fait un nouveau catalogue de promesses, il a fait un semblant d’autocritique, et il a redit qu’avant lui ses prédécesseurs n’avaient rien fait ou presque. Il a continué à utiliser le JE, pour bien montrer qui était le patron, après avoir fait preuve de faiblesse au moment des couacs gouvernementaux. Enfin il a, comme à son habitude, posé à la fois les questions et les réponses chaque fois qu’il était un peu en difficulté. Voilà le résumé de l’émission tel que l’a ressenti un Français lambda.
A ce propos, je ne suis pas sûr que tous les téléspectateurs soient allés au bout de cette interminable interview, dont on nous disait encore une fois qu’elle renouvelait le genre parce qu’ils étaient cinq à interroger le président de la République. En fait elle ne renouvelait pas grand-chose, sauf à dire que jamais on était allé aussi loin dans le culte de la personnalité, y compris à l’époque de l’ORTF. Jamais en effet, un président n’avait mobilisé à la fois les deux plus grandes chaînes de télévision pour… autocélébrer l’anniversaire de son arrivée au pouvoir. Cela aurait pu se comprendre si la situation internationale l’exigeait, mais là…
Je ne vais bien sûr pas faire l’inventaire, ni le résumé, de ce qu’a dit Nicolas Sarkozy car les radios, télés et journaux s’en chargent allègrement. Simplement, je veux souligner que ce n’est pas avec ce qu’il a dit et répété hier soir que les Français retrouveront le moral, même si ceux qui l’interrogeaient ont tout fait pour l’aider à se mettre en valeur. A ce propos, j’ai trouvé très étonnant d’entendre ce matin des commentateurs dire que «le président avait bien bossé son sujet », comme si ce n’était pas la moindre des choses. Il n’a fait que ce que font tous ceux qui doivent « plancher » devant un auditoire, avec le risque supplémentaire d’avoir une question embarrassante de la part d’un interlocuteur content de mettre en difficulté le conférencier, ce qui ne risquait pas d’arriver au président de la République.
Mais au fait quels sont les principaux sujets sur lesquels les Français attendaient de voir Nicolas Sarkozy fixer un cap, à la fois clair et lisible, pour la suite du quinquennat ? Tout d’abord les réformes dont on nous rebat sans arrêt les oreilles, et à propos desquelles les chiffres varient considérablement d’un observateur à l’autre, voire même à l’intérieur de la majorité. Pour l’UMP, 39 réformes ont été mises en œuvre depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Pour les membres du gouvernement et pour Nicolas Sarkozy lui-même, ce n’est pas 39 mais 55. Mais pour d’autres, en comptant celles en cours de réalisation, c’est le chiffre de 98 qui est le bon. Bref, on navigue à vue…sans boussole.
Une chose est sûre en tout cas : les Français sont « malcontents », pour parler comme à l’époque du règne de Louis XIV. Pourquoi ? Si l’on en croit le président de la République, c’est tout simplement parce que des erreurs de communication ont été commises. Les Français n’étant pas assez grands ou assez intelligents pour comprendre l’ampleur des réformes, il a fallu leur expliquer et on n’a pas su le faire. Cela concerne aussi les députés UMP, dont certains estiment « que des choses importantes ont été faites, mais que la ligne de force n’arrive pas à se dégager ». Pour d’autres proches du président le constat est encore plus accablant, parce que les gens savent qu’il y a des réformes, mais ils ont l’impression que la situation non seulement ne s’améliore pas, mais qu’elle devient chaque jour plus difficile. Ceux-là n’ont vraiment rien compris !
En fait, et là c’est moi qui parle, les Français à qui l’on avait dit que tout était possible s’aperçoivent qu’on leur a menti, et que l’on revient sur tout ou presque de ce qui devait être fait. Un exemple significatif : pendant toute sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy n’a cessé de vilipender les 35h, et il a d’ailleurs recommencé hier soir. Mais pourquoi ne les abroge-t-il pas puisqu’elles sont la source de tous les maux de l’économie française ? Idem pour le code du travail qui devait être réformé pour aboutir à un contrat unique. Sur tous ces sujets les Français sentent bien qu’au-delà des slogans ou des incantations, le président de la République ne peut masquer son impuissance et la vacuité de son discours.
On a l’impression que tout est fait dans l’improvisation, sans vraie priorité, ni ligne idéologique claire qu’il s’agisse de la santé avec la réforme des hôpitaux, l’éducation, le logement, la constitution, la défense, l’agriculture et la pêche etc. Dès qu’un problème surgit quelque part, le président court avec à ses trousses toutes les chaînes de télévision, et il promet de régler le problème sans trop savoir réellement de quoi il s’agit. On l’a vu pour l’usine Arcelor-Mittal de Gandrange, mais aussi pour les revendications des pêcheurs bretons sur les prix du carburant avec, chaque fois, une déception exacerbée par des annonces irresponsables parce qu’impossibles à tenir.
Personne ne s’étonnera après cela de voir des gens sérieux verser dans la crainte de voir notre pays aller vers une catastrophe majeure, notamment sur les plans économique, budgétaire et social. En tout cas tous les ingrédients sont réunis pour qu’il en soit ainsi. Qui va payer les pots cassés ? Tous ceux qui ont de plus en plus de mal à vivre ou à survivre, frappés de plein fouet par la hausse des prix sur les produits alimentaires de base, mais aussi sur les carburants, le gaz etc. De plus, si on met en place un dispositif censé aider les gens à mieux faire face aux difficultés de la vie, c’est aussitôt pour mieux supprimer un avantage obtenu quelques années auparavant. Les exemples ne manquent pas en ce moment. Dans ces conditions, ce ne sont pas les belles paroles distillées dans une émission télévisée qui vont calmer les inquiétudes. Nicolas Sarkozy ferait bien d’y prendre garde.
Michel Escatafal
Ou va le rugby?
Ceux qui ont plus de 40, 50 ou 60 ans se souviennent évidemment du rugby tel qu’on le pratiquait à une époque où il était encore profondément amateur, même si certains bénéficiaient de quelques avantages en nature ou en rémunérations occultes. Il est donc normal que ce sport, devenu professionnel depuis une quinzaine d’années, ait beaucoup évolué à tous points de vue. Tout a changé d’ailleurs dans le rugby, y compris les règles, au point de donner au rugby une ressemblance frappante avec le Jeu à XIII, comme on disait autrefois. En disant cela j’exagère à peine, car il y quand même les touches et les mêlées ordonnées dans le rugby actuel, et il y a n’y pas le tenu comme chez le cousin treiziste.
Toutefois, ce n’est pas cela qui me gêne dans l’évolution de ce sport que nous sommes de plus en plus nombreux à apprécier et à aimer. Ce n’est pas non plus le fait que le professionnalisme ait impliqué la création d’un vrai championnat à 14 clubs formant l’élite, avec évidemment de grosses différences de moyens entre les clubs des villes et ceux des champs, ceci sans connotation péjorative. J’ai été trop longtemps un admirateur du grand F.C. de Lourdes, celui des frères Prat, Martine, Rancoule, Barthe, Domec, Lacaze et quelques années après de Crauste, Gachassin, Campaes, Mir, Dunet et Hauser, pour ne pas aimer les clubs des petites villes.
Non ce qui me dérange dans l’évolution du rugby c’est plutôt que l’on veuille en faire un copier-coller du football, avec tout ce que cela comporte de négatif. Passe encore qu’il faille gagner, toujours gagner, pour vivre ou survivre. Après tout c’est la loi du sport, y compris amateur. Seuls ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un terrain de sport peuvent dire que la défaite importe peu. Je n’ai d’ailleurs jamais cru à la devise de Pierre de Courbetin : « l’essentiel c’est de participer ». Cependant c’est une chose de vouloir gagner, et c’en est une autre de vouloir gagner à tout prix, y compris au moyen de produits ou procédés illicites. J’aime trop le rugby pour le voir arriver à ces extrémités.
Cela veut dire que, plus que jamais, il faut être vigilant et d’abord sur l’intégrité physique des joueurs. Quelle est la différence entre un joueur de rugby type années 60 et type année 2008 ? Il est plus grand, il saute plus haut, il est plus fort et…il est beaucoup plus souvent blessé. Le corps du joueur de la décennie 60 supportait parfaitement les charges d’entraînement parce qu’il s’entraînait peu, et ceux qui s’entraînaient davantage le faisaient à travers les travaux des champs. Qui ne se rappelle d’un pilier comme Alfred Roques qui était capable, nous disait-on, de soulever une batteuse d’une seule main. C’était de la force brute et pure à l’époque, qui s’était développée à force de porter des sacs de blé.
En parlant d’Alfred Roques (plus de 30 fois international à la fin des années 50 et au début des années 60), je pense aussi à ce que l’on disait de Bernard Momméjat, son copain 2è ligne de Cahors et du Quinze de France, à savoir que c’était un géant parce qu’il mesurait 1,92 m. Aujourd’hui des géants comme Momméjat, il y en a partout dans les lignes de trois-quarts. Et bien entendu quand à longueur de matches et d’entraînements on prend sans arrêt des coups venant de tels « monstres », cela devient difficile de résister, surtout si la saison dure 10 ou 11 mois. Là cela devient démentiel, surtout pour les meilleurs qui sont naturellement beaucoup plus sollicités que les autres, moins doués. Mais ceux-là aussi se blessent parce que leur régime est presque le même, avec les oppositions à l’entraînement et aussi, parce que les meilleurs étant souvent blessés ou pris par les sélections nationales, ils jouent presque autant.
Alors que fait-on pour résister et tenir ces cadences infernales ? On s’entraîne, on se muscle et bien entendu on fait davantage attention à son hygiène de vie. Mais toutes ces séances de musculation, si elles donnent aux joueurs des corps d’athlète au point d’en faire des icônes de calendriers en tenue d’Adam, procurent une puissance incompatible avec la morphologie d’origine du joueur. Un rugbyman qui mesure 1,75 ou 1,80 m n’est pas nécessairement fait pour peser 90 kg. Parfois il n’atteindra ces mensurations qu’au prix de séances de musculation intenses et répétées plusieurs fois par semaine. Et que se passera-t-il un jour ? Et bien les tendons ou les ligaments casseront parce que les charges qui leur sont infligées sont trop élevées.
C’est cela le principal avatar du rugby professionnel et il est la résultante de tous les autres, notamment le poids de l’argent. Cela je ne peux pas l’accepter. Michel Crauste au milieu des années 60, grand capitaine de Lourdes et de l’Equipe de France avait coutume de dire : « on va faire de vilains vieux ». Moi ce que je voudrais, c’est que les joueurs que j’admire aujourd’hui soient d’aussi vilains vieux que celui que l’on a appelé le Mongol. Je souhaite donc que l’on pense un peu plus à la santé des joueurs, et que ceux qui dirigent le rugby de nos jours, pour la plupart d’entre eux des anciens grands joueurs, essaient de garder à ce merveilleux sport de combat les vertus qui sont les siennes depuis plus de 100 ans. Le rugby appartient à tous, aux joueurs d’abord, aux dirigeants, mais aussi à ceux qui l'aiment. Bon courage à Vincent Clerc!
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
De l'amateurisme en politique...
Certains d’entre vous m’ayant reproché gentiment de trop parler d’économie, nous allons aujourd’hui évoquer une nouvelle fois la politique internationale de la France. Disons tout de suite que celle-ci, il fallait s’en douter, est au diapason de tout le reste, avec un sentiment d’amateurisme qui ne fait que s’amplifier au fil des mois. Pendant sa campagne électorale présidentielle, Nicolas Sarkozy n’avait de cesse de parler de rupture avec ce qui se faisait précédemment, y compris sur la question des droits de l’homme. En fait de rupture, il y a eu surtout un alignement sur la politique des Etats-Unis, à l’instar de la Grande-Bretagne, mais cela ne nous vaut pas pour autant l’estime des autres nations, au contraire.
Je disais il y a peu que, malgré des déclarations beaucoup plus dures que les nôtres sur la question des droits de l’homme, l’Allemagne avait le respect des dirigeants chinois parce que les Allemands ne changeaient pas perpétuellement d’avis, au gré des négociations commerciales ou selon l’endroit où ils se trouvent, en Chine ou dans leur pays. Tout le contraire de la France avec des déclarations parfois fracassantes à Paris, et d’une extrême gentillesse en Chine. Et cela ne concerne pas seulement Nicolas Sarkozy, car Ségolène Royal y était allé aussi de son couplet lors de son voyage en Chine il y a un peu plus d’un an. Elle avait même vanté la justice chinoise !
En tout cas, les Français pourraient à force de duplicité et de louvoiements devenir persona non grata dans l’Empire du Milieu. La France en effet devient la cible principale de la fièvre antioccidentale qui sévit en Chine, ce qui est à la fois un comble et le signe que notre diplomatie à géométrie variable est carrément tournée en dérision. Après des appels au boycott des produits français, cette fois ce sont des manifestations qui ont lieu devant l’ambassade de France, le centre culturel français à Pékin et…les magasins Carrefour, malgré les efforts du groupe pour ne pas dire de mal de la Chine, où il compte 122 magasins. Compte tenu de la nature du régime politique chinois, il est impensable que ces manifestations ne soient pas organisées avec l’aval des autorités. Et ce n’est sans doute pas fini, avec le fait que le Dalaï Lama soit devenu citoyen d’honneur de la ville de Paris.
Cela étant pour ce qui concerne nos athlètes, ils n’ont a priori rien à craindre au niveau de l’accueil comme ont pu en témoigner nos deux représentantes de la natation synchronisée, en reconnaissance à Pékin. En effet, ces deux jeunes femmes ont constaté de visu qu’on n’en voulait pas aux futurs participants français aux Jeux Olympiques, mais uniquement à nos dirigeants politiques. C’est mieux ainsi, même si quelques contrats soi-disant signés ou sur le point de l’être pourraient en souffrir. C’est du moins ce que dit notre gouvernement, comme si les Chinois n’étaient pas des gens pragmatiques en affaires. La preuve avec l’Allemagne, ce qui signifie que si l’on a de bons produits à offrir à nos clients chinois, ils achèteront.
En attendant, notre président de la république champion de la rupture a envoyé des émissaires à Pékin, entre autres Jean-Pierre Raffarin, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, et Christian Poncelet, le président du Sénat. Ils doivent remettre au président chinois des lettres de Nicolas Sarkozy et…de Jacques Chirac destinées à rassurer « nos amis chinois » sur les vrais sentiments des gouvernants français. Au passage, l’ancien président de la République a dû savourer. Pour une fois, Nicolas Sarkozy ne trouve pas son prédécesseur trop ringard. Il est vrai que Jacques Chirac a toujours entretenu des liens amicaux avec les dirigeants chinois, et surtout il les assumait.
On peut imaginer que le président de la République abordera le sujet dans sa prochaine émission télé prévue jeudi, comme il en abordera d’autres. Il essaiera une nouvelle fois de convaincre les Français qu’il fera ce qu’il a dit qu’il ferait et, de nouveau, ces derniers ne le croiront pas parce qu’il leur a déjà trop menti, sur le pouvoir d’achat, sur la politique sociale, sur les impôts et les prélèvements obligatoires, sur les services publics, sur l’aide au logement, sur la politique familiale, mais aussi la politique étrangère et la défense en affirmant notamment qu’on n’avait pas vocation à rester en Afghanistan. Comment peut-on se renier à ce point ? Sur ce plan, Nicolas Sarkozy aura surpassé tous ses prédécesseurs de la 5è République. Espérons que le moment venu les Français lui rappelleront qu’on n’a pas le droit de se moquer d’eux à ce point.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Le commencement de la fin d'un modèle
Hier nous avons parlé de l’inflation qui s’invite de nouveau au banquet des économies du monde entier. Je disais que c’est une maladie extrêmement dangereuse qu’il faut traiter en priorité parce que les premiers à en souffrir sont les plus déshérités. C’est la raison pour laquelle je fais partie de ceux qui n’ont jamais critiqué la Banque Centrale Européenne qui avait institué « une cellule de veille » de l’inflation, de façon à pouvoir s’y attaquer rapidement le jour où le fléau ferait de nouveau son apparition. En revanche, j’ai toujours été critique sur les libéralités de la Réserve Fédérale en termes de politique monétaire, parce que celle-ci était trop accommodante.
La preuve, les ménages américains surendettés pour la plupart d’entre eux, ne peuvent plus rembourser leurs crédits et plongent les établissements prêteurs dans une crise très grave qui n’a pas fini de faire des dégâts… sur l’économie en général et, in fine, sur la société toute entière. Cela étant, malgré sa prudence légendaire héritée de la Bundesbank, la Banque Centrale Européenne n’a pas pu à elle seule éviter certains dérapages collatéraux, si j’ose dire. De plus, dans une économie mondialisée, il est quand même difficile d’aller à contre courant des vents soi-disant porteurs, sans oublier la pression terrible exercée par les gouvernements dont la principale préoccupation est leur réélection.
Tous ces handicaps cumulés font qu’aujourd’hui le monde industrialisé se trouve confronté à des problèmes d’autant plus graves qu’ils apparaissent au moment où plusieurs grands états-continents, la Chine, l’Inde, le Brésil notamment, atteignent un stade de développement qui les rapproche des pays dont l’industrialisation remonte au 19è siècle. Ces états plus quelques autres plus petits représentent aujourd’hui ce que l’on appelle les pays émergents, avec une population qui atteint près de la moitié de celle de la planète. Or cette population, il faut la nourrir mais aussi lui offrir les services qui vont avec leur nouvelle richesse, au demeurant largement favorisée par les pays occidentaux qui leur ont fourni les infrastructures pour fabriquer moins cher, donc avec une rentabilité accrue, des produits de grande consommation.
Le coût de la main d’œuvre chinoise ou indienne est évidemment incomparable avec celui de la France, de l’Allemagne ou des Etats-Unis. Alors, pour continuer à enrichir les actionnaires des grandes multinationales ou les gros fonds de pension, il fallait donc investir dans les pays dits en voie de développement, ceux-ci étant choisi prioritairement en fonction des possibilités d’y faire des affaires. Le coût de la main d’œuvre est très faible en Afrique, moindre qu’en Chine ou en Inde, mais les pays africains sont loin d’offrir les mêmes perspectives commerciales que les deux géants asiatiques, chacun ayant une population supérieure à celle de tout le continent africain.
Bien entendu, ce développement ultra rapide des pays émergents ne profite pas à toute la population loin s’en faut, même si la faim y accuse un net recul. Cela étant l’apparition d’une classe moyenne en croissance régulière, et qui veut suivre (même de très loin) le train des classes dirigeantes, nécessite la mise en place d’infrastructures développées, et oblige à importer des denrées inconnues ou presque il y a une vingtaine d’années. On ne peut que se réjouir de cette soudaine richesse dans ces pays, ce qui a fatalement des retombées aux étages inférieurs de la société, mais les régions qui n’ont pas eu la chance d’être choisies par les multinationales occidentales pour aider à leur développement, se trouvent du coup dans une situation catastrophique.Ils ne sont pas les seuls car, à un degré moindre, cette souffrance atteint aussi les couches les plus défavorisées de la population des pays dits riches. Les inégalités que l’on avait quelque peu gommées au fil des ans aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest apparaissent de plus en plus criantes, au point que des voix toujours plus nombreuses s’élèvent pour dire qu’avant de s’occuper du Tiers-Monde, il faudrait regarder ce qui se passe chez nous. Même si ces remarques sont exagérées et pour le moins égoïstes, il y a quand même une part de vrai dans ces affirmations quand on voit la misère qui se développe dans certains milieux frappés par le chômage et la maladie.
En effet, les politiques publiques dans les pays occidentaux sont de plus en plus orientées vers une baisse des prestations dites de service public, héritées de l’après-guerre dans un contexte de guerre froide où il fallait démontrer à tout prix la supériorité de la société capitaliste sur la société communiste. A présent ce n’est plus le cas, le communisme étant mort de ses propres turpitudes et de son caractère profondément antidémocratique. Donc on cherche la rentabilité à tout prix, et on rogne sur les dépenses publiques. C’est ce qui s’est passé depuis longtemps aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne avec le règne de Margaret Thatcher, et ailleurs y compris en France. Cela étant avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, l’accélération dans ce domaine est évidente.Le président de la République, en effet, a décidé de libérer l’Etat de toutes sortes de missions que l’on considérait il y a peu encore comme indispensables et obligatoires. On regroupe les missions jusque là dévolues à l’Etat dans des domaines aussi différents que la santé, l’enseignement, les transports, l’eau, l’électricité, pour mieux les offrir aux entreprises privées avec les conséquences que l’on devine en termes de qualité de prestations, et de coût pour la population. Pour Nicolas Sarkozy, la Grande-Bretagne par exemple est le modèle à suivre. En fait de modèle, la Grande-Bretagne n’en est pas un avec un système de santé désastreux, une délinquance qui prolifère à une vitesse plus qu’inquiétante, et des transports publics qui finiront par ne plus transporter personne compte tenu de leur vétusté. Bref, on a l’impression de vouloir une société avec quelques milliardaires qui peuvent tout se payer, et donc se moquent totalement de l’absence de service public, et un nombre toujours plus important de miséreux.En faisant cette énumération, on a l’impression de se rapprocher du type de société qui sévit dans les pays émergents ou en voie de développement. Quelques privilégiés, une classe moyenne rétrécie qui survit tant bien que mal grâce au crédit, et une plèbe de plus en plus indigente. Ceux qui aiment l’histoire pensent irrésistiblement à ce qui s’est passé dans l’Empire romain à partir de l’an 200, après le règne des Antonins. Deux siècles plus tard cet empire avait vécu. Et bien, on a l’impression de vivre la fin de la période de domination du modèle occidental avec, comme à l’époque romaine à partir de l’an 120, l’installation de limes pour se protéger des barbares. Aujourd’hui on ne lutte pas contre les barbares, mais pour parler comme Georges Bush, l’ami de Nicolas Sarkozy, on lutte contre l’axe du mal.
Mais comment pourrait-il en être autrement avec des économies dans les pays occidentaux dont la richesse est basée en partie sur du virtuel, comme on a pu le vérifier à travers la crise financière, et sur le travail des plus pauvres. Une bonne partie du travail productif est parti ailleurs, et il ne nous reste plus que les services. Certes la valeur ajoutée des services est très supérieure à celle de l’industrie, mais rien ne dit que ces activités (finances, communication etc.) resteront chez nous très longtemps, car les pays émergents développent leur propre enseignement basé sur les langues principales des pays du Nord. N’oublions que les pays émergents étaient il y a moins de 60 ans des colonies britanniques, françaises, portugaises ou hollandaises. La langue maternelle de toute l’Amérique latine et centrale est l’espagnol ou le portugais. Cela veut dire qu’une délocalisation des services dans ces pays est extrêmement facile et certains y sont déjà.
Voilà l’Etat du monde de nos jours, et c’est hélas une vision réaliste, n’en déplaise à ceux qui ont des œillères. Voilà pourquoi il ne sert à rien de se voiler la face, et de prendre pour argent comptant ce que nous dit le gouvernement à propos des réformes à faire. Les réformes on les connaît : c’est toujours plus pour quelques uns, et toujours moins pour tous les autres. Le pire c’est que les gens eux-mêmes ont tendance à faire d’abord confiance aux démagogues, parce que ceux-ci savent leur dire ce qu’ils souhaitent entendre. Cela étant, à peine l’élection passée, ils jurent mais un peu tard qu’on ne les y reprendra plus. En attendant la prochaine fois ? Espérons que non.
Michel Escatafal
Le retour de l'inflation ...
Depuis la création de l’Union économique et monétaire, nous avions été habitués à des taux d’inflation très bas au point que certains économistes, qui se disent sérieux, ne cessaient de railler la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne qu’ils estimaient trop restrictive. Et les mêmes de vanter les mérites d’Alan Greenspan, qui fut longtemps le patron de la Réserve Fédérale Américaine (août 87 à janvier 2006), parce que lui se souciait uniquement de la croissance. Bien entendu, les responsables politiques de certains pays, notamment en France, emboîtaient le pas à ces observateurs en faisant de la BCE le bouc émissaire idéal de leurs propres difficultés. Les faits hélas viennent confirmer la justesse des appréciations de la BCE, et la navigation à courte vue de la Réserve Fédérale, grand responsable de la crise financière que nous subissons de plein fouet.
L’inflation est donc de retour puisque selon les chiffres publiés par Eurostat, le taux annuel d’inflation dans la Zone Euro en mars a atteint le chiffre de 3,6%, soit quasiment le double de celui enregistré il y a un an (1,9%). Le chiffre de 2% déterminé et souhaité par la BCE est donc pulvérisé, et il est aisé de comprendre dans ce contexte pourquoi la BCE a maintenu ses taux inchangés la semaine dernière. Sur l’ensemble de l’Union Européenne les chiffres ne sont pas meilleurs puisqu’ils s’élèvent à 3,8% sur la période. L’inflation frappe notamment de plein fouet les pays baltes (16,6% pour la Lettonie), la Bulgarie (13,2%) ou la République Tchèque (7,1%), mais aussi certains pays de la Zone Euro tels que la Slovénie (6,6%), et à un degré moindre l’Espagne (4,6%), la Grèce, Chypre, le Luxembourg et la Belgique (4,4%).
Ces deux derniers pays ont d’ailleurs été fustigés par le directeur de la BCE, Jean-Claude Trichet, parce que ces pays pratiquent l’indexation automatique des salaires sur la hausse des prix, au risque de déclencher une spirale inflationniste. Même si ce langage apparaît incompréhensible à certains, le principal danger de la hausse des prix se situe à ce niveau. C’est quelque chose qui avait été oublié depuis la décennie 90, mais les plus anciens se rappellent des chiffres de l’inflation (à deux chiffres) dans les années 70 et 80. Ce n’est pas un mythe mais une réalité et comme à chaque fois, plus on attendra pour prendre des mesures et plus celles-ci seront sévères. On peut compter sur la BCE pour faire en sorte que les dérapages soient contrôlés, car ne l’oublions pas l’inflation appauvrit surtout les plus pauvres.
Mais il n’y a pas qu’en Europe que l’on constate cette résurgence de l’inflation. Aux Etats-Unis malgré la quasi récession que subit l’économie américaine, la hausse des prix dépasse 4% en rythme annuel depuis novembre avec une inflation importée par la faiblesse du dollar. Celle-ci, en effet, surenchérit les importations et notamment en provenance de la Chine. Cette dernière qui maintient toujours des taux de croissance élevés (+10,6% au 1er trimestre 2008), a vu son indice des prix à la consommation progresser de 8% entre le 1er janvier et le 31 mars, en raison essentiellement de la flambée des prix alimentaires (+21% sur la période avec une flambée sur les marchés du blé et du riz), ce qui est un facteur d’inquiétude supplémentaire pour les autorités chinoises à la veille des Jeux Olympiques, compte tenu de la perte de pouvoir d’achat des classes les moins aisées de la population.
A propos de l’explosion des prix agricoles, nous ne pouvons pas passer sous silence les émeutes de la faim qui se multiplient dans les pays en voie de développement (Haïti, les Philippines…), faisant écho au cri d’alarme lancé ces jours-ci par la FAO, mais aussi par la Banque Mondiale qui estime nécessaire d’accroître la productivité de l’agriculture dans les pays pauvres, et d’apporter une aide beaucoup plus importante aux petits agriculteurs dans ces pays. Le problème est que les pays donateurs, donc les plus riches, sont loin de concrétiser les aides promises, à commencer par la France dont l’aide aux pays pauvres ne cesse de diminuer malgré les incantations de Jacques Chirac et de son successeur à l’Elysée qui a d’autres priorités, sans que l’on sache exactement lesquelles.
Ces critiques à l’encontre des pays industrialisés s’ajoutent à celles que l’on entend de plus en plus sur le développement des biocarburants, très gourmands en céréales, ce qui n’a pas empêché la Commission Européenne de confirmer son objectif de porter à 10% la part des agrocarburants dans le secteur des transports européens d’ici 2020. A première vue, la Commission semble avoir choisi de privilégier la réduction des émissions de gaz à effet de serre plutôt que de privilégier la sécurité alimentaire. Cela paraît un peu réducteur, mais le monde marchant sur la tête depuis de nombreuses années, il n’est pas étonnant que nous soyons prisonniers des fausses bonnes solutions pour marier à la fois la sauvegarde de l’environnement et le développement économique.
D’ailleurs la crise alimentaire a aussi relancé le débat sur les OGM qui, pour certains, est la seule vraie réponse au problème ce qui est un comble. Décidément le monde tel que nous le vivons est une triste réalité, et les pays occidentaux ont une large part de responsabilité dans ce constat. Même le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, souligne les risques politiques dans les pays pauvres quand il dit : « Les prix de l’alimentation, s’ils continuent comme ils le font maintenant, auront des conséquences terribles. Comme nous l’avons appris dans le passé, ce genre de situation se finit parfois en guerre ». Pour une fois nous serons d’accord avec DSK.
Michel Escatafal
Le mal des J.O.
Je ne veux pas jouer les anciens combattants, ce que je ne suis pas ayant eu la chance de naître après la guerre, mais je voudrais rappeler que s’il y a autant de problèmes à propos des Jeux Olympiques à Pékin, c’est uniquement à cause de la démagogie et de la voracité financière du Comité International Olympique. En disant cela je pèse mes mots car, finalement, tout tourne autour de l’argent et des intrigues qui vont avec, ne serait-ce que pour désigner les villes ou régions ou états chargés d’accueillir les Jeux.
L’argent, et l’hypocrisie qui l’accompagne, a d’ailleurs toujours été un problème aux Jeux Olympiques. A cause de lui, il y a eu des Jeux un peu partout y compris dans des endroits peu fréquentables, notamment à Berlin en 1936, où chacun savait (ou aurait pu imaginer) que c’était le dernier coup de pouce à donner à un régime abject qui commençait à effrayer toute l’Europe. Pour d’autres raisons, à cause de l’argent aussi, il y a eu pendant très longtemps un affrontement qui n’a pas toujours été à armes égales, entre les ressortissants des pays communistes de l’Est européens, véritables athlètes d’Etat donc professionnels, et ceux des pays occidentaux qui étaient amateurs.
Même s’ils arrivaient peut-être à toucher un peu d’argent sous une forme ou une autre, ces derniers risquaient la suspension à vie s’ils étaient seulement soupçonnés de professionnalisme. Quelle pudibonderie de la part des membres du CIO et notamment de son président dans les années 50 ou 60, Avery Brundage, qui si mes souvenirs sont bons était lui-même milliardaire. Dans ces conditions, il était de règle de voir des athlètes ou des nageurs, pour ne citer qu’eux, arrêter très tôt leur carrière sportive (avant 20-25 ans) pour préparer et assurer leur avenir ailleurs, dans la mesure où leur sport n’était pas admis au professionnalisme. Ce fut le cas jusque dans les années 80.
Ensuite, avec l’arrivée de Monsieur Antonio Samaranch à la tête du C.I.O., on ouvrit toutes grandes les vannes de l’argent pour que celui-ci coule à flots. Les résultats ont dépassé toutes les espérances, d’autant que cette ouverture a presque coïncidé avec l’effondrement du communisme. Le capitalisme triomphant allait s’emparer aussi des Jeux Olympiques, et rien ne serait trop beau, ni trop grand, pour cette manifestation planétaire chaque année bissextile. Mais comme chacun sait l’argent ne fait pas le bonheur, et il n’a pas fait celui des J. O.
Les Jeux Olympiques où les participants étaient surtout heureux de participer appartiennent plus que jamais au passé. De nos jours il faut gagner à tout prix, ou au moins obtenir une médaille. Quand je dis à tout prix, tout le monde comprend que je fais allusion au dopage qui, toutefois, existait bien avant l’ère Samaranch plus particulièrement dans les pays de l’Est (dopage d’Etat). Il en est de même de l’époque où les Jeux Olympiques permettaient à certains sports, parmi les plus anciens, d’exister grâce à eux sur le plan international. Enfin, les compétiteurs qui se retrouvaient tous pendant quelques semaines dans le village olympique, image suprême de la fraternité sportive notamment pendant la guerre froide, sont de moins en moins nombreux, les stars préférant une suite dans un hôtel prestigieux.
Tout cela était prévisible, mais aujourd’hui les Jeux Olympiques sont devenus une machine infernale où ses membres, et notamment son président, sont plus puissants que des chefs d’Etat. Pourquoi ? Parce que leur pays a parfois besoin des Jeux pour asseoir son assise internationale, comme ce fut le cas en 2001 pour la Chine, ou pour revigorer provisoirement son économie comme pour la Grèce la fois précédente, sans oublier les arrière-pensées électorales de ceux qui promeuvent une candidature, et là les exemples sont encore plus nombreux. Bien entendu tout cela n’est pas sans risque sur l’équité sportive, ni sur l’évolution du sport dans certaines disciplines.
Ainsi certains sports qui n’ont rien à faire aux Jeux Olympiques, y ont été admis presque sans l’avoir demandé, parce que leur attraction télévisuelle est indéniable, donc susceptible de rentabilité pour des médias tels que NBC ou TF1. En revanche, les sports dits mineurs n’intéressent plus personne ou presque parce qu’une médaille en lutte, en haltérophilie ou au tir à l’arc n’a aucune valeur marchande.
Pour ma part, même si je n’ai aucune compétence technique sur ces sports, je me souviens très bien des deux médailles d’argent en lutte de Daniel Robin aux J.O. de Mexico, ou de la médaille d’argent de Daniel Senet aux J.O. de Montréal en haltérophilie. A l’époque ils avaient été fêtés comme il se doit sur le plan national. Ce ne serait plus le cas aujourd’hui et c’est dommage, car les efforts faits par ces compétiteurs sont aussi importants que ceux des stars de l’athlétisme, sans parler des sacrifices de tous ordres y compris financiers.
Pire encore, pour faire de la place à certains sports à la mode, le beach- volley par exemple, on n’hésite pas à diminuer le nombre d’épreuves dans certaines disciplines, voire à menacer de supprimer des sports plus anciens. C’est le cas de l’escrime qui a perdu les épreuves par équipes de fleuret masculin et d’épée féminine, alors qu’il y avait une grande tradition olympique. Il en est de même pour le kilomètre en cyclisme sur piste, et nous pourrions citer de nombreux exemples comme ceux-là. La boxe elle-même fut un temps menacée, alors que les Jeux Olympiques ont révélé quelques uns des plus grands champions de l’histoire de ce sport (Patterson, Ali, Foreman, Leonard etc.).
En outre, après avoir attiré les basketteurs professionnels de NBA, les joueurs de tennis, les coureurs cyclistes sur route, on rêve de séduire les footballeurs, les rugbymen et les golfeurs. Là ce serait « du lourd » en termes de notoriété et en retombées financières, à condition toutefois que ces derniers jouent davantage le jeu que les stars américaines de la NBA, pour qui les Jeux sont loin d’être une priorité, ou que les joueurs de tennis beaucoup plus intéressés par une victoire à Wimbledon, Roland-Garros ou Flushing Meadow. Il est vrai que pour Kobe Bryant, Amare Stoudemire ou Roger Federer, une victoire aux J.O. ne leur apporterait rien en termes de notoriété (ils n’en ont pas besoin), ni sur le plan financier (ils n’en ont pas davantage besoin). La remarque vaut pour les meilleurs footballeurs ou pour Tiger Woods le golfeur.
En conclusion, je vais redire une nouvelle fois qu’il est bien triste de voir le sport et les Jeux Olympiques à la totale merci de l’argent. Je dirais aussi que ce qui arrive aux dirigeants du C.I.O. avec les Jeux de Pékin, ne m’attriste pas plus que cela. S’ils avaient donné les Jeux ailleurs qu’à Pékin en 2001, par exemple à Toronto, Paris ou Osaka qui étaient aussi des villes candidates, ils n’auraient pas ce type d’ennuis. Il y aurait encore moins de risque si les Jeux avaient lieu tous les quatre ans dans une ville désignée à cet effet. Seulement voilà, le facteur économique reste le plus important.
Cela étant, le Comité Olympique International avait simplement oublié que certaines personnes sur cette terre ont quelques valeurs enfouies au fond de leur conscience, et comme elles rencontrent un écho de plus en plus important dans ce monde de marchands, les manifestations hostiles ne font que commencer. Espérons toutefois que ce ne sera pas un simple feu de paille, car les différents gouvernements des grands pays, entre autres la France, vont mettre toute leur énergie à éviter des difficultés à leur ami chinois, tellement important sur le plan commercial.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Quand l’abject le dispute à la honte…
Au moment où le président de la République soutient fermement les athlètes français dans leur démarche de porter le badge sur lequel est inscrit « pour un monde meilleur », au point de leur proposer un déjeuner à l’Elysée, la France est en train de se couvrir de honte dans sa chasse aux étrangers en situation irrégulière. Il est d’ailleurs extrêmement curieux, pour ne pas dire symptomatique, de voir à quel point la plupart des médias se désintéressent de la chose. Il est vrai que, pour eux, les Français ont d’autres préoccupations en ce moment, notamment l’augmentation des prix qui diminue leur pouvoir d’achat.
Pourtant ce traitement infligé à des gens dont le seul défaut est d’avoir fui leur pays, parce que celui-ci ne pouvait plus leur permettre de survivre, est tout simplement scandaleux et indigne de notre histoire. Outre le fait que nos gouvernants devraient se poser la question de savoir pourquoi ces pays sont incapables de garder leurs ressortissants, ils devraient surtout se rappeler que la France est le pays des droits de l’Homme.
C’est quand même l’Assemblée nationale constituante qui a résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, le 26 août 1789 avec comme article 1er : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Mais l’article 12 est également très clair, même si certains vont me dire que j’en fais une interprétation personnelle : « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique. Cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».
Or que constate-t-on dans les misérables dispositifs mis en place par Nicolas Sarkozy, appliqués aujourd’hui par Brice Hortefeux, et votés par l’Assemblée Nationale ? Que la force publique n’est pas au service de tous, et qu’elle sert essentiellement à ceux à qui elle est confiée. Dit autrement, elle permet à ceux qui nous gouvernent depuis le 6 mai dernier, d’afficher des résultats qui montrent qu’on tient les promesses que l’on avait faites, faute de tenir celles concernant le pouvoir d’achat, le droit au logement, l’enseignement ou la recherche. Comme s’il était glorieux d’atteindre des objectifs d’expulsion d’étrangers assimilés à du gibier !
Après avoir chassé sur les terres du Front National, on applique ce qui a si longtemps été préconisé par ce parti xénophobe et populiste. Pour cela on utilise les pires procédés mis à disposition par une majorité veule et avachie, à savoir tendre un piège à des étrangers en situation irrégulière pour mieux les interpeller et les expulser dans la foulée. C’est abject et j’ai honte pour mon pays, car cela faisait bien longtemps qu’on n’était pas allé aussi loin dans l’ignominie.
Mais le plus dramatique peut-être, c’est de voir que ce type de comportement ne suscite quasiment pas de réactions dans la population, mis à part quelques militants d’associations ou de partis politiques d’opposition, même si l’on n’entend pas beaucoup le Parti Socialiste sur le sujet. Quand on pense à tout ce qu’on peut dire en ce moment sur les droits de l’homme non respectés en Chine et au Tibet, ce qui au demeurant est tout à fait vrai ! Cela étant, il est tellement plus facile de dénoncer ce qui se passe ailleurs, en refusant de voir la réalité chez nous.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)Ou va le MoDem?
Décidément le président de la République ne sent pas très serein en ce moment. En effet entre autres occupations, au milieu de la cacophonie générale qui habite son gouvernement, il est en train de manœuvrer en coulisses pour abattre définitivement le Mouvement Démocrate et son leader François Bayrou. Celui-ci est assailli de toutes parts après les résultats très mitigés que le MoDem a enregistrés lors des élections municipales. Il l’est d’autant plus que les derniers amis qui lui restaient s’en vont les uns après les autres, ou s’en prennent à lui pour mieux pouvoir le quitter le moment venu.
Triste constat qui n’est que la résultante de ce qui s’est passé aux dernières élections avec ces alliances impossibles que l’on a infligé à nos électeurs et à nos adhérents. J’ai toujours dit, ici même, que si François Bayrou devait avoir une chance de remporter l’élection présidentielle de 2012, ce serait au prix d’une union sans faille de son parti derrière lui. Or cette union n’existe pas au niveau des instances dirigeantes, pas davantage au niveau des élus, et elle est en train de voler en éclats chez les adhérents. Même les militants s’y mettent avec des groupes de francs-tireurs qui se croient soudain investis d’une mission, sans d’ailleurs savoir laquelle.
Mon goût pour l’histoire me fait penser à ce qui s’est passé en février 1793, quand tous les pays d’Europe se sont attaqués à la Révolution française, notamment l’Angleterre, la Hollande, l’Autriche et l’Espagne. Comme si la République risquait de mettre les rois des autres pays en danger ! Mais en plus, tous ces pays comptaient parmi leurs alliés des Français, les Vendéens. Qu’a fait la République pour lutter et résister à ce double ennemi, celui qui attaquait de l’extérieur et celui qui nous rongeait de l’intérieur ? Et bien elle a organisé un gouvernement uni et déterminé à faire la guerre, et elle comptait sur les patriotes du faubourg Saint-Antoine qu’on allait appeler les « sans-culottes ».
Si je fais ce rappel historique que certains vont trouver exagéré, c’est pour bien montrer que François Bayrou n’a plus besoin de ces élus de toutes sortes qui ne pensent qu’à le quitter, parce qu’il ne peut pas leur apporter pour le moment les honneurs et les portefeuilles qu’ils attendent. Il n’a pas besoin non plus de gens de la société civile ou militaire, fraîchement retraités, qui se disent que le MoDem est un bon strapontin pour faire une nouvelle carrière. Franchement j’enrage quand je pense que François Bayrou a fait de J.M. Cavada ou du général Morillon des députés européens. Je me dis qu’il y avait au sein de son mouvement (à l’époque l’UDF) des militants qui méritaient beaucoup plus cet honneur.
Il faut donc que notre leader s’appuie sur ceux qui le suivent, sans penser à une quelconque gratification électorale, sur ceux qui se sont battus pour lui au moment des dernières élections législatives ou municipales, en sachant parfaitement qu’ils n’avaient aucune chance d’être élus, mais heureux de porter fièrement le drapeau orange de notre mouvement. Ce sont eux, et eux seuls, ces nouveaux « sans-culotte » qui doivent être le levain qui permettra à François Bayrou de lutter à armes égales au moment de l’échéance présidentielle.
C’est sur ces gens là, et non sur des alliés de circonstance, que François Bayrou doit s’appuyer lors des prochaines élections européennes et régionales pour remonter la pente et augmenter significativement le nombre de nos élus. C’est avec eux qu’il élaborera sa stratégie électorale, et c’est eux qui se battront pour remporter enfin une victoire significative comme les troupes de Jourdan le firent le 25 vendémiaire an II (16 octobre 1793) à Wattignies, ou celles de Marceau quand elles écrasèrent les Vendéens au Mans le 22 frimaire an II (12 décembre 1793). Qu’on ne s’y trompe pas, je ne me prends pas pour Fouquier-Tinville, mais en revanche je veux bien être de ceux qui réclament la levée en masse de tous ceux qui veulent se mobiliser, pour amener un jour au pouvoir notre mouvement et son leader, car la France a, et aura de plus en plus besoin d’eux.
Je pense donc, plus que jamais, que le MoDem doit s’organiser en ordre de bataille autour de François Bayrou et éliminer tous ceux qui ont des arrière-pensées électoralistes. Franchement qu’est ce qu’un Cavada a pu apporter à l’UDF et au Mouvement Démocrate ? Rien de positif parce que d’une part il n’était ni adhérent, ni militant, et parce que beaucoup d’entre nous (je n’étais pas le seul) savaient que son apparentement était un tremplin pour être propulsé à un poste important. D’ailleurs, dès qu’il a senti qu’il fallait attendre au minimum quatre ans il est parti rejoindre l’UMP, sans grande réussite au demeurant. Mais beaucoup d’autres ont fait ou sont prêts à faire de même.
Il faut donc créer une sorte de Comité de salut public, et décider que tous ceux qui se ne sentent pas bien dans le mouvement le quittent. Nous n’avons pas besoin d’eux et ils sèment le trouble. Je suis sûr qu’il y en a encore beaucoup, notamment autour des instances dirigeantes, comme ceux qui veulent que leur groupuscule continue d’exister. Cap 21, c’est combien de divisions en état de marche ? Si elles existent, elles ne font peur à personne. J’ai d’ailleurs du mal à comprendre comment certains ont pu parler à propos du mode de fonctionnement du MoDem de « déficit démocratique », alors que précisément c’est un excès de démocratie qui permet à certains d’exister, et de jouer un jeu pour le moins ambigu vis-à-vis de notre leader.
En conclusion, je demande instamment à François Bayrou de se pencher très rapidement sur la création de ce Comité, que j’appellerais celui de la dernière chance, car le terme est moins révolutionnaire. Que ceux, élus et militants, qui n’accepteraient pas les directives de ce comité, aillent chercher ailleurs les honneurs et la reconnaissance que peuvent leur donner un Nicolas Sarkozy ou un François Hollande. A propos, que sont devenus les anciens centristes ralliés à l’UMP ? Quel est leur poids dans l’UMP ? Pour parodier Rouget de Lisle, je dirais que ces hordes étrangères ne font pas la loi dans leur nouveau foyer. Elles n’y font que de la figuration. Ce n’est pas moi qui les plaindrais.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)