MichelEscatafal

Il y a 27 ans, le 10 mai 1981

Par escatafal in histoire politique - 10 mai, 2008

Il y a vingt sept ans comme aujourd’hui, la gauche prenait le pouvoir en France. Ce fut un évènement considérable dans notre pays qui, soi-disant,  venait « de passer de l’ombre à la lumière » (Jack Lang). Cela étant, c’est un anniversaire qu’on ne fête plus depuis bien longtemps, tellement la gauche semble être passée en mode  autodestruction en même temps qu’elle perdait  ses idées. Et s’il le fallait, pour bien montrer que la gauche en France est bien morte de sa belle mort, ses dirigeants les plus révolutionnaires ont pour principal adversaire non pas le pouvoir actuel, mais d’abord le Parti Socialiste, tout cela évidemment au nom de l’idéologie. C’est la raison pour laquelle, les idées de droite ont encore sans doute de très beaux jours devant elles.

J’espère simplement me tromper en disant cela, car je maintiens que la seule alternative crédible à la vacuité des propositions faites par les uns et les autres est la nôtre, celle du Mouvement Démocrate à condition, toutefois, de mettre toute notre énergie à promouvoir notre projet. Certains vont me trouver bien optimiste, mais après tout qui aurait pensé il y a moins de deux ans que le futur président des Etats-Unis pourrait être  un homme de couleur ? Bien sûr Barack Obama n’est pas encore président, mais pour peu que le clan d’Hillary Clinton joue le jeu du Parti Démocrate, c’est une possibilité pour ne pas dire une probabilité sérieuse compte tenu des effets désastreux pour l’Amérique des huit années de présidence Bush, donc républicaine.  

L’Amérique, en effet,  est devenue en moins d’une décennie un colosse au pied d’argile. Depuis 2001, ce pays n’a cessé de guerroyer ou d’entretenir des conflits à travers le monde avec les résultats que l’on connaît, notamment en Irak et en Afghanistan. Mais l’influence américaine s’est aussi énormément amoindrie sur le plan économique,  au point de voir sa monnaie devenir le principal problème dans le monde capitaliste pour la première fois depuis un siècle, c’est-à-dire depuis le moment où le dollar avait supplanté la livre sterling. D’ici une vingtaine d’années, peut-être moins, l’euro et même le yuan parleront d’égal à égal avec la monnaie de l’Oncle Sam.

Même la langue anglaise subit le contrecoup de la perte d’influence de l’Amérique dans le monde tel que l’a voulu Georges Bush. C’est tout cela qui nous fait dire que les électeurs américains pourraient très bien choisir le sénateur noir de l’Illinois, d’autant que ses positions en politique étrangère paraissent autrement  plus raisonnables que celles de Mac Cain qui, pour reprendre ce que disait Barack Obama cette semaine, « ne ferait que remplir le troisième mandat de la présidence Bush ». Je ne pense pas,  et je n’imagine pas, le peuple américain assez sot ou assez naïf pour retarder de quatre ans une alternance devenue indispensable.

Elle l’est d’autant plus que le monde évolue très vite avec la montée en puissance des pays émergents, au premier rang desquels la Chine, mais aussi l’Inde et…la Russie. Deux de ces trois pays ne sont pas démocratiques et sont dirigés d’une main de fer par des hommes ou des partis nationalistes, quelle que soit l’appellation qui leur est donnée. La Chine est devenue plus que jamais incontournable sur le double plan militaire et économique.  La Chine dispose de réserves de change énormes (1650 milliards de dollars), elle est devenue  l’usine du monde développé,  et son armée n’est pas en reste. Elle dispose d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU et, à ce titre, elle peut décider de ce que la communauté internationale peut faire ou ne pas faire dans tel ou tel pays.

On l’a vu à propos du Darfour, mais aussi de la Corée du Nord, de l’Iran ou de la Birmanie. La Chine forte de 1,3 milliards d’habitants est déjà presque une superpuissance, et se comporte comme telle. Son influence dans le monde croît à une vitesse inimaginable il ya seulement dix ans, que ce soit en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Dans nombre de pays, le chinois est devenu incontournable à l’université. Bref la Chine est déjà un géant à la fois économique et politique, même si elle doit réussir les ajustements sociaux et environnementaux que lui impose une croissance exceptionnelle, génératrice d’inégalités sociales et régionales.

La Russie aussi doit faire face à ces défis, car comme la Chine elle veut peser sur les affaires du monde. Les Russes n’oublient pas qu’il y a moins de vingt ans, du temps de feu l’URSS, elle était une des deux superpuissances avec les Etats-Unis. Elle a dû pendant quelques années ravaler ses ambitions avec l’éclatement de l’Union Soviétique, et la mise en place d’un nouveau modèle politique et économique. Mais finalement son évolution politique n’a pas été très importante. Certes, il n’y a plus officiellement de parti unique, mais dans les faits c’est le cas. On l’a vu clairement au moment de la dernière élection présidentielle avec les dispositions prises par Vladimir Poutine pour rester le maître du pouvoir. Car ce dernier veut profiter pleinement du fait que la Russie retrouve son rang de grande puissance sur la scène internationale.

 Certes, la Russie a contre elle d’avoir une population faible (142 millions d’habitants) par rapport  à la Chine, l’Inde, l’Union Européenne ou les Etats-Unis, mais son sous-sol (dont une bonne partie est encore à explorer)  recèle un formidable réservoir de matières premières et sa situation géographique privilégiée, à la fois en Europe et en Asie, lui permet d’être déjà le fournisseur attitré de plusieurs grandes zones économiques. La Russie fournit à l’Europe, pour ne citer qu’elle, 40% de ses besoins en gaz et pétrole et 50% de son uranium. Cette emprise mondiale sur les matières premières, avec des cours qui ne cessent de s’apprécier,  lui permet de développer son économie vers la haute technologie, par exemple les nanotechnologies, et d’envisager de restructurer son armée, seul moyen aux yeux de Vladimir Poutine pour que la Russie retrouve son prestige.

Tout cela nous éloigne de notre propos initial et de l’anniversaire du 10 mai 1981. Mais cela démontre aussi que le monde a beaucoup évolué depuis cette époque. De nos jours l’idéologie a perdu de son importance, car il n’y a plus d’opposition au modèle capitaliste quelle que soit sa forme, capitalisme d’Etat comme en Chine ou en Russie, ou capitalisme des sociétés multinationales. Entre ces deux formes de capitalisme, la différence sur le plan politique apparaît énorme,  avec d’une part une conception autocratique de la société et de l’autre une conception démocratique. Mais est-ce bien le cas ? C’est curieux, en posant cette question j’ai l’impression de me retrouver dans les débats que nous avions quand j’étais étudiant,  en mai 1968. Finalement le monde n’a pas tellement changé depuis 40 ans : simplement nous avons perdu nos illusions. Raison de plus pour inverser cette tendance, même si pour le moment cela peut paraître utopique.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)