"Le Monde" a bien changé
Décidément, pour ceux qui ont connu Le Monde il y a quelques années, ce quotidien a bien changé. Ce modèle de journal référence que l’on se passait de main en main quand nous étions étudiants, n’existe plus aujourd’hui, et même depuis bien longtemps. Nous en avons eu la preuve pendant la dernière campagne présidentielle, et pas seulement à travers son choix clairement affirmé pour un second tour entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Nous sentions bien, nous militants bayrouistes, que notre candidat n’avait pas les faveurs de la gazette du boulevard Auguste Blanqui. Nous pressentions même une envie malsaine de voir sortir du jeu cet intrus (François Bayrou), qui venait troubler le jeu des « grands partis », donc des puissances d’argent qui tiennent Le Monde à bout de bras. S’ils voient cela outre-tombe, Messieurs Beuve-Méry ou Fauvet doivent être bien tristes.
Mais qu’a donc écrit Le Monde récemment pour nous attirer un tel courroux ? Il a simplement voulu faire une comparaison que nous estimons désobligeante entre François Bayrou et Nicolas Sarkozy. Certes, même si c’est involontaire, nous lui saurons gré d’avoir parlé du leader du MoDem, mais c’est bien le seul mérite de cet article de Patrick Jarreau intitulé « un bayrouisme sans François Bayrou ». Pour le contenu, en revanche, nous dirons que c’est surtout la tromperie qui domine dans l’analyse que fait le journaliste. Ses patrons, que ce soit Alain Minc (grand ami de Nicolas Sarkozy) ou Colombani ont dû apprécier.
Tout d’abord dans l’article en question, Jarreau affirme que le gouvernement qu’a formé le Président de la République, ressemble à la définition de celui qu’aurait constitué François Bayrou avec des gens compétents venant des deux camps. Nous sommes au regret de dire que Monsieur Jarreau se moque de ses lecteurs en disant pareille chose. En premier lieu, le projet de François Bayrou s’adressait à l’ensemble des Français et non pas à une fraction d’entre eux. Il était donc par essence rassembleur. Sur cette base, ce projet dépassait les frontières classiques de la droite et de la gauche. Pour reprendre ce que disait François Bayrou au moment de l’élection présidentielle, le but était de faire travailler ensemble « dans un intérêt commun général, tous ceux qui y retrouvent les valeurs et les principes d’action d’une politique moderne et rénovée ».
C’est exactement le contraire de ce qu’a fait Nicolas Sarkozy, en posant pour principe que ce dernier gouverne seul. Il n’a pas besoin de ministres autour de lui, les nombreux conseillers qui forment sa garde rapprochée suffisant largement à son information. Donc qu’il y ait Kouchner ou un autre aux affaires étrangères, qu’il y ait Michelle Alliot-Marie ou une autre à l’intérieur etc., c’est du pareil au même. Le décideur c’est Nicolas Sarkozy. Il l’est tellement, que c’est lui qui décide seul de la création de commissions, dont l’unique mérite est de placer à leur tête des personnalités socialistes, et donc de décrédibiliser encore un peu plus la seule opposition parlementaire. On est loin du projet de François Bayrou où les nominations aux plus hauts postes devaient être sévèrement encadrées, et où le pluralisme politique devait être protégé par la Constitution.
Le journaliste pose ensuite la question de savoir si les ralliés sont encore à gauche, voire de gauche, en précisant que le Parti Socialiste ne se sentait pas représenté au gouvernement, puisque les ralliés avaient quitté le parti ou en avaient été exclus. Réponse : Kouchner, Besson, Bockel et les autres ne sont pas de gauche puisqu’ils ont accepté, sans se faire prier, de participer à un gouvernement issu d’une élection où les thèmes du candidat Sarkozy étaient de droite et dans certains domaines d’extrême-droite. Par ailleurs, il est de notoriété publique que Bockel, maire de Mulhouse élu à la tête d’une liste socialiste, va conduire en mars 2008 une liste UMP. Si après cela, Jarreau se pose encore la question de l’appartenance de ces ralliés à la gauche, c’est tout simplement qu’il est de mauvaise foi.
Il l’est d’autant plus qu’il fait croire que si Besson et Jouyet ont quitté le navire PS, c’était pour incompatibilité d’humeur avec Ségolène Royal. De qui se moque-t-il ? Ils ont lâché Ségolène Royal alors que celle-ci avait déjà commencé sa campagne, et surtout au moment où les sondages plaçaient systématiquement en tête Nicolas Sarkozy. Rien que ces épisodes quelque peu sordides suffisent à démontrer que le débauchage façon Sarkozy, n’a strictement rien à voir avec le désir qu’avait François Bayrou de réunir le maximum de compétences pour faire avancer la maison France.
Contrairement à ce qu’écrit Le Monde, la réunion de compétences ne se mesure pas à travers des réflexions sur « l’exploration des politiques à mener dans certains domaines ». On n’a nul besoin de l’expertise de Jacques Attali ou d’Hubert Védrine pour savoir ce qui ne va pas dans la société française, pourquoi la France a du mal à se positionner dans la mondialisation, ou encore pourquoi elle fait depuis quelques années moins de croissance que les autres pays. Tous ces sujets ont sans doute été étudiés sérieusement avant le début de la campagne présidentielle.
En tout cas, ils auraient dû l’être comme France Bayrou et son équipe l’avaient fait. Si François Bayrou avait été élu, il n’aurait eu besoin de personne pour poser un diagnostic sur les raisons de la crise qui affecte notre pays. Tout était prêt, comme en témoignent les grandes lignes de son projet présidentiel basé sur la réduction de la dette, l’impartialité de l’Etat, une véritable démocratie, la croissance et la solidarité, l’investissement pour l’avenir à travers l’école et l’enseignement supérieur.
Il faut noter également que si François Bayrou n’a jamais envisagé un gouvernement d’union sur le modèle « grande coalition », il est vraisemblable que le premier gouvernement qu’il aurait formé aurait ressemblé à celui du Général de Gaulle en 1958, à savoir une réunion d’hommes en provenance de la droite modérée, de la gauche non communiste et du centre. C’est d’ailleurs cela la réelle philosophie du MoDem, le rassemblement au centre le plus large possible. Cela n’a rien de commun avec ce qu’affirme de manière outrancière Le Monde, quand il constate que Nicolas Sarkozy a mis en œuvre ce qui était réalisable du programme de François Bayrou, le reste étant du domaine du rêve.
Ce qui laisse rêveur les adhérents du MoDem, c’est plutôt la manière de présenter les choses de la part d’un journaliste comme Patrick Jarreau prétend l’être. Est-il impossible dans ce pays de réaliser des réformes approuvées par le plus grand nombre ? Certainement pas, et la meilleure preuve en est que la France a surmonté bien d’autres épreuves dans son histoire. Et pour parler comme François Bayrou, « la France surmontera la crise actuelle qui est une injure et une blessure à son génie ». Il est évident qu’elle n’y arrivera pas avec les concepts archi dépassés de Monsieur Jarreau, et pas davantage avec la méthode de gouvernement de Nicolas Sarkozy.
Quand il arrivera au pouvoir, en 2012, François Bayrou aura encore plus de difficultés à surmonter que celles qu’il aurait eu à affronter s’il avait été élu le 6 mai dernier. D’ici cinq ans, c’est une quasi certitude, la situation de nos finances publiques se sera largement dégradée. Il est à craindre que le taux d’endettement public dépassera 70% du PIB, malgré les injonctions de Bruxelles. Il est vraisemblable également que les inégalités se seront encore aggravées entre les classes privilégiées et les plus démunis. Il est certain, aussi, qu’aucun des grands problèmes liés à la démographie n’aient trouvé de réponse. Notre pays sera encore plus vulnérable. Pour autant, nous sommes convaincus que les Français sauront se réunir sur l’essentiel pour retrouver foi en l’avenir. Cela ne pourra se faire que dans une démarche de vérité et d’ouverture, au vrai sens du terme.
Michel Escatafal
Et ça continue encore et encore...
A chaque jour suffit sa peine dit-on. Avec ce Président de la République et ce gouvernement, nous sommes vraiment « gâtés ». Jamais dans l’histoire de notre république nous avons eu un tel vent de démagogie qui a soufflé sur le pays. C’est la tempête assurée chaque jour. Aujourd’hui de quoi parle-t-on essentiellement? De la Coupe du Monde de Rugby, ce sport connaissant depuis quelques jours un engouement médiatique jamais égalé. Les mauvaises langues mettront cela sur le compte de l’amitié qui lie le chef de l’Etat au sélectionneur, futur secrétaire d’Etat de surcroît.
Ensuite on évoque très souvent le Conseil des Ministres décentralisé à Strasbourg, avant d’aller en Corse et Outre-mer (combien ça coûte aux contribuables ?), le plan « anti-glandouille » (sic) de Fadela Amara, sans oublier le début de la négociation sur le marché du travail. Enfin, il y a également la réforme des régimes spéciaux que nous allons évoquer plus longuement, parce que le sujet est très important, mais aussi en raison de la mauvaise foi éclatante de nos gouvernants. Pourquoi ?
Parce qu’on va encore accentuer la mise au ban d’une partie des Français contre une autre. Un sujet comme celui-là représente une aubaine pour des gouvernants à courte vue, qui n’hésitent pas à faire endosser les difficultés de financement du régime général des retraites, par une catégorie de soi-disant privilégiés. D’ailleurs, François Fillon n’a-t-il pas dit, au mois de juin, que les avantages dont bénéficient les retraités des régimes spéciaux représentaient « l’injustice la plus criante ». Et beaucoup de monde d’applaudir cette sentence, plus particulièrement ceux (les plus nombreux) qui n’appartiennent pas à la catégorie des privilégiés, comme si le fait de supprimer les régimes spéciaux allaient permettre aux autres de voir leur pension revalorisée.
Puisque nous faisons dans la démagogie, nous pourrions rétorquer à "ce pauvre Monsieur Fillon" que si l’on doit dénoncer le régime de retraite des agents de la Banque de France, de la SNCF, de la RATP, d’EDF et GDF, les clercs de notaire, les marins, les retraités des mines etc., au total 1,1 million de retraités, il faut aussi s’attaquer à une catégorie dont les politiques ne parlent jamais : les parlementaires et les ministres. Evidemment, Monsieur Fillon et Monsieur Sarkozy, pour ne citer qu’eux, n’ont jamais travaillé en dehors de la politique. Aussi n’ont-ils pas une claire conscience de ce qui se passe dans le monde du travail, d’autant que la quasi-totalité de leurs conseillers vivent ou ont toujours vécu dans « le sérail ».
Cela étant, il faut être d’une extraordinaire duplicité pour parler comme Monsieur Fillon « de privilégiés » à propos par exemple des cheminots, et avoir accepté (à la fin de la dernière législature) que les députés sortants touchent une indemnité parlementaire pendant 60 mois au lieu de 6, comme c’était le cas auparavant, en cas de défaite aux élections. A ce propos, il faut préciser que seuls François Bayrou et quelques parlementaires UDF avaient voté contre cette mesure, information au demeurant très mal relayée par les médias, comme nous avons pu le constater pendant les dernières campagnes électorales.
Certes, loin de nous l’idée qu’il ne faille procéder à aucune réforme quant aux régimes de retraite. D’ailleurs certains établissements comme la RATP, EDF et GDF, n’ont pas attendu le gouvernement pour commencer à réformer leurs régimes spéciaux. La Banque de France pour sa part a achevé sa réforme en alignant son régime de retraite sur celui de la fonction publique. Pour autant, il est évident qu’à terme il faudra harmoniser les régimes de retraite mais, contrairement à ce que veut nous imposer Nicolas Sarkozy, harmoniser par le haut, plutôt que faire un nivellement par le bas pour la quasi-totalité des retraités.
Une remise à plat s’impose donc sans tabou, afin de mettre en place un système impliquant la mise en œuvre pour tous « d’une retraite par points », applicable au public comme au privé, qui permettrait de lisser les effets de seuil et d’individualiser les choix de départ. Cette réforme doit bien évidemment se faire dans la transparence, et surtout en prenant le temps de débattre sur le sujet avec l’ensemble des partenaires. De plus, comme c’est une question qui concerne tous les Français, une fois achevées les consultations, le projet pourrait être ratifié par référendum comme l’avait suggéré François Bayrou pendant la campagne présidentielle. Tout le contraire de ce que proposent aujourd’hui Nicolas Sarkozy et son gouvernement.
Mais comment pourrait-il en être autrement, avec un Président qui a décidé de traiter tous les problèmes par la fuite en avant. L’ennui pour la France, c’est que cette méthode de gouvernement trouve rapidement ses limites et, surtout, elle ne fait pas reculer les difficultés. Au contraire, en traitant à la va-vite des sujets aussi sérieux que l’autonomie des universités ou la retraite par répartition, on ne fait que retarder les vrais réformes et « tirer des traites sur les générations futures », pour parler comme François Bayrou. Cela étant, reconnaissons que c’est plus facile de se donner constamment en spectacle, et d’apparaître tous les jours sur les écrans de télévision, plutôt que de prendre les mesures courageuses qui s’imposent, pour éviter que la France ne soit vouée trop longtemps à la paralysie et au déclin.
M.E.
Elise, Berthe, Henriette, Yvonne...et Cécilia
Et si Cécilia Sarkozy entrait dans l’histoire, alors qu’a priori rien ne la prédestinait à cela? En disant ceci, nous pensons évidemment au rôle qu’elle a joué dans la libération des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien, condamnés à mort et retenus dans les prisons libyennes depuis huit ans. Plus que le rôle de médiateur que personne ne lui aurait reproché, surtout s’il s’était fait dans la discrétion, ce sont plutôt les conditions de cette libération avec ses contre parties qui posent problème. D’ailleurs, les constitutionnalistes, eux-mêmes, ne voient pas au nom de qui, ni à quel titre, Madame Sarkozy a négocié avec le colonel Khadafi.
Jusqu’à présent dans l’histoire de nos républiques, rares ont été les épouses de Président de la République dont on a retenu le prénom, pour la simple raison qu’elles vivaient dans l’ombre de leur mari. Certes, ceux qui ont une passion pour l’histoire connaissent Elise Thiers, qui avait la particularité d’être la fille ainée de la maîtresse du premier Président de la 3è République (1871-1873).
Si nous savons peu de choses sur Coralie Grévy, nous connaissons très bien sa fille, Madame Wilson, parce qu’elle a épousé un aventurier, devenu secrétaire d’Etat, inculpé ensuite de trafic de décorations, ce qui finira par entraîner la démission du Président Grévy le 2 décembre 1887.
Quand à Madame Faure, l’histoire ne retient d’elle que cette phrase prononcée en voyant son mari mort, étendu sur un matelas dans son bureau : « c’était un si bon mari ! ». Pour l’anecdote, il faut savoir que Félix Faure, président entre 1895 et 1899, a connu une mort galante avec sa maîtresse dans la pièce jouxtant son bureau à l’Elysée.
Pour une tout autre raison, nous avons entendu parler de l’épouse de Raymond Poincaré (président de 1913 à 1920). Celui-ci en effet, s’était marié civilement avec Henriette, divorcée et dont le premier mari était décédé. Elu, Président de la République, on pressa Poincaré de se marier religieusement, ce qu'il accepta de faire peu après.
Nous ne parlerons pas des épouses des présidents de la 5è République jusqu'à l'élection de Nicolas Sarkozy, dans la mesure où c’est de l’histoire récente, mais aussi parce qu’elles se sont cantonnées dans le rôle classique de première dame de France, comme on avait coutume de dire.
Aujourd’hui la situation est différente, et personnellement nous n’y trouvons pas à redire sur le principe. Le rôle de conseiller que peut jouer le conjoint d’un Président de la République n’est pas choquant en soi, à la condition toutefois de ne pas se substituer au ministre en charge du dossier. Nicolas Sarkozy, avant même d’être Président de la République a surexposé sa femme, en faisant même un argument de son auto promotion. Tous les médias parlent de Cécilia Sarkozy, des journaux les plus sérieux aux plus « people ». Personne n’ignore rien de cette dame, mariée autrefois à un animateur de télévision parmi les plus connus. Bref, c’est l’anti modèle de ce que l’on avait rencontré jusque là dans l’histoire de la République française.
Alors que s’est-il-passé dans cette affaire liée à la libération des soignantes bulgares et du médecin palestinien ? Evidemment, nous n’en savons pas plus que ce qui en est dit dans les médias. Cependant, il y a eu des conditions à cette libération qui, en outre, a irrité nombre de dirigeants européens accusant Nicolas Sarkozy de "récupération".
Les socialistes, en mal de crédibilité, ont demandé la constitution d’une commission parlementaire sans se faire aucune illusion sur le résultat. Madame Sarkozy qui a refusé d'être entendue par la commission, a avoué avoir « offert à l’hôpital de Benghazi des médecins chargés de former leurs homologues libyens, des équipements, des traitements contre le sida et des visas rapides pour que des cas urgents puissent venir se faire traiter en France ». A quel titre a-t-elle offert ces services, a-t-elle pu discuter en tête à tête avec un chef d'Etat étranger, a-t-elle pu se déplacer de son propre chef jusqu'en Libye?
Toutes ces questions, nous devons nous les poser, parce que nulle part la Constitution n’indique que l’épouse du Président de la république a un pouvoir de décision dans les affaires du pays. Si elle avait un mandat de la part de son mari, ce qui paraît déjà étonnant et incongru sur le plan diplomatique, elle doit par conséquent être entendue par la commission. Si elle est partie en Lybie à titre personnel, nous savons qu’elle n’y est pas allée à ses frais, donc elle était en mission. Nous espérons que sur ce point précis, les députés insisteront pour entendre les explications de la dame. D’ailleurs, pourquoi s’exprime-t-elle dans un journal après avoir jugé inutile de le faire devant la commission ? N'est-ce pas une forme de mépris pour la démocratie?
Il ne faut donc pas s’étonner si les Français se détournent de plus en plus de la politique. Certes ils ont voté en masse au moment de l’élection présidentielle, mais ils ont montré immédiatement après, aux élections législatives, que les joutes politiciennes ne les intéressaient pas. Plus grave encore, ils sont complètement indifférents à ce qui se passe au Parlement. Il est vrai qu’ils ont des circonstances atténuantes : la politique est devenue un spectacle permanent, parfaitement relayé par les médias qui s’y retrouvent en termes d’audience, donc de recettes publicitaires.
A la notable exception de François Bayrou, toutes les personnalités politiques de premier plan ne cessent de se montrer dans les émissions de télévision grand public, ou dans des revues spécialisées « dans la vie des gens ». Il faut se faire voir par tous les moyens, et ce ne sont pas les larmes de crocodile de Ségolène Royal ou François Hollande, regrettant que l’on porte atteinte à leur vie privée, qui vont faire croire aux Français le contraire. Au fait qui connaît le lieu de vacances de François Bayrou ? Personne, pas même ses militants.
Nous vivons une époque où la vie politique se résume à faire en sorte que les sondages soient favorables. Sur ce plan, le meilleur est incontestablement Nicolas Sarkozy. Il connaît toutes les "ficelles médiatiques" pour évacuer les vents mauvais de la conjoncture, pour retarder les décisions impopulaires et se donner la posture de l’homme qui travaille pour les Français. Il peut même compter sur son épouse à l’occasion, pour l’aider dans cette fuite en avant de plus en plus évidente. Cependant, la dame n’a pas l’air aussi malléable qu’il n’y paraissait il y a peu encore. Elle a des velléités d’indépendance, comme en témoigne le fait qu’elle n’ait pas voté au second tour de l’élection présidentielle, ou encore quand elle souffre d’une angine le matin d’une rencontre familiale chez le Président américain. « Mon seul problème, c’est Cécilia » avait dit Nicolas Sarkozy, lors d’une réception à l’Elysée.
Hélas, nous pensons que notre Président se trompe lourdement. Cécilia est loin d’être son seul souci. La conjoncture, le commerce extérieur, le déficit budgétaire, la dette sont autrement plus redoutables pour Nicolas Sarkozy que les foucades de son épouse. Ils le sont d’autant plus, qu'il apparaît évident que le Président de la République ne veut pas s'attaquer réellement aux problèmes qui affectent l’économie française, avant les élections municipales. L’ennui c’est qu’après les municipales, il y a les cantonales et après en 2009, les élections européennes etc. Quelque chose nous dit qu’en 2012, François Bayrou et son gouvernement auront beaucoup de travail pour redresser notre pays.
Michel Escatafal
L'information des Français
Il y a quelques jours, j’ai entendu un chroniqueur de radio, dont j’ai oublié le nom, affirmer que les informations distillées par les médias de radio et télévision reflètent assez bien ce qui intéresse les Français. Ils savent, par exemple, que les habitants de notre beau pays sont peu soucieux de ce qui se passe à l’extérieur de nos frontières, surtout si c’est à l’autre extrémité du globe. L’Indonésie, le Pakistan ou l’Amérique Centrale ne peuvent nous intéresser que si des compatriotes y sont prisonniers ou s’ils sont impliqués dans une catastrophe aérienne ou climatique. Une exception est faite pour les voyages officiels, où selon l’importance du pays on parle un peu, beaucoup, de l’endroit où se trouve le chef de l’Etat, sans oublier le cas où l’épouse du Président de la République décide de son propre chef, nous dit-on, de passer 50 heures en tête à tête avec un autre chef d’Etat pour libérer des infirmières.
De fait, ce matin j’ai écouté une radio dite sérieuse, France Info, et le moins que l’on puisse dire est qu’en moins de 10 minutes, nous n’avons fait qu’un survol très approximatif et aseptisé de ce qui se passe sur la planète. Nous dirions d'ailleurs la même chose de nos journaux télévisés qui ont du mal à soutenir la comparaison avec leurs confrères des chaînes nationales italiennes, espagnoles ou britanniques.
On a commencé par parler social avec Unilever qui, selon les syndicats, veut supprimer 20 000 emplois dans le monde dont 10 à 12 000 en Europe, environ un quart des effectifs européens. Ce que France Info n’a pas dit, c’est que ce nouveau plan fait suite à un plan similaire, lancé en l’an 2000 portant sur 25 000 emplois. De plus, si la radio a évoqué cette information, c’est parce qu’une unité en France (à Passy sur l’Eure) employant 170 personnes est concernée. Mais pour rassurer le bon peuple, le commentateur s’est empressé d’ajouter que les employés de l’usine en question, qui fabrique le fromage de marque Boursin (rachetée en 1983 par Unilever), ne risquent rien dans la mesure où plusieurs concurrents tels que Lactalis ou Bongrain « devraient être intéressés par la reprise de la marque ». Le motif invoqué pour supprimer ces emplois est que le prix du lait a beaucoup augmenté, ce qui pèse sur les marges.
La deuxième information sur laquelle on est passé très rapidement est le nouveau rappel de jouets fabriqués en Chine par la société Mattel. C’est dommage qu’on n’ait pas entendu de commentaires sur les dangers d’une mondialisation sans contrôle, sur « l’inquiétude collective et légitime» dont parlait François Bayrou dans son projet présidentiel avec son cortège de délocalisations, de pertes d’emplois industriels, la spécialisation des territoires etc. A cela il faut ajouter des interrogations sur l’innocuité des produits chinois, sans oublier le fait que ces objets sont fabriqués en partie par des enfants. Les Français, et plus généralement les habitants des pays industrialisés, devraient mieux acheter, moins gaspiller et acquérir des produits peut-être plus chers, mais qui au moins seraient aux normes et continueraient à être fabriqués dans nos usines.
Ensuite, plus longuement, a été évoqué le meurtre de l’épicier d’Epinay, par un SDF, à qui il avait l’habitude de donner à manger. Au-delà de l’émoi légitime que suscite ce drame affreux, je veux affirmer encore une fois que pour nous, adhérents du MoDem, les problèmes de sécurité et de justice dans notre pays ne peuvent être réglés dans la précipitation et l’émotion, comme c’est devenu la règle avec le Président de la République. « La justice doit avant tout être sereine, et égale pour tous » rappelle sans cesse François Bayrou, à juste raison. Il est donc nécessaire, plutôt que d’empiler les lois à la va-vite, d’octroyer des moyens supplémentaires aussi bien aux juridictions, qu’à la protection judiciaire de la jeunesse et à l’administration pénitentiaire qui en a tellement besoin.
Autre annonce de France Info : le gouvernement recherche des financements nouveaux, « les plus justes et les moins pénalisants » permettant la prise en charge des nouvelles charges de santé. Rien de nouveau, sinon que Gérard Larcher va réaliser une énième mission de concertation sur l’hôpital public. Parmi les nouvelles ressources envisagées figurent un supplément de fiscalité sur le tabac, en attendant (c’est moi qui l’ajoute) une augmentation inéluctable des cotisations ou de la CSG, sans doute après les élections municipales. Courage, fuyons !
Puis vint le gros morceau du journal : le déplacement à Blois de Nicolas Sarkozy et la lecture de la lettre qu’il a adressé au corps enseignant. Nous n’allons pas commenter ce qui a été dit par la journaliste, mais simplement rappeler l’opposition du MoDem à la suppression de la carte scolaire. Pour nous, et François Bayrou l’a maintes fois rappelé, l’objectif est « l’implantation de classes d’excellence dans les zones les plus fragiles parce que le principe d’égalité des chances ne se fractionne pas en fonctions des territoires et des numéros de département ». De même, retrouver un collège garantissant l’égalité des chances ne sera possible qu’avec un encadrement, en éducateurs, psychologues et surveillants nettement renforcé, tout le contraire de ce qu’a dit hier Nicolas Sarkozy. Il ya quand même quelque chose qui a de quoi intriguer : le silence du Parti Socialiste sur le sujet et, plus surprenant encore, l’opposition que je qualifierais de «gênée» des syndicats qui semblent paralysés par l’activisme du Président de la République.
Une demi-minute a été consacrée au départ de deux nouveaux conseillers de Rachida Dati, ce qui commence à faire beaucoup. Sans transition, on a ensuite parlé des dégâts causés au Nicaragua et au Honduras par le cyclone Félix. A ce sujet, nous ne pouvons que déplorer le délabrement dans lequel se trouvent ces républiques d’Amérique Centrale, donc dans la sphère d’influence des Etats-Unis. Pourtant le Nicaragua dispose d’un sous-sol riche en minerais de toutes sortes (or, argent, cuivre, tungstène, zinc…). Ah si seulement les pays riches comprenaient la nécessité d’offrir des prix stables et équitables pour les matières premières des pays en voie de développement !
Pour terminer le journal, France Info a donné deux informations qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. La première concernait la disparition dans le désert du Nevada d’un milliardaire américain qui passe son temps à gaspiller ses dollars en essayant de battre des records en avion, en ballon ou en bateau. Cette information est à relier avec les commentaires que l’on peut faire sur la misère au Nicaragua et au Honduras.
La deuxième enfin, concernait la victoire de l’Equipe de France de basket sur l’Italie au Championnat d’Europe de basket. A ce propos, je ne résiste pas au plaisir de livrer une information qui contredit quelque peu l’image que donnent généralement les sportifs portant le maillot national, intéressés surtout par les primes que peuvent leur apporter la participation à une compétition continentale ou planétaire. Ce n’est pas le cas dans le basket : Tony Parker ne gagne rien en jouant pour l’Equipe de France. Mieux même, Boris Diaw qui relève de blessure en NBA, a payé de sa poche une partie de l’assurance que sa franchise (son club) imposait pour qu’il puisse jouer en Equipe de France. Certes, ils gagnent l’un et l’autre beaucoup d’argent, mais ils ont au moins l’amour du maillot tricolore.
Michel Escatafal
L'effet Coupe du Monde
La Coupe du Monde de Rugby va être le grand évènement qui va marquer les mois de septembre et octobre dans notre pays. Selon les résultats nous dit-on, le peuple français sera heureux et consommera davantage ou bien, en cas d’élimination prématurée de notre équipe, en subira le contre coup. Il le subira d’autant plus que le paiement des impôts viendra nécessairement assombrir le moral des ménages, sans parler des mauvaises nouvelles (type TVA sociale) que l’on va s’efforcer de faire passer pendant la période, qui ne feront qu’ajouter à la sinistrose ambiante.
Cela étant, il faut rester positif et la France va gagner « sa Coupe du Monde ». C’est d’autant moins invraisemblable que nous aurions déjà dû ou pu en gagner une ou deux, en 1987 et en 1995 par exemple. Et si elle avait existé depuis 50 ans, nous en aurions au moins deux ou trois à notre palmarès.
Rappelons-nous ce qui s’était passé en 1998, année bénie où nous avons gagné la Coupe du Monde de football ce qui, ajouté à une croissance économique qui retrouvait de la vigueur en France (+3,7%) et un peu partout en Europe, nous avait laissé espérer des lendemains enchanteurs. Plus personne n’hésitait à vanter la France « black, blanc, beur », toutes les plaisanteries tournait autour du « 1, 2, 3…0 » et pour finir les socialistes au pouvoir commençaient à parler de « distribuer la cagnotte ».
Au passage, soulignons quand même l’irresponsabilité du gouvernement de Lionel Jospin à l’époque, parce que durant les cinq années d’exercice du pouvoir entre 1997 et 2001, jamais le déficit public n’est descendu au dessous de 1,4%, malgré une croissance égale ou supérieure à 3% entre 1998 et 2000. Difficile de faire plus mal que vouloir répartir des richesses qu’on n’a pas.
Presque 10 ans plus tard, l’histoire se répètera-t-elle? Il est à craindre que non, dans la mesure où nous n’aurons pas cette année une poussée de croissance telle que nous l’avons connue en 1998. De plus si cette forte croissance ne s’était pas démentie entre 1998 et 1999, elle ne devrait pas beaucoup s’améliorer dans notre pays en 2008, au grand dam de Nicolas Sarkozy et du gouvernement.
En effet, comme nous le savons, notre croissance est surtout tirée par la consommation, toujours aussi solide, et par l’activité BTP (+3,9% en 2006). Cela explique d’ailleurs pourquoi nombre d’économistes estiment que les coûteuses mesures fiscales prises par le gouvernement seront finalement sans grand effet (comme en 2002) sur la croissance, parce que ces mesures favorisent essentiellement une demande intérieure qui se porte déjà très bien, et qui a pour effet collatéral de contribuer à creuser le déficit de notre commerce extérieur.
En 1998, la situation était différente. L’économie française venait de traverser, quelques années auparavant, une période très difficile avec notamment une baisse du PIB en 1993. Ensuite la reprise fut timide avant de retrouver un niveau élevé à partir de 1997, grâce notamment à une consommation en progression de 3,4% en 1998 alors qu’elle n’était que de 1,3% en 1996. A cela s’ajoutaient une forte hausse des achats de logements, plus particulièrement de logements neufs, mais aussi l’investissement des entreprises, par exemple dans l’informatique, en prévision du passage à l’euro et à l’an 2000. Bref, tout était réuni à l’époque pour que la France connaisse une croissance forte entre 1997 et 2000, d’autant qu’elle l’était également chez nos voisins européens.
Ainsi donc, quelque soient les résultats des Bleus du Rugby, il y a fort à parier qu’ils ne soient pas suivis d’une embellie économique, ce qui n’est une surprise pour personne. D’ailleurs Thierry Breton, l’ancien ministre des finances du gouvernement de Villepin, avait basé son budget sur une croissance de 2,25%. Nous savons à présent que ce chiffre a fort peu de chances d’être atteint ce qui ne nous réjouit pas compte tenu de l’état de nos finances publiques.
La situation de notre pays demeure donc difficile, faute de n’avoir pas su réaliser les indispensables réformes que d’autres ont depuis longtemps mis en œuvre. Combien de temps faudra-t-il pour que la France réussisse son adaptation au monde économique nouveau que nous devons affronter avec la mondialisation? Là est toute la question. Nicolas Sarkozy avait promis la rupture. En fait de rupture, il a décidé de donner à ceux qui ont déjà, parfois beaucoup, et de prendre à ceux qui n’ont pas ou plus.
Ce n’est pas de cette manière que les Français retrouveront la confiance nécessaire pour renouer avec « une croissance économique créatrice de richesse et de cohésion » comme le répète souvent François Bayrou. Pourtant, même si la période est moins favorable qu’à la fin des années 1990, l’économie française devrait mieux tirer son épingle du jeu qu’elle ne le fait.
La Zone Euro qui a enregistré en 2006 une croissance soutenue (2,9%), nettement supérieure à la nôtre (2,2%), a largement bénéficié de la bonne tenue de la croissance mondiale. De plus, celle-ci semble aujourd’hui mieux répartie dans le monde, et sa robustesse ne dépend plus seulement de pays comme la Chine ou l’Inde. Enfin, tout le monde s’accorde à dire que la crise liée aux crédits hypothécaires américains ne devrait pas avoir trop de conséquences négatives, y compris aux Etats-Unis.
Michel Escatafal
Croissance du PIB en volume et en moyenne annuelle
| PAYS | |||
| en bleu =Zone € | |||
| 2004 | 2005 | 2006 | |
| Allemagne | 0,6 | 1 | 3,1 |
| Autriche | 2,2 | 2,4 | 3,1 |
| Belgique | 2,8 | 1,4 | 3 |
| Bulgarie | 6,6 | 6,2 | 6,1 |
| Chypre | 4,2 | 3,9 | 3,8 |
| Danemark | 2,1 | 3,1 | 3,5 |
| Espagne | 3,2 | 3,5 | 3,9 |
| Estonie | 8,1 | 10,5 | 11,4 |
| Finlande | 3,7 | 2,9 | 4,9 |
| France | 2,3 | 1,7 | 2,2 |
| Grèce | 4,7 | 3,7 | 1 |
| Hongrie | 4,8 | 4,1 | 3,9 |
| Irlande | 4,3 | 5,9 | 5,7 |
| Italie | 1 | 0,2 | 1,9 |
| Lettonie | 8,2 | 11,2 | 12 |
| Lituanie | 7,3 | 7,6 | 7,5 |
| Luxembourg | 3,6 | 3,9 | 6,1 |
| Malte | 0,5 | 3,1 | 3,1 |
| Pays-Bas | 2,2 | 1,5 | 3 |
| Pologne | 5,2 | 3,6 | 6,1 |
| Portugal | 1,3 | 0,5 | 1,3 |
| R.Tchèque | 4,6 | 6,5 | 6,4 |
| Roumanie | 8,5 | 4,2 | 7,7 |
| Royaume-Uni | 3,3 | 1,8 | 2,8 |
| Slovaquie | 5,4 | 6 | 8,3 |
| Slovénie | 4 | 4,3 | 5,5 |
| Suède | 3,7 | 2,9 | 4,5 |
| U.E. | 2,3 | 1,9 | 3,1 |
| Zone Euro | 1,8 | 1,6 | 2,9 |
Sources : INSEE, Eurostat, BdF
La fusion Suez-GDF : inquiétudes
Cette fois c’est fait, le groupe franco-belge Suez et GDF se sont mis d’accord pour fusionner après 18 mois d’intenses négociations. Cette fusion doit beaucoup, comme le soulignent tous les observateurs au rôle joué par Nicolas Sarkozy lui-même. Aux dires de ses laudateurs, il a imposé ses vues pour faire sortir Suez de ses activités historiques de l’environnement, tout en réussissant à pousser l’ensemble des acteurs au compromis. Plaudite, cives! (citoyens, applaudissez!)
En Europe, on a surtout retenu que la France recommence à protéger ses entreprises, puisque le motif officiel de la fusion est le risque d’une possible offre hostile en provenance de l’étranger sur Suez, comme celle de l’italien Enel, qui n’était pas bien vue de l’Elysée. C’était aussi d’ailleurs le motif invoqué par Dominique de Villepin, quand il essayait de « nous vendre » cette opération à laquelle Nicolas Sarkozy n’était pas au départ très favorable, du moins le disait-il.
La fusion entre les deux géants, qui sera effective à la mi-2008, donnera naissance au 3è groupe énergétique mondial pour sa capitalisation boursière, ce qui flatte l’ego des Français, à la hauteur de l’allemande E.ON, juste derrière le russe Gazprom et la française EDF. Comme disent les commentateurs, la France aura deux des trois plus grands groupes énergétiques mondiaux. Cocorico ! Ah, la grandeur de la France !
Cette union entre les deux groupes stipule que l’Etat français contrôlera une minorité de blocage de 34% du capital, et que Suez cèdera une partie de l’activité environnement de Suez, déjà très convoitée parce que très rentable, valorisée 20 Mds d’euros. Le groupe franco-belge qui a une valeur boursière de 53 Mds d’euros, le réduira à un niveau proche de celui de GDF, environ 36 Mds d’euros, ce qui permettra un échange d’actions, une pour une.
L’activité environnement sera contrôlée à 48% par un pacte d’actionnaires, garanti pendant trois ans (et après ?), dans lequel Suez-GDF détiendra 35%, les 13% restants étant détenus par des actionnaires publics comme la Caisse des dépôts et le groupe nucléaire AREVA qui, d’ici là, sera peut-être privatisé.
Bien entendu ce schéma qui a donné lieu à de multiples rebondissements depuis le mois de février 2006, suscite déjà des polémiques d’autant que ce mariage aboutit de facto « à une privatisation du groupe gazier public », comme l’a reconnu hier le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Déjà, le Parti Socialiste, le Parti Communiste et les syndicats ont fait entendre leurs voix pour marquer leur opposition au projet. J’espère que la nôtre se mêlera rapidement au concert, pour dénoncer la manière dont Nicolas Sarkozy jette aux orties sa promesse « de ne jamais voir l’Etat descendre en dessous de 70% dans le capital de GDF ». Des promesses non tenues, il y en aura beaucoup d’autres dans l’avenir.
Mais au fait, que disait François Bayrou à propos de la privatisation de l’énergie? Sur la privatisation d’EDF, il affirmait qu’elle « va créer un conflit d’intérêt entre l’Etat et la logique privée ». Il n’est pas besoin d’être grand clerc, en effet, pour comprendre que dans le monde d’aujourd’hui une entreprise privée travaille d’abord pour ses actionnaires, et donc recherche le meilleur rendement financier. Le problème est qu’EDF n’est pas n’importe quelle entreprise avec son parc de centrales nucléaires, ses barrages, ses centrales thermiques…
Sur la fusion GDF-Suez, François Bayrou affirmait qu’elle créait « des risques, car une entreprise à majorité publique, garantie par un pays tout entier, est mieux armée en face des risques d’instabilité du marché du gaz ». Pour lui, la meilleure mesure aurait été un rapprochement d’EDF et GDF qui n’aurait fait que confirmer ce qui existait déjà auparavant dans l’esprit des Français, même si les deux sociétés étaient indépendantes, tout en évitant qu’elles ne se fassent concurrence. Enfin, et c’est toujours François Bayrou qui parle : «EDF et GDF ont été édifiés par les Français. C’est l’effort des Français qui a construit le réseau, jusqu’au plus petit village. Il n’y a aucune raison de l’oublier ».
Cette fusion Suez-GDF est donc un des derniers bastions du service public à la française qui est en train de tomber. En effet, les mêmes causes produisant les mêmes effets, nul doute que d’ici peu, très peu même, le coût pour les utilisateurs que nous sommes ne tardera pas à s’élever, malgré les bonnes paroles distillées ça et là par nos gouvernants. Le secrétaire d’Etat à la consommation, Luc Chatel, a même affirmé sans rire que les Français y trouveraient leur compte.
D’ailleurs tous les gouvernements depuis une vingtaine d’années nous ont menti de la même façon. Lionel Jospin, par exemple, avait signé en 1995une pétition du syndicat Sud contre la privatisation de France Telecom. Octobre 1997, le gouvernement Lionel Jospin fait entrer France Telecom en Bourse, affirmant que France Telecom restera une entreprise dans le giron de l’Etat. On connaît la suite.
Il faut donc mettre en place une nouvelle politique ce qui pour le moment, soyons réalistes, est un vœu pieux. Il reste à nous faire entendre toujours et partout pour démontrer que l’on peut gouverner autrement que l’on fait les socialistes, toujours prompts à verser des larmes de crocodile à chaque privatisation, ou le pouvoir UMP qui est là pour servir les intérêts des familles Bouygues, Lagardère, Bolloré ou Arnaud. Nous devons proposer autre chose que la mort lente de nos services publics et des grandes entreprises qui en assurent la survie.
D’ailleurs, pourquoi un établissement public de droit privé ne serait-il pas capable de tenir ses objectifs industriels ou commerciaux, d’assurer l’effort de recherche nécessaire et les investissements qui vont avec, tout en faisant preuve d’une grande exigence en matière de gestion. Quelques grandes entreprises publiques l’avaient démontré jusqu’à ces dernières années, même si davantage de rigueur dans les contrôles auraient évité ça et là quelques dérapages financiers. La Cour des Comptes est faite pour cela. Cela ne veut pas dire pour autant que nous souhaitons un retour en arrière sur les privatisations.
Pour notre part, il était impensable que Renault, les banques, les compagnies d’assurances ou d’aviation soient des entités appartenant à l’Etat. En revanche, nous ne trouvons rien de choquant à ce qu’EDF, GDF, AREVA (nucléaire), les autoroutes, la Poste, la SNCF restent dans le périmètre de l’Etat. A ce propos qu’on ne vienne pas nous dire, comme c’est devenu l’habitude, que c’est la faute de l’Europe si nous sommes contraints à réaliser des opérations du type de la fusion GDF- Suez. Nous répondrons à ce sujet que le plus gros électricien allemand (EON) et le plus gros gazier (Rhurgas) ont fusionné avec l’aval de Bruxelles, celle-ci n’exigeant que quelques contreparties mineures.
En conclusion, il reste à souhaiter que cette opération assez gigantesque, dont on se flatte tellement dans les allées du pouvoir, n’entraîne à la fois une moindre qualité de service et des prix de vente aux usagers en forte augmentation. En effet, contrairement à ce qu’on pourrait penser la mise en concurrence entre EDF et Suez GDF, déjà amorcée par EDF depuis le 1er juillet avec l’offre gaz+électricité, signifie la fin des tarifs administrés pour le gaz.
Aussi, Dominique de Villepin en Février 2006, comme Nicolas Sarkozy aujourd’hui, auraient mieux fait de se préoccuper du pouvoir d’achat des Français en s’efforçant de favoriser un rapprochement entre EDF et GDF, et donc maintenir des tarifs régulés, plutôt que de jouer les entremetteurs au seul profit des opérateurs privés. Mais est-ce étonnant de la part de personnalités politiques qui ont permis la privatisation des autoroutes du Sud de la France, alors qu’elles étaient « le bien national qui rapportait le plus à l’Etat », comme l’avait souligné en son temps François Bayrou.
Michel Escatafal
Les Français et le temps de travail
« Si la France ne fait pas assez de croissance, c’est parce qu’elle travaille moins que les autres ». Voilà le type même de phrase choc qui semble plaire aux Français, du moins si l’on en croit les sondages. En fait, encore une fois Nicolas Sarkozy s’est laissé aller, dans son discours à l’université d’été du MEDEF, à une affirmation qui n’est pas tout à fait exacte. Il est d’ailleurs coutumier du fait, ce qui démontre une nouvelle fois que malgré un nombre incalculable de conseillers de tous ordres, il ne les écoute pas, ne les lit pas ou prend simplement les résultats qui peuvent lui servir.
En tout cas sur ce sujet, il n’avait pas besoin de conseillers car il y a les notes et les tableaux d’Eurostat qui auraient pu le renseigner, et lui faire découvrir quels sont les pays européens où on travaille le plus ou le moins. A ce propos, il est curieux de constater que les résultats sont loin d’être ceux auxquels on s’attend généralement, tellement tout le monde a coutume de dire que les Français sont surtout préoccupés par leurs loisirs et leurs vacances. C’est effectivement la conclusion que l’on pourrait tirer de la durée conventionnelle moyenne du temps de travail, où la France se place au dernier rang dans l’Union Européenne avec ses 35h hebdomadaires, alors que tous les autres pays sont entre 37h et 40h.
Cependant, si l’on examine le seul critère qui compte, à savoir le nombre d’heures travaillées par semaine (travail à temps plein), notre pays se situe au 18è rang dans l’Union Européenne. De plus, si l’on regarde de plus près les chiffres, nous sommes en réalité dans la fourchette moyenne avec 41h, chiffre identique à celui de la Belgique, de la Hongrie, et quasiment égal à celui de l’Italie (41,3h), Malte (41,2h), la Suède (41,1h), le Luxembourg (40,9h), les Pays-Bas (40,8) et l’Irlande (40,7). L’Allemagne, pays avec lequel nous nous comparons le plus souvent sur le plan économique et social, se place au dessus de la France, mais à un niveau assez proche (41,7h), tout comme le Portugal (41,6h), la Slovaquie (41,6h), Chypre (41,8h), l’Estonie (41,5h). A un niveau légèrement inférieur, nous trouvons le Danemark et la Finlande (40,5h).
En revanche, quelques pays présentent des variations très importantes par rapport à la moyenne. C’est le cas notamment de l’Autriche et la Grèce, où le nombre d’heures travaillées hebdomadaire atteint 44,1h, la Grande-Bretagne (43,1h), la Lettonie (43h), la Pologne (42,9h), la République Tchèque (42,7h) voire même l’Espagne (42,2) et en sens inverse, la Lituanie avec 39,8h.
Par ailleurs, pour être complet et pour tordre le cou à certaines idées toutes faites, la France est un des pays de l’Union Européenne qui compte le moins de jours fériés par an avec 10 jours, comme la Lituanie, soit un jour de plus que l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas (9 jours), et deux de moins que la Grande-Bretagne (8 jours). Par contre, une vingtaine de pays octroient plus de jours fériés que le notre, la plupart se situant entre 11 et 13 jours. Quelques autres enfin comme la Finlande, Malte avec 14 jours, mais aussi la Slovaquie (15 jours), Chypre (17 jours) et la Slovénie (18 jours) se situent très au dessus de la moyenne européenne. Cela nous fait penser à la fable de La Fontaine « le savetier et le financier » où le savetier Grégoire disait : « le mal est que dans l’an s’entremêlent des jours qu’il faut chômer : on nous ruine en fêtes ». On est loin quand même des chiffres de la fin du Bas-Empire romain où on ne travaillait plus qu’un jour sur deux dans l’année.
Enfin, la France avec 13 autres pays de l’Union, dont l’Allemagne, l’Italie et la Grande Bretagne, a une durée maximale autorisée du temps de travail par semaine de 48h, très au-dessus de pays comme l’Autriche, la Pologne, la République Tchèque (40h) qui, toutefois, ne respectent pas leurs propres conventions.
Il y a quand même un point sur lequel nous pouvons donner raison au chef de l’Etat : nous nous situons à la première place sur l’âge légal de départ à la retraite, abaissé à 60 ans par le premier gouvernement Mauroy. Nous sommes en effet le seul pays ou hommes et femmes partent indifféremment en retraite à 60 ans. Dans une dizaine de pays de l’Union, seules les femmes bénéficient d’un départ à cet âge, voire même un peu plus tôt en Italie (57 ans) et en Estonie (59,5 ans). En revanche, dans les autres pays, hommes et femmes partent après cet âge, parfois très tard même comme au Danemark (67 ans), plus généralement à 65 ans comme en Allemagne, en Espagne, en Irlande, aux Pays-Bas, Chypre, Luxembourg, Portugal, Finlande ou Suède. A ce propos, il faut noter que les pays nordiques dont on nous vante sans cesse le modèle social, souvent à juste titre, sont parmi les pays qui ont depuis longtemps intégré de retarder le départ en retraite.
Plus grave encore, mais ce n’est pas seulement une question de législation même si sans doute elle y a largement contribuée, la France est un des pays où le taux d’employabilité des personnes âgées de 55 à 64 ans est parmi les plus faibles en Europe. Le taux d’emploi de cette catégorie de salariés dépasse 50% dans six pays (chiffres 2005-2006) : la Suède (69,1%), le Danemark (60,3%), la Grande-Bretagne (56,2%), l’Estonie (52,4%), la Finlande (50,9%) et le Portugal (50,3%). Au contraire, la Pologne (26,2%), la Slovaquie (26,8%), l’Autriche (28,8%) et la Slovénie (29%) figurent parmi les mauvais élèves de la classe. La France pour sa part se situe au dessus avec 39,8%, mais demeure assez éloignée de la moyenne européenne (42,8% en 2005).
A noter que si tous les pays européens prennent ou essaient de prendre des mesures pour prolonger la durée légale du travail, cela n’empêche pas les salariés âgés de souffrir de discrimination à l’embauche. C’est particulièrement le cas chez nous, les séniors subissant les mauvaises habitudes prises par le patronat depuis une vingtaine d’années, ce dernier n’ayant jamais hésité à mettre en place un grand nombre de « plans de restructuration », où les employés étaient mis en préretraite à partir de l’âge de 55 ans, voire même avant, en attendant d’atteindre l’âge légal.
En résumé, il existe bien chez nous un problème de travail, mais ce n’est pas nécessairement parce que les Français ne travaillent pas assez. Ils travaillent globalement à peu près autant que la plupart des autres européens. Leur formation et leur productivité, ce qui va de pair, est même supérieure à celle de beaucoup de pays. Pourtant le montant de leurs salaires en standard de pouvoir d’achat est légèrement inférieur à celui de nos voisins, comme en témoigne le montant du salaire minimum. Sur ce plan, la France avec 1218 euros (chiffre 2006) est un cran en dessous de la Belgique (1234), des Pays-Bas (1273), du Royaume Uni (1269), sans parler du Luxembourg (1503 euros) qui bénéficie d’un contexte spécial lié à l’importance de son secteur tertiaire.
En fait les Français arrivent très tard au travail, contrepartie de l’allongement des études, et en partent très tôt en raison du manque de courage de la classe politique et dirigeante. C’est tellement plus facile de conclure des conventions de préretraite licenciement avec la Direction Départementale du Travail en proposant au salarié d’y adhérer, que de demander aux Français d’accepter des réformes que les exigences de l’évolution démographique comme de l’équité imposent. Cela étant, pour mettre en œuvre ces réformes, il ne faut pas avoir l’œil rivé sur les sondages d’opinion, ni faire bénéficier du fruit de ces réformes une seule catégorie sociale, alors que les efforts sont faits par tous et, plus particulièrement, par ceux qui ont les plus bas salaires.
M.E.
| PAYS | Durée | Durée maximale | Nombre d'heures | Nombre de | Age légal |
| conventionelle | autorisée du | travaillées hebdo | jours fériés | du départ à | |
| moyenne du temps | temps de travail | (travail à temps | par an | la retraite | |
| de travail hebdo | hebdo | plein) | |||
| Allemagne | 37 | 48 | 41.7 | 9 | 65 |
| Autriche | 38.8 | 40 | 44.1 | 13< |
