MichelEscatafal

Nicolas Sarkozy explique l'Europe à sa façon

Par escatafal in Europe - 1 jui, 2008

Hier soir à la télévision Nicolas Sarkozy a donné un nouvel aperçu de sa personnalité à travers un sujet ô combien important,  puisqu’il s’agit de l’Europe. La France en effet va prendre la présidence de l’Union Européenne pour six mois,  et cela va faire une occupation supplémentaire à un président de la République française déjà passablement débordé. Est-ce une bonne chose ? Pour ma part j’eusse préféré que le calendrier fût différent et que cette présidence eût lieu avant l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Mais, il ne sert à rien de pleurer parce que les faits sont là, et il faut les accepter tels qu’ils sont.

Pourquoi je regrette que la présidence française intervienne à partir d’aujourd’hui ? Tout simplement parce que cela va être encore une occasion de déployer des écrans de fumée sur ce qui se passe réellement dans l’hexagone. On en a eu une nouvelle preuve hier soir puisque pour marquer le début de la présidence française, le président de la République s’était invité sur une chaîne du service public afin, semble-t-il,  d’expliquer les priorités de la présidence française, en réalité ses propres priorités.  Et de fait, si l’essentiel de son  temps était consacré à parler Europe, il n’en a pas moins continué à délivrer quelques messages à l’intention des Français en leur montrant que…si l’Europe offrait quelques avantages pour les Français, parfois les contraintes étaient telles qu’il comprenait leurs réactions parfois hostiles vis-à-vis  de Bruxelles. Bref, du Sarkozy dans le texte avec un mélange de soi-disant pragmatisme et de démagogie bien sentie, ce qui ne surprendra personne.

Cependant certains observateurs ne le connaissent manifestement pas encore. J’ai entendu ce matin un commentateur expliquant que Nicolas Sarkozy avait surtout cherché hier soir à rapprocher l’homme de la rue et les technocrates de Bruxelles. Mais ce n’est pas avec une phrase comme celle-ci qu’il y arrivera : « L’Europe inquiète et pire, je trouve, nos concitoyens se demandent si l’échelon national n’est pas mieux à même de les protéger que l’échelon européen ». On ne peut mieux faire pour nourrir l’inquiétude des gens, mais cela lui a permis d’en profiter pour dire une fois de plus qu’il voulait créer une Europe qui protège, et que c'était même sa véritable priorité pendant ses six mois de présidence.

Cela lui a permis aussi de rappeler quelques uns de ses thèmes favoris, par exemple sur la Banque Centrale Européenne qui devrait davantage s’occuper de la croissance, oubliant de préciser qu’avec des taux directeurs deux fois moins élevés les Etats-Unis font moins bien que la Zone euro sur ce plan. Il a aussi réclamé plus de liberté pour les Etats dans la fixation de leurs impôts, rappelant au passage que depuis des années la France demandait une TVA de 5,5% sur la restauration. Là aussi, le président de la République s’est bien gardé de dire que cette mesure, si elle était acceptée, creuserait encore un peu plus des déficits qui deviennent insupportables.

Dans le même ordre d’idées, il a renouvelé sa demande de limitation des taxes sur les carburants que Bruxelles et ses partenaires ont rejeté il y a quelques jours à peine. Bref, tout est bon pour montrer aux Français que si les affaires ne vont pas bien c’est…la faute des autres et notamment de l’Europe. Cette Europe qui d’ailleurs ne sait pas protéger ses frontières, notamment vis à vis de ceux qui veulent s'y installer, pas plus que de ses concurrents, en acceptant que trop de produits pénètrent dans l’Union sans contrepartie. Mais s’il a dit cela, c’est aussitôt pour rajouter que l’Europe c’est 500 millions d’habitants, ce qui implique « qu’on est beaucoup plus forts » et que « c’est bien pour cela qu’on a besoin de l’Europe ».  Si quelqu’un peut se retrouver dans ce malstrom, il a bien de la chance.

A ce propos, je serais curieux de savoir comment Nicolas Sarkozy « vendrait » aujourd’hui un référendum sur l’Europe, lui qui sait si bien donner la leçon aux Irlandais. On avait d’ailleurs pu observer son relatif manque d’engagement sur la consultation à propos de la Constitution Européenne, misant apparemment sur un NON qui affaiblirait un peu plus Jacques Chirac (rien que de l'idéologie!). En fait, sur l’Europe, comme sur la politique intérieure, avec Nicolas Sarkozy il y a le fond et la forme. Et chacun sait bien que chez lui le fond ne compte pas,  et c’est ce qui excède le plus ses partenaires européens ou ses adversaires politiques.

Notre président de la République est un partenaire égoïste et un adversaire fuyant parce que tout débat  est impossible avec lui. Sa personnalité, son peu d’attrait pour la culture du compromis font craindre une présidence française à la fois arrogante et peu ambitieuse pour l’Europe elle-même. Les chefs d’Etat et de gouvernement européens savent au fond d’eux-mêmes que la France ne respectera pas ses engagements budgétaires, que son président  accentuera ses critiques contre la BCE et plus généralement contre les institutions européennes, tout cela pour se dédouaner sur sa politique intérieure.

Décidément notre pays, comme l’Europe, n’ont pas fini de regretter le choix fait l’an passé au moment de l’élection présidentielle. Et le pire est qu’en France la voix de l’opposition est  tellement peu audible, avec les querelles de personnes au Parti socialiste, ou étouffée afin que François Bayrou ne puisse s’exprimer, que c’est aujourd’hui Olivier Besancenot qui incarne l’image de la résistance au sarkozysme. Combien de temps un pays comme le nôtre pourra-t-il accepter de telles impostures ?

Michel Escatafal


La crise des institutions européennes arrange beaucoup de monde

Par escatafal in Europe - 26 jui, 2008

Finalement ce NON irlandais au Traité de Lisbonne ne dérange pas autant qu’on aurait pu le croire. En fait ce NON n’a fait que confirmer la crise institutionnelle dans laquelle vit l’Union Européenne depuis des années. Et cette crise ne pouvait que s’amplifier à partir du moment où on enrôlait presque de force les pays autrefois sous domination communiste. Ces derniers dans leur ensemble n’étaient pas prêts à entrer dans l’Union dans la mesure où ils ne voyaient que les avantages que pouvaient leur offrir une adhésion, sans toutefois en mesurer les conséquences en ce qui concerne le respect des règles communautaires.

Cela étant, il ne faut surtout pas faire à propos du Traité de Lisbonne ce que certains suggèrent, à savoir imposer aux Irlandais, et peut-être ensuite aux Tchèques, un ultimatum en leur disant « c’est à prendre ou à laisser ». D’ailleurs pourquoi le ferions-nous, alors que deux membres fondateurs de l’Union (France et Pays-Bas) n’ont pas ratifié le projet de Constitution européenne en 2005. En fait, il faut surtout complètement repenser le fonctionnement de cette Union Européenne qui est en train de devenir une énorme machine, que plus personne ne peut faire avancer tellement sont nombreux les pays…qui ne veulent pas qu’elle avance.

En disant cela je pense évidemment aux multiples dérogations concédées aux Britanniques, aux Polonais, aux Danois, pour montrer que l’Europe continue sa route malgré toutes les difficultés. Et bien non ce n’est pas la bonne méthode, car on ne peut pas être dans l’Union Européenne pour les avantages que l’on peut en tirer et ne pas y être quand il y a un sujet qui fâche. C’est pourtant ce que l’on ne cesse de faire,  et je pense que c’est cela qui est le plus paralysant pour les institutions. A ce propos, n’est-il pas curieux de constater que c’est dans le seul domaine où il n’y a pas de dérogations, l’union économique et monétaire, que l’Europe est une entité vraie. Et pourtant les obstacles ne manquaient pas pour arriver à la nécessaire convergence entre Etats ayant des politiques fiscales très différentes.

Seulement, en ce qui concerne l’union économique et monétaire, il y a un organisme centralisateur qui gère la politique monétaire en toute indépendance, à savoir la Banque Centrale Européenne. Oh certes, celle-ci ne se fait pas que des amis au sein de la Zone euro, mais ses dirigeants maintiennent le cap contre vents et marées. La France, pour ne citer qu’elle,  est payée pour le savoir à cause de ses finances publiques, mais ce ne sont pas les rodomontades de Nicolas Sarkozy qui vont faire fléchir le Conseil des gouverneurs. Preuve, si besoin en était, que ce n’est pas parce que ce Conseil est formé de gens non élus qu’il ne travaille pas au mieux des intérêts de la Zone. Au contraire dirions-nous, c’est  parce qu’ils sont indépendants du pouvoir politique, et irrévocables  par ces mêmes politiques pendant la durée de leur mandat, qu'ils travaillent en toute sérénité.

Ils peuvent d’autant plus le faire que l’adhésion d’un pays à la Zone euro n'est possible que sur des critères extrêmement précis. On ne peut pas être à la fois dans la Zone euro et ne pas y être. Les Britanniques, les Suédois, les Danois, n’ayant  pas voulu accepter toutes les règles relatives à l’union monétaire s’en sont exclues automatiquement. L’adhésion à l’Union Européenne devrait relever des mêmes contraintes. A ce propos, le seul fait que l’on ait accepté que la Pologne dispose d’un délai pour se soumettre aux dispositions du Traité de Lisbonne, indiquait déjà que ce dernier était mort-né.

Mais revenons à ce qui s’est passé lors du dernier sommet et des mesures qui y ont été décidées ou pas. On a finalement décidé d’attendre pour voir les suites à donner au NON irlandais, ce qui est une sage décision. En revanche on a essayé de parler beaucoup plus concrètement en ce qui concerne le porte-monnaie des Européens, même si de ce coté là il ne fallait pas attendre de miracles, car ce n’est pas la Commission Européenne ou le Conseil Européen qui fixe  les prix du marché mondial. Et de miracle il n’y a pas eu, car chacun a essayé vainement d’imposer ses solutions. France, Royaume-Uni et Bulgarie par exemple, souhaitent plutôt privilégier l’option nucléaire plutôt que les énergies renouvelables à l’instar de ce que souhaitent les Allemands, il est vrai très en avance dans ce domaine.

En revanche la Commission Européenne va proposer diverses solutions pour venir en aide aux 16 millions d’Européens vivant sous le seuil de pauvreté. Elle va aussi proposer des solutions pour les secteurs les plus en difficulté comme la pêche. Mais elle a aussi souligné qu’il s’agit d’abord d’économiser l’énergie et d’en diversifier les sources d’approvisionnement pour être moins dépendants de l’extérieur, ce qui avait manifestement échappé à Nicolas Sarkozy qui voulait plafonner le montant de la facture pétrolière sur lequel est perçue la TVA.  Bref on compte sur l’imagination de la Commission pour…masquer l’ampleur des désaccords y compris pour l’aide aux populations les plus pauvres, chacun défendant comme d’habitude son pré-carré national  et électoral.

En résumé, je redis une fois encore que l’Union Européenne ne pèsera de tout son poids dans la vie de ses habitants que si les Etats qui la composent parlent  d’une même voix. Cela nous a permis d’avoir une monnaie forte avec tous les avantages que cela procure. En revanche, l’Europe que l’on veut nous imposer ne répond nullement aux besoins de ses citoyens, et ils le font savoir chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Mais s’ils en sont réduits à cette extrémité, sans répondre à la question qui leur est posée, n’est-ce pas parce que les politiques ont failli dans leur tâche,  aveuglés qu’ils sont par la vision purement électoraliste de leur réflexion personnelle ? Là est tout le problème.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Un vote peu surprenant qui laisse un goût amer

Par escatafal in Europe - 14 jui, 2008

Même si les journaux radiotélévisés parlent en premier lieu de la défaite de l’équipe de France de football contre la Hollande, l’information la plus importante de la journée d’hier reste le rejet par les Irlandais du traité européen de Lisbonne, avec une majorité nette puisque le NON l’a emporté avec 53,4% des voix. Bien entendu on ne va pas s’attarder sur les larmes, parfois de crocodile, des dirigeants européens. Ainsi quand j’entends Gordon Brown affirmer sans rire que le processus de ratification dans son pays va se poursuivre normalement, chacun sait qu’en fait la Grande-Bretagne est satisfaite de voir qu’un pays a rejeté le Traité, sans que les Britanniques aient eu encore à se prononcer. Bel exemple d’hypocrisie de la part de dirigeants qui ne sont  européens que s’ils y trouvent avantage.

Les autres réactions sont dans le même ton y compris celles de la France et de la Commission européenne. Même le Premier ministre irlandais Brian Cowen estime que  le Traité de Lisbonne n’est pas mort, ce qui ne l’empêche pas de dire qu’il n’y aura pas cette fois de nouvelle consultation comme lors du référendum de 2001 sur le Traité de Nice. En tout cas, ce n’est pas pour cette fois encore que l’on avancera un tout petit peu dans la construction d’une Europe politique à caractère fédéral,  avec un président élu pour un mandat de 2 ans et demi renouvelable,  et un haut représentant pour la politique étrangère. Tout cela semble repoussé sine die et j’ajoute que, finalement,  cela arrange un peu tout le monde.

Bien sûr il peut paraître paradoxal qu’un pays dont la population représente moins de 1% de l’Union Européenne puisse réduire à néant un traité négocié pendant des mois  par les dirigeants des 27 pays membres. Mais ce traité a-t-il été bien négocié ? Rappelons-nous ce qui s’est passé l’été dernier, à une époque où Nicolas Sarkozy croyait que rien ne lui résistait et qu’il suffisait qu’il s’occupe d’un problème pour le faire avancer. Et bien effectivement,  en partie grâce à lui, on a mis en place à la va-vite un dispositif censé rassembler à la fois les partisans et les adversaires de feu la Constitution européenne. Simplement on avait oublié que ce traité devait être ratifié par le peuple en Irlande, et surtout comme l’a dit François Bayrou « qu’il y a une distance énorme entre le peuple et les institutions européennes.

Mais pourquoi cette distance ? Tout simplement parce que les dirigeants européens, à quelques rares exceptions, ne sont pas d’authentiques européens, Nicolas Sarkozy en premier. Comme je l’ai souvent dit ici même, on ne peut pas se dire européen quand on se sert de l’Europe pour expliquer ce qui ne va pas,  et être  incapable de reconnaître les multiples avantages que procure notre appartenance à l’Union Européenne. A partir de là, comment pouvoir expliquer au peuple que l’Europe est pour nous le seul moyen d’écrire l’avenir et non de le subir, le seul moyen aussi de peser dans le monde face à la puissance américaine et, plus encore,  face à l’émergence de nations-continents comme la Chine et l’Inde qui à elles deux représentent plus du tiers des habitants sur cette terre.

Certains vont dire également que les Irlandais n’ont aucune reconnaissance vis-à-vis des institutions européennes,  qui  ont permis à leur pays de passer d’un stade de quasi sous-développement à une vitrine technologique et économique parmi les plus brillantes du monde. L’Irlande ne l’oublions pas abrite aujourd’hui la plus grande proportion d’entreprises par habitant de l’Union Européenne, grâce notamment aux généreuses  subventions versées par Bruxelles. L’Europe est  présente partout dans ce petit pays qu’il s’agisse de l’infrastructure routière, de l’immobilier d’entreprises, mais aussi du tourisme, sans parler de l’agriculture. Rien que dans ce secteur, l’aide perçue par l’Irlande depuis son entrée dans l’UE atteint 40 milliards d’euros. Or aujourd’hui, l’agriculture irlandaise représente à peine 2,5% du PIB du pays !

Toutes ces aides  n’ont pas empêché les tenants du NON de d’affirmer avec sérieux que la ratification du Traité marquerait l’abandon de la souveraineté irlandaise. Comme si un pays aussi dépendant des aides européennes pouvait sérieusement afficher sa souveraineté pleine et entière. Cela dit, comme en France en 2005, les partisans du NON ont joué sur la démagogie pour effrayer les Irlandais, alors que les partisans du OUI au contraire défendaient frileusement leur vote persuadés que le bon sens finirait par l’emporter. Et puis, comme je l’ai dit très souvent sur ce site, faire approuver un traité européen au suffrage universel est un piège politique car personne ne connaît les motivations de ceux qui vont voter. Les Irlandais pour ne citer qu’eux, ont voté à un moment où ils découvrent qu’il y a dans leur pays une possibilité de récession, alors qu'ils ont connu une croissance continue depuis plus de trente ans.

D’ailleurs, est-on certain qu’en France, en Italie ou en Allemagne le OUI l’aurait emporté si on avait fait la même consultation? Sans doute pas. En tout cas en France, compte tenu de l’impopularité de Nicolas Sarkozy et des divisions au Parti Socialiste, je suis persuadé que le résultat aurait été le même qu’en 2005. N'oublions pas que sur un tel sujet, le résultat du vote dépend presque toujours de la motivation de ceux qui défendent le texte. Et sur ce plan, les « nonnistes » sont  toujours plus motivés que les partisans du OUI. C’est dommage, mais c’est ainsi.

Michel Escatafal


Les langues ne sont pas des instruments neutres de communication

Par escatafal in Europe - 12 jui, 2008

Dans un excellent article publié cette semaine, Le Monde a souligné la difficulté qu’avait l’Union Européenne à défendre la pluralité linguistique. Et de noter tout particulièrement les coûts de traduction et d’interprétation dont le montant atteindrait 302 M d’euros, ce qui n'est pas négligeable y compris pour le budget global de l'UE. Pour ma part je ne pense pas qu’il faille raisonner de cette manière et, pour une fois, je serais d’accord avec Jacques Chirac quand il affirme que les langues nationales ou régionales doivent absolument être préservées. Et j’ajouterai à plus forte raison dans l’Union Européenne.

Celle-ci est en effet le plus bel exemple de la formation d’un empire sans avoir recours à la guerre ou à l’oppression. Au contraire,  la condition sine qua non pour adhérer à l’Union Européenne est le respect des lois fondamentales de la démocratie et de la diversité, plus encore que dans un pays comme les Etats-Unis où, par exemple, la peine de mort n’est pas abolie sur tout le territoire. A partir de là et en fonction de ces principes,  il est logique qu’avec 27 états dans l’Union, il y ait  23 langues officiellement reconnues, et que les documents publiés par les institutions européennes soient traduits dans ces 23 langues.

En réalité ce n’est pas le cas car, pour ne citer que le site de l’Union Européenne, la plupart des documents sont écrits en anglais et, nous dit Le Monde, c’est une évolution qui semble irréversible. D’ailleurs,  il suffit de regarder les statistiques pour en être convaincus.  En effet, au milieu des années 90, 46% environ des documents étaient écrits en anglais contre 38% en français et 12% en allemand. Aujourd’hui, ces pourcentages sont de 74% pour l’anglais, 12% pour le français et 2% pour l’allemand. Désolant !

Le plus cocasse en examinant de près cet article, c’est le motif invoqué pour justifier une utilisation massive de l’anglais, à savoir les élargissements successifs. Certes, à partir  du moment où le Royaume-Uni a intégré l’Europe, il était normal que l’anglais fît  partie des langues officielle, mais à part l’Irlande et plus tard Chypre et Malte, que je sache tous les pays ayant adhéré à l’UE ne parlent pas anglais, même si leurs classes dirigeantes, notamment pour les pays autrefois sous tutelle soviétique,  ont fréquenté pour  la plupart les universités angloaméricaines. Mais est-ce une raison pour imposer l’anglais toujours et partout dans l’U.E. ?

Plus bizarre encore est le cas de la Banque Centrale  Européenne. Alors que les Anglais refusent obstinément la monnaie unique, la langue principalement parlée et écrite au siège de Francfort est …l’anglais, au point que sous les huées des eurodéputés français, on a vu ce spectacle  surréaliste d’entendre un jour J.C. Trichet faire un discours en anglais au parlement Européen, au nom de la BCE. Certes Monsieur Trichet parle très bien anglais, mais je suis certain que s’il se cogne la tête contre un mur, il va réagir en français car c’est sa langue maternelle. Alors de grâce, préservons nos langues et l’Europe ne s’en portera que mieux, ce qui n’empêchera  pas l’apprentissage  à l’école de la langue de nos voisins, y compris évidemment l’anglais.

A ce propos comme le souligne Le Monde,  si l’Anglais s’est imposé partout c’est en raison surtout de la mondialisation parce que l’anglais est la langue de l’économie dominante. Certes, mais je voudrais rappeler que le l’UE a un PIB global supérieur à celui des USA, alors que celui de la Zone euro s’en approche. Enfin, l’euro est devenu aussi une monnaie de référence au plan mondial. Alors cessons de chercher des excuses à cette angloaméricanisation forcée, sauf à accepter la domination éternelle des Etats-Unis sur l’Europe. Pour ma part c’est quelque chose d’inacceptable et,  comme beaucoup d’Européens, je suis pour une Europe forte et indépendante, symbole du refus d’un monde unipolaire qui nous a mené là où nous sommes aujourd’hui,  avec des foyers de guerre un peu partout en Afrique, en Asie et même en Europe.

Un dernier mot enfin qui suffit à démontrer l'utilité des langues nationales ou régionales. Si l’on regarde quelles sont les langues maternelles les plus parlées dans l’Union Européenne, on s’aperçoit que c’est l’allemand qui vient en tête (18% de l’UE) devant quasiment à égalité le français, l’Italien … et l’anglais (environ 13%), puis l’Espagnol et le Polonais (9%). Alors soyons sérieux,  et si l’on veut à tout prix uniformiser, imposons au moins l’apprentissage obligatoire des trois langues parmi les six que je viens de citer. Après tout, les petits luxembourgeois apprennent bien à l’école le français, l’allemand et l’anglais en plus de leur langue maternelle, ce qui ne veut pas dire qu’ils maîtrisent parfaitement tous ces idiomes, mais cela est suffisant pour communiquer et commercer.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Quel camouflet, mais cela surprend qui ?

Par escatafal in Europe - 3 jui, 2008

Si besoin en était, on vient de découvrir une nouvelle fois en quelle estime l’Eurogroupe (ministres des Finances de la Zone euro) tient notre président de la République. Celui-ci, en effet, vient de se voir signifier sans  réel ménagement que sa  proposition démagogique et populiste,  consistant à plafonner la TVA sur les carburants, était rejetée.  A ce propos, j'en profite pour dire qu'il faut s'appeler Nicolas Sarkozy pour arriver à faire comme si de rien n’était, malgré les rebuffades continuelles qu'il essuie de la part de ses collègues ou partenaires européens.

Certains vont me dire une nouvelle fois que c’est une manière de se comporter de sa part, en envoyant des bulles en l’air chaque fois qu’un problème surgit. En agissant ainsi, il prend à témoin l’opinion publique et montre que si le problème n’est pas résolu,  ce n’est point de sa faute. Dans l’affaire dont nous parlons, le plafonnement de la TVA sur les carburants, il y a sans doute une part de vérité car c’était pour lui le seul moyen d’essayer de se tirer d’un mauvais pas, dont il est quand même en partie responsable.

Certes, tout le monde sait bien qu'on ne peut pas imputer à Nicolas Sarkozy la hausse du prix du pétrole, mais en revanche affirmer  si haut et si fort l'an passé qu’il serait le président du pouvoir d’achat  présentait quand même quelques risques. D’ailleurs, si c’était aussi simple de faire progresser le pouvoir d’achat des Français, on peut imaginer que les gouvernements dont a fait partie  Nicolas Sarkozy auraient sans doute essayé de faire mieux que ce qu’ils ont fait entre 2002 et 2007 ou entre 1993 et 1995. En réalité, le problème est très compliqué, et il l’est évidemment encore plus quand il y a une hausse considérable du prix des matières premières.

Il l’est d’autant plus que la France accuse un gros déficit budgétaire, que son endettement public s’accroît et que par conséquent elle n’a aucune marge de manœuvre. A ce sujet, quand on entend le président de la République critiquer sans cesse ses prédécesseurs à l’Elysée, j’aurais aimé qu’il soulignât qu’à une période quasi identique à celle que nous vivons aujourd’hui (1979-1980), sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing avec Raymond Barre comme Premier ministre , le pouvoir d’achat des Français fut maintenu pour les catégories sociales les moins favorisées, qu’il s’agisse des bénéficiaires du SMIC et du minimum vieillesse, ou des familles de trois enfants et plus recevant un complément familial. Mais chacun sait que Nicolas Sarkozy n’aime pas l’histoire, ce qui n’est pas une excuse.

La parenthèse refermée, revenons à la décision prise hier par l’Eurogroupe. Comme l’a déclaré son président, Jean-Claude Junker,  « il ne saurait être question de mettre en place face à la flambée des prix pétroliers des contre-mesure fiscales d’ordre général ». Dit autrement, il serait contre-productif d’essayer d’apaiser l’opinion avec des mesures fiscales à court terme, au moment où l’on s’efforce de trouver des parades face au pétrole cher. C’est d’ailleurs l’opinion déjà exprimée par les ministres allemands, néerlandais ou espagnols avant la tenue de la réunion. Et pour que Nicolas Sarkozy ait bien compris la leçon, le ministre des Finances néerlandais n’a pas hésité à faire remarquer à l’intention de Christine Lagarde que «  la France a déjà quelques problèmes pour maintenir son budget en ordre, donc réduire les impôts ne va pas nécessairement rendre la chose plus facile ». A bon entendeur…

Heureusement, pour permettre à Nicolas Sarkozy de sauver quelque peu la face, en bon diplomate qu’il est, Jean-Claude Juncker a précisé que « le président de la République française a soulevé un réel problème ». On est bien sûr prié de ne retenir que cette phrase dans le communique final de la réunion, sans oublier les pistes de réflexion qui ont été débattues  au cours de cette réunion notamment,  selon notre ministre des Finances Madame Lagarde, « la question de la transparence des stocks pétroliers, des propositions autour de la taxation des compagnies pétrolières, et l’évocation de mesures sectorielles pour les populations les plus défavorisées ». Je ne sais pas quel était le sentiment de Christine Lagarde en disant cela à l'AFP, mais il y a fort à craindre qu’elle savait déjà que tout cela restera  lettre morte. Il est vrai qu’avec Nicolas Sarkozy elle est à bonne école pour ce qui est de raconter des mensonges à ses compatriotes.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Une récompense pour Angela Merkel

Par escatafal in Europe - 29 avr, 2008

Enfin, le Comité International Olympique va être content : là où passe la flamme olympique ces jours-ci, elle est accueillie avec tous les honneurs dus à son rang. Point de manifestation, des drapeaux chinois qui virevoltent, une foule enthousiaste, bref c’est la fête. Je précise que cela se passe en Corée du Nord et au Vietnam, pour que cela ne fasse pas trop rêver. On ne manifeste pas dans ces pays à tout propos, y compris pour une flamme olympique. On ne manifeste pas beaucoup plus en Tunisie où Nicolas Sarkozy et Carla, accompagnés de quelques autres ministres et d’une forte délégation de patrons (plus de 100 personnes), sont en  voyage officiel depuis hier.

La Tunisie est un pays qui a beaucoup de charme, et son économie est plutôt en meilleure posture que celle de ses voisins, malgré un sous-sol moins généreux. Elle a donc quelques moyens que d’autres pays n’ont pas, et peut acheter sans trop de problèmes des avions ou des prestations dans le domaine de l’électricité et du nucléaire civil. Dans ces conditions, on comprend que Nicolas Sarkozy n’ait pas voulu froisser son homologue tunisien, le président Ben Ali, sur la question des droits de l’homme.

 Mais qu’y a-t-il d’étonnant de sa part, même s’il avait affirmé pendant la campagne présidentielle que sur ce plan aussi, il y aurait rupture ? En tout cas, ce manque de bravoure dans le domaine des droits de l’homme  contraste avec celui d’Angela Merkel, dont je viens de découvrir qu’elle va recevoir le prix International Charlemagne, décerné à des personnalités qui se sont engagées pour l’unification européenne. Parmi les lauréats figurent deux anciens présidents de la République  française, François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, ce qui n’est que justice vu leur influence notamment sur la création et la mise en place de l’union monétaire.

Nicolas Sarkozy qui se prend pour un grand européen, ce qu’il n’est pas, va être jaloux de celle qui n’a jamais trop aimé son style bling-bling, et surtout qui n’a jamais hésité à le renvoyer à ses chères études quand il en faisait un peu trop, par exemple sur l’Union méditerranéenne. Cela étant la chancelière allemande dispose de nombreux atouts que n’a pas le président français. D’ailleurs l’opinion que les fonctionnaires de Bruxelles portent sur Angela Merkel  est en opposition totale avec celle qu’ils ont de Nicolas Sarkozy. Pour résumer, ils disent que l’une a su parfaitement défendre les intérêts de l’Allemagne, sans se mettre à dos les autres pays de l’Union, alors que l’autre n’a fait qu’aviver certaines rancoeurs avec ses foucades, ses idées loufoques, et sa diplomatie à géométrie variable.

Tout le monde en Europe souligne le fait que l’autorité d’Angela Merkel est sans commune mesure avec celle des autres dirigeants européens, au point que de plus en plus de voix s’élèvent pour que ce soit elle qui occupe le poste de président du Conseil européen. A titre personnel, et je ne suis pas le seul, il est certain que ce choix serait celui de la raison, beaucoup plus par exemple que Tony Blair à qui Nicolas Sarkozy a promis son aide le moment venu. Son bilan en tant que présidente de l’Union Européenne (au premier semestre 2007) est souligné par tous les observateurs tant sur le plan institutionnel, que sur celui du développement durable. N’oublions que c’est son volontarisme en la matière,  qui a permis pendant la présidence allemande d’obtenir de l’Union Européenne des objectifs contraignants et ambitieux de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

Angela Merkel a aussi pour elle d’être le chef de gouvernement d’une nation  qui, après avoir rencontré énormément de difficultés suite à la réunification avec l’Allemagne de l’Est, a retrouvé des bases économiques saines. De nombreuses réformes, souvent douloureuses, ont été faites dans son pays sous l’impulsion de son prédécesseur à la Chancellerie, Gerhardt Schroeder, et poursuivies avec succès par le gouvernement de coalition qu’elle dirige. Les réformes en Allemagne passent parce qu’elles sont marquées du sceau du pragmatisme, avec le souci de laisser le moins de monde possible sur le bord de la route. Elles sont acceptées parce que les gens sont convaincus de leur nécessité. Cela ne veut pas dire que l’Allemagne n’ait pas son lot de problèmes, sa croissance notamment accuse un net ralentissement puisqu’on va passer de 2,5% en 2007 à 1,7% en 2008, et sans doute moins (1,2%) en 2009. Cela étant, on a le mérite de l’avouer et tout le monde sait à quoi s’attendre.

Tel n’est pas le cas en France qui ne fera pas mieux que l’Allemagne, mais qui au contraire de son voisin va voir son déficit public dépasser très rapidement les 3%, comme je l’ai toujours affirmé ici même. Peut-être même dès cette année selon la Commission Européenne, alors que le déficit de l’Allemagne ne devrait guère dépasser 0,5% en 2008. Angela Merkel, contrairement à Nicolas Sarkozy, dirige aujourd’hui un pays qui a retrouvé ses fondamentaux économiques, ce qui lui permet de parler haut sur le plan international. Elle entretient  de bonnes relations avec la totalité des pays qui comptent sur la planète, ce qui ne l’empêche pas de faire la leçon aux Russes ou aux Chinois en matière de droits de l’homme.

N’oublions pas que si on ne l’a pas entendu parler à tout propos des Jeux Olympiques, elle a déjà reçu le dalaï-lama sans que cela entraîne des manifestations hostiles à Pékin contre l’Allemagne. En fait l’Allemagne est dirigée par une dame de conviction, alors que notre pays l’est par «un amateur». Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner si l’influence de l’Allemagne en Europe est infiniment supérieure à celle de la France, même si Nicolas Sarkozy peut compter à présent sur le soutien de son ami Silvio Berlusconi. Qui se ressemble s’assemble !

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


"La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf"

Par escatafal in Europe - 14 mar, 2008

Aujourd’hui, deux jours avant le vote de dimanche, je vais essayer de prendre un peu de hauteur car nous en avons plus que jamais besoin. Comment les Français peuvent-ils s’intéresser à la politique, quand on voit le spectacle affligeant  qu’offrent tous ces hommes politiques de premier plan pour essayer de gagner une ville,  ou de la faire gagner à leurs amis ? Tout le monde jure la main sur le cœur que l’enjeu de ces élections municipales est d’abord local, mais chacun à droite et à gauche en fait un enjeu national. Si Xavier Darcos est battu à Périgueux cela aura été pour l’UMP un enjeu local, mais s’il est élu l’enjeu aura été national. Ce sera la même chose à Marseille et à Toulouse pour ne citer que ces deux villes.

Ce spectacle me fait penser que, finalement,  les Français élisent souvent quelqu’un qui leur ressemble. Nicolas Sarkozy en est quelque part l’archétype. Comme les Français, il voit son pays plus grand et plus puissant qu’il ne l’est en réalité, lui-même d’ailleurs ayant ce sentiment et je ne parle pas que de la taille. Comme de nombreux Français, il est vantard et veut profiter au maximum de tous les avantages de sa fonction, mais rechigne à faire les efforts nécessaires pour améliorer la situation de son pays. Les efforts ce sont les autres qui doivent les faire, pas nous. Pourquoi ? Parce que la France c’est autre chose, c’est le pays de la Révolution, elle a une histoire millénaire etc.

Hier soir en regardant les chaînes de télévision étrangères, parce qu’en France on aborde peu ces sujets en cette période électorale, je me faisais un plaisir d’assister au spectacle de l’arrivée des chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays européens, lors du Sommet de Bruxelles pour parler, notamment, de la fumeuse union méditerranéenne chère à Nicolas Sarkozy. Et bien, c’est ce dernier qui apparaissait partout, allant de l’un à l’autre, tapant sur l’épaule de chacun et discutant comme s’il comprenait tout ce que l’autre lui racontait. Bref du Sarkozy (ou du Français) dans toute son expression quand il se déplace à l’étranger. Il est partout chez lui, et il fait semblant d’être à l’aise dans toutes les situations. Il y ajoute un zeste de culot qui masque en partie ses faiblesses,  et lui permet d’avoir l’impression de sauver la face quand il est mis en difficulté, ce qui lui arrive souvent.

Quel contraste avec Berti  Ahern ou Jose Luis Zapatero, pour ne citer qu’eux ! Et pourtant, malgré les cris de victoire de France Info ce matin, Nicolas Sarkozy n’a pas de quoi pavoiser à propos de son projet d’union méditerranéenne. Ce projet en effet a été mis en miettes par Angela Merkel,  comme l’a souligné hier soir un journaliste britannique, ce qui a permis d’obtenir un accord du bout des lèvres de la part des responsables polonais, roumains, autrichiens ou slovènes, parmi les plus réticents à cette idée. Quant aux Britanniques, ils ont dit que ce qui comptait pour eux c’était le fait que cela ne coûte pas d’argent. On ne peut pas faire mieux comme enterrement de première classe. Toujours la perfide Albion !

Cela n’a pourtant pas empêché Nicolas Sarkozy d’affirmer sans rire : «  Pour moi c’est une grande émotion de voir que cette idée voit le jour puisque la totalité des pays européens l’a accueillie avec enthousiasme… ». C’est cela la France de Nicolas Sarkozy, du moins le croit-il, même si c’est en partie vrai. Il faut quand même une sacrée dose de mauvaise foi pour parler d’enthousiasme à propos de ce projet, alors qu’on s’est contenté de remettre au goût du jour le processus de Barcelone, sur les partenariats euro-méditerranéens, qui date de 1995. De plus, quand on voit les pays arabes boycotter le Salon du Livre à Paris parce qu’on y met à l’honneur Israël, on imagine quelle pourrait être la coopération entre les pays du Moyen-Orient si cette union devait réellement voir le jour.

Mais l’essentiel n’est pas là, il est dans le fait que la France ait pris une initiative et il n’y a que cela qui puisse compter. En même temps, comme l’ont souligné  plusieurs observateurs du Sommet, cela fait quelque peu oublier aux Européens nos déficits qui s’aggravent, et par les temps qui courent c’est toujours cela de pris. Encore une fois on pourrait dire de Nicolas Sarkozy : « c’est la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf », pour parler comme Jean de La Fontaine. Voilà l’opinion que les Européens ont aujourd’hui de la France et de son président. Oh certes  ailleurs il y a aussi des problèmes, mais chez nous ces problèmes sont exacerbés parce que le souci est d’abord de les occulter.

Pour conclure je vais citer une nouvelle fois Raymond Barre : « Les objectifs (économiques) qui doivent être poursuivis ne peuvent évidemment être atteints rapidement. Il faut le dire sans ambiguïté aux Français : l’effort sera difficile, il sera long ». Et oui, c’est dur à entendre pour nous, mais il faudra bien un jour ou l’autre en passer par là, sous peine de voir notre situation devenir intenable sur le plan des finances publiques. Certes une politique basée sur l’effort et la durée n’est pas porteuse en termes de voix (« on ne gagne pas une élection présidentielle en promettant du sang et des larmes » a dit Nicolas Sarkozy), mais c’est le devoir des dirigeants de mettre chacun de nous face à ses responsabilités avec des objectifs clairs et assumés sans faiblesse. C’est là toute la différence entre un homme d’Etat comme l’était Raymond Barre, qui a quitté le pouvoir en laissant « des caisses pleines »,  et un Nicolas Sarkozy pour qui l’exercice du pouvoir est une succession de coups médiatiques, qui ne font qu’affaiblir durablement la situation de notre pays.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Exit la concertation franco-allemande : c’est aussi cela la rupture !

Par escatafal in Europe - 26 fé, 2008

Alors que le gouvernement essaie maladroitement de rebondir en se mettant dans les pas d’une revue de consommateurs, soulignant dans son dernier numéro les importantes hausses de prix sur les produits alimentaires, alors que le président de la République vient d’essuyer un nouveau revers avec le refus du Président de la Cour de Cassation de revenir sur une décision du Conseil Constitutionnel (il n’aurait plus manqué que cela !), il y a une nouvelle qui devrait nous alarmer et qui est quasiment passée sous silence : le report de trois mois de la prochaine rencontre franco-allemande qui devait avoir lieu le 3 mars en Bavière, officiellement pour calendrier surchargé de Nicolas Sarkozy.

Cette information confirme clairement, après tant d’autres, que notre président de la République est en train de détricoter tout ce qui avait fait la force de l’idée européenne, notamment à travers la relation privilégiée qu’entretenaient depuis un demi-siècle la France et l’Allemagne. Pour ma part, j’ai toujours dit et pensé que Nicolas Sarkozy n’était pas un européen convaincu. Il en apporte pleinement confirmation avec l’annulation de ce rendez-vous traditionnel. La réconciliation franco-allemande à laquelle tous ses prédécesseurs attachaient tellement de prix, est sans doute pour lui une vieille lune qui n’a plus de valeur qu’aux yeux des anciens combattants. Donc exit la concertation franco-allemande : c’est cela aussi la rupture !

Puisque nous parlons de rupture, il est vrai aussi qu’une réunion comme celle qui devait se tenir à Straubing ne peut pas satisfaire l’ego de notre vibrionnant président de la République. On s’enferme avec les collaborateurs pendant quelques heures, et à la fin on rédige un communiqué commun où il est dit que la relation franco-allemande est le garant de l’avancement de l’idée européenne. Evidemment, tout cela ne fait pas « bling, bling », et la chancelière qui ne fait pas elle non plus dans ce type de comportement ne doit pas être jugée suffisamment amusante par son interlocuteur élyséen. Elle l’est d’autant moins qu’elle n’accepte pas les initiatives personnelles de Nicolas Sarkozy, telle la fumeuse union méditerranéenne dont rêve notre président, ou ses prises de position à l’emporte-pièce sur tous les sujets et, plus particulièrement, sur ceux qui concernent le fonctionnement des instances européennes.

De plus, en cas d’alternance l’an prochain au poste de chancelier, il ne faut pas attendre de la part de notre voisin et ami rhénan une attitude davantage bienveillante vis-à-vis de la France. En effet, si le futur chancelier devait s’appeler Peer Steinbrück, la relation ne serait pas meilleure qu’avec Angela Merkel, l’actuel ministre des Finances allemand ne supportant pas les critiques incessantes de Nicolas Sarkozy contre la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne. Il est vrai qu’à la différence de Nicolas Sarkozy, les actuels responsables politiques allemands sont avant tout soucieux du maintien des équilibres budgétaires. Peer Steinbrück n’est pas du tout « bling,bling », mais le budget allemand n’est plus en déficit.

Cela dit, l’union méditerranéenne ou l’attitude à l’égard de la BCE ne sont pas les seuls sujets de désaccord entre la France et l’Allemagne. Celle-ci par exemple a refusé de participer à la force militaire européenne au Tchad voulue et souhaitée par la France. Normalement, sur un sujet comme celui-là, les deux pays auraient dû parvenir à un accord à minima, mais pour cela il eut déjà fallu en discuter. Or, comme chacun sait, la discussion n’est pas le point fort de Nicolas Sarkozy, y compris avec ses partenaires européens. En attendant, l’effort financier et humain pour la mise en place et l’entretien de l’EUFOR sera en grande partie à notre charge. On n’est plus à quelques dizaines millions d’euros près !

Voilà où nous en sommes après quelques mois de présidence de Nicolas Sarkozy.  Une situation qui se délite à l’intérieur de notre pays, des finances publiques exsangues, et un isolement de plus en plus marqué en Europe et dans le monde. A part le looser Georges Bush, qui soutient de nos jours la politique étrangère de la France ? Même Vladimir Poutine semble indisposé par les mauvaises manières de Nicolas Sarkozy, même si son idée d’union méditerranéenne ne doit pas le rendre triste. Pendant que le président français s’affaire autour de cette idée quelque peu étrange, au moins l’Union Européenne s’investira un peu moins, économiquement et surtout politiquement, dans l’Est européen aux portes de la Russie.

A ce propos, et là je m’adresse à ceux qui pensent que notre président de la République est un excellent VRP, je voudrais faire remarquer que la France laisse de plus en plus le champ libre à ses voisins européens dans les nouveaux pays de l’Union Européenne, et pas seulement l’Allemagne. La France toute occupée à ses affaires franco-françaises et aux fantaisies de son président ne joue plus son rôle en Europe, comme elle a plus ou moins toujours réussi à le faire depuis une cinquantaine d’années, et cela se ressentira sur le plan économique. Mais aux yeux du président de la République, tout cela ne revêt pas une grande importance. Ce qui compte pour lui, maintenant, c’est faire en sorte que les sondages d’opinion à son égard amorcent enfin une remontée. Gageons qu’il soit prêt à tout pour y parvenir. Nous craignons le pire !

En attendant, il y a dans moins de deux semaines des élections locales et c’est sans doute un bon moyen de faire réfléchir le chef de l’Etat, même si ce mot, réfléchir, n’a pas l’air d’avoir une grande signification pour lui. Il n’empêche si la majorité présidentielle subit une cuisante défaite, Nicolas Sarkozy sera bien obligé d’en tirer quelques conséquences. Et tant qu’à faire qu’infliger une déroute à la majorité présidentielle, faisons en sorte qu’elle ne profite pas exclusivement au Parti Socialiste, sous peine de retourner à la case départ. Alors il faut voter, et faire voter, pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate, seule force politique capable d’incarner l’avenir de notre pays.

Michel Escatafal


Une certaine idée de l'Europe

Par escatafal in Europe - 6 fé, 2008

Il ne suffit pas de dire « l’Europe, l’Europe, l’Europe en sautant de sa chaise comme un cabri » disait le général de Gaulle. Oui, l’Europe pose toujours autant problème une cinquantaine d’années  après cette saillie, au cours d’une conférence de presse restée célèbre.  Pourquoi ? Pour de multiples raisons qui tiennent surtout  au manque de volonté de nos gouvernants, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur lorgnette nationale. Pour moi, il n’y a que le couple Giscard-Barre qui ait réellement fait preuve d’un européanisme convaincu au cours des vingt ou trente dernières années. Certains après me citeront tel ou tel dirigeant de divers partis politiques, mais ils ne dirigeaient pas les affaires du pays.

Alors comment s’étonner si les Français ont voté NON au référendum sur la Constitution européenne en mai 2005, et si le débat reste vif aujourd’hui à propos de la ratification du traité de Lisbonne, qui ressemble comme un frère à celui qui a été rejeté il y a trois ans. J’en profite pour redire, encore une fois, que jamais Jacques Chirac n’aurait dû proposer ce texte à l’approbation du peuple, parce que ce dernier ne pouvait pas se prononcer pour ou contre un texte de cette ampleur. Un référendum c’est fait pour répondre OUI ou NON  à une question simple du type : « approuvez-vous  l’élection du président de la République au suffrage universel » ? Cela dit, si comme Jacques Chirac l’a fait, on demande au peuple de se prononcer sur un texte très compliqué pour mettre en difficulté ses adversaires politiques, en l’occurrence les socialistes, c’est presque une forfaiture.

Certes je sais bien que le mot est fort, mais il est indigne d’un chef de l’Etat de jouer l’avenir de l’Europe à la roulette russe, surtout quand on sait bien que certains vont ramener sur le plan politique une consultation qui ne passionne pas les Français. Cette consultation de mai 2005 les passionnait d’autant moins que la France commençait à rencontrer des difficultés de tous ordres,  qui ne pouvaient déboucher que sur un vote sanction à l’égard du pouvoir. D’ailleurs voir sur la même estrade ou presque (c’est une image) des gens comme  Le Pen, de Villiers, Fabius, M.G. Buffet, Arlette Laguiller ou Besancenot, défendre la cause du NON avait quelque chose de surréaliste. Pauvre Monsieur Chirac, qu’aura-t-il réussi de bien pour son pays en 40 ans de pouvoir à l’exception de son combat pour la guerre en Irak ? Très peu de choses en vérité.

Cela étant, est-ce-que Nicolas Sarkozy doit se contenter de dire à propos de la ratification par le Parlement du nouveau traité, qu’il l’avait annoncé pendant sa campagne électorale présidentielle ? Sûrement pas, parce que d’une part  on n’évacue pas de cette manière une question aussi importante que l’avenir de l’Union Européenne qui nous concerne au premier chef, et d’autre part parce qu’il a fait tant et tant de promesses pendant sa campagne que tout ce qu’il a pu dire ne prend qu’une valeur très relative. Alors qu’on ne vienne pas dire, comme certains journaux le font allègrement, que Nicolas Sarkozy avait joué « cartes sur tables durant sa campagne ».

Toutefois, et je le répète, nous ne pouvons qu’approuver ce choix au nom de la raison, même s’il eut été préférable qu’on consultât le peuple une nouvelle fois. Le problème, c’est que si l’on avait refait un référendum, il est fort possible pour ne pas dire vraisemblable, que le NON l’eût  emporté de nouveau, vu l’impopularité sans précédent  du chef de l’Etat après quelques mois de pouvoir. Pour une fois, Nicolas Sarkozy a fait preuve de réalisme, même si c’est par la force des choses. J’ajoute que s’il avait été certain de la victoire du OUI, il n’aurait pas hésité une seconde pour une ratification par le peuple.

Il y a aussi une autre question que l’on puisse se poser : en quoi le référendum est-il plus démocratique que le Parlement, et notamment, sur une question comme celle-là ?  Après tout, si nous avons élu un parlement, c’est pour lui donner délégation de nous représenter pour légiférer, mais aussi trancher sur des questions complexes, pour lesquelles les éléments de réflexion que nous avons sont souvent insuffisants. Et les multiples articles qui composaient le traité constitutionnel n’étaient quand même pas aussi simples que le prétendait Marie- Georges Buffet, dont on pouvait remarquer au passage qu’elle récitait toujours les mêmes litanies pour inciter au vote NON.

Cependant, et là nous revenons à notre propos initial, si les Français et les autres peuples européens sont si éloignés dans leurs préoccupations de l’Europe, c’est surtout parce que les dirigeants des pays européens ont une vision purement nationale de l’Europe. A qui fera-t-on croire que Nicolas Sarkozy est un européen convaincu, alors qu’il s’affranchit si allègrement des contraintes européennes, par exemple en matière de finances publiques, au même titre d’ailleurs que l’a fait Silvio Berlusconi qui s’apprête à reprendre le pouvoir en Italie ? Comment aussi donner aux peuples une vision européenne, quand leurs dirigeants s’abritent derrière l’Europe pour prendre des mesures impopulaires et, au contraire, s’attribuent exclusivement les réussites dues à l’Europe ?

Pour quoi les élus de tous bords, à l’exception de quelques uns comme François Bayrou, ne soulignent jamais les effets extrêmement positifs de l’euro et de ses contraintes au bénéfice des pays de la Zone ? Pourquoi, pourquoi… Oui nos gouvernants sont totalement irresponsables d’agir de cette manière, alors qu’ils savent pertinemment que la France ne peut rester dans le concert des grandes nations que dans une Europe de plus en plus intégrée. Qui de nos jours oserait dire que l’euro n’est pas une formidable réussite ? Qui oserait affirmer qu’il n’a pas bénéficié des multiples avantages de la monnaie unique dans sa vie, en termes de taux, de change etc. ?

En disant cela, il est évident que les critiques de Nicolas Sarkozy et de celles des démagogues d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, sans oublier celles des politiciens au rancart, apparaissent de plus en plus dérisoires. Néanmoins, cela ne nous exonère pas de répéter inlassablement que l’avenir de la France se situe dans l’Europe, mais dans une Europe qui a une âme et un idéal, mais pas un idéal purement mercantile à la Berlusconi. Comme le dit si justement François Bayrou, « les Européens attendent un projet de société qui fonde un espace organisé, un pôle de stabilité et d’équilibre, non un marché ouvert à tous vents ».

Michel Escatafal


L'Europe est un combat de tous les jours

Par escatafal in Europe - 13 dé, 2007

  

Pays candidats

   En bleu, les pays de l'Union Européenne

S’il y a bien un sujet très important pour notre pays, c’est l’Europe. Et pourtant, l’Union Européenne n’intéresse pas réellement les Français, à part quelques professions concernées comme l’agriculture, ou une petite élite qui disserte sur le sujet. De fait, il n’est pas étonnant dans ce contexte que la France ait répondu NON au projet de constitution européenne qui lui était soumis par référendum. Nous n’allons pas refaire l’histoire et reparler de ce vote négatif, mais ce résultat apparaissait inéluctable, d’autant que les principaux dirigeants des partis politiques de gouvernement, donc a priori pro-européens, n’ont pas su ou voulu convaincre les Français du bien-fondé de cette constitution.

En réalité ils n’ont fait qu’accompagner mollement un mouvement qui les dépasse quelque peu, et qu’ils utilisent au gré de leurs humeurs ou de leurs intérêts électoraux. Il n’est qu’à voir les critiques qui s’abattent sur Bruxelles dès qu’un projet national n’est pas accepté par la Commission Européenne, parce que contraire à la législation européenne ou parce que nécessitant l’accord des 27 pays de l’Union. A chaque fois, c’est un tollé contre les « technocrates de Bruxelles » qui, soi-disant, ne comprennent rien aux intérêts nationaux. En clair, on critique l’Europe toute la semaine et on demande à la population de voter pour elle le dimanche.

Le plus grave, c’est que ces  mêmes dirigeants une fois au pouvoir, font de Bruxelles leur bouc-émissaire. Combien de critiques avons-nous entendu de la part de Nicolas Sarkozy sur l’Europe depuis son accession au pouvoir. Combien de fois l’avons-nous entendu parler négativement de l’Eurosystème parce que la Banque Centrale Européenne mène une politique monétaire indépendante, et parce qu’elle se permet de critiquer les déficits très importants de notre pays. Par ailleurs, si une avancée économique ou sociale est obtenue sur le plan européen, chaque gouvernement national, et notamment le nôtre, s’en attribue la paternité. En revanche, si une mesure impopulaire et nécessaire est imposée aux différents Etats de l’Union, c’est la faute de Bruxelles.

Les médias eux-mêmes ne sont pas exempts de reproches sur ce plan, et plus particulièrement les médias français. Certes, ceux-ci sont occupés en priorité à rendre compte de tous les faits et gestes de Nicolas Sarkozy, mais manifestement l’Europe n’est pas leur sujet favori. La semaine dernière, comme nous le disions hier, la presse française contrairement à la presse allemande n’a quasiment pas parlé du sommet franco-allemand. Est-ce parce que Nicolas Sarkozy n’y avait pas le beau rôle ? Possible, mais pas certain. La presse, comme les gouvernants déclinent les questions européennes en fonction uniquement de l’agenda de politique intérieure.

Les grandes chaînes de télévision ont évidemment une responsabilité particulière dans le phénomène, mais comment demander à TF1 ou France 2 d’aborder ces problèmes dans leurs journaux télévisés de 13h ou 20h, alors qu’ils n’offrent qu’une vision très parcellaire de l’actualité, avec pour seul et unique objectif de faire de l’audience.  L’Europe, même pour des décisions très importantes, pèse peu à côté des faits divers qui émaillent chaque jour la vie du pays. Et pourtant s’ils le voulaient,  ces médias pourraient largement aider la population à s’informer sur ce que l’Union Européenne fait sur les transports, la pêche, l’agriculture, la culture etc.

Cependant, il ne faut pas tout mettre sur le dos de la presse. Nous avons déjà évoqué le peu d’empressement des hommes politiques à aborder  les problèmes européens devant leurs électeurs, parce qu’ils ont peur qu’on leur reproche de ne pas s’intéresser suffisamment aux problèmes nationaux ou locaux. L’Europe est en effet quasiment absente des discussions au moment des élections. En dehors de François Bayrou, qui a interpellé les Français sur la nécessité de construire l’Europe pendant la campagne présidentielle ? Personne, y compris les deux autres principaux candidats, chacun ayant peur de froisser ses « antieuropéens notoires ». Et pourtant, si l’on veut que la construction de l’Europe devienne un jour un pôle d’intérêt pour nos concitoyens, il faudra bien que les partis politiques ayant vocation à gouverner en fassent un sujet de préoccupation pour leurs militants, leurs cadres et leurs élus.

A mon très modeste niveau, et à la demande de l’équipe qui me soutenait pendant la campagne électorale des élections législatives de mai-juin, nous avons décidé de passer une soirée entière à parler des questions européennes, afin d’apporter des réponses aux questions que pouvaient se poser les électeurs. Les débats ont été très intéressants, chacun y allant de sa remarque qui sur la culture, qui sur l’enseignement, qui sur l’agriculture etc. Cela dit, nous avons tous regretté que les partis politiques ne développent pas assez  la dimension européenne dans la formation de leurs élus ou militants. Pourtant la demande est réelle, comme nous avons pu le constater à Seignosse lors du Forum des Démocrates en septembre. Là encore, notre mouvement est en avance sur tous les autres.

Cela étant, quelle que soit notre bonne volonté, c’est Nicolas Sarkozy qui est président de la République et qui dirige la politique européenne du pays. Donc , on ne peut pas attendre de sa part ces quelques signes forts qui pourraient obliger nos compatriotes à s’intéresser de plus près à ce qui se passe en Europe, même si on lui sait gré d’avoir contribué à la signature du traité de Lisbonne. Cependant, la signature de ce traité n’effacera pas le NON au référendum sur la Constitution, un texte largement inspiré par les Français, puisque Valéry Giscard d’Estaing était le président de la Convention créée à cet effet. De plus, il ne faut pas que Nicolas Sarkozy persiste dans ses comportements anti U.E. à la fois en paroles contre les institutions, et en actions en promouvant une nébuleuse union méditerranéenne, sachant très bien que celle-ci ne verra jamais le jour.

Parmi les gestes forts dont nous parlions précédemment, il en est un qui serait particulièrement significatif aux yeux de nombreuses personnalités éminentes dans le concert européen : communautariser le siège de la France au sein du Conseil de Sécurité, étant entendu que c’est totalement impensable de la part de la Grande-Bretagne. Là ce serait une vraie rupture ! Néanmoins et c’est une opinion qui n’engage que moi, je suis persuadé comme beaucoup d’autres amis  pro-européens convaincus, que ce serait le seul moyen d’impliquer les partenaires européens dans les grands choix de politique étrangère à l’échelle mondiale.

 D’ailleurs, même si l’idée apparaît utopique aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy, le seul fait que l’Europe ait la personnalité juridique l’autoriserait à siéger à l’ONU. De plus, la création du poste de « haut représentant pour les Affaires étrangères », sorte de ministre des Affaires étrangères, montre que l’on va vers une politique étrangère commune à l’UE, quelles que soient les réticences des uns et des autres. En tout cas, si la France s’engageait un jour dans cette voie, le choc serait colossal et qui sait, amènerait peut-être le Royaume-Uni à envisager de s’arrimer un peu plus à l’Europe.

En conclusion, sans vouloir trop rêver, il faut absolument redorer l’image de l’Europe aux yeux des citoyens dont la désaffection vis-à-vis de l’Union Européenne est croissante. Il est nécessaire d’expliquer que face aux problèmes du monde liés au changement climatique, à l’énergie, à l’immigration illégale…, il faut construire l’Europe,  car sur tous ces sujets qui conditionnent notre avenir, c’est  la seule réponse durable. De plus, l’Europe c’est à la fois la démocratie, la paix, l’élargissement des droits de l’homme dont sont privées tant d’individus sur notre planète, et dont nous trouvons naturels de jouir.

Nos concitoyens ne doivent plus avoir cette image caricaturale de l’Europe qu’ont essayé de lui donner ses adversaires. Ils doivent plutôt être fiers d’être des citoyens européens appartenant à une entité de 500 millions d’habitants, première puissance économique dans le monde, qui a une monnaie unique pour 13 de ses membres, un marché intérieur , une politique agricole commune , des fonds de cohésion…, ce qui ne nous empêche pas de garder notre nationalité française, espagnole, italienne, luxembourgeoise ou allemande.

M.E.