Comment on devient président de la République
Aujourd’hui nous allons une nouvelle fois parler de Nicolas Sarkozy, une fois de plus, mais pour souligner ce qui pose problème chez lui, et nous en profiterons pour nous projeter sur l’avenir de notre mouvement. Nous n’évoquerons pas ses résultats économiques, ni les autres parce qu’il y aurait beaucoup à dire et nous avons déjà beaucoup écrit là-dessus. Quand on soutient une femme ou un homme politique, on ne sera jamais d’accord avec celui qui n’a pas voté pour la personne en question, et ne votera jamais pour elle. En revanche, ce qui est plus intéressant ce sont les motivations qui animent les électeurs au moment du vote.
Ici même, j’ai souvent parlé du peu de goût qu’ont les électeurs quand on leur parle d’économie. Le commerce extérieur, la réduction de la dette n’ont jamais été des sujets électoralement porteurs pour les Français. Ces milliards d‘euros que véhiculent ces sujets sont sans doute trop importants pour que cela puisse être un argument électoral. D’ailleurs si cela avait été le cas, jamais Valéry Giscard d’Estaing n’aurait été battu en 1981 et Raymond Barre aurait été élu président de la République en 1988. Non le ressort de ceux qui votent est bien différent : ils ont un besoin irrépressible de croire aux promesses et aux bonnes paroles qui leur sont délivrées.
Prenons le cas du premier président de la République élu au suffrage universel, Louis-Napoléon Bonaparte. Il savait certes que le nom qu’il portait pouvait l’aider, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui l’est davantage, c’est ce que sa mère (la reine Hortense), experte dans la méthode qu’il faut suivre pour tromper une nation, n’a cessé de lui inculquer : elle évoquait notamment «un art des princes consistant à faire miroiter des phrases de manière à ce que par un phénomène d’optique elles fassent voir aux peuples tout ce qui lui plaît ». Elle ajoutait ensuite : « Tous les moyens de régner sont bons. Aux yeux des hommes qui sont crédules, on est grand en n’avouant aucune faute et en rejetant, comme le faisait Napoléon, ses torts sur autrui ».
Des principes aussi immoraux permettent effectivement à un homme (ou une femme) politique ambitieux de poursuivre avec opiniâtreté la réalisation de ses espérances et cet individu, totalement indifférent au choix des moyens, ne regardera que le but offert à ses convoitises. Cela donnera des phrases de ce style : « Je resterai toujours fidèle aux devoirs que m’imposeront vos suffrages ». « Quand on a l’honneur d’être à la tête du peuple français, il y a un moyen infaillible de faire le bien : c’est de le vouloir ». « Soyons les hommes d’un pays, non les hommes d’un parti » etc.
Tout cela était signé Louis-Napoléon Bonaparte, mais ces quelques phrases ne diffèrent en rien de ce que promettait le candidat Sarkozy. Quant à ses actes, ils sont dans la lignée de ce que la reine Hortense enseignait à son fils. Il suffit de voir la manière qu’a le président de la République de livrer en pâture à l’opinion tous ceux qui s’opposent à sa politique ou qui refusent ses réformes. Cela va d’une certaine presse aux titulaires des régimes spéciaux, l’injustice la plus criante aux yeux du président et de son Premier ministre, ou aux enseignants qui n’acceptent pas de voir leurs effectifs réduits de 45000 personnes en trois ans. Il faut effectivement toujours rejeter ses torts sur autrui. D’ailleurs, hier, c’est tout juste si le président de la République n’a pas dit que les déficits de la France sont créés par Bruxelles.
Cela étant, même si les Français sont déçus, même s’ils sont convaincus qu’on leur a menti, qu’on a fait des promesses intenables, rien ne dit que Nicolas Sarkozy ne sera pas réélu en 2012. Je ne le souhaite évidemment pas, mais il y a trop d’exemples prouvant que les électeurs ont la mémoire courte. Sans remonter cette fois jusqu’à Louis-Napoléon Bonaparte, car l’opinion avait pour excuse d’être peu ou pas informée, il suffit quand même de se rappeler que Jacques Chirac avait été deux fois Premier ministre, avec chaque fois un bilan peu convaincant, avant d’être élu deux fois président de la République. Nicolas Sarkozy lui-même n’avait rien d’un homme neuf l’année dernière, et pourtant il a réussi comme François Mitterrand en 1981 à incarner la nouveauté.
A l’étranger on n’est pas en reste. Tony Blair aux dernières élections britanniques, bien qu’impopulaire à cause de son engagement dans la guerre en Irak, a réussi à l’emporter pour la troisième fois. Idem pour Silvio Berlusconi en Italie et pourtant l’Italie n’a pas à se féliciter de son action passée. Enfin aux Etats-Unis, combien d’Américains ont dit très rapidement à propos de Georges Bush « plus que quatre ans », et il a été réélu malgré un bilan catastrophique à tout point de vue...qui n’a fait que s’aggraver. Pour autant qui pourrait affirmer avec certitude que Georges Bush, par l’intermédiaire de Mac Cain, ne fera pas un troisième mandat ?
C’est pour cela que nous, militants du Mouvement Démocrate, devons impérativement réfléchir sur ce que nous allons faire au cours des prochains mois. De grâce, ne passons pas trop de temps à nous occuper de l’organisation du parti, même si c'est important, car ce temps est précieux avec l’année prochaine les élections européennes. Faisons en sorte que nous présentions des candidats neufs, prêts à porter sans ambiguïté les couleurs du MoDem. Cela vaut aussi pour les élections régionales qui vont suivre. Il y en a assez de voir des gens proposés au suffrage des électeurs parce qu’ils ont fait une carrière à la télévision ou dans l’armée. Il faut que François Bayrou s’entoure de gens qui ont des convictions et qui sont prêts à le suivre dans sa conquête du pouvoir, même si elle devait s’avérer difficile et gageons qu’elle le sera, car nous ne savons pas faire dans la démagogie.
N’oublions pas que si François Bayrou avait été élu président de la République, il y aurait au gouvernement une grande partie des élus qui l’ont quitté dès le soir du second tour de l’élection présidentielle. Et il est probable que parmi ceux qui se sont dévoués pour porter les couleurs du MoDem aux élections législatives de juin 2007, bien peu aurait eu l’investiture du parti. Alors que François Bayrou et son bureau politique réfléchisse bien à cette question des investitures, sous peine d’ajouter un peu plus à la confusion des électeurs qui ont voté pour lui. S’ils lui ont apporté leurs suffrages c’est pour faire de la politique autrement, et non pour mettre ou remettre en place des politiciens qui, comme le disait le général de Gaulle, devraient être au rencart.
Michel Escatafal
Chassez le naturel, il revient au galop…
Notre président de la République est de nouveau en campagne, et cela va durer quatre ans encore. Hier, en pleine journée de mouvements sociaux, nous avons eu droit à plusieurs annonces du pouvoir ou, dit autrement, à quelques « coups de menton ». Deux de ces annonces sont à retenir : la croissance en France aurait été meilleure que prévu en 2007 et au premier trimestre 2008. Ensuite on va légiférer sur le service minimum d’accueil. Dans les deux cas, le but est de montrer au bon peuple qu’on est bien gouverné, et que l’on s’occupe de lui face aux tracasseries imposées par des enseignants qui ne cessent de faire grève. Voilà en gros ce que l’on a entendu hier sur toutes les ondes.
Bien entendu personne n’est dupe, mais après tout Nicolas Sarkozy se dit que malgré ses échecs comme ministre de l’Intérieur en matière de sécurité, il a quand même été élu président de la République. Alors pourquoi ce qui a marché par le passé, ne remarcherait-il pas aujourd’hui…et demain. Effectivement, vu sous cet angle tout est possible. Cependant, par rapport à un passé récent, les Français ont été sérieusement déçus sur quelques sujets ô combien sensibles pour eux, et parmi eux le pouvoir d’achat. De plus, ils savent bien que les effets de manche et les incantations ne vont pas leur permettre de gagner plus, y compris en travaillant plus. Or, à quelques semaines des vacances, le porte-monnaie reste désespérément vide pour nombre d’entre eux.
Revenons donc à la croissance française pour souligner d’abord que malgré la crise financière, la croissance dans la Zone euro s’est jusqu’à maintenant à peu près maintenue. Pour parler comme les économistes, la Zone euro a fait preuve d’une bonne résistance face au ralentissement mondial avec une augmentation du PIB de 0,7%. A ce propos, malgré les cocoricos de Madame Lagarde et François Fillon, il faut noter que la France (+0,6%) fait moins bien que la moyenne de la Zone euro. Elle fait surtout beaucoup moins bien que l’Allemagne qui a enregistré une progression de 1,5%, ce qui doit quand même nous réjouir puisque l’Allemagne, pilier économique de la Zone euro, est notre principal client.
Cette embellie va-t-elle durer ? A priori non, car les nuages s’amoncellent un peu partout, y compris dans des pays qui faisaient beaucoup mieux que nous jusque là, par exemple l’Espagne qui chute à son plus faible niveau depuis 15 ans (+0,3% au premier trimestre 2008). Angela Merkel, elle-même, reste très prudente et son réalisme tranche avec la jubilation des responsables politiques français. En faisant preuve de prudence, notamment parce que les entrées de commandes en Allemagne en provenance de pays comme l’Espagne ou l’Italie sont en baisse, Angela Merkel ne fait que suivre l’opinion de Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, qui affirme que le deuxième trimestre s’annonce « moins flatteur ».
Ce qui est rassurant en revanche, c’est que cette forte croissance en Allemagne a été portée à la fois par les investissements et la consommation des ménages. Cela a été un peu moins le cas en France, mais le taux d’investissement s’est quand même accru significativement. Cette augmentation du taux d’investissement était déjà perceptible en 2007. En revanche, si nos exportations ont bénéficié de la bonne conjoncture allemande, un ralentissement des exportations allemandes donc de la croissance outre-Rhin pourrait nous pénaliser fortement. C’est pour cela que les cocoricos bruyants de François Fillon et Christine Lagarde doivent être relativisés.
En évoquant l’année 2007, Nicolas Sarkozy et les membres de son gouvernement se sont bien gardés de préciser ce que tous les économistes s’accordent à dire à savoir que, contrairement à ce qu’affirmait François Fillon hier, les mesures prises dans le cadre de la loi TEPA (paquet fiscal) n’étaient pour rien dans le redressement des chiffres de la croissance. En effet, c’est surtout une révision des chiffres du premier semestre qui a permis ce supplément de 0,2%, ce qui voudrait dire (quelle horreur !) que le mérite en reviendrait au gouvernement de Dominique de Villepin. Evidemment, il n’était pas question de souligner cela pour Nicolas Sarkozy, qui voit rouge chaque fois que l’on évoque le nom de l’ancien Premier ministre.
L’autre annonce tonitruante du président de la République concerne ce qu’il faut bien appeler une limitation du droit de grève dans notre pays, en prenant l’initiative de déposer un projet de loi inscrivant le droit à l’accueil des enfants dans les écoles, les jours de grève. Cette limitation, tout le monde l’a bien compris, est d’abord destinée à l’opinion pour que celle-ci prenne en grippe les enseignants. Cela étant, cette même opinion devrait réaliser que les enseignants ne font que se défendre en manifestant leur désaccord sur la suppression de plus de 10.000 postes à la prochaine rentrée. L’enseignement dans notre pays doit être plus que jamais une priorité, et ce n’est pas en supprimant chaque année des milliers de postes que l’on arrivera à donner leur chance à ceux qui souffrent le plus d’un parcours éducatif les menant à l’échec scolaire.
De plus, a-t-on tellement besoin d’imposer une loi (une de plus) pour deux ou trois mouvements de grève annuels. A entendre Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos, les enseignants passent leur temps dans la rue à manifester. C’est très réducteur, et disons-le mot scandaleux, de proférer de telles affirmations. Les enseignants enseignent et font leur travail du mieux qu’ils le peuvent, et il n’est pas normal de leur faire supporter les mauvais choix qui sont faits pour l’école depuis des années. L’école de la réussite ou l’investissement pour l’avenir, comme dit François Bayrou, mérite quand même mieux que toute cette agitation stérile d’un président de la République dont le seul but est de remonter dans les sondages d’opinion.
Michel Escatafal
Il y a 27 ans, le 10 mai 1981
Il y a vingt sept ans comme aujourd’hui, la gauche prenait le pouvoir en France. Ce fut un évènement considérable dans notre pays qui, soi-disant, venait « de passer de l’ombre à la lumière » (Jack Lang). Cela étant, c’est un anniversaire qu’on ne fête plus depuis bien longtemps, tellement la gauche semble être passée en mode autodestruction en même temps qu’elle perdait ses idées. Et s’il le fallait, pour bien montrer que la gauche en France est bien morte de sa belle mort, ses dirigeants les plus révolutionnaires ont pour principal adversaire non pas le pouvoir actuel, mais d’abord le Parti Socialiste, tout cela évidemment au nom de l’idéologie. C’est la raison pour laquelle, les idées de droite ont encore sans doute de très beaux jours devant elles.
J’espère simplement me tromper en disant cela, car je maintiens que la seule alternative crédible à la vacuité des propositions faites par les uns et les autres est la nôtre, celle du Mouvement Démocrate à condition, toutefois, de mettre toute notre énergie à promouvoir notre projet. Certains vont me trouver bien optimiste, mais après tout qui aurait pensé il y a moins de deux ans que le futur président des Etats-Unis pourrait être un homme de couleur ? Bien sûr Barack Obama n’est pas encore président, mais pour peu que le clan d’Hillary Clinton joue le jeu du Parti Démocrate, c’est une possibilité pour ne pas dire une probabilité sérieuse compte tenu des effets désastreux pour l’Amérique des huit années de présidence Bush, donc républicaine.
L’Amérique, en effet, est devenue en moins d’une décennie un colosse au pied d’argile. Depuis 2001, ce pays n’a cessé de guerroyer ou d’entretenir des conflits à travers le monde avec les résultats que l’on connaît, notamment en Irak et en Afghanistan. Mais l’influence américaine s’est aussi énormément amoindrie sur le plan économique, au point de voir sa monnaie devenir le principal problème dans le monde capitaliste pour la première fois depuis un siècle, c’est-à-dire depuis le moment où le dollar avait supplanté la livre sterling. D’ici une vingtaine d’années, peut-être moins, l’euro et même le yuan parleront d’égal à égal avec la monnaie de l’Oncle Sam.
Même la langue anglaise subit le contrecoup de la perte d’influence de l’Amérique dans le monde tel que l’a voulu Georges Bush. C’est tout cela qui nous fait dire que les électeurs américains pourraient très bien choisir le sénateur noir de l’Illinois, d’autant que ses positions en politique étrangère paraissent autrement plus raisonnables que celles de Mac Cain qui, pour reprendre ce que disait Barack Obama cette semaine, « ne ferait que remplir le troisième mandat de la présidence Bush ». Je ne pense pas, et je n’imagine pas, le peuple américain assez sot ou assez naïf pour retarder de quatre ans une alternance devenue indispensable.
Elle l’est d’autant plus que le monde évolue très vite avec la montée en puissance des pays émergents, au premier rang desquels la Chine, mais aussi l’Inde et…la Russie. Deux de ces trois pays ne sont pas démocratiques et sont dirigés d’une main de fer par des hommes ou des partis nationalistes, quelle que soit l’appellation qui leur est donnée. La Chine est devenue plus que jamais incontournable sur le double plan militaire et économique. La Chine dispose de réserves de change énormes (1650 milliards de dollars), elle est devenue l’usine du monde développé, et son armée n’est pas en reste. Elle dispose d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU et, à ce titre, elle peut décider de ce que la communauté internationale peut faire ou ne pas faire dans tel ou tel pays.
On l’a vu à propos du Darfour, mais aussi de la Corée du Nord, de l’Iran ou de la Birmanie. La Chine forte de 1,3 milliards d’habitants est déjà presque une superpuissance, et se comporte comme telle. Son influence dans le monde croît à une vitesse inimaginable il ya seulement dix ans, que ce soit en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Dans nombre de pays, le chinois est devenu incontournable à l’université. Bref la Chine est déjà un géant à la fois économique et politique, même si elle doit réussir les ajustements sociaux et environnementaux que lui impose une croissance exceptionnelle, génératrice d’inégalités sociales et régionales.
La Russie aussi doit faire face à ces défis, car comme la Chine elle veut peser sur les affaires du monde. Les Russes n’oublient pas qu’il y a moins de vingt ans, du temps de feu l’URSS, elle était une des deux superpuissances avec les Etats-Unis. Elle a dû pendant quelques années ravaler ses ambitions avec l’éclatement de l’Union Soviétique, et la mise en place d’un nouveau modèle politique et économique. Mais finalement son évolution politique n’a pas été très importante. Certes, il n’y a plus officiellement de parti unique, mais dans les faits c’est le cas. On l’a vu clairement au moment de la dernière élection présidentielle avec les dispositions prises par Vladimir Poutine pour rester le maître du pouvoir. Car ce dernier veut profiter pleinement du fait que la Russie retrouve son rang de grande puissance sur la scène internationale.
Certes, la Russie a contre elle d’avoir une population faible (142 millions d’habitants) par rapport à la Chine, l’Inde, l’Union Européenne ou les Etats-Unis, mais son sous-sol (dont une bonne partie est encore à explorer) recèle un formidable réservoir de matières premières et sa situation géographique privilégiée, à la fois en Europe et en Asie, lui permet d’être déjà le fournisseur attitré de plusieurs grandes zones économiques. La Russie fournit à l’Europe, pour ne citer qu’elle, 40% de ses besoins en gaz et pétrole et 50% de son uranium. Cette emprise mondiale sur les matières premières, avec des cours qui ne cessent de s’apprécier, lui permet de développer son économie vers la haute technologie, par exemple les nanotechnologies, et d’envisager de restructurer son armée, seul moyen aux yeux de Vladimir Poutine pour que la Russie retrouve son prestige.
Tout cela nous éloigne de notre propos initial et de l’anniversaire du 10 mai 1981. Mais cela démontre aussi que le monde a beaucoup évolué depuis cette époque. De nos jours l’idéologie a perdu de son importance, car il n’y a plus d’opposition au modèle capitaliste quelle que soit sa forme, capitalisme d’Etat comme en Chine ou en Russie, ou capitalisme des sociétés multinationales. Entre ces deux formes de capitalisme, la différence sur le plan politique apparaît énorme, avec d’une part une conception autocratique de la société et de l’autre une conception démocratique. Mais est-ce bien le cas ? C’est curieux, en posant cette question j’ai l’impression de me retrouver dans les débats que nous avions quand j’étais étudiant, en mai 1968. Finalement le monde n’a pas tellement changé depuis 40 ans : simplement nous avons perdu nos illusions. Raison de plus pour inverser cette tendance, même si pour le moment cela peut paraître utopique.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Les électeurs ont la mémoire courte
Parmi les énigmes du suffrage universel ou de l’imagerie populaire quand celui-ci n’existait pas, il y a le fait que l’on ne se souvient que rarement, pour ne pas dire jamais, des moments difficiles que l’on a vécus sous la domination ou le pouvoir d’un gouvernant. Dans le même ordre d’idées, cela se vérifie systématiquement quand un personnage connu vient à mourir. A ce moment-là, ce ne sont que compliments qui s’abattent sur lui, y compris venant de ses plus irréductibles adversaires ou ennemis. C’est encore plus le cas quand c’est un homme politique, parce que la légende côtoie l’histoire de très près et même le plus souvent la surpasse. Bref, les gens ont une mémoire très sélective.
En lisant des textes de l’époque du Second Empire, on est très surpris de voir à quel point la légende napoléonienne a contribué à l’élection de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la République en 1848, et ensuite à l’instauration du Second Empire. A ce propos Hyppolite Magen, historien des deux empires français écrivait ceci : « J’ai resserré ce que l’histoire raconte longuement du premier et du second Empire. Puissent mes deux véridiques récits contribuer à l’anéantissement de cette légende napoléonienne que le mensonge créa et que, pour notre malheur, l’ignorante crédulité du peuple a laissé subsister trop longtemps » ! Pour un républicain, les mots vis-à-vis du peuple sont quand même très durs.
Cela étant on pouvait le comprendre vu le contexte de l’époque, car il ne faut pas oublier que ces phrases ont été écrites peu de temps après le désastre de Sedan (1 et 2 septembre 1870), qui allait permettre à la Prusse de s’approprier l’Alsace et la Moselle quelques mois plus tard. Encore une fois l’Empire laissait une France amputée de deux territoires importants, même si quelques années plus tôt (en 1860) la France avait récupéré la Savoie et Nice. En revanche le bilan du Premier Empire était beaucoup plus catastrophique, tant sur le plan humain que sur le plan territorial. La République avait en effet donné à la France vingt-six nouveaux départements, avec une population de plus de huit millions sept cent mille habitants, que le premier Empire lui fit perdre après avoir causé la mort de cinq millions d’hommes.
Par la suite, malgré ce bilan extrêmement négatif, notre pays continuera à nourrir la légende napoléonienne sous toutes ses formes, au point de faire de Napoléon 1er le Français le plus connu et peut-être même le plus vénéré dans l’inconscient populaire. On ne voit que sa grandeur, que son génie militaire, mais plus personne ou presque ne se rappelle le dictateur qu’il fut. Il en est presque de même de Napoléon III, surnommé le Petit par Victor Hugo lui-même fasciné par l’image de Napoléon 1er , même si son bilan global fut un peu moins négatif parce que le second Empire reste une époque qui a permis à la France de profiter en partie des progrès de la révolution industrielle.
Ce long préambule historique nous amène tout naturellement à évoquer un passé plus récent. Qui n’est pas gaulliste aujourd’hui ? A peu près personne, ce qui est beaucoup plus mérité que pour les deux Napoléon, car le général de Gaulle a été celui qui a permis à la France de rester debout à une époque où ses dirigeants voulaient qu’elle se couchât. On peut même considérer qu’il a sauvé deux fois notre pays, car la situation en 1958 était très difficile en pleine période de décolonisation, avec notamment la crise algérienne que le général était sans doute le seul à pouvoir résoudre.
Là aussi comme pour chaque grand personnage la légende a fait son œuvre, au point d’avoir éclipsé tous les gouvernants de notre pays qui ont participé à son redressement après 1945. En parlant de légende, on évoque plutôt de nos jours le mot communication. Cette dernière en effet est devenue depuis une trentaine d’années « la reine des batailles », notamment grâce à la télévision. Tout le monde se souvient du fameux, « Monsieur Mitterrand vous n’avez pas le monopole du cœur » de Valéry Giscard d’Estaing lors de son premier face à face présidentiel en 1974. Curieusement malgré un très bon bilan, VGE fut battu par François Mitterrand lors de l’élection présidentielle suivante en 1981, grâce surtout à une excellente campagne de communication du leader socialiste.
Ce bon bilan du septennat de Valéry Giscard d’Estaing était dû principalement à l’action de Raymond Barre, dont la plupart des observateurs soulignaient les compétences et les qualités d’homme d’Etat. Cela dit, malgré des résultats sur les plans économique et social, entre 1976 et 1981, nettement supérieurs à ceux qu’avaient obtenu en leur temps ses opposants à l’élection présidentielle de 1988 (Jacques Chirac et François Mitterrand), Raymond Barre n’arriva qu’en troisième position cette année là et fut éliminé du second tour.
Il est vrai que la démagogie et les promesses en l’air n’étaient pas le fort de l’ancien Premier ministre. Sans promettre du sang et des larmes, il s’efforçait toujours de dire la vérité aux Français, contrairement à beaucoup d’autres qui n’ont pas ce courage, Nicolas Sarkozy en tête. Plus démagogue que lui, il n’y a pas, mais il a été élu président de la République, et même si je souhaite le contraire, il sera encore redoutable lors de la prochaine échéance présidentielle.
Cela étant, la France n’a pas l’exclusivité de ce type de comportement. L’Italie pourrait en apporter la preuve dès dimanche lors des élections générales, car si l’on en croit les sondages elle pourrait se retrouver pour la troisième fois avec Silvio Berlusconi à la tête du gouvernement. Et pourtant le bilan du Cavaliere, comme on l’appelle dans la péninsule, a été rien moins que désastreux entre 2001 et 2006. Outre le fait que pendant cette période le revenu par habitant n’avait jamais autant reculé depuis la fin de la 2è guerre mondiale, les déficits ont explosé à des niveaux tout à fait vertigineux, très éloignés des critères de Maastricht. Et pourtant que de promesses avaient été faites ! Cela nous rappelle point par point le scénario que nous vivons en France depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy.
Et bien malgré tout cela, et même s’il n’a plus rien à proposer sauf à s’attaquer une nouvelle fois aux magistrats et aux institutions, Silvio Berlusconi a de fortes chances d’obtenir de nouveau la majorité au Parlement, y compris au Sénat. Pourtant face à lui il y a un homme, Walter Veltroni, qui a su faire preuve à la fois de pragmatisme, surtout venant d’un ancien communiste, mais aussi de beaucoup de cran en créant un parti réformiste de centre gauche, le Parti Démocrate, prêt à gouverner seul le pays.
Ainsi, en cas de victoire, Walter Veltroni pourra disposer d’une vraie majorité à la place de l’improbable coalition avec laquelle a été obligé de composer Romano Prodi, ce qui ne l’a pas empêché de ramener les déficits publics à des niveaux beaucoup plus raisonnables. Mais il lui a manqué du temps pour réformer en profondeur l’Italie, et surtout pour éviter que le fossé des inégalités se creuse entre le Nord riche et prospère et le Sud plutôt pauvre, inégalités dont jouent Silvio Berlusconi et ses amis.
En conclusion, il faut espérer que le peuple italien fasse preuve dimanche et lundi de bon sens, et ne ramène pas au pouvoir Silvio Berlusconi, Gianfranco Fini et autres Humberto Bossi. Ce serait le signe que nos amis transalpins ont cessé de croire aux chimères que leur distille depuis des années le milliardaire populiste. Ce serait aussi la preuve qu’ils ont réalisé qu’il n’y a pas de fatalité du déclin pour l’Italie, à la condition d’accepter de faire les efforts nécessaires pour engager le pays sur la voie de la croissance et de la solidarité, comme nous disons au Mouvement Démocrate. Et puis, Silvio Berlusconi écarté du pouvoir, ce serait aussi un message d’espoir pour nous Français !
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
La Légion d'Honneur : une faveur ou une récompense ?
Même si nul ne conteste une forme de génie à l’empereur Napoléon 1er, il aura quand même accumulé les avatars pour notre pays. Tout d’abord il aura laissé la France « tout petite », pour reprendre son expression, alors l’avoir reçue si grande. Ensuite parmi les erreurs qu’il a faites, il y a eu la création de la Légion d’honneur (le 19 mai 1802), même si c’est sans doute une de celles qu’on lui reproche le moins. Et pourtant on se demande bien pourquoi, en tant que fils de la Révolution, il a rétabli ce qui avait été supprimé après 1789, à savoir toutes les décorations de l’Ancien Régime. Peut-être était-ce une forme de démonstration prouvant que la Révolution avait vécu, et que désormais on allait vivre sous une nouvelle ère.
De fait le 14 juillet 1804, quelques mois avant d’être couronné empereur, le Premier Consul organisa la première remise de Légion d’Honneur destinée aux officiers méritants. Il fut d’ailleurs obligé de faire un tri, car avec toutes les guerres de la Révolution depuis Valmy (20 septembre 1792) jusqu’à Marengo (14 juin 1800), le nombre de soldats qui se sont illustrés est tout à fait impressionnant. Et ce n’était qu’un début car, peu après, il y aura des guerres contre toute l’Europe entre 1805 et 1815, avec de nombreuses victoires mais aussi quelques défaites retentissantes, dont Waterloo, qui mettront un terme à un empire dont la durée de vie n’aura pas dépassé une dizaine d’années.
Cela étant la Légion d’Honneur existe toujours, et chaque année à l’occasion du 14 juillet ou en début d’année, nous avons droit immanquablement à des nominations dont on peut penser qu’elles sont d’abord une faveur offerte à quelques amis du président en place, et en cela Nicolas Sarkozy ne fait que suivre ce que faisaient ses prédécesseurs. Là aussi, il n’y a pas eu la rupture annoncée, mais qui en doutait ? D’ailleurs il suffit de voir les noms des principaux récipiendaires pour en être convaincu. Entre Bernadette Chirac, Christian Clavier, Patrick Lelay qui devient commandeur, Valérie-Anne Giscard d’Estaing, pour ne citer qu’eux, on se demande bien au nom de quoi ces gens-là ont droit à cette distinction.
Si nous disons cela c’est parce que, comme chacun le sait, la Légion d’Honneur est la plus élevée des distinctions nationales avec, en outre, la particularité de pouvoir aussi être attribuée à des étrangers. Elle est la récompense de mérites éminents acquis au service de la Nation, soit à titre civil, soit sous les armes, selon le code en vigueur depuis 1962. Cela précisé, cette définition ne diffère guère de celle de la loi du 29 Floréal an X : « récompenser les services civils et militaires exceptionnels rendus au pays ». Le mot exceptionnel indique bien que la manière dont cette distinction est octroyée de nos jours est à l’opposé de ce qui devrait être fait.
Même Vladimir Poutine s’est vu décerner la Légion d’Honneur il y a deux ans, en 2006. Ce n’est certainement pas la meilleure décision de Jacques Chirac, même s’il fait partie des responsables politiques qui se sont beaucoup trompés. Heureusement, Nicolas Sarkozy s’est un peu rattrapé puisqu’il a décoré Festus Mogae, le président du Bostwana pour avoir fait de son pays « un modèle de démocratie ». Cela étant, je maintiens quand même que lui donner la Légion d’Honneur n’est pas dans l’esprit de la distinction telle que nous pouvons la concevoir
Il ne l’est pas davantage, pour ne pas dire encore moins, quand il s’agit d’hommes politiques dont les principaux faits d’armes ont été de présider un Conseil Général ou Régional. Et pourtant combien sont-ils à exhiber fièrement leur petit insigne rouge à la boutonnière. Il y a aussi les gens de lettres qui figurent parmi ceux qui sont souvent décorés. Là aussi on peut se poser la question, car ce n’est pas parce qu’un écrivain a gagné le prix Goncourt que cela doit être considéré comme un évènement exceptionnel méritant pareille distinction. Tout le monde n’est pas Lamartine, Victor Hugo, ou Zola.
Restent les sportifs, qui sont sans doute les mieux acceptés parmi les récipiendaires, parce qu’ils représentent la grandeur du pays et parce que les gens s’assimilent facilement à eux. Marie-Jo Pérec, Laure Manaudou, Zidane, Platini, Prost ou Hinault, ont porté très haut les couleurs de la France par les exploits qu’ils ont accompli dans les grandes compétitions. Certains sont même flattés de voir leur idole être décorée de la sorte, car ils considèrent que c’est aussi un peu à eux que l’on rend hommage, ce qui n’est pas tout à fait faux.
Malgré tout, ceux pour lesquels j’ai le plus d’admiration sont ceux qui refusent la distinction car, généralement, ils la refusent pour de très bons motifs. Le Curé d’Ars la refusa parce que cela ne rapportait pas d’argent …qu’il aurait pu donner aux pauvres. D’autres la refusent par principe comme l’ont fait par le passé Sartre et Simone de Beauvoir, mais aussi Aragon, Jacques Prévert, et plus loin de nous Georges Sand, Maupassant ou Maurice Ravel. D’aucuns enfin, dont les parents sont morts à la guerre, la refusent parce qu’ils pensent, à juste titre, que ces derniers la méritent davantage qu’eux parce qu’ils ont versé leur sang pour la patrie.
Bref, je fais partie de ceux qui pensent que la plupart de ceux qui ont la Légion d’Honneur ne la méritent pas, et qu’en revanche beaucoup de ceux qui ne l’ont pas mériteraient de l’avoir. Je suis surtout atterré de constater que finalement rien n’a changé dans notre monde depuis 1804. La Révolution se termina par une victoire de la bourgeoisie sur le petit peuple, le Tiers Etat devenant la classe dominante à la place de la noblesse et du clergé. Cette victoire se concrétisera définitivement avec l’Empire, ce qui n’empêchera pas les opportunistes de se glisser dans cette nouvelle aristocratie.
La liste des légionnaires civils de la Légion d’Honneur de la promotion d’octobre 1803 en est l’exemple frappant. Les légionnaires appartenaient tous à la nouvelle classe sociale dominante, avec des noms célèbres encore aujourd’hui comme le régicide Fouché, l’ancien évêque Talleyrand, le chimiste Chaptal ou le cardinal Cambacérès. A côté de cela, nombre de soldats ou d’officiers qui avaient pourtant sauvé leur pays à maintes reprises n’y figuraient pas, pas plus d’ailleurs que les femmes dont on sait pourtant que leur rôle a été très important dans les années qui ont suivi la Révolution. Pour mémoire, je rappellerais qu’il faudra attendre presque cinquante ans pour voir une femme (Marie Duchemin) recevoir la Légion d’Honneur des mains du président Louis Napoléon Bonaparte.
Voilà pourquoi, je persiste à dire que la révolution avait fait œuvre utile en supprimant toutes décorations y compris militaires, même s’il n’était pas rare dans cette catégorie que le nom du simple soldat puisse côtoyer celui de son général. En tout cas si on devait garder à l’avenir cette distinction bicentenaire, il faut souhaiter qu’elle soit attribuée selon des critères qui n’aient rien à voir avec le copinage. Ce serait aussi une certaine manière de montrer que l’Etat ne saurait être colonisé par un parti, un clan ou une classe sociale.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)
Le président de la République et le Premier ministre
Les élections municipales arrivent au terme de leur campagne de 1er tour, et tout le monde pressent une défaite du parti majoritaire, l’UMP. En fait la seule inconnue réside dans l’ampleur de cette défaite, même si nombre d’observateurs prédisent quelle sera sévère. Dans ce cas, elle sera à la mesure des promesses, non tenues, qui auront été faites par le candidat à l’élection présidentielle Sarkozy. D’ailleurs comment aurait-il pu en être autrement ? Peut-on sérieusement diminuer les impôts et réduire les déficits avec une croissance inférieure à 2% ? Poser la question, c’est y répondre.
Par ailleurs, les Français vont montrer aussi au président de la République que son style de gouvernement ne leur convient pas, ce dont l’intéressé semble avoir pris acte, mais jusqu’à quand ? Dans sa dernière interview au Figaro, il a fait preuve de plus de retenue que d’habitude évitant les annonces spectaculaires et les images chocs, d’où ce sentiment « de platitude » évoqué par les sondeurs. Et oui, le problème pour Nicolas Sarkozy est qu’il ne peut pas impunément changer de style, à force d’avoir forcé le trait pendant des années, sous peine de donner l’impression de n’être plus lui-même.
En outre, il ne peut pas s’appuyer sur son Premier ministre soit pour corriger son image, soit tout simplement pour gouverner différemment, car François Fillon semble tout à fait heureux de se cantonner dans son rôle de collaborateur discret, même s’il refuse le terme de collaborateur. Et pourtant, il n’est rien d’autre qu’un collaborateur, une sorte d’adjoint qui sert de relais entre la direction et son équipe. D’ailleurs les Français, qui ne sont pas toujours à une contradiction près, le placent haut dans les sondages précisément parce qu’il ne fait rien, ce qui est (presque) sans précédent dans l’histoire de la Vè République.
Essayons donc de faire un peu d’histoire depuis 1958, en précisant tout d’abord que la Constitution de 1958 était mi-présidentielle, mi-parlementaire. D’ailleurs comme je l’ai souvent souligné ici, pendant les premières années de la Vè République jusqu’au référendum de 1962, instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel, le général de Gaulle s’est comporté comme un chef d’Etat parlementaire. Michel Debré a lui-même reconnu que durant les trois années où il fut Premier ministre, le président de la République lui laissa conduire librement les affaires intérieures du pays, conformément à la lettre de la Constitution de 1958.
La réforme de 1962 va permettre au président de la République de modifier substantiellement le fonctionnement du régime, et de concentrer à l’Elysée les divers moyens du pouvoir. Cette concentration sera d’autant plus facilitée, que les élections législatives de novembre 1962 allaient donner au général de Gaulle une majorité parlementaire nette et homogène. En fait, on était déjà dans la situation que nous connaissons aujourd’hui, sauf que le président de la République s’appelait Charles de Gaulle et que le Premier ministre était Georges Pompidou.
Si je rappelle le nom des ces deux hommes, c’est précisément parce que ce sont quand même les hommes qui font en partie la fonction. Georges Pompidou fut en effet loin d’être ce Premier ministre falot, type Fillon, en qui certains voyaient au moment de sa nomination un simple faire-valoir du général de Gaulle. Les faits ont largement démontré le contraire au point qu’en 1968, de Gaulle décida le remplacement de Georges Pompidou, qui finissait par lui porter ombrage, par Maurice Couve de Murville.
Une fois élu à son tour président de la République en 1969, et fort du soutien de la majorité parlementaire pléthorique issue des urnes en 1968, Georges Pompidou allait confirmer le présidentialisme qui s’était développé avec le général de Gaulle. Et lui aussi allait céder à la tentation de se séparer de son Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, devenu trop populaire à ses yeux et surtout trop réformiste par rapport aux idées de Georges Pompidou. Avec Pierre Messmer qui ne souhaitait pas mener une politique autonome, le président Pompidou allait gérer plus directement l’action gouvernementale.
Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974 après la mort de Georges Pompidou, allait dans un premier temps se comporter lui-aussi comme un véritable chef de gouvernement. De fait cela aboutit très vite à un conflit avec son Premier ministre de l’époque, Jacques Chirac, ce qui permit à ce dernier de démissionner avec fracas en août 1976. Il est vrai que cette démission tombait bien pour les deux hommes, la situation économique de notre pays, confronté au premier choc pétrolier, étant devenue désastreuse. Cela permis à l’un, Jacques Chirac, de préserver l’avenir et à l’autre, Valéry Giscard d’Estaing, d’appeler au poste de Premier ministre Raymond Barre qui sera, sans aucune contestation possible, le meilleur Premier ministre de toute l’histoire de la Vè République.
François Mitterrand élu en 1981, renouera avec la tendance amorcée par Georges Pompidou et la renforcera. A cette époque le Premier ministre, Pierre Mauroy, aura surtout un rôle de relais auprès des organisations syndicales pour mettre en œuvre les réformes décidées par la présidence de la République. Cela étant, même si son poids politique était fort, faute sans doute des compétences nécessaires, il ne saura pas arrêter les dérives en termes de finances publiques que cette politique produisait.
Bien entendu, nous ne parlerons pas des périodes de cohabitation où la nomination du Premier ministre est imposée par le suffrage universel, et où tout à fait normalement la République redevient en grande partie parlementaire. Ce fut le cas entre 1986 et 1988, puis 1993-1995, et enfin entre 1997 et 2002. Entre temps, il n’y aura eu réellement qu’un seul Premier ministre qui aura marqué son époque, Michel Rocard. Ce dernier lui aussi très populaire, sera renvoyé sans ménagement en mai 1991 sans jamais avoir été désavoué par la majorité parlementaire, ce qui permettra à François Mitterrand de nommer pour la première fois une femme au poste de Premier ministre, Edith Cresson. Cette dernière ne laissera pas pour autant un souvenir impérissable.
Jacques Chirac, une fois président de la République, essaiera lui aussi d’élargir au maximum sa sphère d’intervention. Je dis bien essaiera, parce qu’entre une dissolution manquée et une présidence entre 2002 et 2007 où son adversaire le plus farouche, Nicolas Sarkozy, était au gouvernement, ses pouvoirs ont quand même été largement limités. Et nous en arrivons à la période actuelle, avec ce couple improbable à la tête de l’exécutif formé par Nicolas Sarkozy et François Fillon. Les deux hommes qui sont très dissemblables avaient en fait un seul point commun, leur farouche opposition à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy parce qu’il voulait prendre sa place et François Fillon parce qu’il ne faisait plus partie du gouvernement. Rien que de l’idéologie !
Aujourd’hui, le président de la République est très impopulaire et, curieusement, le Premier ministre serait très populaire. C’est du moins ce que disent les instituts de sondage. Il faut quand même se méfier car les Français ne sont pas dupes. Ils savent bien que ce n’est pas François Fillon qui gouverne, et ils se doutent aussi que l’actuel Premier ministre n’a pas les moyens de l’ambition que certains lui prêtent, à savoir penser à la présidentielle. Nicolas Sarkozy a beaucoup de défauts, mais tout le monde lui reconnaît, comme pour Jacques Chirac, une grande capacité à mener victorieusement un combat électoral à enjeu national. On imagine mal François Fillon dans ce rôle.
Cela veut dire qu’à coup sûr, pour François Bayrou, l’homme à battre à la prochaine échéance présidentielle sera encore Nicolas Sarkozy et ce, quel que soient les résultats des élections à venir. Cependant, il serait quand même bon que le peuple français commence à marquer sa défiance vis-à-vis du pouvoir actuel dès demain, à l’occasion des élections municipales et cantonales. Si les Français veulent réellement le changement, ils doivent voter pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate. Nos candidats ont l’élan et la volonté pour gouverner autrement. Ils sont le plus souvent sans mandat, mais ils ont des idées fortes qu’ils sont prêts à mettre en œuvre pour peu qu’on leur fasse confiance. Comment peut-on être à la fois maire, conseiller général, député, président de communauté d’agglomération etc. ? Absurde !
Michel Escatafal
Il est très difficile d’aller au terme d’un mandat de président de la République
En lisant çà et là ce qui se dit en se moment sur le président de la République, beaucoup s’interrogent pour savoir s’il ira au bout de son quinquennat. Pour ma part, j’ai du mal à croire qu’il puisse quitter ses fonctions avant le terme de son mandat, mais sait-on jamais au train où vont les choses. En tout cas, si l’on regarde de près l’histoire des présidents de la République, on s’aperçoit qu’il y en a beaucoup plus qui n’ont pas fini leur mandat que le contraire.
En effet sur les 22 présidents qui ont précédé Nicolas Sarkozy à l’Elysée, 13 ont quitté leur fonction avant le terme fixé. Certains ont démissionné par devoir, d'autres parce que désavoués ou en désaccord avec la Chambre ou le peuple, quelques uns sont morts de maladie ou ont été assassinés. Donc s’il démissionnait, Nicolas Sarkozy se trouverait en bonne compagnie sur la liste de ceux qui n’ont pas achevé leur mandat.
Le premier d’entre eux est Adolphe Thiers, porté au pouvoir par les élections du 8 février 1871 et qui, après avoir failli être renversé, reçut du Parlement la magistrature suprême le 31 août 1871 et ce, pour une durée de trois ans. En réalité, il exerça ses fonctions moins de deux ans, jusqu’au 24 mai 1873. Il venait tout juste de conclure une nouvelle convention avec les Allemands, réglant la totalité de l’énorme indemnité de guerre, ce qui assurait la libération du territoire et le départ des troupes d’occupation, mais il échoua tout de suite après dans sa tentative de faire reconnaître législativement la République, ce qui entraîna sa démission.
Le maréchal de Mac Mahon, duc de Magenta, lui succéda. De tendance légitimiste, il s’est vu confier le pouvoir pour dix ans par l’Assemblée, celle-ci de tendance plutôt monarchiste voulant rendre possible une éventuelle restauration. Mac Mahon fit savoir qu’il se contenterait de 7 ans, ce qui deviendra la règle jusqu’en 2002. En réalité, il ne fera pas sept ans car face à une majorité républicaine importante issue des élections du 5 janvier 1879, il ne disposait plus d’aucun pouvoir et en tira les conséquences en démissionnant le 30 janvier 1879.
Il sera remplacé le jour même par Jules Grévy qui sera dans un premier temps considéré comme un intérimaire. En fait il sera président de la République pendant presque 9 ans, du 30 janvier 1879 au 2 décembre 1887. Il démissionnera contraint et forcé au début de son second septennat, suite à un ultimatum du Parlement en raison des agissements douteux de son gendre Daniel Wilson.
Pour lui succéder il fallait donc un homme qui ne put prêter à aucun soupçon et Clémenceau proposa Sadi Carnot, petit-fils de l’organisateur de la victoire sous la première République. Il rétablit le prestige de la fonction de président de la République, mais au cours d’une des nombreuses visites qu’il fit dans les principales villes de province française, il tomba sous le coup de poignard d’un anarchiste italien le 24 juin 1894, geste considéré comme une vengeance à l’encontre du président qui avait refusé de gracier, peu avant, des anarchistes condamnés à mort.
Le septennat suivant ne dura que 7 mois. L’Assemblée ne souhaitant pas élire une personnalité trop marquante, se tourna vers Casimir Perier, homme assez falot mais à la situation de fortune brillante héritée de sa famille. Son élection ne l’enchanta pas et l’on rapporta à l’époque que le lendemain du vote il fondit en larmes en déclarant : «je suis prisonnier». Il ne le restera pas longtemps, car à la suite d’un débat sur les grandes compagnies de chemin de fer, se sentant totalement désavoué, il donna sa démission le 16 janvier 1895.
Son remplaçant Félix Faure aurait en revanche honoré son mandat jusqu’au bout, voire même plus, compte tenu de la haute idée qu’il se faisait de sa fonction, et qu’il manifesta notamment dans les relations internationales. Ce fils d’artisan qui avait bien réussi dans les affaires avait pris goût aux fastes et aux ors de la République, et il est vraisemblable qu’il aurait fait un mandat supplémentaire si la mort n’était intervenue à l'Elysée même (le 16 février 1889), alors qu’il était en galante compagnie. Cette aventure évidemment n’était pas de nature à relever le prestige de la présidence de la République.
Après quelques septennats qui allèrent enfin à leur terme entre 1899 et 1920, la malédiction sembla de nouveau s’abattre sur l’Elysée avec la présidence de Paul Deschanel à la fois dépressif et écrasé par la fonction. Ainsi, après quelques péripéties rocambolesques qui démontraient à l’évidence une altération de ses facultés mentales, on lui fit signer sa démission le 21 septembre 1920.
Alexandre Millerand non plus n’ira pas au bout de son mandat, mais pour de toutes autres raisons. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il avait opté pour un mandat dans lequel il ne s’interdisait pas d’intervenir dans les affaires du pays. Ayant pris parti pour le Bloc National de droite battu par le Cartel des Gauches aux élections de mai 1924, il fut pressé de démissionner le 11 juin suivant.
Après le septennat de Gaston Doumergue qui ne sollicita pas le renouvellement de son mandat, le nouveau président de la République s’appelle Paul Doumer, vieux politicien de 75 ans, ancien ministre des Finances et président du Sénat. Bien qu’âgé, cet homme sage et austère qui avait perdu quatre de ses cinq fils pendant la guerre était un gros travailleur. Il tomba sous les balles d’un Russe blanc déséquilibré et mystique, au cours de la vente annuelle des écrivains anciens combattants, le 6 mai 1932.
Les cas d’Albert Lebrun et René Coty sont différents. Albert Lebrun, élu le 10 mai 1932, sera réélu le 5 avril 1939, mais il cessera ses fonctions le 10 juillet 1940 à la prise de pouvoir du maréchal Pétain, à qui il avait fait appel pour prendre la direction du gouvernement de la France. Ce Lorrain fort en thème et polytechnicien n’avait ni prestige, ni autorité, ni courage comme en témoigne son refus de rallier l’Afrique du Nord, préférant répondre aux injonctions de Laval et rester en France.
René Coty aura été le président qui aura mis le plus de temps à se faire élire (sept jours). Elu par défaut (23 décembre 1953), cet homme discret sera le dernier président de la 4è République. Après l’adoption du référendum sur la Constitution de la 5è République et les élections législatives de novembre 1958, il laissera le pouvoir au général de Gaulle le 8 janvier 1959.
Nous n’insisterons pas sur les raisons du départ du général de Gaulle au début de son second mandat. Malgré une large victoire aux élections législatives de juin 1968, dans la foulée des évènements du mois de mai, le charme était rompu avec le peuple français et le général de Gaulle le sentait bien. Le référendum sur la régionalisation et la réforme du sénat, repoussé par 52% de Français, entraînera son départ le 28 avril 1969.
Son remplaçant déclaré, Georges Pompidou qui fut Premier ministre de 1961 à 1968, n’acheva pas non plus son mandat terrassé par la maladie. Il mourut à la tâche le 2 avril 1974. Il sera donc le dernier (à ce jour) d’une longue série à quitter le pouvoir avant l’heure et à ne pas terminer son mandat. Depuis, Valéry Giscard d’Estaing entre 1974 et 1981, François Mitterrand entre 1981 en 1995 et Jacques Chirac de 1995 à 2007 ont tous achevé leurs mandats.
Cela étant, Jacques Chirac restera dans l’histoire comme le premier président de la République avec un mandat de cinq ans. De plus, sauf départ précipité du président, les élections législatives se font désormais dans les semaines qui suivent l’élection présidentielle ce qui, a priori, devrait éviter la cohabitation. Mais qui peut prédire l’avenir pour les cinq années à venir ?
Une chose est certaine, si Nicolas Sarkozy continue sur la voie qu’il est en train de tracer, il aura du mal à tenir jusqu’en 2012. A ce sujet, nous serions tentés de lui dire d’écouter la voie de la raison et de se poser, voire même de se reposer. Il pourrait prendre quelques congés, par exemple à Brégançon ou à la Lanterne que la République met gracieusement à sa disposition (cela vaut bien le yacht de Bolloré), pour réfléchir tranquillement et sérieusement sur l’avenir de notre pays, étudier minutieusement les réformes à mettre en place, bref aborder sereinement les problèmes des Français.
Cela lui éviterait d’annoncer des mesures de façon spectaculaire et dans la précipitation (même ses ministres ne sont pas au courant !), et de lancer à la cantonade chaque jour une idée nouvelle qui, au mieux, apparaît loufoque, et au pire démagogique pour ne pas dire comme Simone Veil abominable et insoutenable, à propos de la décision d’ériger chaque écolier de 10 ans en gardien de la mémoire des enfants juifs victimes de la Shoa.
C’est à ce prix que Nicolas Sarkozy peut espérer reconquérir la confiance des Français, qui ne comprennent plus rien à cette frénésie bouillonnante qui sert de gouvernance. C’est peut-être aussi le seul moyen pour lui de n’être pas le 14è sur la liste de ceux qui n’ont pas achevé leur mandat, et ce même s’il est protégé par la Constitution.
Michel Escatafal
Un chanoine nommé Sarkozy
Basilique Saint-Jean de Latran (17è siècle)
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy rend visite au Pape pour être fait chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Apparemment c’est quelque chose qui n’avait pas intéressé les précédents présidents de la République, François Mitterrand et Jacques Chirac, ce dernier n’hésitant pourtant pas à revendiquer le fait d’être catholique pratiquant. Nicolas Sarkozy n’est pas catholique pratiquant, mais il n’a pas pu renoncer à ce voyage. Tout d’abord parce que si le Pape n’a pas beaucoup de divisions, il conserve quand même une certaine influence dans l’électorat, et chacun sait que pour Nicolas Sarkozy c’est bien l’essentiel. Partout où des voix sont à recueillir, on trouve Nicolas Sarkozy.
En ce qui concerne le Pape, c’est un peu différent, mais lui aussi n’est pas fâché de recevoir le chef de l’Etat français, car il sait que Nicolas Sarkozy trouvera bien deux ou trois mots ou expressions pour parler de l’Eglise catholique avec ferveur. Cela il sait faire, et pour le Pape qui lutte comme il peut face à la désaffection des populations européennes pour la pratique religieuse, c’est toujours bon à prendre. Donc pour reprendre une expression que nous avons beaucoup entendu ces derniers temps, c’est du gagnant-gagnant pour chacun.
La pratique religieuse a en effet beaucoup évolué au cours du dernier siècle, et pas seulement dans notre pays, inversant totalement les tendances des siècles précédents. Même Napoléon Bonaparte s’était crû obligé de signer un concordat avec le Pape Pie VII, le but étant bien évidemment de mettre l’Eglise Catholique, très influente, à son service. Ce concordat va rester en application quasiment jusqu’à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Bonaparte tirera un grand bénéfice de cette signature, car cela va lui apporter le soutien des catholiques et même de certains monarchistes.
Cependant, sans remonter très loin, les relations du Saint-Siège avec les dirigeants de notre pays n’ont pas toujours été idylliques. Déjà, Napoléon lui-même n’a jamais eu de très bonnes relations avec le pape Pie VII, qui a toujours opposé une vive résistance à l’empereur des Français. D’une certaine manière, sans entrer dans les détails de l’histoire, il est permis de dire que c’est probablement le Pape Pie VII qui fut le plus grand adversaire de Napoléon, et qui sans doute participa le plus à sa chute. Cela nous fait penser au combat, il n’y a pas d’autre mot, livré par Jean-Paul II aux régimes communistes avec le résultat que l’on sait.
Ensuite, les relations de la France avec le Vatican s’améliorèrent, et furent même très proches au moment du Second Empire. Certes, la France aida l’Italie à recouvrer son indépendance (1859), mais en se gardant bien de ne pas toucher aux Etats Pontificaux, qui vont être protégés des assauts des nationalistes italiens (1867). En revanche, le Pape Pie IX formulera des exigences trop fortes politiquement pour Napoléon III, notamment en demandant de rendre obligatoire le mariage religieux. Malgré tout l’ultramontanisme de l’Impératrice Eugénie fera de nouveau de la France « la fille aînée de l’Eglise », ce qu’elle était déjà à l’époque de Clovis (465-511).
Les rapports seront plus difficiles avec l’avènement définitif de la République, dont les principaux dirigeants étaient peu disposés vis-à-vis de l’Eglise Catholique. Il est vrai que cette dernière s’y entendait pour semer d’embûches l’affermissement de la jeune République. Par exemple en 1890, quand le Pape Léon XIII pourtant le chef de l’Eglise invite l’épiscopat à s’accommoder du régime républicain, il se heurte aux évêques royalistes nommés par Pie IX. Trente ans plus tard, Pie XI rencontrera les mêmes difficultés avec les évêques nommés par Pie X. En plus l’Action Française, mouvement politique royaliste et nationaliste, a une influence considérable sur le clergé.
Enfin, le rôle de l’Eglise fut loin d’être glorieux au moment de l’affaire Dreyfus, nombre de religieux se rangeant dans le chœur antisémite, ce qui contribua d’une certaine façon à accélérer le vote de la loi qui sépare l’Eglise et l’Etat. Cette loi, pour aussi douloureuse qu’elle apparaisse aux catholiques pratiquants, nombreux à l’époque, a été quand même considérée par certains comme une véritable aubaine pour l’Institution, l’Eglise de France ayant l’occasion de revenir aux sources dans la pauvreté. Cela étant, cela ne lui permettra pas de renouer avec certaines catégories sociales dont elle devrait se sentir proche, notamment la classe ouvrière.
La doctrine marxiste était passée par là avec son slogan : « la religion est l’opium du peuple », à laquelle la hiérarchie catholique, par ses comportements avait donné force. De fait, les gens les plus proches de l’Eglise de France demeurent la bourgeoisie, petite et grande, et les campagnes. L’expérience des prêtres ouvriers dans les années 60 ou 70 ayant été un fiasco, l’influence de l’Eglise dans les milieux ouvriers défavorisés s’est semble-t-il définitivement éloignée d’un monde qui a priori aurait dû être le sien. Il est vrai que le cadre traditionnel d’un catholicisme conventionnel et encore un peu bourgeois, semble mal adapté auprès d’une misère qui ne semble guérissable que par une refonte totale des rapports sociaux. Ce n'est pas hélas pour demain!
En résumé, cette visite de Nicolas Sarkozy au Pape apparaît plutôt anecdotique en termes de géopolitique, et d’ailleurs lui-même semble beaucoup plus préoccupé par sa nouvelle toquade, à savoir l’Union méditerranéenne. A ce propos, nous avons appris qu’il rencontrera à Rome, outre Romano Prodi, José Luis Zapatero et Jose Manuel Barroso pour parler de ce projet qui, disons-le encore une fois, apparaît assez fumeux aux yeux de nombreux observateurs.
Cela étant, nous espérons que le Pape lui rappellera la position des évêques de France sur les tests ADN dans le cadre du regroupement familial. Il pourra également ajouter à ce rappel, une supplique sur les quotas d’expulsion tels que les fait appliquer son dévoué ministre de l’Immigration Brice Hortefeux, sans oublier également l’obligation morale de gouverner pour tous, et non d’accorder toujours plus à ceux qui ont déjà beaucoup, au détriment de ceux qui n’ont pas assez. Est-ce un vœu pieux ?
Michel Escatafal
Napoléon III et son rapport avec les femmes
L'impératrice Eugénie (1826-1920)
Aujourd’hui, c’est l’article numéro 150 que je poste et pour vous remercier de votre fidélité, tout en restant dans l’actualité, je vais en profiter pour vous parler des femmes qui comptèrent dans la vie de Louis Napoléon Bonaparte, devenu ensuite Napoléon III. Pourquoi lui ? Parce qu’il partage avec Nicolas Sarkozy la particularité d’avoir été célibataire pendant son mandat de président de la République. De plus, la vie du futur Napoléon III fut dans l’ensemble très dissolue, et il se comporta de manière tout à fait indigne avec les quelques femmes qui l’aimèrent et lui rendirent service. Certes, à l’époque il n’y avait ni Voici, ni Gala, ni Point de vue, ni Paris-Match etc., mais nous savons quand même beaucoup de choses qui ont été rapportées par des familiers après la mort de Napoléon III en 1873.
La première de ces femmes importantes dans la vie de Louis- Napoléon Bonaparte fut sa …mère, la reine Hortense, fille de Joséphine, femme de Louis, roi de Hollande par la grâce de son frère Napoléon 1er. Cette femme, la séduction même, fut aux dires des historiens de l’Empire la seule personne capable de galvaniser le parti bonapartiste, une fois l’Empereur Napoléon 1er déchu. C’est sur elle que reposaient les espoirs de ceux qui espéraient le retour de l’Empire, et elle fit le choix de son fils pour accomplir cette mission.
Elle lui a notamment enseigné l’art et la méthode pour tromper une nation et séduire son peuple, au moyen « d’un art des princes consistant à faire miroiter des phrases de manière à ce que par un phénomène d’optique, elles fassent voir aux peuples tout ce qu’il leur plaît ». Cela nous rappelle quelque chose ! Par ailleurs, redoutable négociatrice, elle obtint la grâce de Louis-Philippe, pour son fils condamné à une peine d’emprisonnement perpétuel, suite à une tentative de soulèvement en 1836.
Les autres femmes qui comptèrent dans la vie de Louis-Napoléon furent pour lui plutôt des « samaritaines » dont il se servit pour assouvir ses desseins, y compris les plus farfelus. Après plusieurs aventures, il rencontra en Italie une certaine Madame Gordon, déjà veuve, actrice d’un certain mérite et qui ne manquait pas de beauté. Même si la dame était méfiante, Louis Napoléon l’enveloppa dans un tel réseau de séduction et de promesses que la belle finit par succomber. Il est vrai que le nom qu’il portait ne pouvait que l’aider à faire miroiter à la séduisante, mais naïve actrice, amour et surtout gloire et renommée, au point de lui faire abandonner une carrière qui lui avait permit de gagner quelque fortune.
Cette petite fortune sera dilapidée dans la misérable affaire de Strasbourg (1836), où Louis-Napoléon Bonaparte essaya de se faire proclamer empereur et de renverser Louis-Philippe. Les historiens diront de Madame Gordon qu’elle était à la fois une généreuse amie, une maîtresse aimante, un adroit émissaire et une conspiratrice courageuse. Cela ne l’empêcha pas de finir sa vie presque dans le dénuement, Louis Napoléon Bonaparte la laissant mourir seule à l’hôpital Beaujon à Paris d’après Hippolyte Magen, un des historiens du Second Empire.
Ensuite il y eut Miss Howard, dont il est dit dans « Les mémoires secrets du 19è siècle » qu’elle fut pour le futur empereur, une véritable providence. Il avait rencontré cette femme, à la fois belle et fortunée, à Londres où Louis-Napoléon s’était établi après avoir été obligé de quitter la Suisse. C’est elle qui fournit une bonne partie de l’argent nécessaire à la nouvelle tentative de prise du pouvoir par Louis-Napoléon Bonaparte, tentative qui comme la précédente se terminera par un fiasco retentissant (Boulogne 1840).
Au cours de la préparation du coup d’Etat du 2 décembre 1851, Miss Howard avancera de nouveau une très grosse somme à Louis-Napoléon Bonaparte, à l’époque président de la République. Pour la remercier de ces services, Miss Howard recevra de Napoléon III, une fois empereur, un titre de comtesse et la propriété du château de Beauregard que, Madame de Montespan, l’une des favorites de Louis XIV, avait fait bâtir.
De plus, elle se verra remettre aux frais de la France une somme de 5 450 000 francs en remboursement des sommes avancées auparavant. C’était bien le moins que l’empereur puisse faire, comme disaient ses amis, compte tenu des services rendus. Elle avait même contribué à élever les deux enfants que Louis-Napoléon Bonaparte avait eus de sa blanchisseuse, quand il avait été enfermé au Fort de Ham en 1840. Pour autant, tout cela sera insuffisant pour en faire une impératrice.
En effet, l’orgueil de Napoléon III lui commandait d’épouser une femme issue de la haute noblesse. Il jeta d’abord son dévolu sur la fille du prince Wasa de la Maison Holstein. Ensuite, il fit quelques tentatives auprès du prince Hohenzollern (famille impériale allemande). Alors faute de pouvoir s’allier avec ces familles, il choisit l’amour avec Eugénie de Montijo, comtesse de Teba. En effet, cela faisait quelques temps que l’Empereur s’était épris de cette jeune fille andalouse, dont la mère était écossaise et qui était dotée d’une magnifique chevelure blonde.
Mademoiselle de Montijo se distinguait par les grâces qu’avaient ses costumes du 18è siècle, mais aussi par son intrépidité d’écuyère. Par ailleurs, elle refusait de céder aux avances de Napoléon III tant qu’ils ne seraient pas mariés. Les amis les plus intimes de l’Empereur essayèrent de le détourner du projet de mariage qu’il formait avec Eugénie, mais rien n’y fit et le mariage eut lieu le 29 janvier 1853. Cette union dura jusqu’à la mort de Napoléon III.
L’impératrice ressuscita les fastes de la Cour, notamment avec les fêtes de Compiègne. Elle se comporta avec dignité dans son rôle d’impératrice, même si son entourage s’amusait de ses tocades. Elle avait un avis sur tout et sur tout le monde, et pour le faire adopter elle instrumentalisait son mari. D’ailleurs, au fur et à mesure que ce dernier prenait de l’âge il lui cédait de plus en plus souvent, plutôt comme à une persécutrice dont on veut se débarrasser que comme à une sage conseillère. L’impératrice était de son temps : elle aimait les modes, les arts. Elle était, nous dirions aujourd’hui assez « people ». Les journaux, les chroniques, les revues de mode donnaient les détails les plus minutieux sur ses toilettes.
Sa culture était assez limitée, même si elle faisant semblant de se piquer de littérature. Dépourvue de sens politique, elle se croyait à la tête d’un grand parti au fur et à mesure que la santé de l’empereur déclinait. Et surtout, son obsession était d’assurer la survie de la dynastie, ce qui la conduira à provoquer la guerre avec la Prusse en 1870, alors que la France n’était pas prête. Mais l’impératrice Eugénie sera aussi la première à dire au moment où les troupes prussiennes enfonçaient les lignes françaises, qu’avant de sauver la dynastie, il fallait sauver la France. Il y avait quand même de la dignité dans cette affirmation.
Voilà un petit résumé de la vie sentimentale de Napoléon III qui eut, évidemment, beaucoup d’autres maîtresses, totalement sans intérêt pour les historiens, mis à part peut-être celle que l’on appelait la Castiglione, qui avait plutôt un rôle d’entremetteuse. J’ai simplement voulu parler des quelques femmes qui ont eu une réelle influence dans sa vie. Le peuple était-il au courant de toutes ces frasques ? Non, parce qu’à l’époque on n’évoquait pas ces évènements. Si le monarque découchait, personne n’en savait rien, à part les proches qui fermaient les yeux. Ce fut le cas ensuite, le respect de la vie privée étant dû aussi à ceux qui nous gouvernent.
Cela dit, si on jette en pâture son domaine privé, il n’est pas étonnant que la presse à sensation s’empare du sujet. N’est-ce pas Monsieur Sarkozy ? Il est vrai que quand an a le goût du spectacle on ne recule devant rien pour faire parler de soi, et détourner l’attention des Français sur les problèmes essentiels.
Michel Escatafal
Le président est mort, vive le roi!
![]()
Si vous aimez l’histoire vous avez beaucoup de chance, car cela vous permet de vivre à travers les siècles ce qui se passe aujourd’hui. Le roi Charles X en est un exemple frappant. Toutes les biographies sur le personnage nous font irrésistiblement penser à Nicolas Sarkozy, président de la République en 2007. Certes, il y a une différence notable par rapport à cette époque : Nicolas Sarkozy a été élu démocratiquement, ce qui évidemment n’était pas le cas de Charles X. Il n’empêche, l’élection de notre président doit beaucoup au pouvoir des médias et des puissances d’argent, qui ont mis tout leur poids dans la balance, afin que François Bayrou ne participe pas au second tour de l’élection présidentielle le 6 mai dernier.
Revenons à Charles X et à cette date du 16 septembre 1824, jour où le roi Louis XVIII s’éteint aux Tuileries. Quelques instants plus tard, on annonce la nouvelle à la famille royale : « Le Roi est mort, vive le Roi », ce qui fit dire à la petite fille de Charles X : « Roi ! Oh ! c’est bien là le pis de l’histoire ! ». Manifestement, elle n’avait pas l’air enchanté de voir son grand-père, pour lequel elle avait beaucoup d’affection, monter sur le trône, au contraire du petit Louis le jour où Nicolas Sarkozy s’empara de l’UMP, quand il lança son désormais fameux : « je te souhaite bonne chance mon Papa ! »
Charles X a 67 ans quand il devient roi de France, mais on le décrit toujours fringant, presque adolescent avec un éternel sourire charmeur. Sa gentillesse et sa générosité frappent toux ceux qui l’approchent. Cela nous rappelle un autre personnage, sauf que Charles X, précédemment Comte d’Artois, est fils d’une famille royale, avec la courtoisie et la dignité pleine d’aisance qui sied aux princes. En revanche, il n’était pas très cultivé au sens où l’on entend le mot, par la culture encyclopédique ou l’esprit voltairien de son frère Louis XVIII. En cela il ressemble beaucoup à son lointain successeur d’aujourd’hui, qui est loin d’avoir le goût de l’art et des belles lettres de Pompidou, Mitterrand ou Valéry Giscard d’Estaing. Nicolas Sarkozy aime bien Johnny !
Le drame de Charles X aux yeux des historiens, c’est de croire que l’histoire s’est arrêtée en 1789, comme si la Révolution et l’Empire n’avaient jamais existé. Sa conception de la royauté est absolue, comme en témoigne cette phrase qu’il répétait souvent : « j’aimerais mieux scier du bois que de régner à la façon du roi d’Angleterre ». Il n’a de compte à rendre qu’à Dieu et à son peuple. Cela aussi nous rappelle quelque chose : « Les Français ne m’ont pas élu pour regarder passer les trains», répète sans cesse Nicolas Sarkozy. Donc c’est lui et lui seul qui gou