MichelEscatafal

Les services publics aujourd'hui et demain

Par escatafal in Général - 28 aoÃ, 2007

Parmi tous les sujets de discussions qui interpellent et suscitent les plus vives polémiques, il y a la notion de service public. C’est d’ailleurs aux yeux de nombreux observateurs un des motifs du NON au référendum sur la Constitution européenne et ce, même si beaucoup d’entre nous considéraient que c’était l’ultime garde-fou au maintien d’un niveau de service public acceptable. Mais au fait quelle est la définition d’un service public ? La réponse est dans tous les dictionnaires : « Entreprise ou ensemble de services gérés par l’Administration, en vue de satisfaire certains besoins collectifs ». Nous pouvons situer l’émergence de la notion de service public dans le droit public français à la fin du 19è siècle, même si l’acheminent du courrier ou les missions régaliennes traditionnelles existaient bien avant.

En liaison avec les progrès de la science et les mutations technologiques, c’est l’Etat qui va devenir au fil du temps le principal fournisseur de services publics. La période du Front Populaire et un peu plus tard le Gouvernement Provisoire du Général de Gaulle, vont consacrer cette évolution avec les diverses nationalisations qui ont créé de grands monopoles pour la fourniture de services tels que l’eau, l’électricité, le gaz etc. Ce mouvement ne sera pas remis en cause dans notre pays jusqu’à la fin des années 1980, c’est-à-dire après la vague de nationalisations décidée par le gouvernement de Pierre Mauroy, après l’élection de François Mitterrand en 1981.

En fait, après une époque où l’Etat venait d’étendre sa sphère d’intervention dans des proportions certainement exagérées, il y eut après les élections de 1986 qui avaient marqué la défaite de la gauche, une sorte d’amalgame fait entre la mauvaise gestion des finances publiques et le fonctionnement des services publics. Du coup, on commença à évoquer la libéralisation des activités de service public, avec pour corollaire l’introduction de la concurrence qui, théoriquement, favorise une baisse des prix. Dans ce cas, l’Etat n’interviendrait plus qu’au travers de règles générales, et pour rectifier des situations flagrantes de violation de la concurrence ou de négligences en termes de sécurité.

Cette révolution dans un pays comme le nôtre, où par principe l’Etat intervient sur presque tout, fut évidemment bien accueillie à ses débuts, dans la mesure où les consommateurs pensaient bénéficier d’un service équivalent au moindre coût. Cela étant, au-delà de certaines dérives inévitables, il est juste de dire que globalement les grands monopoles publics (SNCF, Poste, France Télécom, EDF-GDF) fonctionnaient bien, assuraient une couverture géographique totale et étaient souvent à la pointe du progrès (TGV, minitel). Enfin, plus que tout, les tarifs pour l’usager étaient tout à fait raisonnables par rapport à nos voisins européens. De tout cela les Français n’avaient pas réellement conscience, d’autant que les tenants de la libéralisation se chargeaient de ne montrer que les avantages de la concurrence, et jamais les inconvénients.

Les différentes alternances de droite comme de gauche n’ont jamais cessé d’encourager ce vent de libéralisation, dans le droit fil des directives de Bruxelles. Les grands monopoles eux-mêmes ont largement contribué à cette évolution, leurs dirigeants étant convaincus que l’ouverture à la concurrence et donc au marché, étaient de l’intérêt de leurs entreprises. Le résultat est qu’aujourd’hui, France-Télecom, EDF, Air France, GDF etc. sont privatisées ou en passe de l’être, et leur santé est florissante sur un strict plan financier. La libéralisation totale du courrier en 2009 et celle du transport ferroviaire en 2010, seront l’occasion pour nos gouvernants d’achever le processus de libéralisation et de privatisation des services publics.

Qu’en pensent les consommateurs que nous sommes ? Pour la quasi-totalité d’entre eux, ils estiment que les prestations sont beaucoup trop chères pour une qualité de service en baisse continue. Et la mutation en cours est loin d’être achevée.

La SNCF, par exemple, mise tout sur les grandes liaisons TGV, alors que sans l’effort des régions, la plupart des dessertes locales seraient à l’abandon. Pourtant, c’est l’Etat par l’intermédiaire de Réseau Ferré de France (créé en 1997) qui assure les investissements et les infrastructures de l’actuelle SNCF, avant sa privatisation. Cela étant, RFF qui a récupéré les dettes de la SNCF restera dans le giron de l’Etat, afin de ne pas effrayer les futurs actionnaires.

En ce qui concerne les télécoms, aujord'hui 4 ou 5 opérateurs se partagent le marché, offrant toujours plus de prestations (souvent inutiles) qui amputent d’autant le pouvoir d’achat des consommateurs. En revanche, la qualité du réseau fixe se détériore de plus en plus alors que l’abonnement n’a cessé d’augmenter.

L’électricité n’est pas en reste, avec des prix du marché libre qui sont de nos jours très au dessus des tarifs publics. Pour le moment, nous avons encore avec EDF des tarifs règlementés, mais pour combien de temps ? Par ailleurs, si l’introduction en bourse d’EDF a permis une importante levée de capitaux, celle-ci est surtout utilisée à des fins commerciales, alors que notre parc de centrales nucléaires vieillit, et que l’entretien de nos barrages devient de plus en plus une urgence.

La Poste n’est pas mieux lotie. Certes, il y a encore dans de nombreux villages des bureaux de poste, mais ceux-ci sont menacés et leurs horaires se réduisent de plus en plus. De plus, chacun sait que la Poste investit de plus en plus sur les services payants et sur l’activité bancaire, au détriment de ce pourquoi elle est faite : l’acheminement du courrier. Sur ce plan les dommages ne sont pas contestables, et ce n’est pas nos amis nîmois qui nous contrediront, une lettre mettant facilement 3 ou 4 jours pour aller d’un quartier de la ville à un autre. Et que dire si l’envoi dépasse les limites du département ou de la région.

En réalité c’est l’ensemble des services aux usagers qui se dégrade de nos jours, en raison d’une part du désengagement de l’Etat et du souci de rentabilité qui habite les administrations. Certes, il n’est pas question pour nous de discuter le principe d’une meilleure gouvernance dans les entreprises publiques ou l’Administration, mais il est hors de question de laisser à l’abandon nos territoires sous ce prétexte.

A ce propos, rappelons la position de François Bayrou, pendant la campagne présidentielle, sur la défense des services publics en milieu rural : «Les services publics sont le signe que nous formons une société ensemble et qu’on ne va pas lâcher, abandonner un certain nombre des nôtres. Même si c’est vrai que les services publics en milieu rural doivent trouver une nouvelle forme : on peut, par exemple, regrouper un certain nombre de services dans un même point d’accueil avec des personnels qui aident les gens à remplir des papiers, qui les orientent, qui prennent en compte les problèmes administratifs sociaux, etc. En banlieue comme dans les zones rurales profondes, c’est à la présence des services publics qu’on voit si notre société marche ou pas ».

Et bien notre société, elle marche de moins en moins. Bien sûr, par rapport à certains pays appartenant à l’Union Européenne nous sommes encore relativement privilégiés, mais cette frénésie libéralisatrice est en train de détruire les structures encore existantes sous couvert de meilleure gestion. Pourtant, tout le monde s’accorde à reconnaître que dans un service comme la Poste, le gain financier résultant de la transformation de 5000 bureaux de poste en agences postale ou « points postes » serait tout à fait marginal. De plus toutes les études réalisées sur le dossier du réseau des bureaux de poste, indiquent clairement que le principal gisement de productivité se trouve dans les grands bureaux. L’exemple de la Poste n’est évidemment pas le seul concernant le non-sens de certaines décisions de fermetures de guichet dans les services publics.

Par ailleurs, le maintien d’un réseau ferré opérationnel dans les zones rurales, le maintien d’un hôpital dans certaines petites villes, d’un tribunal, d’une recette des finances, d’un commissariat, d’un collège, d’une école etc. ne peut qu’apporter un plus  dans une stratégie de développement des zones rurales. Pour cela, il suffit d’avoir la volonté d’appliquer la loi sur les territoires ruraux. Hélas, en France, nous avons la particularité de faire beaucoup de lois sur tout, mais le plus souvent elles ne sont pas appliquées, au point que parfois on en refait une nouvelle qui …existe déjà.

En résumé, comme le propose François Bayrou, nous allons lister quelques mesures tout à fait indispensables pour revitaliser nos territoires :

-         Le regroupement dans un seul point de rencontre des différents services offerts à la population (Poste, Impôts, CAF)

-          La création de maisons médicales dans chaque canton rural

-          L’implantation systématique des nouvelles technologies

-          Le développement de zones franches rurales, pour y attirer de nouvelles TPE et PME-PMI, ce qui permettrait de compenser les pertes d’emplois liés aux fermetures d’entreprises pour cause, notamment, de départ en retraite

Ces propositions, au demeurant très vite réalisables, sont une base de départ sérieuse dans le cadre du redéploiement et de la modernisation des services publics. Elles ont, en outre, le mérite de ne pas verser dans la démagogie parce qu’elles existent déjà pour certaines d’entre elles. On est loin, très loin même du communiqué diffusé hier par la Présidence de la république et le syndicat FO, souhaitant « un débat élargi à toutes les parties intéressées par les valeurs et les missions du service public ».

M.E.


C'est la rentrée

Par escatafal in politique française - 27 aoÃ, 2007

  

Photo de sroyal

  "Toujours contente de moi"

 Elle est revenue de vacances bronzée, après un séjour dans quelques contrées dites de rêve, où la vie se résume à profiter du soleil et de la mer. A chacun selon ses besoins… de vacances. En tout cas, le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas changé. Nous l’avons retrouvée telle qu’en elle-même, ni plus médiocre ce qui serait très difficile, ni meilleure ce qui paraît inimaginable. Bref, elle continue à évoluer sur un registre désormais bien connu, où se mélangent une candide naïveté, un arrivisme forcené et une fausse modestie d’autant plus feinte qu’elle a du mal à évaluer ses insuffisances. C’est triste à dire, mais le choix des Français pour le second tour de la présidentielle n’était vraiment pas facile, surtout pour ceux qui comme nous, pensions que la vie politique de notre pays allait enfin se transformer, et sortir de la médiocrité dans laquelle nos gouvernants l’ont plongée ces dernières années.

Cela étant que nous a dit la dame, hier, pour sa rentrée politique ? Rien ou si peu, parce que tout simplement elle n’avait rien à dire de plus que les poncifs qu’elle se contente d’énoncer. Elle a parlé « du champ clos des affrontements obscurs », comme si c’était une nouveauté dans le parti  qui l’a faite, et dont elle veut s’emparer dans l’espoir de se représenter à l’élection présidentielle. Pour nous, adhérents du MoDem, ce serait évidemment une bonne chose, car il est impensable que les Français puissent répéter deux fois la même erreur, et  voter pour une candidate dont ils savent désormais qu'elle ne croit pas aux idées qu'elle défend.

De son discours qui a duré, paraît-il, une heure et demie,  personne n’a retenu une quelconque idée nouvelle dans le fatras d’une pensée où se mêlent démagogie et populisme. Certains de ses amis parlent même de mépris pour les électeurs. Certes, ils ne lui ont pas fait de cadeaux pendant sa campagne présidentielle, mais encore une fois, n’oublions pas qu’elle fait ce qu’elle peut, même si c’est très peu. Cependant, elle a en commun avec son vainqueur du second tour  le même goût pour les médias, et le plaisir de passer à la télévision, notamment aux journaux de 20 heures. Sur ce plan, difficile de dire quel est le meilleur pour occuper le terrain sur tout et n’importe quoi. D’ailleurs, il suffisait de voir le déploiement médiatique, qu’elle avait elle-même organisée, pour une simple réunion à Melle au point qu’elle a eu droit à l’ouverture du journal télévisé sur le service public, le jour où disparaissait Raymond Barre. Enfin, peut-on parler de service public avec France 2 ?

Certains adhérents du Parti Socialiste ou sympathisants de gauche reconnaissent quand même à la dame un vrai mérite : elle se bat de toutes ses forces pour exister, et pour faire naître son propre courant dans son parti, ce dont d’ailleurs elle se défend. Elle va tellement loin dans son souci d’opérer une « vraie refondation » du Parti Socialiste, que les plus méchants lui attribuent le rôle de martyre : elle se sacrifie à son parti en l’entraînant avec elle dans le néant politique, ce qui est peut-être le seul moyen aux yeux de ces aigris, de faire renaître un nouveau mouvement sur les cendres du précédent. Pour notre part, nous souhaitons quand même qu’elle continue son œuvre, au moins quelque temps encore.

Toutefois, il n’est pas dit que ce serait beaucoup mieux avec « d’autres lions ou éléphants ». Nombre de ces éléphants ont perdu leurs défenses, ce qui explique pour certains d’entre eux leur passage dans la troupe du Président de la république (Kouchner, Lang, Attali, Strauss-Kahn). Quant aux lions ou lionceaux, leurs crocs sont certes très aiguisés, mais manifestement ils sont beaucoup trop jeunes pour se frotter aux ténors de l’UMP qu’ils ont envie de rejoindre (Valls). Enfin, il y a ce que nous pourrions appeler les inconséquents (Montebourg), qui se croient un destin national mais à qui, manifestement, manque le talent d’un Jacques Delors ou d'un Michel Rocard.

Pour autant, il ne faut pas se contenter pour notre part de faire de l’opposition systématique, de nous gausser des tribulations de notre Président de la République, de son adversaire du second tour ou des autres leaders socialistes.  Nous devons certes dénoncer les fautes diplomatiques de Kouchner, l’optimisme béat de Fillon qui voit de la croissance partout, la fatuité des dirigeants du P.S., mais il faut aussi marquer notre présence sur le terrain et faire part de nos propositions pour l’avenir. Cinq ans, c’est beaucoup et peu à la fois, et des échéances importantes nous attendent jusqu’en 2012, date à laquelle nous devrons être capables d’accompagner François Bayrou dans sa conquête du pouvoir. Pour cela, nous redisons une nouvelle fois que notre famille politique, le MoDem, doit faire la preuve d’une union sans faille derrière notre leader. Nous savons pouvoir compter sur lui ; à nous de montrer qu’il peut compter sur nous.

 M.E.


Raymond Barre

Par escatafal in histoire politique - 25 aoÃ, 2007

 

« Je suis un homme carré dans un corps rond ». Voilà comment se définissait celui que Valéry Giscard d’Estaing désignait comme « le meilleur économiste de France » et que, plus généralement, nous appellerons  notre maître à tous. Il était aussi l’un des hommes politiques les plus écoutés et consultés de la planète. Raymond Barre, décédé aujourd’hui, aura profondément marqué la vie politique française et européenne, à la fin du XXè siècle.

 Nous avons recueilli à travers ses livres ou ses interventions dans les médias, quelques citations qui illustrent mieux que de longs discours les idées de cet homme d’Etat, qui n’aura eu d’autre souci dans son action au service de notre pays que l’intérêt général.

Sur l'économie en France et en Europe:

« La mondialisation n’est pas à prendre ou à laisser. Elle s’est imposée, et il faut s’y adapter ».

 « La règle d’or financière doit être : réduire les impôts en relation avec les résultats obtenus dans la réduction des dépenses publiques ».

 « Affecter à la réduction de la dette publique les rentrées d’impôts inattendues ou dépassant les prévisions ».

 « Il faut au monde occidental une grande monnaie, stable susceptible d’équilibrer le dollar et d’être gérée indépendamment de lui ».

« Ce serait dangereux de modifier le statut de la BCE, ce serait compromettre sa nécessaire indépendance ».

« Il n’y a pas de croissance économique sans une monnaie stable et forte, c’est-à-dire sans un euro fort ».

Sur la politique :

« Un avenir cela se façonne, cela se veut ».

 « Pour gouverner il faut un gouvernement ».

 « Etre populaire quand on veut gouverner ? Cela ne s’est jamais vu ».

« Il faut interdire par la loi un cumul entre un mandat national et un mandat local assorti d’une fonction exécutive dans une région, un département, une ville ».

« Pour ma part je dirais simplement : oui aux partis politiques, mais non à l’esprit de parti ».

Sur l’Europe :

« L’équilibre mondial ne pourra être atteint que si l’Union Européenne n’est pas seulement un grand marché, une puissance économique et financière, mais aussi une puissance politique et militaire : en un mot une puissance complète ».

« Puissance économique et technologique, pacification du continent dans son ensemble, démocratie multiculturelle : voilà le dessein politique de l’Europe unie. Efficacité et démocratie : voilà le double guide de la réforme des institutions. »

« La Zone de libre-échange et la coopération intergouvernementale, c’est l’Europe devenue un champ de bataille économique, où nous serions réduits à l’impuissance et en voie de satellisation ».

« Le sentiment national n’est pas incompatible avec le sentiment européen.

Sur l’état du monde

« Nous raisonnions toujours à partir des Etats-Unis et de l’Europe, de façon égocentrique ; ce n’est plus possible. Donc nous sommes engagés que nous le voulions ou non, dans une politique de concertation et de coopération à un niveau mondial ».

« Il y a des pays riches et des pays pauvres. Est-il possible, dans le monde d’aujourd’hui, de pratiquer un égoïsme national ? Est-il possible de se borner à une aide financière au développement? »

« Comme économiste, je suis partisan de ce que l’on appelle le développement durable ».

« Il va sans dire que la protection de notre environnement transcende elle aussi nos frontières, et qu’elle est tributaire de décisions à la fois nationales et internationales »

Sur lui-même

« Les multiples décisions que j’ai prises pendant plus de quatre ans, me donnent le sentiment que j’ai fait au niveau de la vie quotidienne des choses utiles et concrètes ».

Tout est dit dans cette citation d’un homme qui aura toujours eu une profonde admiration pour des personnages hors du commun, tels que le Général de Gaulle, Pierre Mendès France, Jean Moulin ou André Malraux à qui il rendit, le 27 novembre 1976, l’hommage solennel de la République. Il les a rejoints dans « l’histoire et dans le cœur de notre pays ».

Michel Escatafal


Le couple franco-allemand

Par escatafal in Europe - 24 aoÃ, 2007

Extension de l'empire carolingien sous Charlemagne.?? à la mort de Pépin le Bref 768?? Conquètes de Charlemagne (768-814) ?? Royaumes versant un tribut

 L'empire de Charlemagne

La France et l’Allemagne ont en commun une longue histoire. Il est même permis de dire que c’est "le plus vieux couple de l’histoire de l’Europe", ce qui a amené certains à évoquer l’expression de « guerre civile » à propos des trois derniers conflits entre les deux nations. En tout cas, depuis la signature du traité de l’Elysée entre le Général de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer le 22 janvier 1963, on a coutume de parler du couple franco-allemand comme moteur de l’Europe. Et force est de constater que, malgré certaines arrière-pensées de part et d’autre, ce duo a bien fonctionné dans l’ensemble depuis 44 ans. Espérons simplement que Nicolas Sarkozy  comprendra que l’Allemagne reste une grande nation, et que ses dirigeants ne doivent pas être traités comme acceptent de l’être les ministres du gouvernement français.

Comme nous avons coutume de le faire, laissons- nous aller à un petit rappel historique. En fait, au-delà de l’appartenance de la plus grande partie de leur territoire à l’Empire Romain, la véritable histoire commune de nos deux pays a réellement commencé avec Charlemagne, empereur d’Occident en 800. La capitale de l’Empire était Aix-la-Chapelle, située dans le land de Rhénanie du Nord-Westphalie, pas très loin du département de la Moselle.  Malheureusement pour les deux nations, et malgré le fait que l’Empereur n’ait eu à sa mort qu’un seul fils survivant, les luttes fratricides de ses petits fils amenèrent au partage de Verdun en 843. Ce traité fut  capital pour l’histoire de notre continent en mettant fin à l’unité de l’Empire.

Ensuite, ce ne furent que guerres et conflits entre nations appartenant à l’ancien Empire Franc, mais curieusement l’Allemagne en tant que nation n’exista réellement qu’à partir de 1871. Certes, il y eut bien le Saint Empire Romain Germanique, mais l’Empire allemand en tant que tel naquit de la victoire de la Prusse, d’abord contre l’Autriche à Sadowa (1866), puis contre la France (1870). Dans les deux cas, la France avait joué un grand rôle, d’abord par sa passivité en 1866 en laissant la Prusse écraser l’Autriche, et ensuite en lui déclarant imprudemment la guerre quatre ans plus tard. Ce conflit sera le premier d’une trilogie qui finit par laisser accroire que l’ennemi naturel de la France était l’Allemagne, les Français oubliant que jamais jusqu’au début du 19è siècle, la France et l’Angleterre ne vécurent en paix. Cela étant, Bismarck avait commis l’erreur majeure d’annexer l’Alsace et la Moselle, suscitant chez les Français un désir de revanche exacerbé.

Aujourd’hui tout cela appartient à l’histoire et la mission de nos deux pays est avant tout de suivre la voie tracée il y a 50 ans dans la construction d’une Europe unie.  A ce titre nous avons déjà parcouru beaucoup de chemin avec la PAC, les fonds de cohésion, le marché unique et l’euro. Mais tout cela ne nous empêche pas d’aller plus loin, et nous souhaitons que la politique qui a été menée par les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy soit poursuivie.

Tous, à des titres divers, ont contribué à maintenir des liens extrêmement solides avec les gouvernants allemands, ce dont la construction européenne a toujours bénéficié. Pour mémoire, la création du Système Monétaire Européen (1978) a été essentiellement l’œuvre d’Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing. Celle de l’euro (1999) doit beaucoup à Helmut Kohl et François  Mitterrand. Enfin Jacques Chirac, pourtant européen peu convaincu au départ, a fini par devenir, malgré ses échecs, un ardent défenseur de l’Union avec la complicité de Gerhard Schroeder.

De fait, la question qui se pose de nos jours est de savoir si le tandem franco-allemand, composé au moins jusqu’en 2009 d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, va continuer à fonctionner sur les mêmes bases. Théoriquement, ce devrait être le cas, mais avec Nicolas Sarkozy on peut s’attendre à tout, et ses premiers pas sur la scène européenne comme au titre de la coopération entre Paris et Berlin, n’ont pas été très convaincants. Certes, il a essayé d’imposer comme il l’avait promis un traité simplifié, mais nous avons déjà dit qu’en fait de simplification il n’y en avait pas eu. D’autre part les Allemands ont peu apprécié d’avoir vu Nicolas Sarkozy s’octroyer seul la paternité de ce nouveau projet de traité. Il est vrai que cet activisme forcené, accepté en France par une bonne partie de la classe politique, est loin de faire l’unanimité auprès des Allemands comme des autres dirigeants de l’Union. L’affaire des infirmières bulgares, dont la libération a été longuement négociée par les Européens, n’a pas été forcément appréciée dans toutes les chancelleries.

Ces exemples, ajoutés aux critiques incessantes sur l’indépendance de la Banque Centrale Européenne, bouc émissaire idéal pour expliquer les difficultés économiques de la France, ne peuvent contribuer à restaurer une crédibilité perdue par le NON au référendum. Plus grave encore, si la France n’arrivait pas à tenir ses engagements européens dans les mois et les années à venir, elle verrait sa crédibilité gravement atteinte vis-à-vis de nos partenaires européens et allemands. Ces derniers, ne l’oublions pas, veulent une monnaie unique qui ressemble à feu le deutschemark. Il n’est donc pas question à leurs yeux, que la France s’affranchisse durablement du respect du Pacte de stabilité, au moment où d’autres pays font de gros efforts pour assainir leurs finances publiques. Dura lex, sed lex, serait-on tenté de dire à un Président qui a tellement promis au cours des derniers mois.

De toutes manières, la France ne pourra pas se redresser durablement avec des incantations. Elle ne pourra pas du jour au lendemain retrouver un niveau de croissance supérieur à 2,5%, sans faire le nécessaire effort de modernisation que d’autres ont fait, l’Allemagne notamment. Ce pays connaît aujourd’hui une embellie économique et budgétaire dont on ne l’imaginait pas capable il ya encore deux ou trois ans, même si ces résultats sont loin de profiter à tout le monde.  Il n’empêche, l’Allemagne n’est plus en 2007 le grand malade de l’Europe, et de nouveau elle peut parler haut et fort. Elle a retrouvé son rang, et sa Chancelière bénéficie d’une popularité incroyable après deux ans de pouvoir. Mais tout cela aurait-il été possible sans un gouvernement d’union ? Sans doute pas, car « on ne construit rien de durable sur l’affrontement permanent » comme ne cesse de le répéter François Bayrou. A méditer pour nous Français dans les années à venir.

M.E.

 


Mentir en politique

Par escatafal in politique française - 22 aoÃ, 2007

  

Nicolas Sarkozy le 16 mai 2007

  "Ensemble tout est possible : c'est du moins ce que je dis"

Selon Dostoïveski, « la vie et le mensonge sont synonymes ». Le mensonge en vérité efface les limites entre le rêve et la réalité, et c’est pour cela qu’il peut être drôle, gai et même embellir la vie de ceux qui souffrent le plus. Mentir n’est délétère et sombre que lorsqu’on cherche, en politique ou ailleurs, à donner le mensonge pour ce qu’il n’est pas : une vérité. Dans ce cas, il introduit le doute et plus personne n’arrive à croire aux plus belles histoires, même si elles sont vraies. Pire, on prête au menteur toutes les vilénies, même si ce n’est pas lui qui en est l’auteur.

Parmi les exemples les plus fameux dans l’histoire, nous citerons l’incendie de Rome en l’an 64. A cette époque, Néron n’avait qu’une idée : se faire construire un nouveau palais d’or qui deviendrait son propre temple. Or, comme il le projetait de dimensions gigantesques (il s’était fait consacrer dieu peu avant), il ne trouvait dans le centre surpeuplé de Rome, aucun terrain à construire qui puisse lui convenir. D’ailleurs, cela faisait quelque temps déjà qu’il se répandait en disant que la ville était mal construite, et qu’il faudrait la refaire entièrement selon un plan d’urbanisme rationnel. Et puis, divine surprise si l’on ose dire, en juillet éclata ce qui fut sans doute l’incendie le plus célèbre de l’Antiquité.

Est-ce vraiment Néron qui en fut l’auteur, comme nombre de commentateurs l’ont rapporté? Peut-être, mais sans doute pas aux dires des historiens qui, tous, s’accordent pour dire qu’il se trouvait à Antium, distant de quelques dizaines de km. De plus, il accourut aussitôt prévenu, et déploya dans les secours une énergie dont nul ne l’eut crû capable. Mais le fait que la voix du peuple l’accusa tout de suite démontre que, même s’il ne fut pas l’auteur de l’incendie, on le croyait capable de l’être.

Ce long rappel historique explique, si besoin en était, que le peuple finit toujours par juger sévèrement ceux qui l’ont trompé à un moment ou un autre.  Alors, imaginons son jugement, quand le mensonge devient une méthode de gouvernement ou de conquête du pouvoir. L’histoire de notre pays fourmille d’exemples de ce type et, sans remonter très loin, nous allons en citer deux parmi les plus célèbres : Napoléon 1er et Napoléon III.

Sans entrer dans le détail, voici ce que disait le premier ( à l’époque Napoléon Bonaparte) la veille du 18 brumaire AnVIII : « La République périssait.  Aidé de tous les amis de la liberté, de ceux qui l’ont fondée, de ceux qui l’ont défendue, je la soutiendrai ». Ensuite, il ajoutait : « nous voulons une république fondée sur la liberté, sur l’égalité, sur les principes sacrés de la représentation nationale. Nous l’aurons, je le jure "! En fait quand il disait cela, la république était déjà morte.

Plus près de nous, en novembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte dans son manifeste électoral écrivait ceci : « je me dévouerai tout entier, sans arrière-pensée, à l’affermissement d’une république sage par ses lois, honnête par ses intentions, grande et forte par ses actes. Je mettrai mon honneur à laisser, au bout de quatre ans, à mon successeur le pouvoir affermi, la liberté intacte, un progrès réel accompli ». Trois ans plus tard, ne pouvant se représenter puisque la constitution l’interdisait, Louis-Napoléon Bonaparte déclara l’Assemblée dissoute et devint empereur, le 2 décembre 1852.

Nous ne comparerons pas, évidemment, Nicolas Sarkozy à Napoléon ou à Louis-Napoléon Bonaparte, même si le second fut un de ses prédécesseurs à l’Elysée, élu au suffrage universel. Cela étant, force est de constater que son accession à la magistrature suprême a été basée sur le mensonge. Tout au long de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy n’a cessé de faire des promesses démagogiques, au même titre d’ailleurs que sa concurrente du second tour qui a été jusqu’à avouer, plus tard, qu’elle ne croyait pas aux engagements qu’elle prenait. Mais Nicolas Sarkozy, croyait-il davantage aux siens?

 Certainement pas, comme en témoigne l’épisode peu glorieux sur la déductibilité des intérêts d’emprunts immobiliers. A qui fera-t-on croire sérieusement, que Nicolas Sarkozy ne savait pas que sa mesure ne pouvait pas être rétroactive. D’ailleurs ne l’aurait-il pas su, que son ministre du Budget l’avait rappelé en mai, ce qui lui avait valu d’être désavoué par le président de la République lui-même. Il est vrai qu’à cette époque nous étions en pleine campagne des élections législatives. Ceci n’est bien sûr qu’un aperçu, parmi beaucoup d’autres, des nombreux mensonges qui ont émaillé les campagnes électorales du printemps dernier.

Nous ne reviendrons pas davantage sur les multiples contrevérités assénées par le candidat Sarkozy, liées aux décisions qu’il voulait prendre une fois élu. Parmi celles-ci, nous citerons à propos de la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, cette phrase : « de tous les pays de l’Europe à 15, il n’y a qu’en France qu’il n’y a pas de ministère de l’immigration ».  En réalité, il n’y a que la Grande-Bretagne qui a un ministère de ce type. Cela nous amène d’ailleurs à nous interroger sur la compétence réelle de notre Président, ou plutôt sur sa bonne connaissance de ce qui se passe hors de France. Faire de pareilles erreurs est quand même troublant. Quoiqu’il en soit, mentir sciemment ou par ignorance est tout aussi condamnable.

Pour terminer, enfin, nous repensons à la réflexion que certaines personnes nous faisaient pendant la campagne présidentielle. Quand nous nous dirigions vers elles pour distribuer un tract de François Bayrou, nous avions pris pour habitude de dire : « François Bayrou, l’homme qui ne fait que les promesses qu’il peut tenir ». Or quel n’était pas notre étonnement quand ces personnes, qui à l’évidence n’allaient pas voter pour notre candidat,  nous rétorquaient avec un mélange de candeur et de naïveté : « François Bayrou, on ne peut pas voter pour lui, parce qu’il ne promet rien » ! En disant cela, ils ne faisaient que répéter à leur façon ce que ce pauvre Monsieur Fillon ne cessait d’affirmer, à savoir qu’avec François Bayrou « c’était l’immobilisme assuré, parce qu’il n’avait pas de programme ». La propagande, les mensonges et la mauvaise foi avaient fait leur effet.

Aujourd’hui,  moins de quatre mois après avoir été élus, nos gouvernants en sont déjà réduits à nous mentir sur les prévisions économiques. Ils continuent d’affirmer que leur objectif de hausse du PIB de 2,25%  « reste atteignable », pour parler comme Monsieur Fillon, alors que tous les économistes sérieux révisent à la baisse leurs prévisions. Mais il  faut faire accroire que tout va bien, en essayant encore une fois de tromper l’évidence. Il est vrai que sur ce plan Monsieur Sarkozy est très fort, lui qui n’a pas hésité à mentir effrontément, quand il a fallu trouver une excuse (pitoyable) pour expliquer l’absence de son épouse, à la réunion prévue dans la propriété de la famille Bush. On aurait dit un collégien n’ayant pas appris sa leçon, essayant de se justifier auprès de son professeur en lui disant qu’il avait perdu son cahier.

Tout ceci ne fait pas très sérieux, et il y a fort à parier que l’état de grâce est en train de s’achever. Les sujets brûlants vont s’accumuler à la rentrée. Les mensonges vont ressortir les uns après les autres, et les illusions savamment entretenues jusque là vont s’envoler, ce qui ne doit réjouir personne car nous savons trop bien qui, finalement, paiera l’addition de ces tromperies. Il reste à souhaiter que dans cinq ans, en 2012, les Français aient réalisé qu’il vaut mieux élire un homme honnête et intègre comme François Bayrou, plutôt qu’un hâbleur sans scrupule, n’ayant d’autre ambition que le pouvoir et les avantages qui vont avec.

M.E.


L'absolutisme de Nicolas Sarkozy

Par escatafal in politique française - 21 aoÃ, 2007

Fronton du Palais-Royal, où siège le Conseil constitutionnel

L’élection au suffrage universel du président de la République, instaurée par le référendum du 28 octobre 1962, aura changé beaucoup de choses dans le cadre de nos institutions.  La France vit-elle sous un régime présidentiel ou sous un régime parlementaire ? Si l’on remonte dans l’histoire, le premier régime présidentiel que l’on a connu remonte à la première constitution écrite française, celle de 1791. Celle-ci prévoyait que « la personne du roi est inviolable et sacrée ». 

Ensuite, il y eut la constitution de la 2è République instaurant un régime présidentiel à l’américaine qui prévoyait, notamment, que l’intérim de la présidence de la République devrait être confié à un vice-président. C’est la seule constitution française à avoir prévu ce cas. La 3è et la 4è République étaient en revanche des régimes parlementaires, avec un président de la République élu pour 7 ans qui se contentait d’exercer une fonction représentative. Arrive enfin la 5è République, qui est à la fois parlementaire et présidentialiste.

Les deux présidences du Général de Gaulle ont d’ailleurs illustré les deux formules. Jusqu’en 1962, la présidence du Général de Gaulle a été parlementaire. En fait, c’est le premier ministre qui conduisait les affaires intérieures du pays, le président de la République s’occupant presque exclusivement du « domaine réservé », à savoir la diplomatie et la défense. Ensuite vint le référendum du 28 octobre 1962 qui instaura l’élection du président de la République au suffrage universel, et qui permit au Général de Gaulle de donner une interprétation présidentialiste à la Constitution de 1958.

Pour Charles de Gaulle, « le président, suivant notre Constitution, est l’homme de la nation, mis en place par elle-même pour répondre de son destin ». Il ajoutait ensuite : "Le président est évidemment seul à détenir et à déléguer l'autorité de l'Etat". Clairement, cela signifie que tout pouvoir procède du président de la République, le gouvernement et le parlement devenant des organismes soumis au chef de l’Etat.

Celui-ci, par exemple, peut révoquer son premier ministre et le remplacer comme bon lui semble. C’est le cas si le premier ministre devient « encombrant » pour le président, parce que trop populaire. Les exemples typiques de cette situation furent le remplacement de Georges Pompidou par Maurice Couve de Murville, après les évènements de mai 1968, ou encore la nomination de Pierre Messmer à la place de Jacques Chaban-Delmas en 1972, sans oublier la révocation de Michel Rocard en 1991.

Plus près de nous, et pour une toute autre raison, Jacques Chirac décida de renvoyer en 2005 Jean-Pierre Raffarin, au comble de l’impopularité, pour le remplacer par Dominique de Villepin. Celui-ci, en effet, apparaissait aux yeux du président comme le seul rival potentiel de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle de 2007.

En fait, il n’y a qu’une possibilité pour que le régime retrouve son origine parlementaire de 1958 : la cohabitation. Ainsi en 1986, pour la première fois depuis les débuts de la 5è République, cette expérience inédite a permis un fonctionnement parlementaire des institutions. Jacques Chirac, alors premier ministre, a pleinement assumé pendant 2 ans la définition et la conduite de la politique de la nation (article 20 de la Constitution).

Dans ce cadre, même « le domaine réservé » ne l’est plus réellement, comme l’avait fait remarquer plus tard Lionel Jospin au cours de la 3è cohabitation, suite à une déclaration de Jacques Chirac sur notre programme de défense. Le premier ministre de l’époque avait en effet souligné que « les intentions du président étaient certes intéressantes, mais que la réalisation de tout projet militaire dépendait de lui-même et de son gouvernement ».

 Cependant, une autre forme de cohabitation avait eu lieu entre 1976 et 1981. C’est de nouveau le moment de faire un petit rappel historique.  Avec l’arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d’Estaing, le présidentialisme qui était apparu sous les présidences gaullienne et pompidolienne allait se maintenir, dans un premier temps, entre 1974 et 1976. Le premier ministre, Jacques Chirac, était issu de la majorité essentiellement pompidolienne élue en 1973, et Valéry Giscard d’Estaing avait reçu l’onction du suffrage universel. Cependant après la démission de Jacques Chirac, estimant qu’il ne disposait pas des moyens nécessaires pour assurer ses fonctions de premier ministre, il va y avoir un changement significatif dans la conduite des affaires de la France.

Tout d’abord le Président ne dispose plus d’une majorité totalement à sa disposition,  le parti présidentiel étant le parti minoritaire de la majorité parlementaire. Ensuite la situation économique de la France, très difficile à cette époque, contraint le président Giscard d’Estaing a appeler à Matignon Raymond Barre, qu’il a qualifié lui-même « de meilleur économiste de France ». De fait, s’il n’est pas question pour ce dernier d’empiéter sur le « domaine réservé du président », c’est quand même lui qui va conduire la politique du gouvernement et prendre, notamment, les mesures qui vont permettre un spectaculaire rétablissement économique.

Cela dit, cette question de la cohabitation apparaît aujourd’hui quelque peu obsolète, avec le remplacement du septennat par le quinquennat. Les élections législatives suivant immédiatement  l’élection présidentielle, il était fatal que l’esprit de nos institutions évolue de nouveau vers un schéma davantage présidentiel.

Nous retrouvons en effet, aujourd’hui, tous les ingrédients de l’absolutisme pompidolien ou mittérandiste.  Rappelons qu’à son arrivée au pouvoir en 1969,  Georges Pompidou disposait à l’Assemblée Nationale d’une majorité très large, qu’il avait lui-même menée à la victoire quelques mois plus tôt. Cette majorité sera reconduite en 1973, même si elle était moins large. Après sa victoire, en 1981, François Mitterrand décida d’utiliser son droit de dissolution, pour obtenir une majorité parlementaire qui lui permette d’appliquer son programme.

Dans les deux cas, les observateurs firent remarquer que jamais la suprématie présidentielle ne s’était autant manifestée, aussi bien en matière de politique extérieure, qu’en matière de politique intérieure. Dit autrement, le président décide, tranche, le premier ministre exécute et lui-même fait exécuter par la majorité parlementaire. Il faut d’ailleurs reconnaître que Georges Pompidou comme François Miterrand entre 1981 et 1986, ne déléguaient rien et ne laissaient aucun domaine hors de leur champ d’intervention, contrairement au Général de Gaulle ne suivant que de loin les affaires intérieures.

En 2007, après 12 ans de présidence chiraquienne ponctuée par beaucoup d’échecs en tout genre, notamment la dissolution inutile de 1997 et le NON au référendum sur la Constitution européenne en 2005, la France a élu Nicolas Sarkozy à la présidence de la République sur le thème de la rupture. C’est un argument qui paraît incongru dans la mesure où l’intéressé était le numéro 2 du gouvernement, voire même le numéro 1 bis, tout en étant le chef du parti de la majorité parlementaire. Cela étant, les Français ont voté et l'ont désigné malgré un bilan ministériel très mitigé.

Pour autant, cela ne nous interdit pas d’affirmer que jamais un homme, depuis la chute du Second Empire, n’avait fait un usage aussi personnel du pouvoir. A ce propos, même Napoléon III à la fin de son règne, ne disposait pas des pouvoirs que s’est octroyé Nicolas Sarkozy. Déjà le Président n’a pas de contrepoids au sein des pouvoirs publics y compris le Conseil Constitutionnel, redevenu le "chien de garde de l'exécutif", pour reprendre une expression de François Mitterrand.

Ensuite, plus encore qu’au temps de feu l’ORTF, il a la quasi-totalité des médias à son service exclusif. Au moins, à l’époque de l’ORTF, il y avait une partie de la presse qui faisait office de contrepouvoir. De nos jours, ce n’est plus le cas dans la mesure où les grandes chaînes de télévision, mais aussi tous les grands groupes de presse, sont aux ordres du Président de la république, au point qu’il ne se passe pas un jour, une heure, sans que l’on parle de Nicolas Sarkozy.

Beaucoup d’entre nous, naïfs sans doute, pensaient que le Président partant en vacances aux Etats-Unis, nous entendrions moins parler de lui. Que nenni, chaque jour nous avions le récit détaillé de ses pérégrinations, ainsi que celles de sa famille et ses amis. Il est vrai, et c'est une première, que ces derniers lui ont payé ses vacances, ce qui est tout simplement scandaleux, et contraire aux lois élémentaires qui régissent la fonction publique.

 A cela s’ajoute le besoin de paraître sans cesse. Il suffit d’un fait divers sordide et notre Président décide, sans en référer à quiconque, de prendre des mesures à la va-vite pour, dit-il, éradiquer le problème alors que celui-ci, au contraire, mériterait une réflexion approfondie. Tout est bon pour faire croire au peuple que le président travaille et ne ménage pas sa peine pour le protéger, l'aider, veiller sur lui etc. C’est à la fois démagogique et populiste, mais c’est aussi de cette manière que la classe politique est déconsidérée et que naissent les ferments d’une révolte, quand le peuple sent qu’on lui a menti sans vergogne.

Nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples montrant la duplicité du personnage. Alors pour terminer sur une note plus optimiste, nous souhaitons de tout cœur que l’Equipe de France de rugby gagne sa Coupe du Monde, même si nous redoutons plus que tout,  de voir notre Président s’approprier une victoire conquise de haute lutte sur le terrain. Malgré tout, nous serons quand même très heureux si, le 20 octobre prochain, Raphaël Ibanez brandit la coupe Webb Ellis au Stade de France.

Michel Escatafal

 


le pouvoir d'achat

Par escatafal in économie - 20 aoÃ, 2007

C’est la rentrée et à partir de maintenant les Français vont être confrontés à toutes les dépenses inhérentes à cette période de l’année : les fournitures scolaires, le dernier tiers, les impôts locaux, les approvisionnements en fuel pour l’hiver etc.  Autant d’échéances qui vont être douloureuses pour beaucoup de Français au sortir des vacances. Ce pourrait être aussi le signal de la fin de la période d’euphorie que les médias ont essayé de nous vendre depuis le 6 mai, pour mieux faire passer les mesures contenues dans le paquet fiscal, dont tout le monde sait qu’il ne favorise que les tranches les plus aisées de la population.

Cela nous amène tout naturellement à évoquer un sujet qui nous concerne tous : le pouvoir d’achat et son corollaire l’inflation perçue. Sur ce plan les services de l’INSEE sont formels, les Français ont bénéficié d’une progression de leur pouvoir d’achat, et la hausse des prix reste contenue à un niveau très bas. D’ailleurs, en juillet l’indice des prix à la consommation a diminué de 0,2%, et la variation annuelle s’établit à 1,1%. L’INSEE attribue ce résultat aux soldes d’été, qui ont diminué les prix de l’habillement et des chaussures, et à la baisse saisonnière des prix des produits frais.

Quant aux salaires ils devraient progresser cette année de 1,5 à 1,6%. Bien entendu, il s’agit là de hausse réelle, c'est-à-dire en tenant compte de la différence entre l’augmentation salariale et l’inflation. Voilà pour le constat chiffré que fait l’INSEE, ce que nombre de Français reprochent à notre organisme public, en disant que ce n’est pas du tout ce qu’ils perçoivent quand ils font leurs courses  dans les magasins. 

Pour eux, les indices nationaux ne tiennent pas compte « du panier de la ménagère ». Nous l’avons plus particulièrement constaté au moment de l’introduction des pièces et billets en euros. Pour l’INSEE le passage à l’euro fiduciaire a coûté environ 0,2% à l’indice des prix, avec une progression forte pour les produits à faible montant en raison des effets d’arrondi : +6% en moyenne sur le café servi en salle d’août 2001 à avril 2002. Cette poussée s’est produite dans tous les pays de la Zone Euro, mais partout cette poussée inflationniste est restée temporaire, et l’inflation à la fin de l’année 2002 est vite revenue à son niveau antérieur.

Il n’en empêche pas moins que dans l’esprit et dans la perception des Français, ceux-ci ont eu l’impression que les prix avaient augmenté brutalement, dans des proportions que l’on ne connaissait plus depuis longtemps. Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est chez nous, en France, que le phénomène est le plus durable.  Les Français, en effet, considèrent toujours que le taux d’inflation est au moins le double de celui qui est affiché et ce, pour deux raisons : la première parce qu’ils raisonnent encore souvent en franc, et la deuxième parce qu’ils sont surtout sensibles aux produits qu’ils achètent tous les jours. En revanche, ils prêtent beaucoup moins d’attention à la baisse réelle, et parfois spectaculaire, sur des biens tels que les automobiles, les appareils ménagers ou le matériel informatique.

Cependant ces perceptions sont loin d’être homogènes, car les dépenses des ménages ne sont pas identiques d’une catégorie sociale à l’autre, s’ils sont actifs ou retraités, s’ils habitent la région parisienne ou les Cévennes, s’ils sont locataires ou propriétaires. Et que dire d’une personne habitant Saint-Jean du Gard, locataire de son logement, qui pour des raisons professionnelles est obligée de déménager avec sa famille et d’habiter à Lyon, Annecy ou Versailles. Il reste à souhaiter que cette mutation relève d’une forte promotion, sous peine de voir son niveau de vie être altéré durablement.

Parmi les questions qui se posent à propos du pouvoir d’achat des salaires, il y en a une qui revient systématiquement : à qui profitent les bénéfices de nos entreprises et pourquoi les salariés n’en profitent pas ou si peu ? La vérité oblige à dire d’abord, que beaucoup d’entreprises distribuent à leurs salariés de la participation ou de l’intéressement, parfois les deux. D’ailleurs le précédent gouvernement avait essayé de ressusciter la participation, chère au Général de Gaulle dans les années 60.  Cela représente le plus souvent un mois de salaire, ce qui est loin d’être négligeable. Pour autant, nous savons bien que ce type d’avantages n’est pas la règle, et qu’il concerne plus particulièrement les grandes entreprises.

En revanche nous ne parlerons pas des stock-options, ni de l’épargne-retraite parce qu’il ne s’agit plus d’un partage immédiat des résultats, mais différé, avec une accumulation de capital qui en théorie profitera plus tard au salarié. 

Nous n’insisterons pas davantage sur le rapport entre le pouvoir d’achat et la croissance. Certes, en théorie, on pourrait espérer que des hausses de salaires significatives  alimentent une meilleure croissance. C’est hélas un argument qui ne tient pas dans une économie mondialisée. Les Français, nous le constatons tous les jours, achètent beaucoup « étranger » ce qui explique d’ailleurs les déficits de notre commerce extérieur. En fait, les gains de pouvoir d’achat devraient s’investir uniquement en produits français ce qui, de nos jours, paraît impensable.

Par ailleurs, même si l’Europe en théorie s’auto suffit à  90%, elle n’en reste pas moins un ensemble formé de 27 états, et la compétitivité dans chaque nation ne peut venir que de la pression sur les salaires. C’est tout le problème des délocalisations de certaines industries dans les pays de l’Est européen, où les coûts salariaux sont moindres. En contre partie, ces délocalisations permettent aux consommateurs que nous sommes d’acheter des produits moins chers, et donc de maintenir notre pouvoir d’achat.

La question des salaires amène aussi à se poser la question du type de société que nous souhaitons pour nous et nos enfants. Nous connaissons le penchant de notre Président de la République pour un type de société à l’américaine, avec tous les abus que cela peut entraîner.  Nombre de patrons  américains commencent, d'ailleurs,  à réaliser les effets nocifs d’une trop grande disparité  dans les salaires entre dirigeants et employés. Parallèlement se pose la question de la solidarité. Les Américains et à un degré moindre les Anglais ont résolu le problème à leur façon : ils travaillent plus longtemps que nous, ils se soignent moins que nous et leurs retraites (assurées) sont faméliques. Est-ce vers ce type de société que veut nous amener Nicolas Sarkozy ?

Il est évident sur ce plan, que le projet électoral de François Bayrou se situait à des années lumière de celui, ultra libéral, du Président de la République. Il n’est d’ailleurs pas sûr que les Français acceptent de le suivre bien longtemps dans cette direction. Pour nous, adhérents du MoDem, il est impensable que l’adaptation de la société française se fasse au détriment d’une protection efficace contre les grands risques (santé, chômage, pauvreté, retraite). Cela dit, les dépenses à y consacrer seront toujours plus importantes dans les années à venir, donc il faudra les financer.

Cela implique des mesures courageuses que François Bayrou aurait prises s’il avait été élu, la première d’entre elles étant qu’il ne fallait pas, dans un premier temps, baisser les impôts. D’ailleurs, à qui profite réellement le gain de pouvoir d’achat réalisé par le biais des baisses d’impôts?  Aux plus riches, donc à ceux qui ne vont pas nécessairement consommer davantage. Ceux-là vont placer les économies qu’ils vont faire, sur les marchés financiers ou dans l’immobilier. Ils vont donc contribuer, comme aux Etats-Unis d’Amérique, à gonfler les bulles de richesse au détriment de la classe moyenne et des plus pauvres. De plus ces baisses d’impôts, comme cela été le cas en 2002, vont aggraver le poids de la dette.

Au total, cette question du pouvoir d’achat reste très subjective. Il est anormal d’affirmer haut et fort que dans notre pays la pauvreté a reculé parce que, comme l’affirme l’INSEE, les bas revenus auraient progressé à un niveau légèrement supérieur à la moyenne. Mais de quelle moyenne s’agit-il ? A-t-on tenu compte des revenus de patrimoine et des plus-values ? Par ailleurs, même si objectivement on peut parler de gains de pouvoir d’achat, ces gains sont tellement minimes que les ménages ne les perçoivent pas. De plus, même si le salaire net augmente, la variation de la durée du travail, le plus souvent subie, entraîne très souvent une baisse du salaire individuel. Il est facile de lancer des formules démagogiques telles que « travailler plus, pour gagner plus » mais, in fine, seules les commandes supplémentaires peuvent influer sur la quantité de travail à donner au salarié.

En conclusion, nous pensons et redisons encore une fois que pour redonner du pouvoir d’achat aux Français, il faut « libérer l’emploi » pour parler comme François Bayrou dans son projet présidentiel. Il est donc nécessaire de multiplier le travail, notamment au bénéfice des plus petites entreprises. La possibilité pour toutes les entreprises de créer 2 emplois avec des charges limitées à 10% (cotisations retraite) pendant 3 ans, faisait partie des mesures intelligentes pouvant être mises en œuvre très rapidement. Il faut créer de l’emploi pour ceux qui n’en ont pas, ce qui n’empêche pas d’en donner davantage à ceux qui en ont déjà, à supposer que ce soit possible. Il faut aussi aider et promouvoir l’entreprise, toutes les entreprises et pas seulement les plus grandes. L’effort doit porter sur les créations par les chômeurs, avec des aides plus importantes que celles accordées aujourd’hui. Cela aura un coût, mais c’est le seul moyen de redevenir compétitif, et donc de rééquilibrer nos comptes extérieurs. On est loin évidemment des mesures prises par Nicolas Sarkozy et sa majorité, et des illusions dont les Français ont été abreuvés au cours des derniers mois.

Michel Escatafal


Et pourtant ils n'ont jamais été Président de la République

Par escatafal in politique française - 18 aoÃ, 2007

Pierre Mendès France : «  La France peut supporter la vérité. Certains redoutent qu'un langage loyal et ferme sur la situation présente n'entraîne le découragement. C'est qu'ils n'ont pas foi dans la volonté et dans l'aptitude de la Nation à se redresser ».« Notre volonté est de leur faire sentir qu'un gouvernement républicain, qu'un gouvernement de justice doit avant tout se pencher sur le sort de ceux qui ont le plus besoin de la solidarité et de l'affection de la nation tout entière ».« Le régime républicain doit être fondé sur les relations étroites qui seules permettent la franchise réciproque la plus complète ; celle du gouvernement qui explique sa politique, jour après jour, qui ne biaise pas, qui ne dissimule pas et qui n'hésite pas à faire fond sur le bon sens, le courage et la foi du pays ; celle du Parlement qui exprime fidèlement la volonté populaire et la fait respecter, et celle du pays tout entier qui doit choisir son destin en pleine connaissance de cause pour l'accomplir d'une volonté affermie.

Jacques Delors : « La France est un pays qui ne se réalise que s’il a une volonté pour l’avenir. Encore faut-il la canaliser. Encore faut-il la conduire. Or maintenant ses responsables sont incapables de sortir du système politicien, voire de le maîtriser. Ils sont convaincus également qu’une position trop déterminée n’est pas électoralement payante. D’où une politique indigente, dont seul l’aspect de comédie humaine est traité par les médias ».

Raymond Barre : « Je reste convaincu que l’on peut faire confiance à nos compatriotes, qu’ils ont la capacité, les ressources intellectuelles et morales, la volonté d’aller de l’avant. Mais il faut pour les mobiliser que leurs dirigeants leur proposent une vision, qu‘ils tracent clairement les axes d’une politique au service de la nation, enfin et surtout que leur crédibilité ne puisse être mise en cause. Il faut être crédible pour être écouté. Je préfère être impopulaire qu’irresponsable».

Voilà quelques citations de trois hommes politiques qui ont particulièrement marqué la fin du 20è siècle parce qu’ils ont exercé des fonctions importantes, mais aussi et surtout parce que leur influence va bien au-delà des postes occupés.

Certes, Pierre Mendès-France a été Président du Conseil sous la 4è République (juin 1954 à février 1955), mais chacun sait que des Présidents du Conseil, la dite République en a connu beaucoup. En revanche, aucun chef du gouvernement, mis à part le Général de Gaulle, n’aura laissé en si peu de temps (7 mois et 17 jours) une telle empreinte sur la vie politique de notre pays. Il incarne en effet le symbole de la vie publique avec ce qu’elle exige d’humilité, de transparence, de clarté et de vérité. Intellectuel, homme de conviction, c’était l’homme d’Etat par excellence.

Jacques Delors a eu un parcours très différent, celui-ci tranchant avec ceux des autres familiers du sérail politique. Cela ne l’a pas empêché d’avoir une influence importante dans la société française et européenne. Conseiller de Jacques Chaban-Delmas quand ce dernier était à Matignon (1969-1973), il fut à l’origine de la politique contractuelle avec les syndicats, en même temps que l’initiateur de la formation permanente. Ministre des finances (1981-1984), il a été celui qui a fait admettre aux socialistes les nécessités de la rigueur et a permis à notre pays de prendre les décisions qui s’imposaient (mars 1983) en maintenant le franc dans le SME (Système Monétaire Européen). Président de la Commission Européenne, il a inspiré largement le traité de Maastricht et la naissance de l’Euro.

Raymond Barre, enfin, universitaire longtemps étranger à la sphère politique proprement dite, même s’il avait exercé des fonctions européennes éminentes, est nommé coup sur coup Ministre du Commerce Extérieur (janvier 1976) puis Premier Ministre (août 1976). Dans une période très difficile sur fond de rivalités politiques entre la Président de la République (Valéry Giscard d’Estaing) et son ancien Premier Ministre (Jacques Chirac), et dans un environnement économique où la priorité des priorités était d’absorber les deux chocs pétroliers (+130% pour le prix du baril entre 1979 et 1980), il a réussi à démontrer que l’on peut « remettre la France debout » pour peu que l’on en ait le courage. Rappelons simplement que début 1981, notre taux d’endettement public se situait (en euros constants) à environ 18% du PIB, contre 65% aujourd’hui.

Ces trois personnalités qui appartiennent de plein droit à l’histoire de notre pays ont en commun de n’avoir jamais été Président de la République. Ils ont aussi été à des titres divers la cible des médias, ils ont subi les attaques souvent injustifiées de leurs adversaires politiques, mais aussi de « leurs amis » qui avaient du mal à comprendre que l’on puisse gouverner à contre-courant de l’opinion. Ils ne reculaient pas quand il fallait prendre des décisions courageuses et plus que tout, ils ont toujours eu le souci de l’intérêt général. C’est là leur plus grand mérite.

Evidemment, si l’on veut faire des comparaisons, elles ne sont pas favorables à des personnages comme François Mitterrand ou Jacques Chirac, pourtant élus à deux reprises par les Français à la Présidence de la République. Elles ne le sont pas davantage pour l’actuel locataire de l’Elysée qui, plus que tout autre, cristallise tous les travers des hommes politiques affamés de pouvoir. Il a pourtant été élu avec 53% des voix contre une adversaire qui, il est vrai,  jouait dans le même registre « de strass et paillettes ».

Les Français avaient pourtant la possibilité de faire un autre choix en la personne de François Bayrou, beaucoup plus proche sur le plan des idées et de l’éthique des 3 personnalités évoquées auparavant. Il est vrai que le projet de François Bayrou ressemblait beaucoup à celui qu’aurait pu mettre en place Pierre Mendès-France, Jacques Delors ou Raymond Barre s’ils avaient été à sa place. Nos compatriotes n’en ont pas voulu en 2007 même si, finalement, il s’en est fallu de peu.

Ceci d’ailleurs nous fait dire que Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal, ne sont pas des personnages détonants par rapport à notre pays. Au contraire, ils lui correspondaient parfaitement à ce moment de notre histoire au même titre que Silvio Berlusconi, en Italie, quand il fut de nouveau élu en 2001. On reprochait à ce dernier d’avoir « acheté l’Italie », comme on a dit que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont été qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle 2007 grâce aux médias et à la peopolisation de la vie politique. Il y a sans doute une part de vérité dans ce constat, mais un succès électoral a toujours un fondement. Et si, tout simplement, les Français avaient une nouvelle fois refusé les mots effort, rigueur, ambition etc.? Rassurons-nous quand même, ils savent se ressaisir quand ils ont l’impression d’avoir été trompés. Alors en 2012, ils feront le choix de François Bayrou, nous en sommes convaincus.

ME


Crise boursière, croissance en berne et nous, et nous...

Par escatafal in économie - 16 aoÃ, 2007

Le sujet est sérieux, très sérieux même, et pourtant on a l’impression quand on évoque les évènements actuels touchant les marchés financiers, qu’on est dans un film qui a été passé et repassé des dizaines de fois. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il s’agit de la énième crise de ce genre, et que cela se termine toujours de la même façon, à quelques variantes près. Ainsi, une fois de plus, les banques centrales préservent le système et, il y a fort à parier que, finalement, ceux qui n’y sont pour rien  vont payer les pots cassés.

Voilà pour le constat que l’on peut faire aujourd’hui. Cela étant, la crise qui est loin d’être terminée, avait été minimisée et c’est cette opacité qui est à la base du problème. N’oublions quand même pas que la BCE a été obligée d’injecter plus de 230 milliards d’euros de liquidités pour tenter de revenir à la normale, auxquels il faut ajouter presque 70 milliards de la FED. Au total, cela fait  300 milliards d’euros de création de monnaie, soit l'équivalent du PIB de pays comme la Belgique ou la Suède .

Néanmoins, il fallait bien essayer de rassurer les marchés, et puis imaginons les dégâts si les fonds d’investissement ayant subi de grosses pertes à cause des prêts douteux, continuaient à vendre massivement des actions en bourse. Cela entraînerait à coup sûr un krach dont on ne mesure pas l’ampleur mais qui, c’est une certitude, provoquerait de gros dégâts notamment vis-à-vis des fonds de pension américains, qui financent les retraites aux Etats-Unis.  Ah le modèle américain que veut nous imposer notre Président ! Il est vrai que pour lui "l’Amérique profonde", comme il dit, c’est sa résidence de vacances.

Il faut reconnaître que la politique de taux bas que l’on a connu pendant des années a participé à encourager la spéculation, reproche justement fait aux banques centrales par certains économistes. C’est oublier toutefois, que nombre d’observateurs ont beaucoup critiqué la BCE parce que celle-ci ne baissait pas suffisamment ses taux, cette politique étant négative pour la croissance.

A propos de croissance, il est acquis maintenant que l’on n’atteindra pas, en France, les 2, 25%  de hausse du PIB escomptés par le gouvernement. Le fameux point de croissance en plus n’est pas davantage acquis pour 2008, au point que le gouvernement se contenterait volontiers de 2,5%. Il faut rappeler toutefois,  que 3%, voire 3,5% sont jugés nécessaires pour permettre à la France de tenir ses engagements européens, compte tenu des baisses d’impôts accordées à ceux qui en paient le plus. Cela n’empêche pas le Ministère des finances d’afficher son optimisme (difficile de faire autrement), même s’il sait pertinemment que les effets d’annonce ne suffisent pas, par exemple, pour  relancer l’investissement des entreprises ou obliger les ménages à puiser dans leur bas de laine, quand ils en ont,  pour stimuler la consommation.

Du coup, il est facile d’imaginer que la TVA sociale va fatalement ressortir des tiroirs. D’ailleurs, l’ancien député PS Besson a un rapport à remettre sur le sujet pour fin août. Cela tombe bien, et sans connaître la tenue du rapport nous connaissons, hélas, le résultat de ces cogitations socialo-sarkozystes : une augmentation de 3 points de TVA c’est, en année pleine, environ 24 milliards d’euros en plus. Ce chiffre représente à la fois le déficit de la sécurité sociale et les cadeaux fiscaux estimés.

A ce propos, on se demande encore pourquoi notre Président a brûlé aussi vite "ses vaisseaux" sur le plan budgétaire, en faisant des cadeaux aux ménages les plus riches, au lieu d’accorder des crédits d’impôts aux entreprises qui investissent, ou qui mettent en place des programmes de recherche et développement.

Cela dit  nous savions, hélas, que nombre de promesses faites par Nicolas Sarkozy n’étaient pas tenables, comme le disait à l’époque François Bayrou, que ce pauvre Monsieur Fillon taxait d’immobilisme  parce qu’il se préoccupait de la dette publique. Cela rappelle quelque chose aux plus anciens d’entre nous qui ont connu la période de 1981 où, déjà, on parlait de rupture. On devait même entrer dans une nouvelle ère, et s’approcher du fameux « à chacun selon ses besoins ». J’exagère à peine et nous connaissons tous le résultat de ces chimères. Il se pourrait malheureusement que l’histoire se répète, même si les slogans et les finalités ne sont pas les mêmes.

En 1981, on disait : « il faut faire payer les riches » comme à l’époque de Robespierre, Saint-Just et Cambon. Un quart de siècle plus tard, les riches n’ont jamais été aussi riches et le nombre de pauvres s’est multiplié. Espérons qu’en 2007, les résultats ne seront pas aussi désastreux, même si pour notre part, nous avons toujours été sans illusion sur le programme économique de Nicolas Sarkozy. D’ailleurs, en avait-il un ?

M. E.


A propos d'immigration...

Par escatafal in Général - 13 aoÃ, 2007

S’il ya bien un sujet dont on parle depuis des années et des années, c’est celui de l’immigration. Que n’avons-nous pas entendu sur la question ? En fait ceux qui en parlent le plus sont généralement ceux qui appréhendent le moins bien ce phénomène, qui perdure en France depuis au moins deux siècles. Notre pays, en effet, a toujours été une terre d’immigration particulièrement prisée au point que près d’un Français sur quatre a un parent ou un grand-parent immigré.  Pourquoi ? Tout d’abord parce que la France est le pays des droits de l’homme. C’est aussi un pays où la naturalisation est facile et ce, depuis bien longtemps.

Ainsi, une loi de 1791, pendant la Révolution, ne demandait au candidat à la nationalité française que de fixer sa résidence en France, et de prêter le serment civique. Certes, cette loi généreuse sera plus restrictive peu après, notamment au moment de l’entrée en guerre de la France contre ses principaux voisins, mais l’esprit restera. D’ailleurs avant 1993, la nationalité française était attribuée d’office à la majorité d’un enfant né en France de parents étrangers, comme aux Etats-Unis. Ce n’est plus le cas depuis la loi du 22 juillet 1993, stipulant que tout enfant né en France de parents étrangers, doit faire une demande officielle pour acquérir la nationalité française. Bien entendu, celle-ci peut aussi s’obtenir par le mariage mixte ou par une naturalisation.

L’histoire de l’immigration en France montre également des évolutions majeures sur l’origine des immigrants, dues essentiellement à des faits économiques ou politiques. Par exemple sous le Second Empire, la quasi totalité des immigrés provenaient des pays limitrophes à notre pays (Belgique surtout, Italie, Espagne et Suisse). Ces étrangers travaillaient essentiellement dans l’industrie minière, alors en pleine expansion. Cela étant, une minorité seulement fera souche en France, les crises économiques entraînant un retour au pays d’origine. Plus tard, les travailleurs étrangers viendront de pays un peu plus lointains, notamment de Pologne, et s’installeront beaucoup plus durablement dans les régions minières du Nord et de l’Est.

La France, terre d’immigration, justifiera également ce qualificatif avec l’arrivée massive des Espagnols à l’issue de la guerre civile. Cet apport sera d’autant plus bienvenu que nombre de ces réfugiés s’engageront, aussitôt arrivés, dans les réseaux de la Résistance.

Enfin, après la décolonisation, dans une période où ses besoins sont très importants, la France va enregistrer l’entrée de très nombreux travailleurs en provenance de nos anciennes colonies. Cette vague d’immigration sera d’autant plus facilement assimilable, qu’elle concerne des populations ayant en commun avec le pays d’accueil la même langue. Cependant, avec le début de la crise économique (1974), le gouvernement de l’époque décide l’arrêt officiel de l’immigration en dehors du droit d’asile et du regroupement familial, ce dernier devenant la principale source d’immigration.

Au total, selon les sources gouvernementales, la France comp