MichelEscatafal

Freddie et Fannie, ces jolis noms…

Par escatafal in économie - 14 jui, 2008

Décidément le capitalisme à l’occidentale vit de mauvais moments et, comme toujours, par la faute de ses propres turpitudes.  Il y a encore quelques semaines, sans doute pour rassurer les marchés, on nous disait que la crise financière liée aux crédits hypothécaires américains était derrière nous.  Et de fait, il n’y avait que  quelques observateurs un peu plus avisés,  ou un peu moins niais, qui se risquaient  à dire et écrire qu’en faisant de telles affirmations on se trompait lourdement. En tout cas ceux-là ne se trompaient pas, car cette fois la crise touche « du lourd, voire même du très lourd » avec Freddie et Fannie, les deux géants américains du refinancement hypothécaire qui sont quasiment en faillite.

En effet, depuis le début de la crise des crédits hypothécaires américains, les deux titres ont perdu 90% de leur valeur en Bourse, et les 10% restants ne tiennent qu’à un fil…tenu par l’Etat américain. Rappelons que ces deux organismes  ont pour mission de racheter aux établissements de crédit leurs créances hypothécaires, ce qui permet aux banques de dégager des fonds propres et d’accorder de nouveaux prêts…destinés à entretenir la bonne santé du marché immobilier américain. En apparence tout cela apparaît réglé comme du papier à musique et, de fait, cela a semblé le cas pendant de nombreuses années, au point que Fannie Mae et Freddie Mac détiennent aujourd’hui  40% des prêts immobiliers consentis aux Etats-Unis. Et pour donner un ordre de grandeur encore plus précis, cela représente 5200 milliards de dollars soit 38% du PNB global des Etats-Unis,  ou si l’on préfère la quasi-totalité de celui de la France et de l’Allemagne réunies. Ce n’est pas rien !

Bien entendu ces chiffres font peur à tout le monde, à commencer par le gouvernement fédéral américain. Et celui-ci faisant fi de ses idées libérales est intervenu afin « de soutenir Fannie et Freddie dans leur forme actuelle ». Cela signifie que, pour le moment, on écarte l’hypothèse d’une nationalisation, terme honni et banni du vocabulaire aux Etats-Unis…parce que dans ce cas les actionnaires perdraient tout.  En outre, cela aurait pour conséquence un doublement de la dette pour les Etats-Unis.  On comprend dans ces conditions les inquiétudes des marchés financiers.

Et cela nous amène à évoquer, une fois de plus, les folies ayant engendré cette situation qui paraît sans solution tellement le ver est dans le fruit. Rappelons-nous ce que disait Ronald Reagan à l’époque où il venait d’être élu président des Etats-Unis en 1981 : « L’Etat n’est pas la solution, mais le problème ». Combien de fois depuis cette époque n’avons-nous pas entendu cette sentence, au point qu’elle est même devenue  le credo de certains dirigeants socialistes. Certes, comme je le dis très souvent ici ou ailleurs, je ne suis pas de ceux qui pensent que l’Etat a vocation à tout faire. Comme le disait si justement François Bayrou pendant la campagne présidentielle, citant Durckheim : « si l’Etat est partout, l’Etat est nulle part ».

L’Etat n’a certes pas vocation à tout diriger, mais ne doit pas non plus laisser tout faire et s’abandonner complètement aux forces du marché avec tout ce que cela comporte, à savoir le recul social et des inégalités insupportables se creusant de plus en plus.  Il suffit de voir ce qui se passe dans notre pays, depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, lui-même représentant de ce que les médias appellent  bêtement « la droite décomplexée ». L’ennui pour cette droite dite décomplexée, c’est qu’elle n’avait pas vu venir la crise financière, et qu’elle est dans la plus totale incapacité de tenir les promesses que son candidat s’était cru autorisé à faire, par exemple sur le pouvoir d’achat.

Près de 30 ans après la devise reaganienne ou thatchérienne en Europe, vient l’heure des bilans. La finance et les marchés de capitaux dérégulés ont déclenché une crise sans précédent depuis des décennies à l’échelle de la planète, mondialisation oblige,  dont l’ampleur  oblige les contempteurs de l’Etat à revoir complètement leur position sur le dogme de l’ultralibéralisme. En réalité, je devrais dire à faire appel à l’Etat pour sauver ce qui peut l’être pour eux. Ils oublient simplement que le stock de dettes « pourries », qui a servi de support à la gabegie financière de ces dernières années, est tel qu’aucune institution publique n’est capable de reprendre à son compte cette dette, quand bien même elle le voudrait. Ah l’ultralibéralisme, ah la droite décomplexée !

 Il paraît que cela fait démodé de dire que l’argent doit servir d’abord  à soutenir des projets industriels, à investir dans la recherche  et à créer de la richesse. En tout cas c’est toujours mieux que de vouloir créer des richesses pour générer de nouvelles richesses pour le seul profit des actionnaires. Pire même, certains parmi les plus petits de ces actionnaires se prêtent au jeu des plus gros. Outre le fait qu’ils contribuent eux aussi  à ne plus rien produire, ils ne s’aperçoivent même pas qu’ils sont délestés du peu qu’ils ont pu investir parce que dans les jeux boursiers, l’argent des perdants sert à rémunérer les gagnants. Et les petits porteurs sont toujours du côté des perdants.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Vous êtes impatients ? Nous aussi de vous voir quitter le pouvoir

Par escatafal in économie - 24 jui, 2008

Pendant que Nicolas Sarkozy fait son show en Israël, avec Carla qu’il ne faut pas surtout pas oublier nous dit-on, pendant que le gouvernement Fillon consacre 4,3 millions d’euros à expliquer sa politique,  ce qui démontre à l’évidence qu’elle n’est pas lisible, on nous prévient à l’OCDE que le ralentissement économique observé ces derniers mois devrait « se généraliser » à presque toutes les grandes zones,  en raison notamment du marasme sur l’immobilier et de la flambée des prix des matières premières. L’OCDE nous explique aussi dans son dernier rapport que si la crise financière commence à appartenir au passé, ses conséquences n’ont pas fini de s’en faire ressentir « et que de nouvelles perturbations ne peuvent être exclues ». Dit autrement, cela signifie que si pour les banques on peut passer à autre chose, il n’en est rien en ce qui concerne les autres entreprises et les particuliers.

Raison de plus pour se demander  pourquoi  le gouvernement essaie à tout prix de nous « vendre » son action en ce qui concerne le pouvoir d’achat, sachant bien entendu que personne n’en croira un mot. C’est d’ailleurs une nouvelle forme  d’exception française que cette manie qu’a le pouvoir de vouloir nous faire passer pour des imbéciles. Partout dans le monde, les responsables politiques indiquent que les indicateurs conjoncturels sont dans le rouge… sauf en France où l’on essaie de nous convaincre que nous habitons un îlot de prospérité avec des frontières bien étanches. Cela nous fait penser au nuage de Tchernobyl, en 1986, qui s’était arrêté le long du Rhin et qui par conséquent n’avait pas pénétré dans notre territoire.

En attendant, quoiqu’en disent nos gouvernants, le prix élevé du pétrole pèse de plus en plus sur le moral des entrepreneurs. En Allemagne, malgré un niveau d’exportations record, les patrons sont extrêmement inquiets sur l’activité dans les six mois à venir. Le Japon est dans une situation similaire puisque l’indice de confiance des patrons a atteint son plus bas niveau depuis 2004. La France pour sa part n’est pas en reste  si l’on en croit l’indice composite PMI, qui synthétise l’activité des secteurs des services et manufacturiers, celui-ci  ressortant  à son plus bas niveau depuis cinq ans. Mais chut, il ne faut pas le dire ! L’important c’est d’entendre le slogan « Pouvoir d’achat : vous êtes impatients ? Nous aussi ». Mais pour qui nous prend-on ?

Une chose est sûre : l’OCDE abaisse ses prévisions de croissance à peu près partout dans le monde développé, et notamment aux Etats-Unis qui devraient enregistrer une « croissance négative », si j’ose employer l’expression, au 2è trimestre de cette année. Les Etats-Unis subissent en ce moment tous les tourments liés à une récession avec une crise du marché immobilier, une forte inflation avec notamment une augmentation sans fin du prix des carburants, ce qui  pèse  sur la consommation,  et une baisse des dépenses d’investissement. La zone euro est affectée également par ces difficultés, à un degré moindre toutfois, au point que la croissance prévue pour 2008 est abaissée à 1, 7% contre 1,9% précédemment et surtout à  1,4% en 2009 contre 2% prévus  dans  la précédente estimation en mars.

Dans ces conditions on se demande encore une fois pourquoi le président de la République ou le Premier ministre ne nous disent pas la vérité. D’autres l’ont fait avant eux et en sont sortis grandis, comme par exemple Raymond Barre à la fin des années 70. Quand on dit la vérité aux gens, c’est à coup sûr le meilleur moyen de leur faire admettre que des efforts (partagés) doivent être faits,  et que cela nous permettra de sortir plus fort de la crise que nous subissons. Mais peut-on attendre cela de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement ? Hélas non, car on a décidé une fois pour toutes de cacher la vérité aux Français qui, pourtant, sont loin d’être les premiers fautifs dans ce qui leur arrive.

Ils le sont quand même, mais c’est pour avoir fait confiance à un homme  qui n’avait pour seul but que conquérir le pouvoir pour lui et ses amis. Ce n’était pas une erreur, mais une faute d’autant que le personnage en question, Nicolas Sarkozy, avait été numéro deux du gouvernement pendant quatre des cinq dernières années, sans succès notable.  Maintenant, nous en subissons les conséquences, qui plus est dans une conjoncture mondiale très difficile. J’espère me tromper, mais j’ai l’impression que nous allons avoir une fin de quinquennat très difficile d’autant que rien n’aura été fait pour préparer l’avenir. La succession sera à coup sûr très difficile,  et c’est une raison supplémentaire de s’y préparer avec  la dernière énergie, hors de toutes les bisbilles politiciennes. Mes amis politiques savent ce que je veux dire. Mais ne suis-je pas trop raisonnable ?

Michel  Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Ils ne parlent pas, mais ils agissent

Par escatafal in économie - 20 jui, 2008

Pendant que notre président de la République s’agite comme d’habitude à chaque sommet européen, les nouvelles économiques en provenance de certains pays, notamment le nôtre, ne sont pas bonnes. Certes, Madame Lagarde affirme la main sur le cœur que l’INSEE est beaucoup trop pessimiste en prévoyant une croissance de 1,6%, mais en fait elle ne dément pas vraiment les prévisions de notre institut de statistiques. Par ailleurs, ce dernier n’est pas le seul à prévoir une croissance de cet ordre. Il va donc falloir que Nicolas Sarkozy aille de nouveau chercher cette croissance. Comment ? Pas avec les dents puisque manifestement ce n’est pas suffisant. Alors avec quoi ?

Trêve de plaisanterie car cela n’est pas drôle, d’autant qu’avec une croissance nettement inférieure à 2% nos déficits et donc la dette ne peuvent qu’augmenter. Mais de cela personne ne parle en ce moment. Le sujet pour notre président c’est d’abord la présidence européenne que va la France va exercer jusqu’au 31 décembre, et bien entendu Nicolas Sarkozy comme toujours va essayer de se montrer  le plus possible pendant cette période, ne serait-ce que pour faire oublier le non-respect de nos engagements européens. Et de fait, même s’il n’est pas encore en poste, certains de ses collègues européens commencent à le trouver quelque peu encombrant, notamment à propos du vote négatif des Irlandais au Traité de Lisbonne. J’ai même entendu sur France 24, pourtant peu suspect d’antisarkozysme primaire, que les chefs de gouvernement européens trouvaient que Nicolas Sarkozy faisait preuve d'un excès d'empressement pour régler la crise européenne.

Nicolas Sarkozy se comporte à Bruxelles comme à Paris, et pour lui l’agitation sert de cadre à la politique. Hélas, ce n’est pas comme cela qu’on arrive à régler les problèmes. L’exemple allemand est là pour le prouver et notre président ferait bien de s’en inspirer. Angela Merkel parle peu, ne s’agite pas davantage, mais cela n’empêche pas l’influence de l’Allemagne de s’accroître au contraire…de la France. Prenons le cas de l’énergie, par exemple, et nous verrons que l’Allemagne sans Grenelle de l’Environnement a pris beaucoup d’avance sur tous les autres pays de l’Union.

Ainsi la part de l’énergie renouvelable a doublé entre l’année 2000 et 2008, passant de 3% à près de 7% de toute l’énergie, et la part de l’énergie verte (solaire et éolien) atteint 15% de toute l’électricité. Ces efforts auxquels Gerhard Schroeder, prédecesseur d'Angela Merkel, doit être associé ont permis d’occuper 250.000 personnes dans le secteur des nouvelles énergies. Voilà du concret et non des effets d’annonce !  Mieux même,  le moment venu c’est-à-dire quand l’Union Européenne va se pencher sur la mise en œuvre de ses résolutions, l’Allemagne va servir une nouvelle fois de modèle avec l’avance technologique que lui confèrent ses réalisations. Parions que les énergies vertes seront le prochain moteur de la croissance de notre grand voisin rhénan.

Sur un plan plus général, l’économie allemande est la seule à presque se réjouir de l’augmentation des coûts de l’énergie, un peu comme lors du premier choc pétrolier en 1974. A cette époque en effet, la machine économique ouest-allemande avait pleinement bénéficié des énormes  efforts d’investissement de ses entreprises, effort rendus nécessaires par la réévaluation du Mark en 1969. Et c’est elle qui profita le mieux des pétrodollars des pays du Golfe. Aujourd’hui, il semble que ce soit de nouveau le cas, d’autant que les pays exportateurs de pétrole dépensent presque intégralement l’argent qu’ils ont obtenu de la vente de l’or noir, ce qui n’était pas le cas en 1974. En tout cas en avril, les exportations allemandes ont progressé de 14% par rapport à la même période de l’année passée.

Les produits « made in Germany » s’arrachent sur les marchés en forte croissance chinois, russes ou arabes et tout cela, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, malgré l’euro fort. Tous les secteurs sont concernés par cette croissance des exportations, fruit du gros effort fait dans la recherche et le développement ces dernières années.  Même dans la zone euro, la progression des ventes en provenance des entreprises allemandes s’est accrue de 10%. Sur un plan plus général l’Allemagne reste le seul pays de l’OCDE dont la part dans les exportations mondiales n’a pas reculé, contrairement aux Etats-Unis, au Japon…et à la France. Tout cela ayant pour corollaire une nouvelle nécessité d’investir dans des investissements de croissance. Bref, les responsables allemands ne passent pas leur temps à annoncer des Grenelle de toutes sortes, mais ils agissent et les entreprises leur emboîtent le pas.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


On ne peut plus compter sur les autres pour régler nos problèmes

Par escatafal in économie - 16 jui, 2008

Dans les années 70 on parlait beaucoup de stagflation qui est un raccourci de deux mots, stagnation et inflation. Dit autrement,  cela signifie une situation économique d’un pays en proie à l’inflation sans connaître un niveau de croissance notable. Et de fait dans les années 70, avec les deux chocs pétroliers, beaucoup de pays ont connu ce phénomène qui, en outre, a pour particularité d’être durable.  Cela signifie que ceux qui croient que la baisse de croissance que l’on connaît ou que l’on va connaître dans la plupart des pays industrialisés, ne se résumera pas à un simple à-coup conjoncturel. Cela pourrait durer plus que prévu, en espérant que cela ne dure pas une décennie comme la fois précédente.

Cela étant, par rapport aux années 70,  il y a apparemment une grande différence à savoir que globalement le lien entre les salaires et les prix est moins inéluctable,  les entreprises ayant profité de la mondialisation pour mieux maîtriser leurs coûts. En clair, la Chine et les pays émergents ont permis de contenir l’inflation à des niveaux très bas grâce à leurs salaires dérisoirement faibles, et à leurs capacités à travailler dans des conditions inacceptables chez nous. L’ennui,  c’est que cet âge d’or semble avoir vécu et le mouvement apparaît irréversible. C’est d’ailleurs une des caractéristiques du monde capitaliste que d’exploiter « un filon économique » à son maximum, sans se préoccuper de ce qui se passera à épuisement de ce filon.

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où tous les filons semblent s’épuiser les uns après les autres. Alors on invente, on bricole, on rafistole sans pour autant régler le problème. Le pétrole est de plus en plus cher, non pas seulement à cause de la spéculation, mais aussi parce que les besoins augmentent, résultante du colossal développement économique dans des pays auxquels nous avons confié la plus grande partie de nos fabrications. Du coup on envisage de nouveau, y compris dans des pays qui avaient abandonné cette idée, de construire des centrales nucléaires comme la France l’a fait dans les années 70 et 80. Manque de chance, les 450 centrales déjà construites consomment plus de combustible qu’il en est extrait, au point que l’on en arrive à utiliser les stocks militaires. Résultat, en un peu plus de cinq ans, le prix de l’uranium a été multiplié par 10.

Mais revenons à ce qui se passe dans les pays émergents. D’abord, compte tenu du fait qu’ils fabriquent beaucoup, ils exportent dans les mêmes proportions, voire même plus,  au point que la part des exportations dans le produit mondial est passée en 30 ans (entre 1978 et 2008) de 20% à 32%. On voit immédiatement le danger pour nos économies si les produits exportés par les pays émergents, donc importés chez nous, subissent un fort renchérissement. Certes, les grandes banques centrales auront tendance à resserrer les conditions d’accès à l’argent, mais elles sont obligées peu ou prou de tenir compte de l’activité économique. D’ailleurs si la BCE joue son rôle dans ce domaine, en maintenant des taux légèrement supérieurs à l’inflation, il y a longtemps que la Réserve Fédérale américaine a fait le choix inverse.

Et dans ce cas, comment donner la leçon aux banques centrales des pays émergents, ces derniers ayant choisi depuis toujours de privilégier la croissance au détriment de l’inflation. Résultat, dans tous ces pays l’inflation progresse au point qu’elle s’approchera, en Zone Asie, de  8% à la fin du mois de juin et ce n’est pas que la faute du pétrole et des autres matières premières. En effet, pour la première fois depuis bien longtemps, il y a aussi une flambée des salaires dans ces pays car même s’ils semblent taillables et corvéables à merci, les salariés n’en peuvent plus de voir les prix des produits de première nécessité s’envoler sans aucune compensation salariale. Bref,  les coûts de production augmentent dans ces pays à une vitesse vertigineuse, ce qui rend les produits qu’ils exportent d’autant plus chers même si certains pays, le Vietnam par exemple, n’hésitent pas à dévaluer leur monnaie pour maintenir la compétitivité de leurs exportations.

La conséquence de tout cela est que les consommateurs américains et européens, dont le pouvoir d’achat ne cesse de baisser même si chez nous l’INSEE dit le contraire, vont réduire leurs achats auprès des pays émergents, notamment asiatiques. Ceux-ci vont donc être obligés de faire face à une baisse des commandes et nombre d’usines vont être contraintes de réduire le nombre de salariés. Jusqu’où irons- nous comme cela ? Là est tout le problème. De plus, le phénomène ne concerne plus seulement les pays asiatiques, mais touche aussi l’Union Européenne. En Bulgarie, l’inflation atteint 14% en glissement annuel et presque 18% en Lettonie. Et dans ces pays aussi les revendications salariales se multiplient, comme en Roumanie où Renault a accordé une hausse de 22% sur les salaires des ouvriers de Dacia qui fabriquent la Logane à 8000 euros.

En résumé, le spectre des années 70 hante de nouveau les dirigeants économiques de la planète. Nous disons bien de la planète car le phénomène concerne l’ensemble des pays, et non plus seulement les riches pays occidentaux, mondialisation oblige. On avait cru un peu facilement régler les difficultés en exportant ailleurs nos problèmes. Cela a permis à nombre d’entreprises de s’enrichir à bon compte sur les dos des travailleurs « de contrées lointaines », pour parler comme Voltaire. Cela dit, de nos jours il n’y a plus de contrées lointaines, et si une difficulté surgit à New-York ou à Francfort elle s’étend comme une trainée de poudre jusqu’à Pékin, Hanoï,  Rio de Janeiro ou Douala.

Alors il faudra trouver autre chose que des slogans pour  remettre un peu d’ordre dans un monde qui marche de plus en plus sur la tête. Mais le capitalisme tel que nous le connaissons en est-il capable ? Pour ma part j’en doute, peut-être parce que je suis militant du Mouvement démocrate. Après tout, nous sommes les seuls à dénoncer sérieusement les excès du capitalisme financier et, surtout, à proposer des régulations qui dépassent largement le cadre français et européen.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


La BCE a dix ans déjà!

Par escatafal in économie - 6 jui, 2008

Dans une interview qu’il a donnée ces derniers jours  au journal espagnol  El Pais, Jean-Claude Trichet, Président de la Banque Centrale Européenne depuis 2003, a  fait un bilan des 10 ans d’existence de cette déjà très vénérable institution. Et le moins que l’on puisse dire est que ce bilan est à bien des égards tout à fait considérable. On a beau chercher, mais la BCE a dans l’ensemble parfaitement rempli son rôle que ce soit dans les moments de crise (11septembre 2001 et août 2007), ou sur la durée  en oeuvrant  pour la croissance dans la Zone euro et par voie de conséquence pour l’emploi.  Et pourtant  depuis quelques mois elle est confrontée,  comme les autres banques centrales, à une crise financière majeure mais aussi à un regain d’inflation dans le monde due, pour une bonne part,  à une forte hausse des matières premières importées, alimentée  pour certaines d’entre elles par  des spéculations favorisées par la faiblesse du dollar.

Au cours de cette interview, Monsieur Trichet a évoqué en premier lieu les 17 millions d’emplois créés en Zone Euro pendant ces dix années, soit un million de plus qu’aux Etats-Unis pendant la même période, et surtout  trois fois plus que durant la décennie précédente. Au passage,  j’espère que Nicolas Sarkozy aura lu cette interview ou qu’on lui en aura fait part,  ce qui lui évitera à l’avenir de proférer certaines  âneries et de se mettre un peu plus à dos les autres responsables européens.  Jean-Claude Trichet  a aussi rappelé avec vigueur le mandat principal qu’il avait reçu du Traité de Maastricht, à savoir assurer la stabilité des prix. Et de nos jours, chacun sait que  c’est une mission plus que nécessaire.

Il en a  aussi profité  pour rappeler que tout en étant garant de la bonne tenue de l’euro, il n’était pas question pour lui de limiter les avances technologiques et les innovations financières…malgré les risques, parce qu’il y en aura toujours.  Dans ces conditions, pour lui « l’important est de minimiser les risques et rester en alerte permanente ». Cette alerte est d’autant plus obligatoire, que la complexité croissante des marchés financiers et leur globalisation exigent une réponse globale de la part des autorités financières. Monsieur Trichet ajoutait aussi que « si nous résolvons le problème d’un coté de l’Atlantique, sans résoudre celui de l’autre coté, il faudra nécessairement qu’il y ait un ajustement de la part du premier ».

Par ailleurs en réponse à ceux qui comme Jacques Delors ou Helmut Schmidt ont exprimé leur préoccupation quant à la croissance du secteur financier (15 fois supérieure à celle de l’économie réelle dans le monde), ce qui selon eux a conduit à une accumulation massive de capital fictif avec peu de retombées pour l’ensemble des populations de la planète, J.C. Trichet a rappelé que nous devons accepter une fois pour toutes l’idée que nous vivons  dans une économie de marché. Mais il a dit aussi que dans ce type d’économie, le bon fonctionnement des marchés financiers est la clé pour une utilisation optimale du capital dans chaque pays et au niveau mondial.

L’évolution des marchés financiers,  et les excès qui vont de pair, font que de nos jours les autorités monétaires sont confrontées à de nouveaux défis, et il faut tirer les conclusions des actuelles turbulences sans aucune complaisance. Si une autorégulation est appropriée et effective  alors, dit J.C. Trichet, il faut l’approuver. Mais si elle s’avère impossible  ou insuffisante, dans ce cas il faudra créer un espace avec davantage de régulation. Une chose est certaine : la transparence doit désormais être la règle absolue, seul moyen de réduire au minimum les facteurs qui amplifient les fluctuations,  et qui empêchent d’obtenir le plus haut degré de stabilité financière possible.

Un autre domaine important a été abordé au cours de cet entretien, même si certains peuvent penser que cela ne relève pas nécessairement des préoccupations d’un président d’une grande banque centrale. Il s’agit du problème des salaires exorbitants des hauts dirigeants des grandes entreprises alors que les résultats de ces entreprises étaient en baisse, et qu’était recommandée la modération salariale. Sur ce plan, J.C. Trichet a rappelé que le mois dernier l’Eurogroupe  avait fait part de ses réflexions notamment à propos du secteur privé. Celui-ci, en effet,  doit  absolument engager une réflexion sur le sujet, d’autant que finalement c’est lui qui a payé au prix fort tous les  excès que l’on a connu ces dernières années, le secteur financier en premier, avec les conséquences sociales extrêmement importantes engendrées par ces dérives.

Le président de la BCE a aussi abordé des sujets plus politiques. Il a  souligné que l’ensemble des pays de la Zone euro doivent faire les réformes nécessaires pour s’adapter le mieux possible à un monde en constante évolution, et être moins vulnérables aux futurs chocs économiques. Les recommandations que donne la BCE vont toutes dans ce sens,  comme elles vont dans le sens d’une nécessaire convergence économique et fiscale entre pays utilisant la monnaie unique. Les pays de la Zone euro ont «nécessairement  un destin commun »,  et pour cela J.C. Trichet appelle à l’adoption de trois éléments fondamentaux indispensables à une union économique : une rigoureuse application du pacte de stabilité et de croissance, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, des réformes structurelles en ligne avec le processus de Lisbonne, et une vigilance adaptée aux indicateurs de compétitivité. Tout cela est évidemment valable pour tous les pays, y compris la France oserais-je dire.

Enfin parmi beaucoup d’autres questions, le Président de la Banque Centrale Européenne a rappelé que beaucoup pensaient, en Europe et dans le monde, que créer une monnaie unique relevait d’un pur rêve. Et pourtant le résultat est là : l’euro existe depuis bientôt dix ans, et il est devenu une monnaie de référence sans qu’aucune campagne de quelque sorte ait été diligentée à cet effet. Et Monsieur Trichet d’ajouter qu’en même temps « nous avons construit une institution indépendante  des gouvernements pour assurer la stabilité des prix ». Cela signifie qu’au-delà de tout ce qui peut être écrit, la BCE peut accomplir son travail sans être prisonnière des opinions publiques…et de l’influence que celles-ci peuvent exercer sur les gouvernements.

En résumé, tout au long de cet entretien, Jean-Claude Trichet a rappelé une nouvelle fois le haut niveau d’exigence que s’est fixée la BCE en raison du caractère original et inédit qui a présidé à sa naissance. La Zone euro, ne l’oublions jamais, est composé de 15 nations qui ne sont pas fédérées politiquement, ce qui ajoute à la difficulté. Entre les options prises par les gouvernements allemand, néerlandais et autrichien, pour ne citer qu’eux, et celles décidées par la France de Nicolas Sarkozy, il y a parfois de grandes différences. Cela étant, in fine, Nicolas Sarkozy devra respecter les engagements signés par ses prédécesseurs.  C’est assurément notre meilleure protection, face à un pouvoir dont la politique économique manque cruellement de lisibilité.

Michel Escatafal


L’Afrique s’éveille pour le plus grand profit de la Chine

Par escatafal in économie - 2 jui, 2008

Malgré les multiples manifestations dans notre pays,  auxquelles d’ailleurs le pouvoir est loin d’être étranger, nous allons aujourd’hui parler de nouveau de la relation sino-africaine qui fait couler de plus en plus d’encre. En fait, petit à petit les Chinois prennent la place que les Occidentaux n’auraient jamais dû perdre. Ce n’est pas moi qui le dit, mais de nombreux observateurs des relations internationales qui constatent que, désormais, la Chine est incontournable en Afrique. Pour le bien de l’Afrique ? C’est à voir, d’autant que je ne suis pas du tout convaincu que les Chinois soient les philanthropes que certains ont tendance à décrire dans les pays africains.

Disons que l’approche chinoise apparaît de prime abord moins colonialiste que celle des pays occidentaux. Là où ces derniers n’arrivent pas à se départir, via leurs entreprises, de l’idée que tout est bon pour exploiter les immenses ressources minières de l’Afrique, les Chinois essaient de s’imposer sur ce continent en montrant aux Africains que leur but est d’améliorer leurs conditions de vie.  Et de fait, quand les Européens et les Américains arrivent pour exploiter une mine ou un gisement de pétrole, ils se contentent de sortir ces matières premières du sous-sol, alors que les Chinois s’y prennent différemment en finançant les investissements, les infrastructures, voire même en assurant le raffinage sur place.

Comment peuvent-ils réussir là où nos compagnies occidentales échouent lamentablement ? Pour une raison très simple : la Chine, toute capitaliste qu’elle soit devenue, demeure quand même une dictature dirigiste, qui peut imposer à ses sociétés d’Etat des prestations que les Etats occidentaux sont bien incapables de simplement conseiller à leurs multinationales. De fait, peu importe à un investisseur chinois de perdre pendant quelques années de l’argent pour développer industries et infrastructures dans un pays africain, parce que tout ceci est fait dans le but de s’assurer un approvisionnement sûr pour les années à venir. Et quand on connaît le contexte de raréfaction, et par voie de conséquence de hausse des matières premières extraites du sous-sol, c’est un élément très important à considérer pour un pays comme la Chine dont le PIB s’accroît chaque année de 10%.

Les Chinois peuvent aussi se permettre d’envoyer des ingénieurs ou des techniciens dans ces pays, sans avoir le souci de leur octroyer des gratifications très supérieures à celles qu’ils touchent habituellement. J’ai lu quelque part qu’un ingénieur chinois, au Gabon ou en Angola, coûte environ 500 euros par mois à son entreprise d’Etat, alors que le même ingénieur envoyé sur place par une entreprise occidentale en coûterait 30 fois plus, sans oublier tous les avantages offerts aux expatriés. Tout cela donne aux populations du pays l’idée que les Chinois sont finalement comme eux, parce qu’ils vivent effectivement comme ils vivent dans leur pays, voire parfois moins bien.

Cette attitude de la population commence aussi à se faire sentir jusque dans les milieux gouvernementaux de certains pays, qui s’aperçoivent que plusieurs pays africains ont connu et connaissent depuis quelques années un taux de croissance important…parce qu’ils ont réussi à imposer des taxations sur les industries extractives et les exportations, ce qui leur a permis d’investir dans les infrastructures. Et pourquoi ce qui a marché, par exemple, au Bostwana (97è sur 230 en termes de PNB/habitant) ou en Guinée Equatoriale (81è sur 230), ne marcherait pas ailleurs. Dans ces pays, il est clair que pour la construction de routes et d’équipements sociaux  le gouvernement fait jouer la loi du marché, et à ce jeu aussi les Chinois se révèlent meilleurs que les Occidentaux.

Enfin, il y a un autre domaine dans lequel nous ne pouvons pas rivaliser avec la Chine, à savoir la question des droits de l’homme. Ce n’est manifestement pas un problème qui préoccupe le gouvernement de Pékin ce qui, du moins en apparence, semble davantage préoccuper les pays démocratiques. Je dis bien en apparence, car la France comme l’Angleterre ou les Etats-Unis sont surtout regardants sur le sujet quand ça les arrange. Il n’empêche dans un pays comme l’Angola, très riche en pétrole, c’est la Chine qui a raflé l’essentiel des investissements d’un pays dont la croissance dépasse à présent 25%. Et le retard pour Américains et Européens sera difficile à rattraper, comme a pu le constater Nicolas Sarkozy lors de sa visite à Luanda ces derniers jours.

Cela dit, pour ne parler que de l’Angola, il reste que malgré les investissements massifs dont il bénéficie, notamment des Chinois, l’argent des matières premières (pétrole, diamants) ne profite guère à une population dont 70% vit sous le seuil de pauvreté. Là d’ailleurs est toute la question de la main mise chinoise sur de nombreux pays africains. La présence chinoise a sans doute des aspects positifs, nous l’avons vu plus particulièrement en matière d’infrastructures. Les Chinois viennent et assurent eux-mêmes les constructions et la mise en route des chantiers, mais en fait si on regarde bien la carte de leurs investissements, ceux-ci se situent  essentiellement là où le sous-sol est riche en réserves de pétrole,  en minerais de toutes sortes, ou bien encore là ou se trouvent  des forêts imposantes comme au Congo. C’est déjà un signe. Manifestement les pays au sous-sol pauvre ou difficilement exploitable ne l’intéressent guère.

Mais l’Occident n’est-il pas aussi dans cet état d’esprit ? Qu’on ne s’y trompe pas, si des pays comme la France ont perdu beaucoup de terrain sur le plan économique, n’est-ce pas aussi parce que nos gouvernants n’ont jamais voulu faire les efforts nécessaires pour inverser la tendance ? Le problème est qu’aujourd’hui nous devons faire face à une concurrence inattendue il y a seulement dix ou quinze ans, et les conditions pour nos grands groupes deviennent nettement moins avantageuses.  De plus, il n’y a pas que la Chine qui s’implante durablement sur le continent africain. Les riches pays pétroliers du Golfe Persique y voient aussi un bon moyen de recycler leurs pétrodollars. Décidément le monde change, et manifestement Américains et Européens ont beaucoup de mal à intégrer cette nouvelle donne, non seulement en Afrique, mais aussi en Asie ou en Amérique du Sud, continents où le Chinois commence à être appris dès l’enseignement secondaire.

Michel Escatafal


La pêche française frappée par la hausse du gazole, mais pas seulement

Par escatafal in économie - 27 mai, 2008

Finalement la France devient un modèle dans l’Union Européenne, comme en témoigne le mouvement qui se dessine dans les ports de plusieurs pays de l’Union, plus particulièrement en Italie, en Espagne et au Portugal. Dans ces pays, en effet, les pêcheurs essaient d’obtenir ce que le gouvernement Français a généreusement octroyé à cette profession, à savoir un gazole à 40 centimes le litre. Pour ce qui concerne la réorganisation de l’industrie de la pêche on attendra encore un peu,  comme d’habitude.

Du coup les consommateurs vont payer le poisson encore plus cher,  ce qui va encore un peu plus amputer le pouvoir d’achat de ceux qui en consomment régulièrement pour leur nourriture, et en priver ceux  qui n’auront plus les moyens de s’en offrir. Mais tout cela n’est pas grave aux yeux de nos gouvernants, du moment que les perturbations engendrées par les manifestations des pêcheurs sont contenues dans des limites acceptables pour la tranquillité du pouvoir. Et puis, même si on parlait un peu trop du problème, on peut compter sur Nicolas Sarkozy et Carla pour faire parler d’eux comme ils l’ont fait ce matin en allant à Rungis voir les gens qui se lèvent tôt. Pauvre France !

Cela étant, ce n’est pas la dégustation de quelques produits sur un marché par le président de la République et son épouse qui va régler les difficultés récurrentes d’une profession, comme la pêche en mer, qu’on a maintenue à flot à coup de subventions depuis des années. A ce propos, il est tout à fait ahurissant de voir le ministre de la Pêche, Michel Barnier, réclamer un relèvement des limites fixées par la Commission Européenne quant aux aides versées à la profession, alors que celle-ci est de plus en plus déficitaire.

En effet si ce relèvement était accordé,  cela voudrait dire que dans les discussions qui ont lieu en ce moment au siège de  l’Organisation Mondiale du Commerce, des pays comme la Chine ou l’Inde demanderaient à pouvoir augmenter  leurs subventions pour la pêche. Cela  leur permettrait d’accroître encore un peu plus leurs  capacités  de  pêcher  sur tous les océans de la planète, alors que cette capacité est déjà  très largement supérieure aux besoins actuels.  Plus grave encore, si la situation continue de se dégrader cela signifie la fin de la pêche dans une grande partie de l’Océan Atlantique et de l’Océan Indien, ce qui ferait autant de nourriture en moins pour des centaines de millions de personnes.

En tout cas, ceux qui avaient quelques illusions sur les résultats du Grenelle de l’Environnement savent maintenant qu'il ne faut rien en attendre, à part quelques belles paroles distillées ça et là par Nicolas Sarkozy ou Jean-Louis Borloo. Sur ce plan comme sur tous les autres, le maître-mot est la fuite en avant. Cela étant, le phénomène n’est pas nouveau car les gouvernements précédents ont aussi leur part de responsabilité, et particulièrement quant aux problèmes de la pêche.

Rappelons-nous quand même qu’il y a un peu plus de dix ans, il y avait eu un plan d’aide aux armements en difficulté qui devait permettre de réorganiser en profondeur l'industrie de la pêche dans notre pays. En fait, le plan Puech (du nom du ministre de la pêche de l’époque) s’est limité à verser des subventions pour mettre à la casse de nombreux bateaux et pour aider à la reprise de ceux qui paraissaient viables, alors que l’occasion était belle de faire ce qui a été fait en Espagne et au Portugal par exemple, à savoir aider les pêcheurs à se reconvertir dans d’autres activités. Bien entendu ce n’est pas davantage  le moment pour Michel Barnier, car un tel plan coûterait très cher à nos finances publiques et elles sont exsangues.

Reste l’Europe, mais chacun sait que là aussi Bruxelles doit faire face à toutes sortes de pressions de la part des Etats qui, hélas, sont de plus en plus nombreux à jouer la carte du populisme à la mode Sarkozy ou Berlusconi. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner si l’on n’arrive pas à faire les réformes qui s’imposent non seulement dans la pêche, mais aussi dans l’agriculture ou encore dans les transports. A ce propos, le petit monde des camionneurs commence lui aussi à s’agiter, car il se dit que si les pêcheurs ont obtenu aussi facilement satisfaction, il n’y a pas de raisons pour qu’ils ne bénéficient pas eux aussi de la manne de l’Etat.

Certes par rapport aux pêcheurs, ils ont l’avantage de pouvoir répercuter en partie sur les clients la hausse du gazole, mais pour combien de temps ? Déjà nombre de transporteurs reçoivent une fin de non recevoir de la part de leurs plus gros clients quant aux hausses de tarifs à venir, d’autant qu’elles dépassent déjà les 5% depuis le début de l’année, ce qui est assez logique dans la mesure où les prix à la pompe ont progressé de  20% depuis le 1er janvier.  Alors qu’en sera-t-il dans les prochaines semaines si le prix du baril devait encore augmenter ? En tout cas le problème n’est pas simple, et ce n’est pas avec les formules toutes faites de Nicolas Sarkozy ou de Michel Barnier que l’on parviendra à améliorer la situation.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Un grand merci à la Banque Centrale Européenne

Par escatafal in économie - 21 mai, 2008

Au moment où les pêcheurs français manifestent en masse pour essayer de sauver ce qui peut l’être de leur profession, à la veille aussi d’une journée d’action syndicale qui va toucher la fonction publique, nous allons revenir sur la croissance dans la Zone euro et en France, et le rôle qu’a joué dans cette croissance la BCE. Oh certes, voir fleurir des banderoles brandies par les pêcheurs en traitant Nicolas Sarkozy de menteur,  ou parler de l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites paraît, à première vue,  plus proche de nos préoccupations que le pilotage de la politique monétaire. Et pourtant, si nous sommes dans une situation moins catastrophique que celle des Etats-Unis, pour ne citer qu’eux, c’est bien parce que la Banque Centrale Européenne a su faire preuve de sagesse et de discernement avec sa politique monétaire.

En effet, au moment où les Etats-Unis sont en quasi récession avec  0,1% de croissance au premier trimestre, la Zone euro pour sa part a vu son PIB progresser de 0,7% pendant la même période. La France elle-même a révisé ses chiffres à la hausse puisque nous avons fait 0,6%, mais cette progression inattendue doit beaucoup à celle de l’Allemagne qui a atteint 1,5%. Cela fait beaucoup de chiffres, mais cela démontre surtout que malgré l’euro fort, malgré des taux d’intérêts largement supérieurs à ceux des Etats-Unis, la Zone Euro réussit de bien meilleures performances économiques que les Américains.

Cela pourrait s’apparenter à une revanche pour Jean-Claude Trichet,  le président de la BCE, que beaucoup  en France et en Europe considèrent  comme un monétariste froid ne regardant que les chiffres de l’inflation,  même quand elle n’existe pas. Cela dit l’inflation étant le mal suprême en économie, Jean-Claude Trichet et la BCE ne faisaient qu’appliquer le principe de précaution dont on nous rebat les oreilles à tout propos. D’autre part comme il le dit si bien lui-même, « la stabilité des prix est une condition nécessaire à une croissance économique durable, à la création d’emplois et à la cohésion sociale ». Et dans la période actuelle c’est plus vrai que jamais.

Imaginons un instant ce qui se passerait aujourd’hui en France si nous n’étions pas en monnaie unique, avec Nicolas Sarkozy comme président de la République ? Et bien nous aurions déjà dévalué une ou deux fois depuis un an, nous aurions des taux d’intérêts élevés,  et nos déficits exploseraient. Tout cela est vrai parce qu’on a déjà connu le phénomène à d’autres époques pas si lointaines. Seulement  nous appartenons à la Zone euro,  et la BCE est indépendante du pouvoir politique à l’instar de la Bundesbank, et de la Banque de France depuis 1993. Du coup nous sommes protégés de toute forme de démagogie politicienne, et des dérives que cela entraîne.

Ce n’est quand même pas pour rien si depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne a toujours été comme le modèle à suivre pour ses partenaires européens et  occidentaux. A l’époque où l’inflation frisait les 20% aux Etats-Unis à la fin des années 70, l’Allemagne n’a jamais dépassé 10%. D’autre part après chaque choc pétrolier, le pays qui a toujours su le mieux tirer son épingle du jeu était l’Allemagne. Et c’est encore le cas actuellement, alors que le pétrole ne cesse de voir ses cours s’envoler. La bonne santé économique de l’Allemagne profite à toute la Zone euro, et en premier lieu à la France, même si les Allemands reconnaissent que les trois autres trimestres de 2008 ne seront pas au niveau du premier.

En tout cas, nous sauverons les meubles,  et c’est heureux pour nos finances publiques. C’est heureux aussi  pour l’emploi et le pouvoir d’achat des Français bien malmené en ce moment, ce qui est  une surprise pour personne sauf pour ceux qui ont crû aux promesses de Nicolas Sarkozy. En tout cas notre président de la République, qui n’a jamais eu de vision prospective de l’économie et qui n’a cessé depuis son arrivée au pouvoir de vilipender la politique de la BCE, devrait aujourd’hui se féliciter de voir que Jean-Claude Trichet ait fait son métier de banquier central responsable, au contraire des gens de la Réserve Fédérale qui ont préféré oublier l’inflation pour sauver l’économie américaine de la récession. Il devrait aussi louer la manière avec laquelle la BCE a su limiter les conséquences de la crise des crédits hypothécaires américains. Mais n’est-ce pas trop demander à quelqu’un comme Nicolas Sarkozy ?

Cela étant, pour revenir à notre quotidien, avec l’affaiblissement continu du dollar (il a perdu 7,7% depuis le 1er janvier), les cours du pétrole ne sont pas prêts de diminuer. De plus notre pouvoir d’achat n’a pas fini de se dégrader d’autant que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les prix des objets importés restent déconnectés de la réalité du marché des changes,  ce qui fait que ce sont d’abord les multinationales qui profitent de l’avantage de la parité euro/dollar, au détriment des consommateurs que nous sommes. Mais qui en aurait douté ?

Michel Escatafal


Les raisons de la baisse du pouvoir d’achat

Par escatafal in économie - 14 mai, 2008

Depuis plusieurs mois nous entendons sans arrêt parler du thème du pouvoir d’achat dans notre pays, tout cela parce que notre président de la République en a fait l’un de ses chevaux de bataille pendant la campagne présidentielle. Il faut dire que sa formule consistant à dire qu’il serait « le champion du pouvoir d’achat » avait fait mouche, et avait largement contribué  à son élection. Cela  démontre que, malgré tout ce que l’on peut dire, le mensonge est payant en période électorale, favorisé il est vrai par la naïveté des électeurs qui, pourtant, ont été régulièrement déçus par tous les faiseurs de miracles qui se sont présentés à leurs suffrages. Passons !

Revenons donc au thème du pouvoir d’achat. Que faudrait-il faire pour pouvoir l’augmenter ou au moins dans la période actuelle le maintenir ? Je ne vais bien sûr pas rentrer  dans des détails trop techniques qui, pour être intéressants, n’en seraient pas moins ennuyeux. Tout d’abord, nos gouvernants devraient savoir que pour améliorer le pouvoir d’achat la seule solution serait l’augmentation des salaires. On peut faire toutes les lois que l’on veut relatives à l’implantation ou pas de grandes surfaces, rien ne remplace les euros supplémentaires sur la feuille de paie. Or depuis des années la compression des salaires est une évidence, au nom nous dit-on de la compétitivité.

Par ailleurs on nous dit aussi que si les salaires suivent la hausse des prix, il y aura inévitablement un surcroît d’inflation, ce que les dirigeants des banques centrales appellent « effets de second tour », c’est-à-dire une transmission de la hausse des prix aux salaires. En revanche si les salaires stagnent, la demande de biens et services sera moindre et les tensions sur les prix seront moins vives. Cependant, on n’a pas besoin d’être un grand économiste pour savoir que la demande n’est pas la seule cause de l’inflation, car il y a aussi la quantité de monnaie qui est offerte, et le taux auquel elle est accessible.

Nous venons de vivre depuis le début des années 90 une période où l’inflation n’était plus un problème. Les économistes faisaient même remarquer que l’on vivait une période exceptionnelle parce que cette faible inflation était combinée avec une politique monétaire extrêmement accommodante, pour parler comme les banquiers centraux. En clair, cela voulait dire que les taux d’intérêt réels (en tenant compte de l’inflation) étaient dérisoirement bas, ce qui permettait  aux entreprises et aux particuliers d’emprunter avec beaucoup de facilité et à bon marché. En théorie tout cela était magnifique, et on donnait aux ménages l’illusion que leur  pouvoir d’achat augmentait.

On connaît la suite avec la demande accrue de matières premières en provenance des pays émergents, plus l’augmentation des besoins dans ces pays, le tout occasionnant dans le monde, y compris dans les pays développés, un net renchérissement des prix. Cette inflation importée, malgré le haut niveau de l’euro, a largement amputé le pouvoir d’achat des salariés. On n’omettra pas également d’évoquer la crise financière, qui a entraîné une forte hausse des taux d’intérêts malgré l’intervention énergique des banques centrales. Bref, la machine qui semblait si bien huilée depuis des années a fini par se dérégler, et elle pourrait l’être durablement.

En outre, même si Nicolas Sarkozy et le gouvernement,  qui ne sont pas à une tromperie près, nous font croire le contraire, le chômage reste un problème qui est loin d’être à ranger aux oubliettes. En effet  si les statistiques baissent, en partie grâce aux nombreux départs en retraite, les licenciements restent nombreux.  De plus la précarité s’accroît,  ce qui atténue la portée de cette décrue.  Dans ce contexte les salaires ne peuvent pas progresser. Par exemple,  avec dix candidats se présentant  pour une offre d’emploi en  CDD de 3 ou 6 mois, le salaire sera forcément celui qui est imposé au départ par l’employeur.

Ensuite, outre l’augmentation des prix dont nous avons parlé précédemment, il y a aussi la diminution des prestations offertes ou le renchérissement de ces prestations. Quand le prix des carburants s’envole, on peut toujours dire qu’il suffit de laisser sa voiture plus souvent au garage comme l’a fait allègrement Madame Lagarde, la ministre des Finances, qui… a une voiture de fonction. En revanche, on est bien obligé de chauffer son logement en hiver. Le gaz pour ne citer que lui a subi trois augmentations en moins d’un an (+10%). Quand on ferme des écoles dans certains villages, quand on supprime des lignes de chemin de fer, des hôpitaux dans les petites villes, ce sont les utilisateurs qui doivent compenser et cela a un coût. On pourrait multiplier les exemples. Le service public par essence est un supplément de pouvoir d’achat là où il existe et contribue à le diminuer là où il est supprimé. C’est curieux, cela personne ne le dit et pourtant c’est tellement évident.

Dans le même ordre d’idées, quand on diminue les impôts pour les plus riches, c’est autant d’argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat et qui interdit, par exemple, d’alléger les charges qui frappent les salariés. Pourquoi les salariés qui travaillent au Luxembourg gagnent davantage à travail égal qu’en Lorraine ? Parce que les charges sur les salaires sont moins élevées. Pourquoi ne fait-on pas la même chose en France ? Parce que l’Etat français multiplie les déficits de tous ordres, ce qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre.

Il faut donc que les Français ne se laissent plus abuser par tout ce qui est dit par nos gouvernants, mais aussi par l’opposition parlementaire,  sur le pouvoir d’achat. Pour pouvoir donner du pouvoir d’achat sans conséquences inflationnistes, il faut augmenter les salaires sans que cela coûte plus cher. Mais pour pouvoir le faire, il faut avoir des finances publiques saines donc un budget en excédent ou au minimum en équilibre. C’est pour cela que François Bayrou a fait de la réduction de la dette et de l’équilibre budgétaire son cheval de bataille. C’est moins porteur électoralement que des slogans du type « travailler plus pour gagner plus » ou « je serai le champion du pouvoir d’achat », mais c’est plus réaliste et surtout plus raisonnable. Dommage que les Français ne l’aient pas compris. Espérons quand même qu’ils auront retenu la leçon.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Le commencement de la fin d'un modèle

Par escatafal in économie - 19 avr, 2008

Hier nous avons parlé de l’inflation qui s’invite de nouveau au banquet des économies du monde entier. Je disais que c’est une maladie extrêmement dangereuse qu’il faut traiter en priorité parce que les premiers à en souffrir sont les plus déshérités. C’est la raison pour laquelle je fais partie de ceux qui n’ont jamais critiqué la Banque Centrale Européenne qui avait institué « une cellule de veille » de l’inflation, de façon à pouvoir s’y attaquer rapidement le jour où le fléau ferait de nouveau son apparition. En revanche, j’ai toujours été critique sur les libéralités de la Réserve Fédérale en termes de politique monétaire, parce que celle-ci était trop accommodante.

La preuve,  les ménages américains surendettés pour la plupart d’entre eux, ne peuvent plus rembourser leurs crédits et plongent les établissements prêteurs dans une crise très grave qui n’a pas fini de faire des dégâts… sur l’économie en général et, in fine, sur la société toute entière. Cela étant, malgré sa prudence légendaire héritée de la Bundesbank, la Banque Centrale Européenne n’a pas pu à elle seule éviter certains dérapages collatéraux, si j’ose dire. De plus, dans une économie mondialisée, il est quand même difficile d’aller à contre courant des vents soi-disant porteurs, sans oublier la pression terrible exercée par les gouvernements dont la principale préoccupation est leur réélection.

Tous ces handicaps cumulés font qu’aujourd’hui le monde industrialisé se trouve confronté à des problèmes d’autant plus graves qu’ils apparaissent au moment où plusieurs grands états-continents, la Chine, l’Inde, le Brésil notamment, atteignent un stade de développement qui les rapproche des pays dont l’industrialisation remonte au 19è siècle. Ces états plus quelques autres plus petits représentent aujourd’hui ce que l’on appelle les pays émergents, avec une population qui atteint près de la moitié de celle de la planète. Or cette population, il faut la nourrir mais aussi lui offrir les services qui vont avec leur nouvelle richesse, au demeurant largement favorisée par les pays occidentaux qui leur ont fourni les infrastructures pour fabriquer moins cher, donc avec une rentabilité accrue,  des produits de grande consommation.

Le coût de la main d’œuvre chinoise ou indienne est évidemment incomparable avec celui de la France, de l’Allemagne ou des Etats-Unis. Alors, pour continuer à enrichir les actionnaires des grandes multinationales ou les gros fonds de pension, il fallait donc investir dans les pays dits en voie de développement, ceux-ci étant choisi prioritairement en fonction des possibilités d’y faire des affaires. Le coût de la main d’œuvre est très faible en Afrique, moindre qu’en Chine ou en Inde, mais les pays africains sont loin d’offrir les mêmes perspectives commerciales que les deux géants asiatiques, chacun ayant une population supérieure à celle de tout le continent africain.

Bien entendu, ce développement ultra rapide des pays émergents ne profite pas à toute la population loin s’en faut,  même si la faim y accuse un net recul. Cela étant  l’apparition d’une classe moyenne en croissance régulière,  et qui veut suivre (même de très loin) le train des classes dirigeantes, nécessite la mise en place d’infrastructures développées,  et oblige à importer des denrées inconnues ou presque il y a une vingtaine d’années. On ne peut que se réjouir de cette soudaine richesse dans ces pays, ce qui a fatalement des retombées aux étages inférieurs de la société, mais les régions qui n’ont pas eu la chance d’être choisies par les multinationales occidentales pour aider à leur développement,  se trouvent du coup dans une situation catastrophique.

Ils ne sont pas les seuls car, à un degré moindre, cette souffrance atteint aussi les couches les plus défavorisées de la population des pays dits riches. Les inégalités que l’on avait quelque peu gommées au fil des ans aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest apparaissent de plus en plus criantes, au point que des voix toujours plus nombreuses s’élèvent pour dire qu’avant de s’occuper du Tiers-Monde, il faudrait regarder ce qui se passe chez nous. Même si ces remarques sont exagérées et pour le moins égoïstes, il y a quand même une part de vrai dans ces affirmations quand on voit la misère qui se développe dans certains milieux frappés par le chômage et la maladie.

En effet, les politiques publiques dans les pays occidentaux sont de plus en plus orientées vers une baisse des prestations dites de service public, héritées de l’après-guerre dans un contexte de guerre froide où il fallait démontrer à tout prix la supériorité de la société capitaliste sur la société communiste. A présent ce n’est plus le cas, le communisme étant mort de ses propres turpitudes et de son caractère profondément antidémocratique. Donc on cherche la rentabilité à tout prix, et on rogne sur les dépenses publiques. C’est ce qui s’est passé depuis longtemps aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne avec le règne de Margaret Thatcher,  et ailleurs y compris en France. Cela étant avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, l’accélération dans ce domaine est évidente.Le président de la République,  en effet, a décidé de libérer l’Etat de toutes sortes de missions que l’on considérait il y a peu encore comme indispensables et  obligatoires. On regroupe les missions jusque là dévolues à l’Etat dans des domaines aussi différents que la santé, l’enseignement, les transports, l’eau, l’électricité, pour mieux les offrir aux entreprises privées avec les conséquences que l’on devine en termes de qualité de prestations, et de coût pour la population. Pour Nicolas Sarkozy, la Grande-Bretagne par exemple est le modèle à suivre.  En fait de modèle,  la Grande-Bretagne n’en est pas un avec un système de santé désastreux, une délinquance qui prolifère à une vitesse plus qu’inquiétante, et des transports publics qui finiront par ne plus transporter personne compte tenu de leur vétusté. Bref, on a l’impression de vouloir  une société avec quelques milliardaires qui peuvent tout se payer,  et donc se moquent totalement de l’absence de service public, et un nombre toujours plus important de miséreux.

En faisant cette énumération, on a l’impression de se rapprocher du type de société qui sévit dans les pays émergents ou en voie de développement. Quelques privilégiés, une classe moyenne rétrécie qui survit tant bien que mal grâce au crédit,  et une plèbe de plus en plus indigente. Ceux qui aiment l’histoire pensent irrésistiblement à ce qui s’est passé dans l’Empire romain à partir de l’an 200, après le règne des Antonins. Deux siècles plus tard cet empire avait vécu. Et bien, on a l’impression de vivre la fin de la période de domination du modèle  occidental  avec, comme à l’époque romaine à partir de l’an 120, l’installation de limes pour se protéger des barbares. Aujourd’hui on ne lutte pas contre les barbares, mais pour parler comme Georges Bush, l’ami de Nicolas Sarkozy, on lutte contre l’axe du mal.

Mais comment pourrait-il en être autrement avec des économies dans les pays occidentaux dont la richesse est basée en partie sur du virtuel, comme on a pu le vérifier à travers la crise financière, et sur le travail des plus pauvres. Une bonne partie du  travail productif est parti ailleurs, et il ne nous reste plus que les services. Certes la valeur ajoutée des services est très supérieure à celle de l’industrie, mais rien ne dit que ces activités (finances, communication etc.) resteront chez nous très longtemps, car les pays émergents développent  leur propre enseignement basé sur les langues principales des pays du Nord. N’oublions que les pays émergents étaient il y a moins de 60 ans des colonies britanniques, françaises, portugaises ou hollandaises. La langue maternelle de toute l’Amérique latine et centrale est l’espagnol ou le portugais. Cela veut dire qu’une délocalisation des services dans ces pays est extrêmement facile et certains y sont déjà.

Voilà l’Etat du monde de nos jours,  et c’est hélas une vision réaliste, n’en déplaise à ceux qui ont des œillères. Voilà pourquoi il ne sert à rien de se voiler la face,  et de prendre pour argent comptant ce que nous dit le gouvernement à propos des réformes à faire. Les réformes on les connaît : c’est toujours plus pour quelques uns,  et toujours moins pour tous les autres. Le pire c’est que les gens eux-mêmes ont tendance à faire d’abord confiance aux démagogues,  parce que ceux-ci savent leur dire ce qu’ils souhaitent entendre. Cela étant, à peine l’élection passée, ils jurent mais un peu tard qu’on ne les y reprendra plus. En attendant la prochaine fois ? Espérons que non.

Michel Escatafal