Avec Nicolas Sarkozy certaines promesses meurent aussi vite qu’elles naissent, mais pas toutes
Nicolas Sarkozy avait promis la rupture s’il était élu, et force est de constater que cette promesse est tenue, même si ce n’est pas le cas de celles destinées à améliorer la vie de ses concitoyens, à l’exception des plus riches d’entre eux. On le voit constamment à travers toutes les décisions qui sont prises depuis son accession à la présidence de la République. Cela a commencé l’été dernier avec le paquet fiscal qui, quoi que puisse en dire le gouvernement, favorise essentiellement les plus gros contribuables, puis cela se poursuit avec la fin de la publicité pour les chaînes publiques, mais aussi la restructuration du secteur nucléaire, sans oublier la fin programmée des 35 heures afin de pouvoir appliquer en partie son désormais célèbre slogan « travailler plus, pour gagner plus ». On aura compris que pour lui, cela signifie exclusivement « travailler plus », pour le plus grand plaisir du MEDEF.
Cela fait beaucoup de dossiers en peu de temps, et c’est pour cela que je dis et redis que les gens ne doivent pas se laisser abuser par le mot réforme, employé à tout bout de champ par nos gouvernants. Toutes les réformes engagées par le gouvernement vont dans le même sens, à savoir un désengagement de l’Etat au profit de la puissance privée, à qui on multiplie les cadeaux…alors que la quasi-totalité de la population de notre pays est en train de s’appauvrir à une vitesse sans précédent. On pourrait presque croire que le but avoué, et disons-le assumé, est d’élargir « la fracture sociale ». On va finir par nous faire regretter Jacques Chirac !
Essayons de prendre un à un les dossiers dont j’ai parlé au début de mon propos, en passant très vite sur la loi TEPA en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat que j’ai déjà longuement évoquée sur ce site, et qui contient notamment l’abaissement du bouclier fiscal de 60 à 50% (environ 235.000 personnes seraient concernées). Rappelons quand même à ce sujet que l’Assemblée, au moment du vote (en juillet dernier), a rejeté un amendement visant à exclure la CSG et la CRDS de ce bouclier fiscal. On ne peut pas mieux faire pour protéger les heureux bénéficiaires du dispositif qui par parenthèse, du moins pour ceux qui ont les plus hauts revenus, restent domiciliés en Suisse, en Belgique ou dans quelques contrées accueillantes au niveau fiscal.
En ce qui concerne la fin programmée de la publicité sur la télévision publique, la question semble de plus en plus réglée…au bénéfice exclusif des chaînes privées (TF1, M6, Direct 8 etc.) qui appartiennent notamment pour TF1 et Direct 8 à des amis très proches de Nicolas Sarkozy (Martin Bouygues et Vincent Bolloré). Déjà, d’ici la fin de l’année, les chaînes privées vont bénéficier d’une seconde coupure publicitaire pendant les films et les fictions longues. Ensuite, pour ce qui concerne les recettes destinées à remplacer la publicité sur le service public, c’est le flou le plus total puisqu’on ne veut pas augmenter la redevance. On devine la suite, à savoir la privatisation de France 2, mais qui sera l'heureux bénéficiaire parmi les amis du président ?
A ce propos, on remarquera la duplicité de Nicolas Sarkozy et son gouvernement. On s’interdit, nous dit-on, d’augmenter la redevance pour ne pas aggraver le taux de prélèvements obligatoires. C’est beau comme l’antique, mais en ne donnant pas à la télévision publique les moyens de fonctionner correctement, on avantage d’une part les chaînes privées et d’autre part on oblige d’une certaine manière les téléspectateurs à s’abonner à des chaînes payantes, privées elles aussi, pour voir des programmes qui auparavant étaient retransmis par le service public.
Certes, il y aurait beaucoup à dire sur la qualité des programmes des chaînes publiques et sur l’objectivité dont elles devraient faire preuve, mais à tout prendre je préfère le système actuel à celui qui nous est promis. En parlant de cela, je voudrais en profiter pour souligner la qualité du service public italien avec les diverses chaînes liées à la RAI. Qu’il s’agisse de l’information politique, du sport, des divertissements, des documentaires, nous avons des émissions beaucoup plus intéressantes que celles offertes par nos chaînes publiques, sans parler des coupures publicitaires intempestives et démesurément longues chez France Télévision, alors que la RAI se contente de spots beaucoup plus courts donc davantage supportables.
Plus grave encore est la restructuration du secteur nucléaire dans notre pays. AREVA, le constructeur de centrales nucléaires dont l’Etat est encore l’actionnaire principal, est en effet convoité par Martin Bouygues (encore et toujours lui) dont le groupe détient déjà 30% du capital. Il est aisé de comprendre l’intérêt du groupe Bouygues pour AREVA, compte tenu des perspectives offertes à l’énergie nucléaire avec un baril de pétrole à un prix aussi élevé.
Martin Bouygues n’est pas seul sur ce coup puisqu’il a le soutient de Patrick Kron, PDG d’Alstom, qui a permis le redressement de cette affaire au bord de la faillite en 2004…après qu’elle eut été renflouée par l’Etat au moment où Nicolas Sarkozy était ministre des Finances. Là aussi on imagine la suite, AREVA et Alstom fusionnent et le tour est joué. L’Etat par l’intermédiaire de Nicolas Sarkozy aura aidé au sauvetage d’Alstom pour mieux l’offrir à l’industrie privée. Cependant, pour le moment rien ne serait encore décidé par Nicolas Sarkozy, seul décideur, ce qui est encore une de ces multiples exceptions françaises dont apparemment personne ne se soucie.
Enfin, reste le dossier des 35 heures. Là aussi Nicolas Sarkozy a beaucoup menti à la fois aux syndicats et aux Français. J’ai toujours dit pour ma part que si les 35H sont un fléau économique, comme le gouvernement le prétend, il faut les supprimer. Cela aurait le mérite de la clarté. Au lieu de cela, nos gouvernants ont affirmé la main sur le cœur qu’on ne toucherait pas à la durée légale du travail, mais pendant ce temps on multiplie les dérogations sur les heures supplémentaires, ce qui est une manière de poser des banderilles sur le dispositif avant de lui porter l’estocade avec le projet de loi présenté à l’Assemblée en juillet.
Dans ce projet de loi, en effet, il est prévu que les contingents autorisés d’heures supplémentaires seront fixés au sein même des entreprises, ce qui vide de son contenu la loi sur les 35 heures et ce qui explique les hauts cris des syndicats. Cela dit, il faut bien admettre que ces derniers ont été bien naïfs dans leurs discussions avec le chef de l’Etat et son ministre du Travail, allant sur ce dossier de reculade en reculade. Aujourd’hui l’affaire est bouclée, et ce n’est pas le baroud d’honneur qu’ils vont essayer de livrer avec l’appel à la grève du 17 juin qui changera quoique ce soit. Les Français c’est une certitude vont travailler plus, du moins ceux qui auront un emploi, mais ils ne gagneront pas plus. Mais ne fallait-il pas être candide pour croire aux balivernes de Nicolas Sarkozy ?
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Les meilleurs ambassadeurs de l'Ethiopie et du Libéria
Même si je ne suis pas un fanatique de ce type de reconversion pour un sportif de très haut niveau, les projets de Haïle Gebreselassie de vouloir faire une carrière politique ont quelque chose de sympathique, dans un pays qui figure parmi les plus pauvres du monde, l’Ethiopie se situant en effet au 226è rang sur 230 en ce qui concerne le PNB par habitant. Cela étant, depuis la fin de la guerre avec l’Erythrée (1998-2000), le pays s’est engagé sur la voie du progrès au point d’avoir vu son PNB global doubler entre 2003 et 2006, et ce malgré une sècheresse meurtrière en 2006, aggravée en outre par une invasion de criquets dans l’Est du pays en avril 2007.
Dans ce contexte que Gebreselassie, double champion olympique et quadruple champion du monde des 5.000 et 10.000 m, s’engage en politique est peut-être ce qui pouvait arriver de mieux à son pays, d’autant qu’il est à la tête d’un ensemble d’activités (immobilier, écoles, salles de sport, cinéma) qui emploient 450 personnes. Cela démontre en tout cas qu’il a su parfaitement gérer l’argent qu’il a gagné sur les pistes du monde entier, mais aussi qu’il est bon citoyen puisqu’il n’a pas hésité à investir dans son pays, ce qui était pour le moins courageux il y a encore 4 ou 5 ans. De plus, l’ébauche de son programme ministériel ou présidentiel est très sympathique, en même temps que volontariste : « L’éducation, c’est la clé » affirme-t-il, et il ajoute : « Je voudrais que l’éducation soit accessible à tous. Si les gens étaient éduqués nous n’aurions pas tous ces problèmes ».
Avec de telles paroles on ne peut que lui souhaiter une pleine réussite dans sa future carrière, qu’il souhaite riche et active puisqu’il veut devenir « ministre, voire Premier ministre ou président », même si en Ethiopie le poste de président est purement honorifique. En tout cas s’il arrive à ses fins, il fera mieux que Georges Weah, l’ancien joueur de football du Paris SG et du Milan AC, qui n’a pas réussi à se faire élire président du Libéria en 2005, malgré un score très honorable (40,5% des voix). Il est vrai qu’il a été battu, lui le novice en politique, par une économiste reconnue ayant eu des postes à responsabilité, notamment à la Banque Mondiale. Mais la nouvelle présidente élue lui a proposé le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports.
C’est le type de poste que l’on offre généralement aux anciens sportifs français qui deviennent ministre, à la notable exception de Jacques Chaban-Delmas, ancien international de rugby, qui est devenu Premier ministre de Georges Pompidou entre 1969 et 1972. Parmi les plus connus, nous citerons Alain Calmat (champion du monde de patinage en 1965), Roger Bambuck (recordman du monde du 100m en 1968), Guy Drut (champion olympique du 110 m haies en 1976), Jean-François Lamour (champion olympique d’escrime en 1984 et 1988), sans oublier l’actuel secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte qui était jusqu’en octobre dernier le sélectionneur du Quinze de France.
Ont-ils réussi dans leurs fonctions ? Ni mieux, ni plus mal que les politiciens professionnels qu’ils sont devenus par la suite. Ils ont tous avalé les mêmes couleuvres sur le budget consacré aux sports, qui représente toujours largement moins de 1% du budget total et ce, même si Nicolas Sarkozy quand il était candidat à la présidence de la République avait promis de porter ce chiffre à 3%. Aucun n’a réussi également à obtenir les crédits pour doter la capitale d’un vélodrome couvert entièrement voué au cyclisme, comme il y en a un peu partout en Europe, et pas davantage un stade nautique digne de ce nom. En fait, ils servent de paravent à une certaine misère qui affecte le développement du sport et de ses infrastructures, le sport français étant considéré comme le royaume du bricolage dans nombre de disciplines.
Mais pour en revenir à Haïle Gebreselassie et Georges Weah, espérons quand même pour l’Ethiopie comme pour le Libéria, guère mieux loti sur le plan économique (228è sur 230 pour le PNB par habitant), que ces grands champions les aideront à faire reculer la grande pauvreté qui y sévit depuis tant d’années. En tout cas, leur nom est suffisamment connu dans le monde pour que la communauté internationale s’intéresse de plus près à leur pays, dont ils sont les meilleurs ambassadeurs.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Les inégalités se creusent de plus en plus, mais qui s'en préoccupe réellement?
La France est sans nul doute confrontée aujourd’hui à des difficultés comme elle n’en a pas eu depuis bien longtemps. Et pourtant ceux qui la gouvernent et ceux qui devraient s’opposer font comme si de rien n’était ou presque. Je dis presque parce qu’il y a quand même les gesticulations présidentielles, destinées à occuper le terrain et à montrer que l’on se soucie quelque peu de la vie des gens. Cela étant, je suis convaincu que les principaux leaders politiques de l’UMP ou du PS ne se rendent pas compte de la gravité de la situation. A ce propos, j’aimerais aussi que l’on entende un peu plus François Bayrou et le MoDem sur les sujets qui préoccupent réellement les Français. Mais pour entendre François Bayrou faut-il qu’on lui donne la parole, même si je pense que parfois il faut savoir forcer les barrages.
Ici même, il y a quelques jours, je disais tout le mal que je pouvais de ces interminables discussions sur la réforme des institutions, au moment où des pans entiers de notre économie souffrent énormément de la hausse du prix du gazole, et plus généralement des matières premières importées. Au moment aussi où les Français sont de plus en plus affectés par les conséquences de ces hausses. Au moment enfin où l’on entend que des gens n’arrivent plus à se nourrir, alors que les dirigeants de sociétés du CAC 40 se goinfrent de stocks options à des niveaux tout à fait indécents.
Indécents parce que les revenus de ces messieurs-dames (3, 5, 10, 15 millions d’euros) ont bénéficié de progressions qui dépassent parfois de 50% ceux de l’année passée, alors qu’ils ne cessent de prêcher la rigueur salariale dans leurs entreprises, et qu’ils profitent honteusement de la situation sur le marché de l’emploi, notamment vis-à-vis des jeunes, pour embaucher des gens diplômés ou bons techniciens à des niveaux proches du SMIC. C’est cela la réalité de la vie aujourd’hui dans notre pays, et non pas la réforme des institutions ou les débats au Parti Socialiste sur le vocable libéral qui agitent tellement les postulants au poste de Premier secrétaire.
Mais que faut-il faire pour faire comprendre tout cela à nos politiciens ? Tout d’abord ne pas voter pour eux aux élections, et faire confiance à des gens qui sont vraiment décidés à gouverner autrement. L’ennui, c’est qu’il n’y a pas d’élections avant un an, et un an c’est long quand on est en souffrance. De plus, si l’on veut que les gens fassent confiance à d’autres candidats que ceux issus des partis qui gouvernent le pays depuis plus de 25 ans, il faut faire des propositions, les promouvoir, et donc ne pas se disperser dans de vaines querelles de statuts ou de règlement intérieurs. Je dis cela pour mon parti car je sais, malheureusement, que cela passionne fortement quelques uns de nos militants. Il faut donc du concret, et montrer aux Français que seuls leurs problèmes ont de l’intérêt pour nous, car ce sont aussi les nôtres.
Tout le monde dans notre pays n’est pas dirigeant d’une grande entreprise, ni footballeur, ni chanteur à succès, ni acteur tête d’affiche de cinéma. Tout le monde n’a pas hérité de quelques dizaines ou centaines de millions d’euros, placés en Suisse ou au Lichtenstein, pour pouvoir vivre de ses placements. Non le commun des mortels dans notre pays a une vie qui se dégrade de plus en plus, du technicien de surface au cadre, de l’ouvrier à l’ingénieur, de l’appariteur au professeur, de l'étudiant au retraité. Toute cette population, de loin la plus nombreuse, est confrontée à des difficultés croissantes ce qui à terme va avoir des conséquences très négatives pour notre économie, et notamment faire baisser le niveau de consommation, principal moteur de notre croissance, phénomène déjà en cours.
Cela fait apparaître encore plus dérisoire les diverses solutions proposées par Nicolas Sarkozy à travers « la loi de modernisation de l’économie ». Si l’on s’imagine qu’on va régler le problème de la hausse des prix des produits alimentaires en favorisant les ouvertures de magasins de moins de 1000 m², ou en assurant la liberté pour les distributeurs de négocier leurs tarifs avec les fournisseurs, on se fourvoie totalement. D’ailleurs le seul fait que ce dernier point soit une revendication récurrente de la grande distribution devrait amener à s’interroger sur le bien-fondé de cette mesure, même si en apparence elle apparaît aller dans le bon sens…à condition de respecter certaines règles, et notamment ne pas étrangler les fournisseurs, plus particulièrement les plus petits. Il est toujours permis de rêver !
Il n’est pas non plus nécessaire d’évoquer longuement les propositions du président de la République quant au plafonnement du prélèvement de la TVA sur le prix du pétrole dans l'Union Européenne. C’est ce que l’on appelle un effet d’annonce, un de plus, à propos duquel la Commission Européenne a fait part immédiatement de son scepticisme. Cela dit, l’essentiel était de laisser accroire que l’on s’occupe du problème. Dans le même ordre d’idées, nous n’avons pas de précisions sur la mise en place « du fonds destiné à aider les Français qui en ont le plus besoin », alimenté par les recettes supplémentaires dues à la TVA sur les produits pétroliers, sauf que l’on sait que ce sera … à partir d’un certain niveau. A ce propos, interrogé à l’Assemblée Nationale sur le sujet, on n’a pas senti le Premier ministre très à l’aise sur la question, comme s’il n’était pas au courant de ce qu’avait dit le matin même Nicolas Sarkozy sur RTL. Mais au fait l’était-il réellement ? Décidément notre pays est bien mal gouverné !
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
A propos de campionissimi...
Aujourd’hui je ne vais pas faire comme tout le monde, et parler de la liste de Domenech pour le Championnat d’Europe des Nations. De toutes façons, dans notre pays on ne parle que de cela, et ce d’autant plus qu’il pleut à Roland-Garros et que nous n’avons pas de Française ou de Français capable de gagner le Tournoi. Alors je vais continuer à parler du Tour d’Italie qui est vraiment très intéressant cette année. D’abord parce que tous les meilleurs sont là, et ensuite parce que l’organisateur a eu la chance avec lui, notamment dans le désormais fameux contre-la-montre en côte de Plan de Corones avec ses 5 km de route non bitumée.
Il a eu de la chance parce qu’il n’a pas plu, alors qu’il ne se passe pratiquement pas un seul jour sans que la pluie ne fasse son apparition depuis le départ à Palerme. Cela nous a permis d’assister à un spectacle magnifique avec des coureurs qui ont mis environ 40 minutes pour faire 12,9 km. Cela nous ramenait quelques temps en arrière, à l’époque héroïque du cyclisme où les coureurs étaient habitués à s’affronter en montagne sur des routes en terre. Et pour couronner le tout, cette année le Giro devrait se jouer entre les deux nouveaux cracks du vélo, Contador et Ricco, ceux qui vont s’affronter dans les années à venir dans les grandes épreuves, et plus particulièrement dans les grands tours.
Alberto Contador qui a le maillot rose possède de l’avance à tous points de vue sur son jeune rival. Il a déjà un palmarès conséquent avec, entre autres victoires, un Tour de France, Paris-Nice et le Tour du Pays Basque. Rien que ces trois épreuves suffisent très largement à meubler un palmarès. Ricco de son coté n’a pas encore gagné de grandes courses, mais cela s’explique aussi par le fait qu’il n’a pas 25 ans et que, jusqu’à présent, il n’est guère sorti de son pays. Cela étant le jeune homme a du tempérament et il a une énorme confiance en lui. Sera-ce suffisant pour gagner le Giro cette année ? Difficile à dire même si la tendance penche plutôt pour le jeune espagnol qui, d’ailleurs, craint davantage le vétéran Gilberto Simoni, double vainqueur de l’épreuve et troisième pour le moment au classement général. Résultat dimanche.
En attendant, ces joutes sur le Tour d’Italie rappellent ou évoquent pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du cyclisme sur route quelques grands moments de ce sport merveilleux. Prenons le Tour d’Italie de l’année 1953 avec l’affrontement au sommet de deux des plus grands coureurs de l’histoire, en tout cas les deux meilleurs au début des années 50. J’étais pour ma part très jeune, mais j’entendais mon père évoquer chaque jour du mois de mai* le duel entre Coppi et Koblet, entre le Campionissimo et le Pédaleur de Charme. L’un et l’autre étaient très doués, l’un et l’autre étaient très ambitieux, l’un et l’autre étaient déjà des coureurs qui avaient accompli beaucoup d’exploits sur la route et sur la piste.
L’affrontement fut énorme avec une légère supériorité pour Koblet dans le contre-la-montre, exercice dans lequel le Suisse dans ses grands jours était imbattable, les deux hommes faisant quasiment jeu égal dans la montagne…jusqu’au dernier col le Stelvio, où Coppi réussira enfin à décrocher son grand rival pour lui prendre à la fin de l’étape un peu plus de 3 minutes. Suffisant pour gagner son cinquième Giro, et empêcher Koblet d’en gagner un second. Tout le monde avait souligné en Italie, en France ou en Belgique la qualité de cette lutte au sommet, et tout le monde était admiratif de la manière dont le Campionissimo avait su renverser une situation très compromise.
Curieusement, ce sera pour l’un comme pour l’autre un de leurs derniers exploits. Certes Coppi remportera cette même année le titre de Champion du Monde, mais ce sera quand même son chant du cygne. En effet, à part un Tour de Lombardie en 1954 il ne gagnera plus de grande épreuve, miné notamment par des problèmes d’ordre privé, à une époque qui n’était pas celle d’aujourd’hui. Koblet, bien que plus jeune de quelques années (6 ans) ne gagnera plus que le Tour de Suisse en 1955, victime à la fois d’une certaine malchance et, sans doute, d’un manque de motivation pour affronter trop longtemps les dures réalités d’une discipline aussi exigeante que le vélo. C’est dommage, mais ces deux super cracks continuent à alimenter la légende.
Contador et Ricco n’en sont pas là et n’en seront peut-être jamais là. Certains diront même qu’il n’est pas permis de faire une telle comparaison. Pourtant si le champion madrilène (25 ans) remporte le Tour d’Italie cette année, sans l’avoir réellement préparé, quelque chose me dit qu’il pourrait devenir lui aussi un très grand. D’ailleurs pour un étranger gagner le Giro est toujours d’une extrême difficulté. Aucun ne l’a remporté depuis 1996, et le premier à avoir réussi cet exploit en 1950 s’appelait…Hugo Koblet. Depuis cette date, ils sont à peine 15 à avoir réussi la même prouesse, et parmi eux on trouve Charly Gaul, Anquetil, Merckx, Hinault, Roche, Fignon et Indurain. Rien que du beau monde !
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
*A l’époque les radios et les journaux français, y compris les quotidiens régionaux, rendaient compte des grandes épreuves du calendrier même si elles se déroulaient à l’étranger.
La pêche française frappée par la hausse du gazole, mais pas seulement
Finalement la France devient un modèle dans l’Union Européenne, comme en témoigne le mouvement qui se dessine dans les ports de plusieurs pays de l’Union, plus particulièrement en Italie, en Espagne et au Portugal. Dans ces pays, en effet, les pêcheurs essaient d’obtenir ce que le gouvernement Français a généreusement octroyé à cette profession, à savoir un gazole à 40 centimes le litre. Pour ce qui concerne la réorganisation de l’industrie de la pêche on attendra encore un peu, comme d’habitude.
Du coup les consommateurs vont payer le poisson encore plus cher, ce qui va encore un peu plus amputer le pouvoir d’achat de ceux qui en consomment régulièrement pour leur nourriture, et en priver ceux qui n’auront plus les moyens de s’en offrir. Mais tout cela n’est pas grave aux yeux de nos gouvernants, du moment que les perturbations engendrées par les manifestations des pêcheurs sont contenues dans des limites acceptables pour la tranquillité du pouvoir. Et puis, même si on parlait un peu trop du problème, on peut compter sur Nicolas Sarkozy et Carla pour faire parler d’eux comme ils l’ont fait ce matin en allant à Rungis voir les gens qui se lèvent tôt. Pauvre France !
Cela étant, ce n’est pas la dégustation de quelques produits sur un marché par le président de la République et son épouse qui va régler les difficultés récurrentes d’une profession, comme la pêche en mer, qu’on a maintenue à flot à coup de subventions depuis des années. A ce propos, il est tout à fait ahurissant de voir le ministre de la Pêche, Michel Barnier, réclamer un relèvement des limites fixées par la Commission Européenne quant aux aides versées à la profession, alors que celle-ci est de plus en plus déficitaire.
En effet si ce relèvement était accordé, cela voudrait dire que dans les discussions qui ont lieu en ce moment au siège de l’Organisation Mondiale du Commerce, des pays comme la Chine ou l’Inde demanderaient à pouvoir augmenter leurs subventions pour la pêche. Cela leur permettrait d’accroître encore un peu plus leurs capacités de pêcher sur tous les océans de la planète, alors que cette capacité est déjà très largement supérieure aux besoins actuels. Plus grave encore, si la situation continue de se dégrader cela signifie la fin de la pêche dans une grande partie de l’Océan Atlantique et de l’Océan Indien, ce qui ferait autant de nourriture en moins pour des centaines de millions de personnes.
En tout cas, ceux qui avaient quelques illusions sur les résultats du Grenelle de l’Environnement savent maintenant qu'il ne faut rien en attendre, à part quelques belles paroles distillées ça et là par Nicolas Sarkozy ou Jean-Louis Borloo. Sur ce plan comme sur tous les autres, le maître-mot est la fuite en avant. Cela étant, le phénomène n’est pas nouveau car les gouvernements précédents ont aussi leur part de responsabilité, et particulièrement quant aux problèmes de la pêche.
Rappelons-nous quand même qu’il y a un peu plus de dix ans, il y avait eu un plan d’aide aux armements en difficulté qui devait permettre de réorganiser en profondeur l'industrie de la pêche dans notre pays. En fait, le plan Puech (du nom du ministre de la pêche de l’époque) s’est limité à verser des subventions pour mettre à la casse de nombreux bateaux et pour aider à la reprise de ceux qui paraissaient viables, alors que l’occasion était belle de faire ce qui a été fait en Espagne et au Portugal par exemple, à savoir aider les pêcheurs à se reconvertir dans d’autres activités. Bien entendu ce n’est pas davantage le moment pour Michel Barnier, car un tel plan coûterait très cher à nos finances publiques et elles sont exsangues.
Reste l’Europe, mais chacun sait que là aussi Bruxelles doit faire face à toutes sortes de pressions de la part des Etats qui, hélas, sont de plus en plus nombreux à jouer la carte du populisme à la mode Sarkozy ou Berlusconi. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner si l’on n’arrive pas à faire les réformes qui s’imposent non seulement dans la pêche, mais aussi dans l’agriculture ou encore dans les transports. A ce propos, le petit monde des camionneurs commence lui aussi à s’agiter, car il se dit que si les pêcheurs ont obtenu aussi facilement satisfaction, il n’y a pas de raisons pour qu’ils ne bénéficient pas eux aussi de la manne de l’Etat.
Certes par rapport aux pêcheurs, ils ont l’avantage de pouvoir répercuter en partie sur les clients la hausse du gazole, mais pour combien de temps ? Déjà nombre de transporteurs reçoivent une fin de non recevoir de la part de leurs plus gros clients quant aux hausses de tarifs à venir, d’autant qu’elles dépassent déjà les 5% depuis le début de l’année, ce qui est assez logique dans la mesure où les prix à la pompe ont progressé de 20% depuis le 1er janvier. Alors qu’en sera-t-il dans les prochaines semaines si le prix du baril devait encore augmenter ? En tout cas le problème n’est pas simple, et ce n’est pas avec les formules toutes faites de Nicolas Sarkozy ou de Michel Barnier que l’on parviendra à améliorer la situation.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Quelques réflexions à propos des égos démesurés
« Les égos démesurés me plongent dans l’ennui ». De qui est cette sentence ? De Carla Bruni, épouse Sarkozy. C’est un de mes lecteurs qui m’a rapporté cette phrase extraite d’une interview que la dame avait faite pour le magazine Psychologies, il y a de cela quelques années. Si je cite cette phrase, c’est parce que cette dame vit aujourd’hui avec quelqu’un qui passe pour avoir justement un égo surdimensionné. Mais au fait, Nicolas Sarkozy est-il dans ce cas ? A titre personnel j’en doute, car il n’a pas l’étoffe pour se situer parmi ces gens-là.
Je m’explique : tous les grands hommes ont cette caractéristique qui, hélas, les conduit parfois à des extrémités qui en font des dictateurs. On peut être rassuré sur ce plan, Nicolas Sarkozy n’est pas, et ne sera jamais un dictateur. Lui il joue plutôt dans le genre chef de bande, comme on en trouve dans les cours de récréation. Il fait partie de ceux qui veulent faire rire par des blagues un peu lourdes, mais qui plaisent à certains qui ne le sont pas moins. Il aime aussi jouer les héros, et pour ma part je l’aurais bien vu se dénoncer à la place d’un autre élève ayant fait une grosse bêtise en classe, entraînant une punition collective.
Tout cela évidemment est le propre d’élèves qui sont loin d’être des premiers de la classe, mais les copines et les copains préfèrent souvent ce genre de trublion à ceux qui sont experts en version latine. Nicolas Sarkozy, j’en suis persuadé, à dû être comme cela dans les lycées chics qu’il a fréquentés étant jeune. Nous avons tous connu dans notre vie scolaire ou professionnelle ce genre d’individus, des hableurs, qui savent s’attirer la sympathie du plus grand nombre mais qui, en revanche, sont dans l’incapacité d’avoir prise sur les évènements.
Est-ce que je me trompe dans ce portrait du président de la République ? Assurément pas. Et c’est pour cela qu’il ne ressemble à aucun autre président de la République, aussi loin que l’on remonte dans le temps. Toutes ses actions au quotidien témoignent de son désir de se démarquer de ceux qui l’ont précédé dans la place. Mais contrairement à ce que beaucoup de gens s’imaginent, cette attitude signifie qu’au fond de lui-même il ne se sent pas à sa place, et qu'il a des hâbits trop grands pour lui. Cette place il la voulait comme un trophée, mais maintenant il ne sait pas quoi en faire.
Il suffit de voir et d’analyser son action pour en être convaincu. Quand Nicolas Sarkozy est-il le plus à son aise ? Quand il est sur le terrain, et mieux même quand il est sur la défensive face à des gens qui lui sont hostiles. Là il donne sa pleine mesure, au mauvais sens du terme, comme il l’a démontré à maintes reprises, en banlieue quand il a parlé du Karcher, avec les pêcheurs quand il a demandé à l’un d’entre eux de venir s’expliquer avec lui, ou au Salon de l’Agriculture quand il traite de « pauvre con » un imbécile qui l’invective rudement. Tous ces gestes, toutes ces postures, sont plus celle d’un bateleur d’estrade que d’un président de la République. Aurait-on imaginé un de Gaulle ou un Mitterrand avoir de telles réactions ? Impensable, car pour eux il y avait d’abord la dignité de la fonction.
Dans le même ordre d’idées, il est inimaginable qu’un un autre chef d’Etat, en France ou à l’étranger, puisse dire en pleine conférence de presse avec des journalistes du monde entier des phrases du style, «avec Carla c’est du sérieux ». Rien que cela démontre que son égo est tout sauf démesuré, car l’égo des grands hommes leur interdit cette rhétorique. L’égo de Nicolas Sarkozy, c’est celui d’un potache exubérant. Peut-être d’ailleurs est-cela qui a plu à Carla Bruni. En tout cas, qu’il ait plu à cette dame n’est pas notre affaire, mais qu’il ait plu aux Français est beaucoup plus gênant car nous avons encore quatre ans à supporter ses pompes et ses œuvres. Et quatre ans c’est long, très long pour un pays comme le notre qui a du mal à avoir conscience de la gravité de la situation dans laquelle il se trouve, à moins qu’il ne refuse de la voir en face, ce qui revient au même.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Et si l'on faisait enfin confiance aux gens sérieux...
Les Français, je l’ai souvent souligné ici-même, ne passent pas pour être très rationnels dans leurs jugements politiques. Si je dis cela, c’est parce que je viens de découvrir qu’une enquête du CSA parue dans le Parisien indiquait qu’Alain Juppé était considéré, après François Bayrou, comme le Premier ministre idéal. Incroyable mais vrai me suis-je dit, au point de relire deux ou trois fois l’information pour être sûr de ne pas m’être trompé. Certains vont toutefois me faire remarquer que ce n’est qu’un sondage, mais c’est quand même rafraichissant de lire de telles informations.
Peut-être après tout que les Français se rendent compte à quel point ils se sont fourvoyés, en envoyant à l’Elysée un président qui ne le sera jamais, et en se faisant une bonne opinion d’un premier ministre qui ne l’est pas non plus, les deux formant un couple tout à fait improbable. De plus, ils savent depuis longtemps que ce ne sont pas les socialistes qui peuvent représenter une alternative crédible le moment venu. Alors ils se tournent vers des hommes qui représentent une certaine compétence, et surtout qui ne vivent pas de faux-semblants.
Alain Juppé, comme il le dit lui-même, n’est pas bling-bling mais il représente aux yeux des Français déboussolés un gage de sérieux. Quand à François Bayrou c’est encore autre chose, car l’image que les Français ont de lui est celle du rassemblement des compétences pour gouverner autrement. On est loin avec ces deux hommes de conviction, des extravagances du président de la République, de l’image de grand méchant mou que donne le Premier ministre Fillon, de l’impression de dilettantisme de Jean-Louis Borloo, ou des perpétuels grands écarts idéologiques des responsables de gauche.
A ce propos, on ajoutera pour ces derniers une bonne dose démagogie, qui n’est pas sans rappeler celle dont a toujours fait preuve Nicolas Sarkozy, et que les dirigeants socialistes étaient les premiers à lui reprocher. Quand j’ai entendu vendredi que Ségolène Royal avait demandé le déblocage de 500.000 euros pour venir en aide aux pêcheurs, je suis presque tombé à la renverse. Je ne nie pas qu’il faille venir en aide à cette profession sinistrée, mais qu’une région débloque une telle somme rien que pour satisfaire l’ego et les ambitions de la présidente est tout simplement ahurissant, d’autant que cette somme, pour importante qu’elle soit sur le budget d’une région, ne représente qu’une goutte d’eau par rapport aux problèmes qui affectent la pêche française.
Quant à l’autre principal postulant au poste de Premier secrétaire du Parti Socialiste, je veux parler de Bertrand Delanoe, voilà qu’il est devenu à la fois socialiste et… libéral, plus que Sarkozy même aux dires de certains de ses amis. Il fallait oser, et le maire de Paris l’a fait. Evidemment, ces déclarations n’ont fait qu’ajouter à la confusion dans un parti qui ressemble de plus en plus à une colonie de vacances sans moniteurs. Et encore on n’a rien vu, paraît-il, car du fin fond de l’Amérique, Dominique Strauss-Khan qui pourtant avait juré ses grands dieux qu’il terminerait son mandat au FMI, déclare maintenant qu’il se verrait bien le candidat socialiste en 2012. Décidément je n’arriverai jamais à comprendre comment on peut faire confiance à de pareils zigotos !
Alors les gens se posent des questions à propos des responsables politiques, et sont à la recherche de personnages qui inspirent confiance, même si l'on peut regretter encore une fois qu’il eut mieux valu qu’ils y pensassent avant. Si François Bayrou avait été élu président de la République, peut-être qu’Alain Juppé aurait été son premier ministre, peut-être aussi que Jean Peyrelevade aurait été ministre des Finances etc. En tout cas, il est vraisemblable que le gouvernement serait composé avec davantage de gens sérieux, même si hélas il y aurait eu force députés du Nouveau Centre qui…n’auraient pas quitté François Bayrou pour Nicolas Sarkozy, si ce dernier avait été éliminé du second tour. Il faudra s’en rappeler le moment venu, mais c’est un autre débat.
Cela dit, pour revenir à ce sondage, il va bien falloir qu’un jour ou l’autre les Français se mettent en accord avec eux-mêmes. N’oublions pas que si Alain Juppé a remporté haut la main l’élection municipale de Bordeaux, il avait été battu quelques mois auparavant lors des élections législatives dans une circonscription traditionnellement acquise à la droite. Quant à François Bayrou, malgré toutes les vertus qui lui sont prêtées, les Palois lui ont préféré comme maire une candidate du Parti Socialiste, dont la qualité première est précisément d’être une bonne militante socialiste. Comme je le dis souvent, cela fait partie des mystères du suffrage universel.
Espérons quand même que dans quatre ans au plus tard les électeurs manifesteront dans les urnes, et non à travers des enquêtes d’opinion, leur désir de voir redonner à la politique ses lettres de noblesse. Ce serait la meilleure nouvelle pour notre démocratie qui subit avec difficulté les assauts de la démagogie sous toutes ses formes. Et ce serait aussi le signe que les électeurs sont prêts à faire le nécessaire pour que la France s’engage enfin sur la voie du progrès, dans une économie de liberté où chacun jouerait le rôle qui doit être le sien, qu’il s’agisse de l’Etat ou des citoyens. Mais au fond n’est-ce pas plus facile d’écouter des faiseurs de miracles qui ne pensent qu’à complaire à l’électorat et à garder leurs privilèges?
Michel Escatafal
La révision de la Constitution n’est pas au centre des préoccupations des Français
Au moment où dans notre pays la grogne s’amplifie sur fond d’augmentation des prix des carburants et de baisse du pouvoir d’achat, avec des manifestations de colère de plus en plus virulentes comme celle des marins-pêcheurs, à l’Assemblée Nationale on consacre beaucoup de temps et d’énergie à la réforme constitutionnelle. A ce propos, il est quand même étonnant qu’en ce moment ce sujet fasse l’objet de tants de débats et de discussions, alors que la Constitution de la Vè République fonctionne depuis 50 ans...et qu’il y a sans doute des problèmes beaucoup plus urgents à régler.
D’ailleurs, nombreux sont ceux qui prétendent que s’il y a des difficultés dans le fonctionnement des institutions, ce n’est pas la faute de la Constitution. Pour moi, au-delà de dispositions à caractère mineur qui ne méritent qu’un simple ajout, la seule vraie discussion devrait porter sur le système électoral. Celui-ci en effet est un déni de justice et de démocratie quand on voit, par exemple, un parti comme le Nouveau Centre du haut de son 1% des voix aux élections législatives avoir 22 députés à l’Assemblée Nationale, alors que le Mouvement Démocrate en a 4 avec 8% des voix. Voilà où se situe la problématique.
Pour le reste on n’a pas besoin d’être un grand constitutionnaliste pour savoir que la Constitution ne vaut d’abord que par la manière dont elle est appliquée. Comme le disait Raymond Barre : « La Constitution de 1958 a fait ses preuves, elle s’est adaptée à des circonstances différentes avec souplesse ». Et il ajoutait : « S’écarter de ses principes et de ses mécanismes risque, à terme, de nous ramener au régime des partis dont notre histoire a montré les funestes résultats ». Tout est dit ou presque dans ces quelques phrases sur le sujet.
Faisons un peu d’histoire, en rappelant par exemple que la Constitution n’a pas toujours été présidentialiste. Elle a été parlementaire pendant la première période de pouvoir du général de Gaulle jusqu’en 1962. Elle l’est redevenue pendant la période 1976-1981, sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing avec Raymond Barre comme Premier ministre. Elle l’a été plus encore pendant les deux périodes de cohabitation. Chaque fois dans des circonstances pourtant très différentes, le Premier ministre a assuré librement la conduite des affaires du pays, conformément à la lettre de la Constitution de 1958.
Sur ce plan on se rappellera que Michel Debré, entre 1959 et 1961, a reconnu lui-même s’être comporté en véritable Premier ministre, comme disent les constitutionnalistes, en réunissant à de nombreuses reprises son gouvernement en conseil de cabinet. On ajoutera en plus qu’à cette époque, le Sénat était hostile au président de la République et que cela n’a pas empêché les institutions de fonctionner. De même Raymond Barre, confronté à l’opposition du RPR dans sa propre majorité, a toujours dit qu’il n’avait jamais été réellement empêché d’agir dans la direction qu’il s’était fixée.
On voit donc que ce débat sur la révision constitutionnelle est avant tout pour le chef de l’Etat, comme pour le Parti Socialiste, un moyen de s’arroger quelques prérogatives supplémentaires sans trop se soucier d’apporter des améliorations sur le fonctionnement des institutions. Les socialistes par exemple avaient pour premier souci de modifier le mode d’élection des sénateurs, sur lequel il y aurait effectivement beaucoup à dire. Mais dans quel but ? Tout simplement pour pouvoir enfin s’assurer la majorité dans la Haute assemblée. Clairement, on discute entre UMP et PS de points de détail…qui peuvent permettre aux uns et aux autres d’y trouver avantage. Et tout cela au moment où notre pays est confronté à des difficultés économiques et sociales que l’on n’avait pas connues depuis très longtemps. Dans ces conditions, personne ne s’étonnera si les gens se détournent de la politique et, pire encore, s’ils n’ont plus aucune confiance envers leurs dirigeants.
Pourquoi les marins-pêcheurs refusent-ils de reprendre le travail alors, qu’a priori, ils ont obtenu l’essentiel de ce qu’ils désiraient ? Parce que, comme je l’ai entendu hier soir de la bouche de représentants de la profession, ils ne croient pas aux promesses du gouvernement. A ce propos, il suffisait de lire les banderoles déployées çà et là sur les ports, où il était écrit « Sarkozy menteur » pour en être persuadé. On est effectivement très loin des préoccupations du président de la République et des parlementaires sur la réforme constitutionnelle.
Tout cela démontre encore une fois que ce binôme UMP-PS que l’on connaît dans notre pays depuis beaucoup trop longtemps, est finalement extrêmement paralysant pour mettre en œuvre les vraies réformes. En outre ces deux partis sont tellement habitués à leurs petites affaires à deux, qu’ils refusent évidemment toute intrusion d’un autre partenaire. Certes il n’est pas question de revenir aux pratiques de la IVè République, mais une représentation nationale plus proche de la réalité politique aurait le mérite d’élargir l’opposition parlementaire, et donc de donner plus de poids au Parlement.
En fait, il y a quand même une réforme importante des institutions qui a été faite quand on a substitué le quinquennat au septennat « monarchique ». A titre personnel, je n’y étais pas très favorable, car cela ne permet plus au président de la République de garder une distance d’arbitre, qui lui confère son autorité. On voit actuellement ce qui se passe avec Nicolas Sarkozy comme président. Peut-être ferait-il la même chose avec le septennat, mais il y aurait quand même une échéance législative dont il faudrait qu’il tienne compte en cours de mandat. Là, il est à la fois président de la République et Premier ministre ce qui est contradiction totale avec la Constitution. Cela étant, rien ne dit qu’en approuvant la réforme constitutionnelle, nos parlementaires réunis en congrès à Versailles vont apporter des changements décisifs dans la vie de nos institutions… et plus encore dans la vie des Français.
Michel Escatafal
Des mercenaires? Pas vraiment
Est-ce que le rugby ne serait pas en train de prendre des dérives inquiétantes, notamment à travers les transferts de joueurs étrangers qui ne viennent que pour faire quelques piges avant de s’en retourner, fortune faite. En disant cela je sais que certains vont dire que j’exagère, car les sommes en jeu sont encore très nettement inférieures à celles du football, même si 300.000 ou 400.000 euros représentent une somme conséquente pour le plus grand nombre des supporters. Cela étant, le phénomène s’amplifie dans certains clubs même si la réussite est loin d’être à la hauteur des espérances.
Parmi ceux-ci il y en a un qui fait très fort, le RC Toulon. Voilà un club qui a acheté la saison dernière, Tana Umaga le centre emblématique de l’équipe de Nouvelle-Zélande. Il a du jouer au maximum une quinzaine de matches… pour paraît-il 350.000 euros. Ensuite il est devenu entraîneur et son président qui a apparemment les moyens, a embauché d’authentiques vedettes de l’hémisphère Sud comme Merthens, Oliver, Gregan ou Mattfield, tous joueurs il y a peu des équipes de Nouvelle-Zélande, d’Australie ou d’Afrique du Sud.
Tout cela pour pouvoir monter en Top 14, ce qui va être fait mais en luttant jusqu’au bout. Et l’an prochain on annonce d’autres vedettes telles que le Néo-Zélandais Carter, le meilleur demi d’ouverture du monde, qui viendrait passer quelques mois à Toulon (décembre à mai ou juin) pour beaucoup plus que ce qu’a touché Umaga. On croit rêver, surtout quand on sait que tous ces joueurs n’ont pas particulièrement brillé, et que deux ou trois d’entre eux vont quitter le club après moins d’une saison passée à Toulon. Toulon n’est pas le seul club à enregistrer ce genre de déception, voire de fiasco. Perpignan et Clermont-Ferrand qui ont aussi fait signer des joueurs sud-africains champions du monde, sont obligés de libérer ces joueurs pour rejoindre leur équipe nationale en pleine phases finales du Top 14, alors qu’au départ il ne semblait pas en être question. La leçon servira-t-elle pour l’avenir ? Pas sûr, car les dirigeants du rugby, comme ceux du football, sont mégalos.
Mais au fait pourquoi embaucher autant d’étrangers ce qui contrarie nos sélectionneurs qui, à certains postes, n’ont plus de Français capables de bien figurer sur le plan international ? D’abord, nombre d’entre eux coûtent moins cher que les Français, sauf les vedettes. Ensuite les Argentins, les Italiens, voire les Roumains qui n’ont pas dans leur pays une vraie culture rugby sont très heureux de venir chez nous pour progresser et, accessoirement, en faire profiter leur équipe nationale. Il suffit de voir les résultats de l’Argentine à la dernière Coupe du Monde pour en être persuadé. Quant aux joueurs du Sud non internationaux ils s’acclimatent assez bien, car c’est pour eux un bon moyen de gagner de l’argent grâce au rugby, ce qu’ils ne pourraient pas faire dans leur pays, y compris en Australie ou en Nouvelle-Zélande parce qu’ils ne sont pas sélectionnés en équipe nationale.
Cela est valable aussi pour les Fidjiens, les Tongiens ou les Samoans, très nombreux en Europe. Ceux-ci en effet, à part les meilleurs d’entre eux qui deviendront internationaux néo-zélandais ou australiens, n’intéressent guère les franchises du Super 12 (championnat du Sud). Du coup ils viennent en Europe où les championnats en France et en Angleterre rassemblent beaucoup plus d’équipes. Parfois même, ils peuvent porter le maillot de l’équipe nationale de leur pays d’accueil.
La différence entre les stars et les autres se situe à ce niveau. Ceux-là sont venus pour jouer au rugby, pour faire carrière et pour se comporter comme les joueurs du cru. Ils s’habituent et mesurent l’importance que peut avoir un titre de champion de France ou d’Angleterre. En France, remporter le bouclier de Brennus reste la récompense suprême, et les joueurs qui remportent ce titre sont des héros dans leurs villes. Les stars du Sud n’ont pas encore intégré cette notion, parce qu’au fond pour eux il n’est pas question de se projeter sur le long terme. En fait, il n’y a guère que Kelleher, le demi de mêlée néo-zélandais du Stade Toulousain, qui soit à la fois une star et un modèle d’équipier. Il est l’exception qui confirme la règle.
Pour autant peut-on en vouloir à ces joueurs de s’engager en France et repartir quelques mois après ? Sûrement pas, d'abord parce qu'on leur demande de venir, et ensuite parce que finalement ce qui leur manque le plus c’est de porter le maillot de leur pays. Alors rien que pour cela nous ne les considèrerons pas comme des mercenaires. Ils sont venus, ils ont vu et sont repartis parce qu’ils ne sont pas chez eux. Cela étant, personne ne m’empêchera de préférer le comportement d’un Kelleher à celui d’un Montgomery, ni de souhaiter pour nos clubs français qu’ils se contentent de s’attacher les services de joueurs moins connus, mais infiniment plus motivés qu’ils soient français ou étrangers.
Michel Escatafal
Un grand merci à la Banque Centrale Européenne
Au moment où les pêcheurs français manifestent en masse pour essayer de sauver ce qui peut l’être de leur profession, à la veille aussi d’une journée d’action syndicale qui va toucher la fonction publique, nous allons revenir sur la croissance dans la Zone euro et en France, et le rôle qu’a joué dans cette croissance la BCE. Oh certes, voir fleurir des banderoles brandies par les pêcheurs en traitant Nicolas Sarkozy de menteur, ou parler de l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites paraît, à première vue, plus proche de nos préoccupations que le pilotage de la politique monétaire. Et pourtant, si nous sommes dans une situation moins catastrophique que celle des Etats-Unis, pour ne citer qu’eux, c’est bien parce que la Banque Centrale Européenne a su faire preuve de sagesse et de discernement avec sa politique monétaire.
En effet, au moment où les Etats-Unis sont en quasi récession avec 0,1% de croissance au premier trimestre, la Zone euro pour sa part a vu son PIB progresser de 0,7% pendant la même période. La France elle-même a révisé ses chiffres à la hausse puisque nous avons fait 0,6%, mais cette progression inattendue doit beaucoup à celle de l’Allemagne qui a atteint 1,5%. Cela fait beaucoup de chiffres, mais cela démontre surtout que malgré l’euro fort, malgré des taux d’intérêts largement supérieurs à ceux des Etats-Unis, la Zone Euro réussit de bien meilleures performances économiques que les Américains.
Cela pourrait s’apparenter à une revanche pour Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, que beaucoup en France et en Europe considèrent comme un monétariste froid ne regardant que les chiffres de l’inflation, même quand elle n’existe pas. Cela dit l’inflation étant le mal suprême en économie, Jean-Claude Trichet et la BCE ne faisaient qu’appliquer le principe de précaution dont on nous rebat les oreilles à tout propos. D’autre part comme il le dit si bien lui-même, « la stabilité des prix est une condition nécessaire à une croissance économique durable, à la création d’emplois et à la cohésion sociale ». Et dans la période actuelle c’est plus vrai que jamais.
Imaginons un instant ce qui se passerait aujourd’hui en France si nous n’étions pas en monnaie unique, avec Nicolas Sarkozy comme président de la République ? Et bien nous aurions déjà dévalué une ou deux fois depuis un an, nous aurions des taux d’intérêts élevés, et nos déficits exploseraient. Tout cela est vrai parce qu’on a déjà connu le phénomène à d’autres époques pas si lointaines. Seulement nous appartenons à la Zone euro, et la BCE est indépendante du pouvoir politique à l’instar de la Bundesbank, et de la Banque de France depuis 1993. Du coup nous sommes protégés de toute forme de démagogie politicienne, et des dérives que cela entraîne.
Ce n’est quand même pas pour rien si depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne a toujours été comme le modèle à suivre pour ses partenaires européens et occidentaux. A l’époque où l’inflation frisait les 20% aux Etats-Unis à la fin des années 70, l’Allemagne n’a jamais dépassé 10%. D’autre part après chaque choc pétrolier, le pays qui a toujours su le mieux tirer son épingle du jeu était l’Allemagne. Et c’est encore le cas actuellement, alors que le pétrole ne cesse de voir ses cours s’envoler. La bonne santé économique de l’Allemagne profite à toute la Zone euro, et en premier lieu à la France, même si les Allemands reconnaissent que les trois autres trimestres de 2008 ne seront pas au niveau du premier.
En tout cas, nous sauverons les meubles, et c’est heureux pour nos finances publiques. C’est heureux aussi pour l’emploi et le pouvoir d’achat des Français bien malmené en ce moment, ce qui est une surprise pour personne sauf pour ceux qui ont crû aux promesses de Nicolas Sarkozy. En tout cas notre président de la République, qui n’a jamais eu de vision prospective de l’économie et qui n’a cessé depuis son arrivée au pouvoir de vilipender la politique de la BCE, devrait aujourd’hui se féliciter de voir que Jean-Claude Trichet ait fait son métier de banquier central responsable, au contraire des gens de la Réserve Fédérale qui ont préféré oublier l’inflation pour sauver l’économie américaine de la récession. Il devrait aussi louer la manière avec laquelle la BCE a su limiter les conséquences de la crise des crédits hypothécaires américains. Mais n’est-ce pas trop demander à quelqu’un comme Nicolas Sarkozy ?
Cela étant, pour revenir à notre quotidien, avec l’affaiblissement continu du dollar (il a perdu 7,7% depuis le 1er janvier), les cours du pétrole ne sont pas prêts de diminuer. De plus notre pouvoir d’achat n’a pas fini de se dégrader d’autant que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les prix des objets importés restent déconnectés de la réalité du marché des changes, ce qui fait que ce sont d’abord les multinationales qui profitent de l’avantage de la parité euro/dollar, au détriment des consommateurs que nous sommes. Mais qui en aurait douté ?
Michel Escatafal