MichelEscatafal

Les raisons de la baisse du pouvoir d’achat

Par escatafal in économie - 14 mai, 2008

Depuis plusieurs mois nous entendons sans arrêt parler du thème du pouvoir d’achat dans notre pays, tout cela parce que notre président de la République en a fait l’un de ses chevaux de bataille pendant la campagne présidentielle. Il faut dire que sa formule consistant à dire qu’il serait « le champion du pouvoir d’achat » avait fait mouche, et avait largement contribué  à son élection. Cela  démontre que, malgré tout ce que l’on peut dire, le mensonge est payant en période électorale, favorisé il est vrai par la naïveté des électeurs qui, pourtant, ont été régulièrement déçus par tous les faiseurs de miracles qui se sont présentés à leurs suffrages. Passons !

Revenons donc au thème du pouvoir d’achat. Que faudrait-il faire pour pouvoir l’augmenter ou au moins dans la période actuelle le maintenir ? Je ne vais bien sûr pas rentrer  dans des détails trop techniques qui, pour être intéressants, n’en seraient pas moins ennuyeux. Tout d’abord, nos gouvernants devraient savoir que pour améliorer le pouvoir d’achat la seule solution serait l’augmentation des salaires. On peut faire toutes les lois que l’on veut relatives à l’implantation ou pas de grandes surfaces, rien ne remplace les euros supplémentaires sur la feuille de paie. Or depuis des années la compression des salaires est une évidence, au nom nous dit-on de la compétitivité.

Par ailleurs on nous dit aussi que si les salaires suivent la hausse des prix, il y aura inévitablement un surcroît d’inflation, ce que les dirigeants des banques centrales appellent « effets de second tour », c’est-à-dire une transmission de la hausse des prix aux salaires. En revanche si les salaires stagnent, la demande de biens et services sera moindre et les tensions sur les prix seront moins vives. Cependant, on n’a pas besoin d’être un grand économiste pour savoir que la demande n’est pas la seule cause de l’inflation, car il y a aussi la quantité de monnaie qui est offerte, et le taux auquel elle est accessible.

Nous venons de vivre depuis le début des années 90 une période où l’inflation n’était plus un problème. Les économistes faisaient même remarquer que l’on vivait une période exceptionnelle parce que cette faible inflation était combinée avec une politique monétaire extrêmement accommodante, pour parler comme les banquiers centraux. En clair, cela voulait dire que les taux d’intérêt réels (en tenant compte de l’inflation) étaient dérisoirement bas, ce qui permettait  aux entreprises et aux particuliers d’emprunter avec beaucoup de facilité et à bon marché. En théorie tout cela était magnifique, et on donnait aux ménages l’illusion que leur  pouvoir d’achat augmentait.

On connaît la suite avec la demande accrue de matières premières en provenance des pays émergents, plus l’augmentation des besoins dans ces pays, le tout occasionnant dans le monde, y compris dans les pays développés, un net renchérissement des prix. Cette inflation importée, malgré le haut niveau de l’euro, a largement amputé le pouvoir d’achat des salariés. On n’omettra pas également d’évoquer la crise financière, qui a entraîné une forte hausse des taux d’intérêts malgré l’intervention énergique des banques centrales. Bref, la machine qui semblait si bien huilée depuis des années a fini par se dérégler, et elle pourrait l’être durablement.

En outre, même si Nicolas Sarkozy et le gouvernement,  qui ne sont pas à une tromperie près, nous font croire le contraire, le chômage reste un problème qui est loin d’être à ranger aux oubliettes. En effet  si les statistiques baissent, en partie grâce aux nombreux départs en retraite, les licenciements restent nombreux.  De plus la précarité s’accroît,  ce qui atténue la portée de cette décrue.  Dans ce contexte les salaires ne peuvent pas progresser. Par exemple,  avec dix candidats se présentant  pour une offre d’emploi en  CDD de 3 ou 6 mois, le salaire sera forcément celui qui est imposé au départ par l’employeur.

Ensuite, outre l’augmentation des prix dont nous avons parlé précédemment, il y a aussi la diminution des prestations offertes ou le renchérissement de ces prestations. Quand le prix des carburants s’envole, on peut toujours dire qu’il suffit de laisser sa voiture plus souvent au garage comme l’a fait allègrement Madame Lagarde, la ministre des Finances, qui… a une voiture de fonction. En revanche, on est bien obligé de chauffer son logement en hiver. Le gaz pour ne citer que lui a subi trois augmentations en moins d’un an (+10%). Quand on ferme des écoles dans certains villages, quand on supprime des lignes de chemin de fer, des hôpitaux dans les petites villes, ce sont les utilisateurs qui doivent compenser et cela a un coût. On pourrait multiplier les exemples. Le service public par essence est un supplément de pouvoir d’achat là où il existe et contribue à le diminuer là où il est supprimé. C’est curieux, cela personne ne le dit et pourtant c’est tellement évident.

Dans le même ordre d’idées, quand on diminue les impôts pour les plus riches, c’est autant d’argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat et qui interdit, par exemple, d’alléger les charges qui frappent les salariés. Pourquoi les salariés qui travaillent au Luxembourg gagnent davantage à travail égal qu’en Lorraine ? Parce que les charges sur les salaires sont moins élevées. Pourquoi ne fait-on pas la même chose en France ? Parce que l’Etat français multiplie les déficits de tous ordres, ce qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre.

Il faut donc que les Français ne se laissent plus abuser par tout ce qui est dit par nos gouvernants, mais aussi par l’opposition parlementaire,  sur le pouvoir d’achat. Pour pouvoir donner du pouvoir d’achat sans conséquences inflationnistes, il faut augmenter les salaires sans que cela coûte plus cher. Mais pour pouvoir le faire, il faut avoir des finances publiques saines donc un budget en excédent ou au minimum en équilibre. C’est pour cela que François Bayrou a fait de la réduction de la dette et de l’équilibre budgétaire son cheval de bataille. C’est moins porteur électoralement que des slogans du type « travailler plus pour gagner plus » ou « je serai le champion du pouvoir d’achat », mais c’est plus réaliste et surtout plus raisonnable. Dommage que les Français ne l’aient pas compris. Espérons quand même qu’ils auront retenu la leçon.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


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