MichelEscatafal

Monsieur Fillon a des habits trop grands pour lui

Par escatafal in politique française - 22 sep, 2007

François Fillon lors d'une conférence de presse, le 11 juillet 2007.

 Décidément le Premier ministre est mal dans sa peau, et le moins que l’on puisse dire est que la cohabitation devient difficile avec Nicolas Sarkozy. Monsieur Fillon semble déjà laminé, usé et en arrive à dire des âneries du style : « je suis le chef d’un Etat en faillite ». Nous lui ferons d’abord remarquer que même s’il n’est pas réellement un chef de gouvernement au sens de l’article 21, il est encore moins le chef de l’Etat. Ensuite s’il estime que la France est en cessation de paiement, je pose la question : à qui la faute ? La réponse est la suivante : à ceux qui ont dirigé notre pays depuis 1981 et, notamment, à ceux qui participaient au gouvernement et qui avaient rang de ministre d’Etat, comme Messieurs Sarkozy et Fillon depuis 2002. Voilà la vérité.

De plus, le gouvernement que dirige Monsieur Fillon, sous l’autorité de Monsieur Sarkozy, n’a pas hésité en arrivant au pouvoir à faire des cadeaux fiscaux qui représentent en année pleine 15 milliards d’euros alors que, comme ne cesse de le dire François Bayrou, la première préoccupation aurait dû être la réduction des déficits et de la dette (65 à 66% du PIB fin 2007). Donc pour nous, si Monsieur Fillon se plaint d’être le chef du gouvernement d’un pays confronté à de très graves difficultés en termes de finances publiques, c’est pour s’exonérer d’avance de l’accusation d’être dans l’impossibilité de tenir ses engagements, y compris sur le plan européen. Déjà Monsieur Sarkozy avait fait le même numéro sur la croissance au cours de sa dernière intervention télévisée, laissant entendre qu’il faudra le juger en 2009.

Plus grave encore, Monsieur Fillon a fait preuve à l’occasion d’une totale irresponsabilité, en tenant des propos qui laissent imaginer une dérive comparable à celle que l’on a connu en Grande Bretagne en 1976, quand celle-ci a été obligée de quémander des crédits au FMI, avec les contrôles que cela implique. Certes, il a compris qu’il était allé un peu loin, en précisant un peu plus tard qu’il s’agissait « d’une image », mais il n’en reste pas moins que Monsieur Fillon semble avoir aujourd’hui des habits trop grands pour lui. Il y a quelques années, des petites phrases comme celle qu’il a prononcée hier étaient loin d’être anodines, et auraient coûté quelques milliards à la Banque de France. Merci le traité de Maastricht !

Il faut préciser, pour parler vrai, que même si la situation de la France en matière de finances publiques est extrêmement sérieuse, nous ne risquons pas, comme cela eut été possible par le passé, d’arriver à une situation de faillite, malgré un endettement public qui a beaucoup augmenté au cours des cinq dernières années. En effet, la politique monétaire relève de la BCE, heureusement ! Comme Raymond Barre aimait à le dire « l’euro est en quelque sorte un paratonnerre. Avec des taux d’endettement public bien supérieurs (supérieurs à 100%  du PIB) ni la Grèce, ni l’Italie n’ont été en « faillite ». Le problème en revanche pour la France d’aujourd’hui, c’est que tous les pays de l’Eurogroupe font de gros efforts pour limiter leurs déficits et réduire leur dette, alors que la France dépense à tout va de l’argent qu’elle n’a pas.

En outre, ce que Monsieur Fillon n’a pas dit en Corse, c’est que son gouvernement et les ministres qui le composent « partent dans tous les sens », et sans la moindre coordination. Tout le monde essaie de se montrer, chacun y allant de sa petite phrase ou de ses commentaires sur des sujets parfois très importants. Une fois c’est Monsieur Kouchner qui n’évoque rien moins que la guerre avec l’Iran, une autre fois c’est la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme qui va apporter son soutien aux squatters d’Aubervilliers, expulsés à la demande de la Mairie, sans en parler à quiconque, puis c’est Monsieur Borloo qui annonce le gel des cultures OGM sans que son collègue de l’Agriculture soit apparemment informé. Bref, c’est la cacophonie la plus totale,  et le signe que le navire tangue déjà après quatre mois d’exercice du pouvoir.

Voilà où mène une telle concentration des pouvoirs, une telle personnalisation du pouvoir pour parler comme François Bayrou. Nous ne sommes plus depuis bien longtemps sur le terrain du pragmatisme, de l’action concrète réfléchie, mais uniquement sur celui des discours et des slogans. Raymond Barre avait coutume de dire qu’il n’y avait pas de solution aux dysfonctionnements qui affectent notre pays, sans une politique à long terme avec des efforts à accomplir s’inscrivant dans la durée, et consentis par tous. Tout le contraire en somme de ce qui est fait depuis quatre mois. Alors on cherche des palliatifs, des expédients et on accuse tous azimuts.

L’euro fort est la première cible, alors que nous sommes les seuls en Europe à émettre ce genre de protestation.  L’immigration en est une autre : aussi pour faire diversion on fait et refait des lois qui s’empilent les unes sur les autres. On fixe des objectifs d’expulsion comme on fixe des objectifs économiques : 25 000 reconduites à la frontière en un an. Pourquoi ce chiffre de 25 000 ? Nul ne le sait, c’est le fait du prince. En revanche dans tous les discours, nous n’entendons quasiment  jamais parler d’investissement et pourtant notre pays n’investit pas suffisamment. Or, de toutes les initiatives économiques fondamentales, c’est la plus importante.

D’ailleurs François Bayrou dans son projet présidentiel ne s’y était pas trompé. Il voulait faire de la recherche française l’une des meilleures du monde. Il souhaitait qu’en cinq ans, la part de la recherche dans le PIB passe de 2,2 à 3% pour commencer à rattraper nos concurrents dans ce domaine. Il voulait aussi développer la recherche privée, chroniquement faible dans les PME-PMI, par une incitation fiscale significative. Au total, François Bayrou visait une augmentation régulière du budget global de la recherche de l’ordre de 5% par an sur 10 ans. On est très loin des priorités de Monsieur Sarkozy, quoiqu’il puisse en dire.

Pour revenir à notre propos initial, nous voilà donc déjà à un premier tournant du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Les affaires ne vont pas dans le sens souhaité par le président de la République. Il est confronté à la réalité, et il n’a pas la chance qu’a eue Monsieur Jospin à son arrivée au pouvoir en 1997, avec une conjoncture très favorable. Cependant, comme Ségolène Royal l’avait fait aussi pendant la campagne présidentielle, il n’est pas sérieux d’annoncer des mesures qui ne pourront être financées que par une croissance hypothétique. « La croissance, j’irai la chercher s’il le faut », affirme Monsieur Sarkozy. L’ennui, c’est que  la croissance ne se décrète pas et, théoriquement, le président de la République le sait bien. Monsieur Fillon sait aussi, du moins faut-il l’espérer, que l’on ne parviendra pas à retrouver un équilibre budgétaire si l’on ne change pas de politique. Hélas, dans ce cas, nous savons trop bien quelles seront les premières victimes de ce revirement.

Michel Escatafal

Payssolde desDette brute 
 finances publiquesdes Adm. Publ.
 en % du PIBen % du PIB
France-2,563,9
Allemagne-1,767,9
Autriche-1,162,2
Belgique0,289,1
Espagne1,839,9
Finlande3,939,1
Grèce-2,6104,6
Irlande2,924,9
Italie-4,4106,8
Luxembourg0,16,8
Pays-Bas0,648,7
Portugal-3,964,7
Slovénie-1,427,8
Zone Euro-1,669
Bulgarie3,322,8
Chypre-1,565,3
Danemark4,230,2
Estonie3,84,1
Hongrie-9,266
Lettonie0,410
Lituanie-0,318,2
Malte-2,666,5
Pologne-3,947,8
Roumanie-1,943,5
Royaume-Uni-2,830,7
Slovaquie-3,446,9
Suède2,230,4
R. Tchèque-2,912,4
U.E-1,761,7
Etats-Unis-2,361,5
Japon-2,4179,3

Sources OCDE, Eurostat,BdF


"Apprenez que tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute"

Par escatafal in politique française - 21 sep, 2007

Animer un blogue politique est un exercice facile avec un personnage comme Nicolas Sarkozy. Même si l’actualité n’est pas riche, il y a toujours un sujet de débat à propos de ce qu’il fait ou dit car il est partout. Cette semaine a été particulièrement intense puisqu’il s’est rendu au Sénat, à Nantes et hier soir il était chez lui, sur les écrans de télévision, avec deux interlocuteurs qui n’ont rien de féroce et surtout, qui semblaient l’un et l’autre avoir avalé un tranquillisant avant l’émission. Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que le président de la République se soit montré brillant dans un exercice dont il raffole. Il posait presque toutes les questions et il répondait, y compris à celles qu’on ne lui posait pas, à la notable exception toutefois de celles qui auraient pu le fâcher : l’appartement de Neuilly et la manière dont on renvoie les immigrés en situation irrégulière, véritable insulte pour le pays des Droits de l’Homme.

Ce matin, j’ai entendu une information qui m’a horrifié (une de plus) et qui a fait l’ouverture du journal sur France Info : une dame de nationalité chinoise, en France depuis 9 ans, a été « mise » dans un avion pour être rapatriée dans son pays, sous les yeux de son compagnon, de son fils Clément et… de sa fille âgée de 2 ans. Voilà une question qui aurait pu être posée à Nicolas Sarkozy, mais c’était trop demander à deux journalistes nourris dans le « cire pompes » de tous les pouvoirs depuis des décennies. Comment peut-on être aussi insensible au drame que vivent tant de gens, en France depuis des années, installés dans une vie certes précaire et très difficile, mais ayant des enfants en bas âge et « jetés » dans des avions comme des pestiférés. Cela me fait penser aux maîtres qui abandonnent leur animal de compagnie sur l’autoroute au moment des vacances. C’est odieux, et apparemment cela ne froisse pas la conscience de grand monde, et surtout pas celle de Nicolas Sarkozy et des journalistes aux ordres.

Quand on pense au tintamarre fait par la presse people et les chaînes de radio et télévision au moment de la libération des infirmières bulgares, uniquement parce que Madame Sarkozy s’était mêlée de cette affaire, on ne peut qu’être écoeuré par le traitement réservé à des milliers de personnes, dont la situation est sans doute aussi dramatique que celles de prisonniers politiques. Il est d’ailleurs curieux qu’on n’entende jamais Madame Sarkozy, mère de trois enfants, s’offusquer du traitement réservé à des mères de famille comme cette dame d’origine chinoise. Pourtant, il paraît que c’est la seule personne qui a une influence sur son président de mari, mais apparemment les expulsions d’immigrés n’entrent pas dans ses préoccupations.

Cette diversion me permet de revenir sur l’interview télévisée d’hier soir. Soyons honnête, nous n’avons pas appris grand-chose de nouveau, ce qui paraît normal tellement tous les déplacements et discours du chef de l’Etat sont commentés abondamment à longueur de pages de journaux ou dans l’audiovisuel. Je ne vais pas faire l’inventaire de ce qui a été dit, mais j’ai quand même relevé quelques phrases qui montrent bien que la rupture s’installe dans notre pays, même si ce n’est pas cette rupture que les Français attendaient. Ceux-ci en effet, quoiqu’en dise Monsieur Sarkozy, voulaient le changement mais pas celui que nous propose le président de la République. Ils voulaient que l’on gouverne autrement, et que cette nouvelle gouvernance profite à tous et non à quelques uns.

Sur les régimes de retraite, les Français souhaitaient que l’on prenne très rapidement des mesures pour assurer leur financement à long terme. Tout le reste n’est que littérature, et il ne sert à rien de faire de la pédagogie sur « le devoir de justice », afin que tous les Français cotisent pendant 40 ans. Non, ce qu’il faut c’est maintenir la retraite par répartition dans notre pays, et ne pas en arriver à ce que souhaite le président de la République, à savoir une retraite assurée par des fonds de pension comme aux Etats-Unis par exemple. On a vu au moment de la faillite d’ENRON ce que ce système pouvait avoir de pervers, quand des anciens employés de la firme ont dû se remettre au travail à 70 ans ou plus pour avoir de quoi survivre. Cela, Nicolas Sarkozy ne l’a pas dit.

Il n’a pas davantage dit la vérité sur les franchises médicales, le prétexte de financer l’assistance médicalisée pour la maladie d’Alzheimer n’étant pas crédible. Sa position sur l'Euro ne l'est pas davantage et quand il fait la leçon à Jean-Claude Trichet sur l’évolution des taux en Zone Euro, il est tout simplement inaudible. Rappelons encore une fois que les taux directeurs européens sont encore inférieurs aux taux américains. Enfin, quand il parle de l’affaire Clearstream, ses explications relèvent de la mauvaise foi, car tout le monde sait bien que si son nom, comme celui d’autres personnalités politiques, est apparu sur des listings sortis d’on ne sait où, on a su très vite qu’il s’agissait de faux grossiers. En fait il voulait écarter Dominique de Villepin, son rival de l’UMP, de la course à la présidence de la République.

Dans ce tour d’horizon rapide, il ne faut surtout pas oublier les bons et mauvais points distribués, tout au long de l’émission, à ses ministres. Notons tout d’abord qu’il a employé le mot remarquable au moins une quinzaine de fois. La quasi-totalité des ministres a eu droit à ce qualificatif et notamment le premier d’entre eux. Avait-il quelque chose à se faire pardonner ou bien voulait-il corriger l’image du «monarque absolu» dont l’affuble de plus en plus les observateurs. En tout cas François Fillon, ou François tout court, ont eu droit à des éloges tellement appuyés qu’ils n’apparaissaient pas très convaincants. « Nous travaillons en équipe, la main dans la main, nous décidons ensemble » etc., bref nous avions l’impression que nous avions un vrai chef du gouvernement et que les articles 20 et 21 de la Constitution étaient appliqués à la lettre. Ces propos, inutile de le dire n’ont trompé personne.

Quant aux autres ministres cités, ils sont tous « remarquables, tout à fait remarquables» même pour certains, y compris Bernard Kouchner qui a osé employer le mot « guerre » à propos de la situation avec l’Iran, ce qui a obligé Nicolas Sarkozy à affirmer qu’il se serait peut-être exprimé différemment. Cela dit, Kouchner comme Bockel  viennent du Parti Socialiste, et ils peuvent encore être très utiles et servir d’exemple à Jack Lang notamment, pour rallier le gouvernement juste avant les élections municipales.  En revanche, et ce sera une surprise pour personne, il y en a un qui n’a plus beaucoup d’illusions à se faire sur son avenir personnel : le ministre de la Défense, Hervé Morin. De quoi vous dégouter de trahir son parti, entre deux tours de l’élection présidentielle, pour un poste de ministre, par principe précaire quand il est attribué dans ces conditions !

Enfin, pour terminer nous eûmes la faveur d’un grand numéro, quand Arlette Chabot a évoqué furtivement 2012. Officiellement, Nicolas Sarkozy n’y pense pas même en se rasant le matin. Non, il est là pour travailler, les Français l’ont élu pour faire des réformes, et en 2012 ils jugeront qui doit devenir président de la République. En évoquant cette échéance nous avons trouvé amusant qu’il cite une fois le nom de François Bayrou au cours de l’entretien. Certains d’entre nous y verront un clin d’œil avant le grand combat qui s’annonce d’ores et déjà épique, entre un président sortant qui aura beaucoup à se faire pardonner, et le leader du Mouvement Démocrate qui devra présenter un programme destiné à redonner espoir à un peuple de plus en plus en proie au doute.

Michel Escatafal


La fonction publique modernisée ou démantelée?

Par escatafal in politique française - 20 sep, 2007

Traditionnellement la France est un pays qui a une administration à la fois nombreuse et, disons-le, assez efficace. Certes, il y a bien ça et là quelques cas où l’on pourrait discuter de l’efficacité d’un service appartenant au périmètre de l’Etat, mais globalement nous pouvons dire que les Français n’ont pas à se plaindre. C’est le même constat pour les sociétés dont le capital appartient à l’Etat. Cela veut dire que, quoiqu’on puisse en penser, nos fonctionnaires (ou assimilés) travaillent. Il suffit d’ailleurs de se rendre à l’étranger pour faire la comparaison, et elle est le plus souvent favorable à notre fonction publique. Elle est même toujours favorable pour les sociétés qui assurent les services publics.

Cela étant, il est de bon ton de critiquer toutes les missions de l’Etat et son rapport avec la société civile. Qui ne trouve pas scandaleux d’être obligé de revenir un autre jour dans tel service de l’Assurance Maladie parce qu’il manque un papier ? Qui ne trouve pas anormal d’aller chercher un document à la Préfecture, alors que celle-ci se trouve éloignée de 50 km ? Dans un autre domaine qui, enfin, n’a jamais houspillé la SNCF parce que le train avait du retard, oubliant au passage que les trains arrivent généralement à l’heure. Des exemples comme cela, chacun d’entre nous pourrait en citer des dizaines. Il n’empêche, nous maintenons ce que nous disions plus haut : nous sommes plutôt favorisés, comparé à ce qui se passe ailleurs.

Alors pourquoi les Français sont-ils si critiques envers leur administration ou leurs services publics, les deux étant souvent liés ? Peut-être que tout simplement ils sont trop bien habitués. Dans notre pays, tout ou presque est fait pour que les gens vivent le moins mal possible. En disant cela nous ne minimisons pas les problèmes dans lesquels se débattent les plus défavorisés, mais force est de reconnaître que de tous les grands pays de la planète, c’est chez nous qu’on offre le plus de prestations pour les plus démunis, les laissés pour compte d’une société de plus en plus dure, où règne la loi de l’argent et du plus fort. Personne n’y pense parce que c’est quelque chose de banal pour nous, mais c’est la réalité. Le RMI, la CMU, par exemple, sont des acquis qui permettent de survivre, voire même de garder l’espoir de jours meilleurs. Et pourtant il reste beaucoup à faire.

Cette question à propos de l’Etat de qui on attend tout, sans doute trop, est récurrente chez nous, au point que l’Etat devrait prémunir contre tous les risques et assurer l’exercice de toutes les formes de solidarité. Et voilà que Nicolas Sarkozy arrive, avec son escouade de hauts-fonctionnaires et les inévitables cabinets de consultants, veut faire évoluer tout cela, et mettre fin à la logique de ce qu’il appelle « l’assistanat ». Ces réformes à peine annoncées suscitent, évidemment, l’ire des syndicats de fonctionnaires, d’autant qu’au même moment on entame des négociations avec les syndicats pour réformer les régimes spéciaux, en les alignant sur la fonction publique.

Là où le bât blesse, c’est que pour Nicolas Sarkozy, un Etat moderne c’est d’abord un Etat modeste. Dit clairement, il y a trop de fonctionnaires et ils ne travaillent pas assez, d’où l’idée de diminuer leur nombre et les payer davantage. Ce discours a une logique sous-jacente pour un pouvoir confronté aux difficultés que l’on connaît, avec des déficits qui s’aggravent et une dette qui enfle dans des proportions de plus en plus inquiétantes. En diminuant le nombre de fonctionnaires, en faisant subir une sévère cure d’amaigrissement à la fonction publique, on va diminuer les déficits. Comme si c’était aussi simple ! Certes, certains travaux aujourd’hui dévolus à l’Etat pourraient être réalisés par le secteur privé, comme ne cesse de le répéter le MEDEF, mais est-on-sûr que la logique du service rendu serait la priorité ?

Il est vrai que dans ce domaine Nicolas Sarkozy est dans la logique de la Commission Européenne, et même de l’Union Européenne à 27. Le libéralisme à l’anglo-saxonne s’impose de plus en plus au sein des instances communautaires, et la France n’a plus la même voix pour se faire entendre pour deux raisons : la première parce que nous avons voté NON au référendum sur la Constitution Européenne, la deuxième parce que nous avons élu un président de la République qui n’est pas un européen convaincu. Alors, il ne faut pas s'étonner si la logique de la privatisation des services publics s’impose de plus en plus dans les esprits.

Pourtant les Français devraient savoir qu’ils n’ont rien à gagner, à mettre en œuvre les idées défendues par le MEDEF et les ultra-libéraux. Aujourd’hui nos gouvernants essaient de tuer à petit feu le service public, mais il est nécessaire de tout dire aux Français et, notamment, de ne pas leur faire croire que réduire drastiquement les effectifs de l’Etat employeur, suffira à diminuer les déficits. Il faut d’ailleurs noter que les déficits ont été largement creusés, au cours des cinq dernières années, par les baisses d’impôts décidées de manière irresponsable en 2002 par la même majorité qu'aujourd'hui, et aggravés par les mesures prises dès l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Il est curieux que cela ne soit jamais souligné par les commentateurs, comme il est curieux que personne ne souligne également la manière dont les grandes entreprises se servent de l’Etat pour régler leurs difficultés.

Ces remarques de simple bon sens n’empêchent pas, toutefois, de se poser la question d’améliorer l’efficacité des agents travaillant pour l’Etat, ou dans des entreprises situées dans son giron. Plusieurs entreprises importantes n’ont pas attendu Monsieur Sarkozy pour faire « la Révolution » pour employer ses termes, repris par tous les journaux. EDF, GDF, la Banque de France, dont on parle beaucoup en ce moment, mais aussi les fonctionnaires du Trésor pour ne citer qu’eux, ont depuis longtemps intégré l’idée de travailler plus et mieux pour rendre le meilleur service au meilleur coût, même si çà et là la Cour des Comptes a pu révéler quelques dérives. Cela étant, celles-ci concernent aussi très souvent le secteur privé (golden parachute, stocks-options etc.) et peu de monde en parle, sauf quand cela devient une affaire d’Etat, plus particulièrement quand ce dernier détient quelques pourcentages de l’actionnariat.

Par ailleurs qui évoque dans leur amplitude les problèmes des hôpitaux, si ce n’est à travers quelques clichés liés presque toujours à l’application forcée des 35h, dont on ne soulignera jamais assez les effets négatifs en termes de conditions de travail, de pouvoir d’achat et de dépenses publiques. Personne, sauf ceux qui pensent que l’hôpital public reste un des derniers remparts de l’égalité devant les soins. Tel n’est pas bien entendu le raisonnement de ceux qui prônent le «toujours moins d’Etat». Et pourtant, ceux-là savent bien que nous allons cotiser davantage, que nous allons payer des franchises toujours plus élevées pour des prestations moindres, qui aboutiront fatalement à une médecine pour les riches,  ou du moins ceux qui peuvent payer, et une autre pour les plus pauvres qui ne pourront plus se soigner.

Nous sommes loin évidemment du projet présidentiel de François Bayrou, qui voulait faire un Etat déterminé à exercer ses responsabilités avec efficacité, et au service des citoyens  dans les domaines suivants : « sécurité aux frontières comme sur le territoire, justice, grandes solidarités (éducation, aménagement du territoire, protection sociale), recherche et innovation ». Gageons toutefois que l’Etat restera très présent à Neuilly ou dans le quartier des Champs Elysées, mais qu’en sera-t-il à La Courneuve, Evry ou Bondy où, pourtant, sa présence est bien plus indispensable.

En réalité, la remise à plat des missions de l’Etat ne serait pas en soi une mauvaise nouvelle, si cette modernisation devait se faire dans le but de rendre meilleure la vie des Français. En fait, c’est tout le contraire qui peut-être nous attend, avec des services publics réduits au strict minimum où la comparaison avec le secteur privé sera la règle, en oubliant simplement que ce dernier ne traitera jamais que les dossiers les plus rentables. Dans ces conditions, il sera facile de dire dans un deuxième temps que les services rendus par l’Etat sont exagérément coûteux, et qu’il est nécessaire d’externaliser. Le scénario est écrit d’avance, hélas. Il reste à espérer que les Français ne se laissent pas aller à ces extrémités. Pour ce faire ils ont un moyen : les urnes. Donnons dès les élections municipales un avertissement sérieux au président de la République ; nous savons que c’est le seul moyen pour les Français de se faire entendre.

M.E.


La FED baisse ses taux, pourquoi ?

Par escatafal in politique française - 19 sep, 2007

  

Façade de la Fed, sur Washington Avenue, Washington D.C.

 Façade de la FED à Washington

 Et si nous parlions un peu d’économie. Dans le tintamarre perpétuel qui accompagne tous les faits et gestes du président de la République, il est peut-être bon de s’arrêter sur quelques nouvelles d’ordre économiques qui sont loin d’être neutres pour notre pays. Il est d’ailleurs symptomatique de voir ces nouvelles beaucoup plus commentées à l’étranger que chez nous, signe que la presse française considère que la vie sur notre planète se résume aux discours ou aux tribulations de Nicolas Sarkozy. A propos, celui-ci va une nouvelle fois être déçu et il ne pourra s’en prendre qu’à la FED (banque centrale des Etats-Unis) : le dollar baisse et cette chute pourrait s’accentuer dans les jours et les semaines à venir, le différentiel de taux avec la BCE se réduisant à 75 points de base. Cela rend bien évidemment les placements en dollars nettement moins attractifs par rapport à ceux en euros.

A côté de cela, Nicolas Sarkozy devrait se réjouir de voir s’apprécier la monnaie unique (1€=1,398$), car avec un baril de pétrole à 82 dollars la facture énergétique, payée en dollars, sera réduite dans des proportions importantes, surtout si l’on compare le cours de l’euro aujourd’hui à son cours d’introduction (1,168 dollar). De plus, pour les entreprises exportatrices, l’appréciation de l’euro peut être une aubaine en termes de rentabilité. Enfin, pour celles qui veulent faire de la croissance externe dans la zone dollar, de loin la plus importante, la hausse de l’euro permet de mieux se positionner par rapport à des concurrentes ne bénéficiant pas de cet avantage. Mais, apparemment ce sont des choses trop simples pour que Monsieur Sarkozy veuille les accepter. De plus, son orgueil lui interdit d’admettre qu’il pèse peu, très peu dans le concert monétaire international.

Pour en revenir à ce qui s’est passé hier soir, la Réserve Fédérale des Etats-Unis a pris une décision jugée radicale par de nombreux observateurs en abaissant son taux directeur à 4, 75%. La banque centrale justifie sa position par les turbulences sur les marchés financiers, suite à la crise liée aux crédits hypothécaires qui fragilise le marché immobilier, et par ricochet la croissance de la première puissance économique dans le monde. C’est la première fois depuis quatre ans que la FED abaisse le prix de l’argent aux Etats-Unis. Cette décision, rappelle le communiqué de la FED, a été prise à l’unanimité, et ne signifie pas pour autant qu’elle réduit son degré de vigilance sur l’inflation. Il est vrai que les derniers chiffres publiés sur le sujet sont plutôt rassurants. Cela étant, la chute du dollar alliée à une hausse des cours du pétrole, elle-même liée à une reprise de l’économie américaine, pourrait entraîner très vite une révision de la situation en matière d’inflation. Le pire n’est jamais sûr, mais n’est pas pour autant exclu.

En tout cas le discours de la FED a beaucoup évolué depuis quelque mois, suivant en cela les conclusions de tous les analystes. Ceux-ci, évidemment, savaient que le durcissement des conditions de crédit ne pouvait que peser, à terme, sur une croissance déjà affectée par la baisse des dépenses de consommation.  Au deuxième trimestre, en effet, la progression de la consommation des ménages est descendue à 1,3% contre près de 4% les six mois précédents, et les premières estimations sur les mois d’été sont loin d’être encourageantes. En fait, nous assistons au premier ralentissement significatif de la demande des ménages américains depuis les années 2001 et 2002. Cela devrait ramener la croissance américaine à un niveau inférieur à 2% sur l’année, d’autant que la chute des dépenses des ménages entraînera nécessairement une révision à la baisse des investissements des entreprises.

Cette baisse des taux plus importante que prévu a eu, bien entendu, un impact très positif sur la tenue des bourses dans le monde, et d’abord sur les achats d’actions à Wall Street, l’indice Dow Jones ayant gagné 2,51% en une seule séance. Cependant, si la FED a donné un bol d’air aux bourses américaines, tous les problèmes qui affectent l’économie des Etats-Unis ne vont pas être réglés pour autant. Pour reprendre ce que disent les observateurs, le marché a eu ce qu’il désirait et une baisse des taux est toujours une bonne nouvelle, car elle a le potentiel de doper les profits des entreprises. Elle rend aussi les actions plus attrayantes que les obligations. Cela étant, les injections massives de liquidité ajoutées à de l’argent moins cher alimentent plus  sûrement les bulles financières et les excès de spéculation qu’une reprise de la croissance.

Cela nous permet de revenir sur les multiples critiques de Nicolas Sarkozy à l’égard de la BCE. Nous lui ferons tout d’abord remarquer que, pour le moment, la Zone Euro n’est pas confrontée aux mêmes problèmes que les Etats-Unis d’Amérique. La croissance de la Zone Euro sera en 2007 et vraisemblablement en 2008 supérieure à celle des Etats-Unis, grâce à une bonne tenue des exportations. Ensuite, malgré des taux nettement inférieurs, la Zone Euro a une monnaie beaucoup plus solide que la monnaie américaine. Notons au passage que jamais nous n’entendons Monsieur Sarkozy souligner que le taux directeur de la BCE est nettement inférieur à celui de la FED ce qui, théoriquement, devrait conférer un avantage au dollar. Cela signifie tout simplement que les fondamentaux économiques de la Zone Euro sont meilleurs que ceux des Etats-Unis. Monsieur Sarkozy l’ignore-t-il ?

Sans doute pas, donc Nicolas Sarkozy essaie de faire diversion sur les difficultés qui affectent notre économie dues essentiellement au fait que, contrairement aux autres pays de la Zone, nous nous affranchissons de faire les efforts nécessaires au rétablissement de l’équilibre de nos finances publiques et de nos comptes extérieurs. Monsieur Sarkozy, comme Monsieur Mitterrand en 1981, a cru que nous pouvions aller à contre-courant des autres pays européens. Heureusement, par rapport à cette époque, nous sommes dans une Zone monétaire unique et cela nous a évité une dévaluation qui eut été, sans cela, inéluctable. Cela permet aussi à la France d’avoir des taux d’intérêt qui restent  bas. Bref, les médiocres performances de l’économie française ne sont pas sanctionnées de la même manière qu’auparavant. C’est pour cette raison que l’attitude de Nicolas Sarkozy, prenant par le mépris les recommandations de Francfort et de Bruxelles, est fustigée aussi sévèrement.

M. E.


Une grande dame quitte la politique

Par escatafal in politique française - 19 sep, 2007

  

R.Barre - AM Comparini
Anne-Marie Comparini avec Raymond Barre

 Anne Marie Comaparini a décidé de quitter la politique et c'est une très mauvaise nouvelle. Cette grande dame, attachée parlementaire de Raymond Barre entre 1975 et 2001, savait ce que résister voulait dire. D'abord en refusant l'alliance avec le Front National, ce qui lui avait permis de prendre la Présidence de la région Rhône-Alpes. Ensuite, parce qu'elle a préféré rester fidèle à ses convictions et à son mouvement (UDF-MoDem) plutôt que de perdre son âme, ce qui lui a valu d'être battue au 1er tour des élections législatives en 2007.Une belle leçon à méditer pour les Besson, Kouchner, Lang, Lachaud, Morin, Leroy et Devedjian. Ce dernier, qui l'avait traitée de salope après sa défaite aux élections de juin, lui a sans doute offert à cette occasion le plus beau compliment qu'elle pouvait recevoir : une insulte venant d'un adversaire qui ne partage pas ses valeurs.

Michel Escatafal


Cinq ans, c'est long, très long

Par escatafal in politique française - 18 sep, 2007

  

Le général Boulanger (1837-1891) 

 Depuis bien longtemps, la France aime à se jeter dans les bras de personnages qui lui donnent l’impression qu’elle est, et restera, une grande puissance. Mais depuis toujours, chaque fois qu’elle a fait ce choix, elle l’a amèrement regretté. Parmi ces personnages, nous en citerons un qui a beaucoup compté à un moment clé de l’histoire de notre République : le général Boulanger. C’est assurément le plus bel exemple du personnage surfait, vaniteux, ambitieux qui nous fait irrésistiblement penser à qui vous savez. Bien que n’ayant pas la télévision à son service, « la France s’est éprise de lui » pour reprendre une expression du poète François Coppée, au point de jouir d’une popularité peut-être inégalée.

Boulanger avait pour mentor un homme politique qui devait être successivement son plus ardent soutien et son adversaire le plus passionné : Georges Clémenceau. La différence avec une situation qui nous rapproche de celle d’aujourd’hui est que les deux hommes avaient seulement quatre ans d’écart, le mentor étant le cadet. On peut d’ailleurs se demander après coup, comment un personnage tel que Clémenceau a pu aider dans un premier temps le général Boulanger. En réalité le jeune officier était brillant et sa bravoure et ses dons de commandement étaient éclatants aux yeux de ses pairs. Malheureusement pour lui, il avait dans le sang l’amour de la politique et l’ambition de réussir, par sa valeur ou, au besoin, par l’intrigue.

Après avoir occupé divers postes importants de commandement, il est nommé à 47 ans en 1884, général de division  puis ministre de la guerre en 1886. A noter qu’il n’était pas ministre de l’Intérieur, mais le résultat était identique car il va allier dans ce poste patriotisme et démagogie. Il va ainsi se présenter comme un ami de la classe ouvrière, sans citer le nom de Jaurès encore inconnu, mais aussi améliorer la vie des soldats et de leurs familles. Il va en même temps réformer la vie militaire dans un sens démocratique allant jusqu’à réduire le service militaire de 5 à 3 ans, mais sans que personne n’en réchappe, y compris les séminaristes ce qui lui attirait les faveurs des anticléricaux.

Tout cela va créer un climat de sympathie et d’enthousiasme autour de lui au point de voir ses soldats faire de lui un héros à la Bonaparte, et entendre le 14 juillet 1886 la foule crier « vive l’armée ! ». Il est vrai qu’il avait tout pour lui, y compris celui d’être considéré comme un homme très séduisant. Plusieurs chansons lui seront dédiées et il va devenir le général «Revanche» tellement il va symboliser le patriotisme français et le désir de revanche après la défaite de 1870. Mais il en fait trop, et va s’attirer de nombreuses antipathies dans la classe politique de l’époque.

Il est obligé de démissionner de son ministère, mais cela ne l’empêche pas de drainer sous son nom tout ce que la France compte de mécontents et ou se mêlent nationalistes, bonapartistes ou royalistes. Soutenu par la population, il hésite à s’emparer de l’Elysée par un coup d’Etat. Du coup un mandat d’arrêt est lancé contre lui  et son parti est dissous. Il finira sa vie en se suicidant en 1891 à Bruxelles. Cependant l’agitation nationaliste qu’il a provoquée va perdurer et reparaître lors du scandale de Panama et au moment de l’affaire Dreyfus.

Ce long préambule historique nous permet de revenir à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Les hommes politiques qui, pour atteindre le pouvoir, font assaut de démagogie et de populisme, ne concrétisent jamais les espoirs qu’ils ont suscités dans l’opinion. Du coup la frustration, voire la colère,  s’installent et il devient très difficile de rétablir la situation car celle-ci exige des sacrifices douloureux qui, hélas, frappent en premier les plus défavorisés.

Nous ne disons pas que Nicolas Sarkozy et le général Boulanger c’est du pareil au même, Nicolas Sarkozy ayant conquis l’Elysée démocratiquement. En revanche, pour devenir président de la République, Nicolas Sarkozy a utilisé les mêmes armes que ceux qui veulent « le pouvoir pour le pouvoir ».  En fait il n’avait pas de projet pour la France, contrairement à François Bayrou. Son but était de battre ses adversaires, nous ne disons même pas ses concurrents. Il voulait gouverner et gouverner seul, quitte à utiliser des arguments sur lesquels l’extrême-droite a fait son terreau. D’ailleurs, il est significatif de constater que les premières mesures prises par le nouveau pouvoir, outre celles en faveur des plus riches, concernent la délinquance et l’immigration.

Le problème pour Nicolas Sarkozy est que les Français ne vont pas se contenter de cela. Ils vont exiger plus parce qu’on leur a beaucoup, beaucoup promis. « Ensemble tout est possible » disait le slogan de campagne du candidat Sarkozy. L’ennui est que rien n’est possible dans notre pays, comme ailleurs, si nous ne faisons pas les réformes indispensables pour améliorer la situation économique. François Fillon, qui se veut Premier ministre, se moquait ouvertement de François Bayrou pendant la campagne présidentielle, parce que celui-ci avait pour principal programme la réduction de la dette et des déficits. Et bien la réalité est là : la France va devoir s’occuper de ces questions essentielles parce que nous faisons partie de la Zone Euro.

C’est dur, et l’orgueil de Monsieur Sarkozy va en souffrir, mais nous sommes de plus en plus le mauvais élève de la classe qui a pour monnaie l’euro, et l’Eurogroupe (responsables politiques de la Zone Euro) somme le gouvernement français de réduire son déficit public. Alors, Nicolas Sarkozy fait montre de son inculture en matière économique en fustigeant la BCE, et en tenant des propos populistes tels que « on a fait des facilités pour les spéculateurs, on complique la tâche pour les entrepreneurs ». Ces propos ont été très mal accueillis par les autres membres de l’Eurogroupe et les banquiers centraux de l’Union Européenne.

Nicolas Sarkozy a même reçu une petite leçon de J.C. Trichet, Président de la BCE, qui lui a fait remarquer que cette dernière protège les citoyens de la Zone Euro, « particulièrement les plus vulnérables et les plus pauvres » en évitant une hausse de l’inflation par sa politique de taux. En outre, il a été humilié par Axel Weber, président de la Bundesbank (banque centrale allemande) qui a affirmé de manière péremptoire : « La valeur informative de la critique de Sarkozy (sic), c’est zéro. Et zéro aussi pour ce qui est de l’influence sur la BCE. Nous ferons ce qui est nécessaire ». Le jugement ne s’embarrasse pas de diplomatie, mais le constat est juste.

Qu’il doit être difficile d’être ministre des Finances en ce moment !  Madame Lagarde qui n’avait déjà pas brillé au ministère du Commerce Extérieur dans le gouvernement précédent, aurait mieux fait de rester au Etats-Unis dans son cabinet d’avocat-conseil car sa tâche va devenir impossible, entre un Président qui dit tout et son contraire, et ses collègues de l’Eurogroupe qui ne lui feront aucun cadeau.

Nicolas Sarkozy est beaucoup plus à l’aise quand il s’agit de parler à nos concitoyens, même s’il a tort de penser que les Français lui pardonneront facilement d’avoir oublié ses promesses. Certes, il trouvera des boucs émissaires, tels que la BCE et l’euro, il accusera le Conseil Constitutionnel, il fera diversion, mais très rapidement il sera obligé de rendre des comptes. A propos de diversion, il est curieux d’entendre le ministre des Affaires étrangères agiter la menace d’une guerre avec l’Iran, propos que n’a pas totalement démenti le Premier Ministre. On se croirait revenu à l’époque du général Boulanger ! Le plus grave  dans cette affaire, c’est que Nicolas Sarkozy semble être devenu le porte voix de Georges Bush. Pire même, bientôt nous allons passer pour des va-t-en guerre ce qui, une fois encore, va nous couper des autres pays de l’Union Européenne. D’ailleurs Mohammed El Baradai, chargé de contrôler le programme nucléaire  iranien, a exclu toute option militaire contre l’Iran.

Autre diversion, les tests ADN dans le cadre des regroupements familiaux. Encore une fois, on décide d’une mesure à caractère populiste sans que les gens ne se rendent compte de la portée de la décision,  pour détourner l’attention. La France est quand même le pays des droits de l’homme et on se demande bien ce que ce texte, en contradiction avec les fondements de la loi française de bioéthique, va apporter de plus sinon à satisfaire des relents de racisme indignes des parlementaires qui ont proposé cet amendement. N’est-ce-pas Monsieur Mariani, député du Vaucluse ?

Enfin, il faut bien reparler des régimes spéciaux puisque c’est le sujet du jour. Là aussi, quoique l’on puisse nous raconter, il faut que les Français sachent que nous n’allons pas régler le seul vrai problème concernant les retraites, à savoir leur financement. On va se contenter d’aligner les régimes spéciaux sur le régime général, ce qui donnera satisfaction à ceux qui ont des œillères et qui rentrent dans le jeu du président de la République, dont le but est clairement d’opposer les Français entre eux. Bien entendu, les zélés laudateurs de Nicolas Sarkozy se chargeront d’accompagner ces réformes qui n’en sont pas, ce qui permettra à notre président de poursuivre quelque temps encore sa fuite en avant. Jusqu’à quand ?

Là est toute la question et nous revenons à notre propos initial. Notre président de la République commence à fatiguer les Français. Ceux-ci l’ont vu beaucoup s’agiter depuis son élection. Il était partout à la fois. Il a fait des coups en France et à l’étranger. Il a occupé le terrain avec une telle constance que les gens, en vacances, n’osaient plus allumer leur poste de télévision craignant de voir une nouvelle fois Sarkozy. C’est un sentiment étrange et nombre de personnes ayant voté pour lui, aux deux tours de l’élection présidentielle, commencent à dire que ce spectacle permanent de la famille Sarkozy les épuise. Ils en sont presque à regretter Jacques Chirac, ce qui est le pire des désaveux pour Nicolas Sarkozy. Alors, bientôt, ils vont exprimer leurs déceptions dans les urnes, déjà sans doute aux élections municipales. Et après ?

Quand nous serons obligés de satisfaire aux contraintes européennes, quand le président de la République n’aura plus rien d’autre à proposer aux Français qu’un plan de rigueur sévère, quand il aura lassé ses derniers soutiens, quand les médias se détourneront de lui, que lui restera-t-il ? Pour notre part, nous sommes de ceux qui pensent que Nicolas Sarkozy n’est pas un homme solide. Nous pensons aussi que ce n’est pas véritablement un homme d’Etat, un homme sur qui la nation peut se reposer en cas de difficulté. C’est d’abord un homme de réseaux, c’est un intrigant comme nous disions autrefois. Il n’aurait pas fait carrière sous la 3è et la 4è République, car il aurait été mis à l’écart par des hommes comme Gambetta, Clémenceau, Poincaré ou Briand. Il ne pouvait réussir que dans une République en proie au doute, où les médias et la communication jouent un rôle déterminant. C’est la raison pour laquelle nous n’hésitons pas à dire que le quinquennat sera peut-être trop long pour lui.

Michel Escatafal


Le Forum des Démocrates : un vrai bonheur

Par escatafal in politique française - 17 sep, 2007

  

V.V.F. Vacances Les Tuquets

  V.V.F. Seignosse

Bien entendu je ne vais pas faire un compte rendu de ce qui s’est dit au Forum des Démocrates à Seignosse. Tout d’abord parce qu’à titre personnel, j’ai surtout participé à l'atelier consacré à la formation des candidats aux élections municipales et cantonales, et ensuite parce que l’offre en termes de débats était d’une telle richesse qu’il eut été présomptueux de vouloir en faire le résumé en quelques lignes.

Cela étant, ces quatre jours seront à marquer d’une pierre blanche pour notre mouvement, ne serait-ce qu’en faisant le constat que plus de 3000 personnes ont participé à ce forum. J’ajouterais également que ce forum a marqué pour nombre d’entre nous le véritable début d’une lame de fond qui à terme, peut-être même à très court terme, va transformer durablement le paysage politique français.

Première surprise en arrivant sur le site, des voitures immatriculées à l’étranger stationnent tout près du VVF. Le moment de surprise passé, en bon rationaliste que je suis, je me dis qu’après tout la petite station landaise accueille encore des étrangers venant profiter des derniers rayons de soleil de l’été. Que nenni, ces touristes n’en étaient pas, puisqu’ils étaient venus participer au Forum. Parmi ceux-ci, un jeune chef d’entreprise ayant fait le voyage depuis Dusseldorf, capitale de la Rhénanie du Nord-Westphalie, qui nous a gentiment aidés à nous garer pas trop loin du VVF. Un peu plus tard, lors du premier repas pris en commun, mon épouse et moi-même rencontrons  un jeune homme travaillant à Bruxelles. Cela paraît anecdotique, mais voir des gens venir de toute la France et même d’Europe à leurs frais, un week-end de septembre, pour participer à un forum politique, je pense sans forfanterie qu’il n’y a que le Mouvement Démocrate qui puisse le faire.

Ensuite, n’importe quel observateur a pu remarquer l’extrême convivialité qui a présidé à ce rendez-vous. En quatre jours, je n’ai pas entendu la moindre récrimination de la part des participants, mis à part une regrettable impatience à voir le grand historien Jean-Pierre Rioux terminer son allocution. Au contraire, tout était bon pour discuter, pour se réunir, pour se trouver ou se retrouver. Que ce soit dans la file d’attente pour les repas, ou en attendant l’ouverture des portes dans les salles, nous nous réjouissions tous d’être là.

Mieux-même, malgré l’extrême exigüité des salles affectées aux ateliers destinés à la formation des candidats aux prochaines élections locales, tous les participants faisaient preuve d’une solidarité exemplaire pour offrir à chacun les meilleures conditions pour sa formation. Au passage, nous saluerons également la qualité de la formation distillée aux futurs élus du MoDem.

La convivialité s’est aussi retrouvée dans la disponibilité manifestée par les personnalités présentes à cette réunion. Pour ma part, je remercie Corinne Lepage d’avoir accepté de participer avec joie à une ou plusieurs réunions qui devraient être organisées fin octobre ou début novembre dans le Gard. Nombre de militants ont affirmé avoir ressenti la même disponibilité de la part de Marielle de Sarnez, Jean-Marie Cavada ou Jean-Luc Benhamias. Bref, la famille était bien réunie pour faire de ce Forum des Démocrates une belle fête.

Bien entendu, parmi les moments forts de ces journées, nous ajouterons les débats de politique générale autour de François Bayrou et des élus avec une large participation offerte aux militants, même si certains s’estimaient quelque peu frustrés de n’avoir pu poser leur question, évidemment pertinente. Malgré tout, nombreux furent les adhérents et sympathisants du Mouvement Démocrate à avoir fait part de leurs remarques à François Bayrou et son équipe. Cependant beaucoup d’entre nous retiendront de ces débats, les réponses à la fois fermes et courtoises de François Bayrou aux interventions de Didier Bariani et Thierry Benoît, confirmant qu’il n’y aura pas de « courant » au sein du Mouvement Démocrate.

Didier Bariani, membre historique de l’UDF, avait ouvert le feu, si j’ose dire, avec une contribution distribuée aux  participants  juste avant le débat du samedi soir, dans laquelle il affirmait « que la vie d’un mouvement politique n’est pas un conte de fées», ce qui n’est pas neutre. Il a rappelé aussi à la tribune qu’il fallait que les points de vue de chacun soient entendus et que, finalement, rien ne pressait pour remplacer l’UDF par le Mouvement Démocrate. Evidemment ce n’est pas l’avis de la grande majorité des adhérents à notre mouvement, y compris ceux qui comme moi et tant d’autres viennent de l’UDF.

Thierry Benoît de son côté n’y est pas allé par quatre chemins. Après avoir répété qu’il avait voté pour Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle, il a déclaré que pour lui, sympathisant de l’UDF, le Centre tel qu’il le voyait n’était pas aussi central qu’il n’y paraissait, puisqu’il penchait nettement à droite. En fait Thierry Benoît, élu breton, représente l’archétype du député UDF tel qu’on le percevait au cours des décennies précédentes, à savoir un appoint du RPR et rien d’autre.

La réponse de François Bayrou fut tout à la fois sublime et limpide, car elle a permis à notre leader de mettre une fois pour toutes les choses au point. Sans rapporter intégralement ce qui a été dit, nous devons souligner que François Bayrou a insisté sur deux points :

-          Rejoindre le mouvement démocrate, c’est affirmer une volonté d’indépendance, une liberté de penser et d’action.

-          Dans notre famille politique, le débat est libre, vigoureux si nécessaire, mais nous devons être solidaires des décisions prises.

François Bayrou en a profité également pour rappeler que l’ouverture telle que la conçoit Nicolas Sarkozy,  est avant tout un leurre. Qu’on en juge : le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice, le Président du Sénat, de l’Assemblée Nationale etc., tous sont issus des rangs de l’UMP. Cela signifie que tous ceux qui se sont ralliés après 2002 n’ont pas, ou n’ont que des rôles extrêmement mineurs. En tout cas, aucun ne pèse sur les décisions du pouvoir, comme ont pu le constater les députés qui avaient quelques velléités d’amender le dossier sur le bouclier fiscal. François Bayrou a aussi répliqué à Thierry Benoît que sans les voix venues d’ailleurs, et notamment de gauche, il n’aurait pas été élu.

Enfin, le dimanche pour clôturer ces journées, nous avons eu le discours de politique générale de François Bayrou. Ce discours bien dans le ton de notre leader, à la fois mesuré et très déterminé, a fait ressortir toutes les contradictions de la politique qui est menée par notre omniprésent président, tant au plan national, qu’européen ou international. Il a surtout insisté sur le fait que la société française devait garder ses valeurs, toutes ses valeurs, et que  le but du gouvernement ne devait pas être de «réhabiliter la valeur de l’argent, car l’argent n’est pas le corollaire du succès».

Le dernier repas pris en commun, sous le chaud soleil de Seignosse, fut une dernière occasion de nous retrouver entre militants, en promettant de se revoir en novembre pour le congrès fondateur. Il nous a permis de vérifier une nouvelle fois que nous étions maintenant quasiment tous sur la même longueur d’ondes, malgré les inévitables réticences de certains nostalgiques ou démagogues. Pour autant, le Mouvement Démocrate existe et, au plus tard en 2012, nous serons prêts à affronter les échéances décisives pour notre pays avec les plus grandes chances de succès.

Au total ces quatre journées pourraient bien être appelées les « quatre glorieuses » pour le Mouvement Démocrate. Elles auront permis de cimenter le lien qui unit les démocrates de ce pays, et dans une approche plus ambitieuse elles peuvent aider à fédérer un vaste rassemblement des démocrates européens. En disant cela je repense à ce que certains assuraient au hasard de nos conversations : « nous avons des idées et nous savons que nous pouvons les mettre en application très rapidement ». Pour affirmer cela aussi péremptoirement, il faut avoir une grande confiance dans l’avenir et nous l’avons tous, au contraire de certains qui récitent déjà ce que disait François de Malherbe dans ses Poésies : « Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ».

Michel Escatafal


Le courage en politique

Par escatafal in politique française - 11 sep, 2007

Compte tenu de notre présence au Forum des Démocrates à Seignosse (du 13 au 16 septembre), nous ne reprendrons la mise en ligne de nouveaux articles qu'à partir du milieu de la semaine prochaine. A bientôt. Marie et Michel Escatafal

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Avant de partir pour Seignosse, et compte tenu de l’actualité fournie ces derniers jours, je voudrais  revenir sur quelques sujets qui en disent long sur ce que les gouvernants d’un pays doivent faire ou ne pas faire. Dans ce blogue, j’ai souvent parlé de courage politique. Pour faire les réformes d’ampleur dont notre pays a tellement besoin, il faut à la fois de la ténacité, de l’audace, de la résolution et plus que tout de la crédibilité.

Pour être crédible, il faut un gouvernement qui conduise la politique de la Nation en mettant en œuvre les orientations politiques définies par le président de la République. Celui-ci doit en outre rester au dessus de la mêlée, afin d’apparaître aux Français comme un arbitre et un recours. C’est tout à fait le contraire de ce qui a été fait pendant le quinquennat de Jacques Chirac, avec un président usé, n’intervenant plus qu’en de rares occasions sur les sujets d’importance, et à chaque fois à contre temps ou à contre emploi. C’est aussi le contraire de ce qui est fait aujourd’hui, où le président gouverne seul avec un cercle de collaborateurs autour de lui.

Cette dérive de la fonction présidentielle liée à la personnalité de Nicolas Sarkozy amène le plus souvent à des situations incongrues. Ainsi, dimanche sur une chaîne de télévision, le Premier ministre prend un air ingénu pour dire que la réforme des régimes spéciaux de retraite est prête, et qu’on n’attend plus que « le feu vert du président de la République ». Et ce dernier de dire que nous saurons tout le 18 septembre, ce qui aussitôt déclenche de multiples réactions, favorables ou le plus souvent défavorables. Voilà ce qu’il ne faut surtout pas faire, d’autant que parmi les réactions défavorables, on insiste surtout sur la méthode. Cela signifie que d’une certaine façon, le contenu de la réforme importe moins que la présentation qui en est faite. Gageons à ce propos que le Premier ministre n’aura fait que suivre les ordres « du chef », et que l’on s’oriente vers une réforme à minima.

Il est évident qu’il aurait mieux valu reprendre la réforme des retraites là où elle avait été laissée par Monsieur Fillon il y a quatre ans, d’autant que le financement des régimes de retraite n’est pas assuré au-delà d’une dizaine d’années. A quoi pourrait-il servir de supprimer les régimes spéciaux, si les financements ne suivaient pas, car ne l’oublions pas les financements ne dépendent pas seulement de l’âge du départ effectif en retraite.  Et puis parler des retraites, c’est évoquer aussi les problèmes de santé liés à l’allongement de la durée de la vie. Bref, il fallait s’attacher avec patience à réaliser une réforme d’ampleur, en précisant les motifs de l’initiative gouvernementale, les mesures destinées à assurer la survie de notre système de répartition, et à mieux protéger les personnes ne disposant pas d’une retraite minimale pour répondre au besoin d’équité.

Malheureusement, tout cela n’est que fiction pour le moment car le peuple français a préféré le clinquant au solide, le coup d’éclat permanent à la conduite d’une politique où l’on cerne les problèmes fondamentaux à moyen et long terme, et l’anesthésie à la prise de conscience par l’opinion des problèmes réels du pays. Cela ne nous empêche pas de méditer sur le présent pour préparer l’avenir d’autant que, comme nous le répétons sans cesse, la situation que nous trouverons en 2012 sera très difficile, notamment en termes de finances publiques. Et dire que notre président de la République fut il y a peu, ministre des finances !

A ce propos, il est quand même curieux comme le soulignent de nombreux observateurs, que Nicolas Sarkozy puisse avec ses coups de menton sur la moralisation des marchés ignorer, ou feindre d’ignorer, les règles inhérentes au marché. Dans son désir de montrer sa détermination à lutter contre les dérives de la spéculation financière, il s’attaque durement « aux quelques dizaines de spéculateurs » coupables de semer le trouble sur les marchés financiers. Comme si les lois du marché ne dépendaient que de cette poignée d’opérateurs.

Notre président oublie simplement que l’essence même du système capitalisme financier (dont il est un ardent défenseur) est d’avoir des gens qui anticipent à la hausse ou à la baisse sur les cours des sociétés cotées. Dit autrement et par extension, tous les gens détenant quelques économies sont par essence des spéculateurs, même si nous savons bien que tous n'ont pas la même responsabilité dans les dérèglements touchant les marchés monétaires. Apparemment les paroles du président de la République ont dépassé sa pensée. Mais au fond, qui bientôt fera attention aux propos de Monsieur Sarkozy ? Plus grave, surtout, qui le prendra au sérieux s’il continue ainsi ?

Il est vrai qu’il n’a pas « la baraka » en ce moment, pour employer un terme qu’il aime bien utiliser. Autant par exemple, Lionel Jospin avait bénéficié d’une conjonction d’éléments favorables à son arrivée aux affaires en 1977, autant les nuages s’amoncellent sur l’environnement économique de notre pays aujourd’hui, dus pour beaucoup à la politique menée par les précédents gouvernements dont il était le numéro 2. Cela précisé, c’est dans la tempête que se révèlent les grands capitaines, comme Raymond Barre l’a démontré entre 1976 et 1981, avec deux chocs pétroliers de grande ampleur. Mais Nicolas Sarkozy n’a évidemment rien en commun avec l’ancien Premier ministre.

Pour en revenir à la baraka, toutes les initiatives prises par notre président ou ses amis semblent vouées  à l’échec. Pour preuve, la lettre  de Guy Môquet lue aux joueurs de l’Equipe de France de rugby avant le match d’ouverture de la Coupe du Monde face à l’Argentine, à l’initiative du selectionneur, futur secrétaire d’Etat aux sports. Outre le fait qu’on se demande bien pourquoi avant une rencontre sportive, on estime nécessaire de faire lecture d’une telle lettre, tous les observateurs ont noté que cet évènement a largement contribué à mettre sur nos joueurs une pression insupportable. Nous connaissons tous le résultat, mais la défaite aura au moins un mérite dans la mesure où les joueurs ont déclaré vouloir prendre en charge eux-mêmes leur destin, ce qui nous rassure pour les rencontres à venir.

Ces quelques exemples démontrent à l’évidence que la conduite d’un pays relève d’une détermination sans faille, pour affronter les difficultés qui ne manquent pas de jalonner l’exercice du pouvoir. Pour ce qui concerne la France d’aujourd’hui, il faudrait un dirigeant qui ne soit pas « chef de clan » pour sortir de cette spirale de l’endettement, qui retarde le moment de la vérité. Il faudrait un dirigeant qui soit d’abord rassembleur, pour que les nécessaires sacrifices qui finiront par nous être imposés, soient partagés par tous. Ce dirigeant nous l’avons : c’est François Bayrou. Gageons que les Français seront très nombreux en 2012 pour lui confier les responsabilités du pouvoir, et faire la preuve que notre pays peut être gouverné « autrement » qu’il l’a été depuis 1981.

Michel Escatafal


Le MoDem, seule alternative crédible

Par escatafal in politique française - 10 sep, 2007

 MoDem - Mouvement Démocrate

 François Bayrou a coutume de dire que nous ne devons pas être des opposants systématiques. Il a parfaitement raison et sa formule célèbre : « quand c’est bien nous le disons, quand c’est mal nous nous opposons » reste plus que jamais la marque de la responsa