MichelEscatafal

On ne peut plus compter sur les autres pour régler nos problèmes

Par escatafal in économie - 16 jui, 2008

Dans les années 70 on parlait beaucoup de stagflation qui est un raccourci de deux mots, stagnation et inflation. Dit autrement,  cela signifie une situation économique d’un pays en proie à l’inflation sans connaître un niveau de croissance notable. Et de fait dans les années 70, avec les deux chocs pétroliers, beaucoup de pays ont connu ce phénomène qui, en outre, a pour particularité d’être durable.  Cela signifie que ceux qui croient que la baisse de croissance que l’on connaît ou que l’on va connaître dans la plupart des pays industrialisés, ne se résumera pas à un simple à-coup conjoncturel. Cela pourrait durer plus que prévu, en espérant que cela ne dure pas une décennie comme la fois précédente.

Cela étant, par rapport aux années 70,  il y a apparemment une grande différence à savoir que globalement le lien entre les salaires et les prix est moins inéluctable,  les entreprises ayant profité de la mondialisation pour mieux maîtriser leurs coûts. En clair, la Chine et les pays émergents ont permis de contenir l’inflation à des niveaux très bas grâce à leurs salaires dérisoirement faibles, et à leurs capacités à travailler dans des conditions inacceptables chez nous. L’ennui,  c’est que cet âge d’or semble avoir vécu et le mouvement apparaît irréversible. C’est d’ailleurs une des caractéristiques du monde capitaliste que d’exploiter « un filon économique » à son maximum, sans se préoccuper de ce qui se passera à épuisement de ce filon.

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où tous les filons semblent s’épuiser les uns après les autres. Alors on invente, on bricole, on rafistole sans pour autant régler le problème. Le pétrole est de plus en plus cher, non pas seulement à cause de la spéculation, mais aussi parce que les besoins augmentent, résultante du colossal développement économique dans des pays auxquels nous avons confié la plus grande partie de nos fabrications. Du coup on envisage de nouveau, y compris dans des pays qui avaient abandonné cette idée, de construire des centrales nucléaires comme la France l’a fait dans les années 70 et 80. Manque de chance, les 450 centrales déjà construites consomment plus de combustible qu’il en est extrait, au point que l’on en arrive à utiliser les stocks militaires. Résultat, en un peu plus de cinq ans, le prix de l’uranium a été multiplié par 10.

Mais revenons à ce qui se passe dans les pays émergents. D’abord, compte tenu du fait qu’ils fabriquent beaucoup, ils exportent dans les mêmes proportions, voire même plus,  au point que la part des exportations dans le produit mondial est passée en 30 ans (entre 1978 et 2008) de 20% à 32%. On voit immédiatement le danger pour nos économies si les produits exportés par les pays émergents, donc importés chez nous, subissent un fort renchérissement. Certes, les grandes banques centrales auront tendance à resserrer les conditions d’accès à l’argent, mais elles sont obligées peu ou prou de tenir compte de l’activité économique. D’ailleurs si la BCE joue son rôle dans ce domaine, en maintenant des taux légèrement supérieurs à l’inflation, il y a longtemps que la Réserve Fédérale américaine a fait le choix inverse.

Et dans ce cas, comment donner la leçon aux banques centrales des pays émergents, ces derniers ayant choisi depuis toujours de privilégier la croissance au détriment de l’inflation. Résultat, dans tous ces pays l’inflation progresse au point qu’elle s’approchera, en Zone Asie, de  8% à la fin du mois de juin et ce n’est pas que la faute du pétrole et des autres matières premières. En effet, pour la première fois depuis bien longtemps, il y a aussi une flambée des salaires dans ces pays car même s’ils semblent taillables et corvéables à merci, les salariés n’en peuvent plus de voir les prix des produits de première nécessité s’envoler sans aucune compensation salariale. Bref,  les coûts de production augmentent dans ces pays à une vitesse vertigineuse, ce qui rend les produits qu’ils exportent d’autant plus chers même si certains pays, le Vietnam par exemple, n’hésitent pas à dévaluer leur monnaie pour maintenir la compétitivité de leurs exportations.

La conséquence de tout cela est que les consommateurs américains et européens, dont le pouvoir d’achat ne cesse de baisser même si chez nous l’INSEE dit le contraire, vont réduire leurs achats auprès des pays émergents, notamment asiatiques. Ceux-ci vont donc être obligés de faire face à une baisse des commandes et nombre d’usines vont être contraintes de réduire le nombre de salariés. Jusqu’où irons- nous comme cela ? Là est tout le problème. De plus, le phénomène ne concerne plus seulement les pays asiatiques, mais touche aussi l’Union Européenne. En Bulgarie, l’inflation atteint 14% en glissement annuel et presque 18% en Lettonie. Et dans ces pays aussi les revendications salariales se multiplient, comme en Roumanie où Renault a accordé une hausse de 22% sur les salaires des ouvriers de Dacia qui fabriquent la Logane à 8000 euros.

En résumé, le spectre des années 70 hante de nouveau les dirigeants économiques de la planète. Nous disons bien de la planète car le phénomène concerne l’ensemble des pays, et non plus seulement les riches pays occidentaux, mondialisation oblige. On avait cru un peu facilement régler les difficultés en exportant ailleurs nos problèmes. Cela a permis à nombre d’entreprises de s’enrichir à bon compte sur les dos des travailleurs « de contrées lointaines », pour parler comme Voltaire. Cela dit, de nos jours il n’y a plus de contrées lointaines, et si une difficulté surgit à New-York ou à Francfort elle s’étend comme une trainée de poudre jusqu’à Pékin, Hanoï,  Rio de Janeiro ou Douala.

Alors il faudra trouver autre chose que des slogans pour  remettre un peu d’ordre dans un monde qui marche de plus en plus sur la tête. Mais le capitalisme tel que nous le connaissons en est-il capable ? Pour ma part j’en doute, peut-être parce que je suis militant du Mouvement démocrate. Après tout, nous sommes les seuls à dénoncer sérieusement les excès du capitalisme financier et, surtout, à proposer des régulations qui dépassent largement le cadre français et européen.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Les 24 heures du Mans : souvenirs, souvenirs...

Par escatafal in sport - 15 jui, 2008

Les 24 heures du Mans sont aux dires de nombreux observateurs la plus grande course automobile du monde. D’abord parce qu’elle dure 24 heures, et ensuite parce qu’elle a une histoire pratiquement ininterrompue depuis 1923, les seules parenthèses se situant entre 1940 et 1948, sans oublier celle de 1936, l’épreuve étant annulée en raison des grèves dans l’industrie automobile. Enfin son palmarès est tout à fait somptueux, puisqu’on découvre parmi les marques victorieuses tous les grands noms qui ont fait la gloire du sport automobile. De mémoire je citerais Alfa-Romeo, Bugatti, Talbot, Ferrari, Jaguar, Mercedes, Aston-Martin, Ford, Porsche, Renault, BMW, Audi et même Mac Laren.

En effet, si je cite des marques de voiture c’est parce que les 24H du Mans sont d’abord une course de marques, chacune d’entre elles ensuite essayant de réunir les meilleurs atouts pour gagner. Parmi ceux-ci figuraient pendant longtemps les pilotes de Formule 1, en fait jusque vers la fin des années 60. Ainsi, on a vu dans les années 50 Ferrari, mais aussi Mercedes pour ne citer qu’elles, ne pas hésiter à engager leurs meilleurs pilotes  au Mans. On eut même en 1955, une course sur laquelle je reviendrai, un tandem Fangio-Moss sur Mercedes qui réunissait tout simplement les deux meilleurs pilotes du moment.

 Depuis cette époque, si des pilotes de F1 figurent au palmarès c’est une fois leur carrière terminée dans la discipline reine.  Cela étant, il y a quand même parmi les vainqueurs des noms figurant parmi les plus fameux du sport automobile, notamment Tazio Nuvolari et Jean-Pierre Wimille dans les années 30, Gonzales mais aussi Trintignant et Mike Hawthorn qui fut champion du monde de F1 dans les années 50, Lorenzo Bandini,  Pedro Rodriguez, mais aussi Phil Hill et Jochen Rindt qui furent  champions du monde dans les années 60, sans oublier plus tard Didier Pironi, Jochen Mass et Michele Alboreto.

A ceux-là s’ajoutent deux noms dont il faut parler un peu plus longuement, parce qu’ils ont contribué à faire à la fois  l’histoire des 24h du Mans et  l’histoire du sport automobile. Jacky Ickx parce qu’il a été sans doute le pilote le plus éclectique qui ait jamais existé,  puisqu’il a remporté 8 victoires en grand prix F1, mais aussi de très nombreuses courses d’endurance dont 6 fois les 24h du Mans, sans oublier même si c’est anecdotique une victoire dans le Paris-Dakar. Le deuxième nom que je voudrais citer est encore plus prestigieux,  puisqu’il est le seul à ce jour à avoir réalisé le triplé « champion du monde de F1 (2 fois), 500 miles d’Indianapolis et 24H du Mans ». Je dis bien à ce jour,  car si Jacques Villeneuve gagne aujourd’hui, il aura réalisé le même exploit.

Ce que je voudrais souligner aussi à propos des 24 h du Mans, c’est la vitesse atteinte par les bolides qui évoluent et qui évoluaient sur le circuit de la Sarthe. En 1951 déjà, la Jaguar victorieuse avait dépassé les 150 kmh de moyenne sur 24 heures. Dix ans plus tard en 1961, la moyenne était de 186,5 Kmh  et en 1971 elle dépassait les 222 Kmh, chiffre qui n’a plus jamais été dépassé en raison des modifications apportées au circuit. Cela signifie qu’il y a plus de 50 ans, on dépassait très largement les 250 Kmh dans la ligne droite des Hunaudières. Le moins que l’on puisse dire est que les pilotes étaient à la fois courageux et téméraires, car les conditions de sécurité étaient très loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui dans les bolides, mais aussi sur la piste…et dans les tribunes.

A ce propos, je voudrais évoquer un souvenir personnel. C’était en 1955, et mes parents passionnés de sport auto voulaient aller assister aux 24h du Mans. Bien entendu, j’aurais été du voyage et je piaffais d’impatience en attendant ce jour, d’autant que la lutte s’annonçait  somptueuse entre Jaguar et Mercedes. Jaguar avait récupéré pour l’occasion le pilote britannique Mike Hawthorn qui un peu plus tard (en 1958) sera champion du monde F1 sur Ferrari. Mercedes avait aligné 3 voitures dont une aux mains de Fangio et Moss, comme je l’ai déjà dit auparavant. Bref tout était prêt pour pouvoir assister à un sommet du sport automobile. Hélas si j’ose dire, au dernier moment nous avons été obligés d’annuler le voyage au Mans. Quelle déception, mais cela nous a peut-être sauvé la vie.

En effet, cette année là, une mauvaise manœuvre de Mike Hawthorn allait provoquer une catastrophe sans pareille sur les circuits. Le pilote britannique ayant mal calculé la position de son stand fut obligé de donner un coup de frein qui surprit celui  qui le suivait (Macklin sur Austin). Celui-ci  à son tour freina sèchement,  et en dérapant se mit dans l’axe de la Mercedes de Levegh qui, arrivant à 250 kmh, ne put l’éviter.  La Mercedes en heurtant la plage arrière de l’Austin décolla et alla s’encastrer sur un terre-plein de protection, où elle explosa telle une bombe provoquant la mort de 85 spectateurs et une centaine de blessés.

Peut-être aurions-nous été ailleurs sur le circuit, mais connaissant mon père je parie qu’il aurait pris des places parmi les meilleures,  donc peut-être près des stands. A noter que ce jour-là, ce fut un miracle si le grand Juan-Manuel Fangio resta en vie, car sans un geste de Levegh qui lui fit signe qu’il se déplaçait sur la gauche, il n'aurait jamais eu l'idée de dépasser Macklin sur la droite où, miraculeusement,  il ne fit qu’effleurer la Jaguar d’Hawthorn qui rentrait enfin à son stand. Quelques minutes plus tard, venant de réaliser l’ampleur de la catastrophe, Fangio s’arrêtait en ayant l’impression d’être ressuscité. En signe de deuil, Mercedes quelques heures après la catastrophe ordonna l’abandon des deux voitures encore en course.

 On ne reverra plus Mercedes sur les circuits pendant des années. C’était la dure réalité du sport automobile à l’époque. Heureusement aujourd’hui  la sécurité est omniprésente sur les circuits comme dans les voitures,  et pareille catastrophe ne pourrait pas se reproduire. Tant mieux, ce sport est tellement beau qu’il ne méritait pas de voir ses plus valeureux représentants risquer leur vie à chaque course. En outre, de nos jours, il offre  à ses aficionados le plaisir d’assister en toute sécurité à ces joutes ô combien spectaculaires.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Un vote peu surprenant qui laisse un goût amer

Par escatafal in Europe - 14 jui, 2008

Même si les journaux radiotélévisés parlent en premier lieu de la défaite de l’équipe de France de football contre la Hollande, l’information la plus importante de la journée d’hier reste le rejet par les Irlandais du traité européen de Lisbonne, avec une majorité nette puisque le NON l’a emporté avec 53,4% des voix. Bien entendu on ne va pas s’attarder sur les larmes, parfois de crocodile, des dirigeants européens. Ainsi quand j’entends Gordon Brown affirmer sans rire que le processus de ratification dans son pays va se poursuivre normalement, chacun sait qu’en fait la Grande-Bretagne est satisfaite de voir qu’un pays a rejeté le Traité, sans que les Britanniques aient eu encore à se prononcer. Bel exemple d’hypocrisie de la part de dirigeants qui ne sont  européens que s’ils y trouvent avantage.

Les autres réactions sont dans le même ton y compris celles de la France et de la Commission européenne. Même le Premier ministre irlandais Brian Cowen estime que  le Traité de Lisbonne n’est pas mort, ce qui ne l’empêche pas de dire qu’il n’y aura pas cette fois de nouvelle consultation comme lors du référendum de 2001 sur le Traité de Nice. En tout cas, ce n’est pas pour cette fois encore que l’on avancera un tout petit peu dans la construction d’une Europe politique à caractère fédéral,  avec un président élu pour un mandat de 2 ans et demi renouvelable,  et un haut représentant pour la politique étrangère. Tout cela semble repoussé sine die et j’ajoute que, finalement,  cela arrange un peu tout le monde.

Bien sûr il peut paraître paradoxal qu’un pays dont la population représente moins de 1% de l’Union Européenne puisse réduire à néant un traité négocié pendant des mois  par les dirigeants des 27 pays membres. Mais ce traité a-t-il été bien négocié ? Rappelons-nous ce qui s’est passé l’été dernier, à une époque où Nicolas Sarkozy croyait que rien ne lui résistait et qu’il suffisait qu’il s’occupe d’un problème pour le faire avancer. Et bien effectivement,  en partie grâce à lui, on a mis en place à la va-vite un dispositif censé rassembler à la fois les partisans et les adversaires de feu la Constitution européenne. Simplement on avait oublié que ce traité devait être ratifié par le peuple en Irlande, et surtout comme l’a dit François Bayrou « qu’il y a une distance énorme entre le peuple et les institutions européennes.

Mais pourquoi cette distance ? Tout simplement parce que les dirigeants européens, à quelques rares exceptions, ne sont pas d’authentiques européens, Nicolas Sarkozy en premier. Comme je l’ai souvent dit ici même, on ne peut pas se dire européen quand on se sert de l’Europe pour expliquer ce qui ne va pas,  et être  incapable de reconnaître les multiples avantages que procure notre appartenance à l’Union Européenne. A partir de là, comment pouvoir expliquer au peuple que l’Europe est pour nous le seul moyen d’écrire l’avenir et non de le subir, le seul moyen aussi de peser dans le monde face à la puissance américaine et, plus encore,  face à l’émergence de nations-continents comme la Chine et l’Inde qui à elles deux représentent plus du tiers des habitants sur cette terre.

Certains vont dire également que les Irlandais n’ont aucune reconnaissance vis-à-vis des institutions européennes,  qui  ont permis à leur pays de passer d’un stade de quasi sous-développement à une vitrine technologique et économique parmi les plus brillantes du monde. L’Irlande ne l’oublions pas abrite aujourd’hui la plus grande proportion d’entreprises par habitant de l’Union Européenne, grâce notamment aux généreuses  subventions versées par Bruxelles. L’Europe est  présente partout dans ce petit pays qu’il s’agisse de l’infrastructure routière, de l’immobilier d’entreprises, mais aussi du tourisme, sans parler de l’agriculture. Rien que dans ce secteur, l’aide perçue par l’Irlande depuis son entrée dans l’UE atteint 40 milliards d’euros. Or aujourd’hui, l’agriculture irlandaise représente à peine 2,5% du PIB du pays !

Toutes ces aides  n’ont pas empêché les tenants du NON de d’affirmer avec sérieux que la ratification du Traité marquerait l’abandon de la souveraineté irlandaise. Comme si un pays aussi dépendant des aides européennes pouvait sérieusement afficher sa souveraineté pleine et entière. Cela dit, comme en France en 2005, les partisans du NON ont joué sur la démagogie pour effrayer les Irlandais, alors que les partisans du OUI au contraire défendaient frileusement leur vote persuadés que le bon sens finirait par l’emporter. Et puis, comme je l’ai dit très souvent sur ce site, faire approuver un traité européen au suffrage universel est un piège politique car personne ne connaît les motivations de ceux qui vont voter. Les Irlandais pour ne citer qu’eux, ont voté à un moment où ils découvrent qu’il y a dans leur pays une possibilité de récession, alors qu'ils ont connu une croissance continue depuis plus de trente ans.

D’ailleurs, est-on certain qu’en France, en Italie ou en Allemagne le OUI l’aurait emporté si on avait fait la même consultation? Sans doute pas. En tout cas en France, compte tenu de l’impopularité de Nicolas Sarkozy et des divisions au Parti Socialiste, je suis persuadé que le résultat aurait été le même qu’en 2005. N'oublions pas que sur un tel sujet, le résultat du vote dépend presque toujours de la motivation de ceux qui défendent le texte. Et sur ce plan, les « nonnistes » sont  toujours plus motivés que les partisans du OUI. C’est dommage, mais c’est ainsi.

Michel Escatafal


Un nouveau camouflet pour notre président de la République !

Par escatafal in politique étrangère - 12 jui, 2008

En tout cas si Nicolas Sarkozy pensait manipuler le colonel Kadhafi,  il s’est bien trompé. Il est vrai que depuis le temps qu’il est au pouvoir, le dirigeant libyen a rencontré beaucoup d’interlocuteurs et ce n’est pas un novice comme le président français qui ira lui en remontrer. Et cela vaut à notre président de la République un nouveau camouflet sur la scène internationale, un de plus, à propos de sa fameuse union méditerranéenne qui, à force,  va confiner au ridicule.

Mouammar Kadhafi a été en effet très clair vis-à-vis du projet qui tient tellement à cœur Nicolas Sarkozy. Sur ce même site,  il y a quelques mois,  j’écrivais en ironisant que notre président se prenait pour Octave Auguste, à moins que ce ne soit Trajan. Et bien il va finir comme Romulus-Augustule qui, rappelons-le,  fut pour les historiens le dernier empereur romain (476). Cela étant, même si l’Empire romain n’était plus, son idéal d’unité et de grandeur n’est pas mort, et se transmettra jusqu’à nous. Certains diront que cet idéal se retrouvera dans le projet européen initié par Robert Schumann et Jean Monet,  qui aboutira quelques années plus tard à la création de ce qui deviendra l’Union Européenne.

A ce propos, pour en revenir à Mouammar Kadhafi, on voit à travers ses déclarations qu’il suit de près les débats européens puisqu’il a dit : « L’Union Européenne  veille sur son unité et refuse sa division et l’initiative de notre cher ami Sarkozy a été rejetée fermement par l’Europe. La ligue arabe n’accepte pas également de disperser ses rangs et de détruire son unité ». Même s’il est permis de douter de la sincérité des propos de Kadhafi sur l’unité du monde arabe, qu’il est bien le seul à trouver uni, force est de constater qu’il a bien résumé la situation à propos du projet mort-né d’union méditerranéenne.

Sur ce plan également on ne peut que noter le manque de diplomatie et de discernement de notre minuscule Césarion qui avait crû, à tort, que l’on pouvait se comporter avec les dirigeants étrangers comme avec les dirigeants de l’UMP. Le problème pour Nicolas Sarkozy est que Mouammar Kadhafi, mais aussi Abdelazziz Bouteflika, pour ne citer qu’eux, ne veulent pas d’une coopération avec un seul groupe de pays, ce qui signifie que si coopération il doit y avoir celle-ci se fera uniquement avec la Ligue arabe ou l’Union Africaine.

Cela a le mérite de la clarté, même si ce n’est pas gentil pour notre président de la République qui a pourtant reçu le dirigeant libyen en grande pompe à Paris, au point d’ailleurs d’y avoir laissé une bonne part de sa cote de popularité. Mais finalement  il y a quand même une morale à tout cela, et la prochaine fois que Nicolas Sarkozy voudra tirer la couverture à lui sur le plan international au nez et à la barbe de ses collègues européens, il lui faudra mieux choisir son interlocuteur.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Les langues ne sont pas des instruments neutres de communication

Par escatafal in Europe - 12 jui, 2008

Dans un excellent article publié cette semaine, Le Monde a souligné la difficulté qu’avait l’Union Européenne à défendre la pluralité linguistique. Et de noter tout particulièrement les coûts de traduction et d’interprétation dont le montant atteindrait 302 M d’euros, ce qui n'est pas négligeable y compris pour le budget global de l'UE. Pour ma part je ne pense pas qu’il faille raisonner de cette manière et, pour une fois, je serais d’accord avec Jacques Chirac quand il affirme que les langues nationales ou régionales doivent absolument être préservées. Et j’ajouterai à plus forte raison dans l’Union Européenne.

Celle-ci est en effet le plus bel exemple de la formation d’un empire sans avoir recours à la guerre ou à l’oppression. Au contraire,  la condition sine qua non pour adhérer à l’Union Européenne est le respect des lois fondamentales de la démocratie et de la diversité, plus encore que dans un pays comme les Etats-Unis où, par exemple, la peine de mort n’est pas abolie sur tout le territoire. A partir de là et en fonction de ces principes,  il est logique qu’avec 27 états dans l’Union, il y ait  23 langues officiellement reconnues, et que les documents publiés par les institutions européennes soient traduits dans ces 23 langues.

En réalité ce n’est pas le cas car, pour ne citer que le site de l’Union Européenne, la plupart des documents sont écrits en anglais et, nous dit Le Monde, c’est une évolution qui semble irréversible. D’ailleurs,  il suffit de regarder les statistiques pour en être convaincus.  En effet, au milieu des années 90, 46% environ des documents étaient écrits en anglais contre 38% en français et 12% en allemand. Aujourd’hui, ces pourcentages sont de 74% pour l’anglais, 12% pour le français et 2% pour l’allemand. Désolant !

Le plus cocasse en examinant de près cet article, c’est le motif invoqué pour justifier une utilisation massive de l’anglais, à savoir les élargissements successifs. Certes, à partir  du moment où le Royaume-Uni a intégré l’Europe, il était normal que l’anglais fît  partie des langues officielle, mais à part l’Irlande et plus tard Chypre et Malte, que je sache tous les pays ayant adhéré à l’UE ne parlent pas anglais, même si leurs classes dirigeantes, notamment pour les pays autrefois sous tutelle soviétique,  ont fréquenté pour  la plupart les universités angloaméricaines. Mais est-ce une raison pour imposer l’anglais toujours et partout dans l’U.E. ?

Plus bizarre encore est le cas de la Banque Centrale  Européenne. Alors que les Anglais refusent obstinément la monnaie unique, la langue principalement parlée et écrite au siège de Francfort est …l’anglais, au point que sous les huées des eurodéputés français, on a vu ce spectacle  surréaliste d’entendre un jour J.C. Trichet faire un discours en anglais au parlement Européen, au nom de la BCE. Certes Monsieur Trichet parle très bien anglais, mais je suis certain que s’il se cogne la tête contre un mur, il va réagir en français car c’est sa langue maternelle. Alors de grâce, préservons nos langues et l’Europe ne s’en portera que mieux, ce qui n’empêchera  pas l’apprentissage  à l’école de la langue de nos voisins, y compris évidemment l’anglais.

A ce propos comme le souligne Le Monde,  si l’Anglais s’est imposé partout c’est en raison surtout de la mondialisation parce que l’anglais est la langue de l’économie dominante. Certes, mais je voudrais rappeler que le l’UE a un PIB global supérieur à celui des USA, alors que celui de la Zone euro s’en approche. Enfin, l’euro est devenu aussi une monnaie de référence au plan mondial. Alors cessons de chercher des excuses à cette angloaméricanisation forcée, sauf à accepter la domination éternelle des Etats-Unis sur l’Europe. Pour ma part c’est quelque chose d’inacceptable et,  comme beaucoup d’Européens, je suis pour une Europe forte et indépendante, symbole du refus d’un monde unipolaire qui nous a mené là où nous sommes aujourd’hui,  avec des foyers de guerre un peu partout en Afrique, en Asie et même en Europe.

Un dernier mot enfin qui suffit à démontrer l'utilité des langues nationales ou régionales. Si l’on regarde quelles sont les langues maternelles les plus parlées dans l’Union Européenne, on s’aperçoit que c’est l’allemand qui vient en tête (18% de l’UE) devant quasiment à égalité le français, l’Italien … et l’anglais (environ 13%), puis l’Espagnol et le Polonais (9%). Alors soyons sérieux,  et si l’on veut à tout prix uniformiser, imposons au moins l’apprentissage obligatoire des trois langues parmi les six que je viens de citer. Après tout, les petits luxembourgeois apprennent bien à l’école le français, l’allemand et l’anglais en plus de leur langue maternelle, ce qui ne veut pas dire qu’ils maîtrisent parfaitement tous ces idiomes, mais cela est suffisant pour communiquer et commercer.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Un retour de 40 ans en arrière !

Par escatafal in politique française - 10 jui, 2008

Ces derniers jours on entend beaucoup parler de mercato avec des départs annoncés, des transferts, des renouvellement de contrat etc., mais contrairement à ce que l’on pourrait penser il ne s’agit pas de football ou de rugby. En effet, c’est de télévision dont il s’agit et ce n’est pas aussi neutre qu’il n y paraît, car derrière tous ces mouvements se trouve le pouvoir…et plus particulièrement Nicolas Sarkozy lui-même. Cela signifie que nous revenons, tout simplement,  35 ou 40 ans en arrière.

Le président de la République, si prompt à dénoncer les insuffisances (à ses yeux) de ses prédécesseurs, devrait au moins méditer sur l’action de quelques uns d’entre eux qui se sont montrés infiniment plus progressistes que lui sur le plan de l’information audiovisuelle. Parmi ceux-ci je voudrais citer Valéry Giscard d’Estaing et Français Mitterrand,  dont beaucoup affirment qu’ils ont contribué à libérer la radio et la télévision de la tutelle du pouvoir. D’ailleurs existe-t-il aujourd’hui une émission aussi impertinente que l’était le Petit Rapporteur de feu Jacques Martin ou que le Bebête Show de Collaro ? Sûrement pas, à part peut-être les Guignols et encore, avec le handicap pour cette émission de passer à une heure où l’écoute se porte d’abord sur les journaux télévisés.

Cela dit, le plus important n’est pas là. Il est dans le fait que c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui réorganise le paysage audiovisuel à sa façon. Il décide comme un grand, qu’il n’est pas, de saborder le service public en lui supprimant les ressources de la publicité sans compensation financière, et ensuite il fait débarquer  le présentateur du journal de 20 h sur TF1 (qui appartient à l’ami Bouygues) pour installer à sa place quelqu’un qui lui convient encore davantage (Madame Ferrari). Pourtant, si l'on se rappelle la dernière campagne présidentielle, le moins que l’on puisse dire est que Patrick Poivre d’Arvor n'aura pas ménagé ses efforts pour que le candidat Sarkozy soit élu au détriment de ses principaux concurrents. Apparemment ce n’était pas suffisant d’autant que, même très timidement,  il pouvait arriver çà et là que PPDA puisse se montrer un tout petit peu critique.

De plus, pour bien montrer que le président de la République est chez lui à TF1, il fait nommer à la place du directeur de l’information Robert Namias, lui aussi semble-t-il assez proche du pouvoir, un ami encore plus proche, Jean-Claude Dassier. J’ai aussi entendu ce matin que Jean-Pierre Elkabbach allait quitter la direction d’Europe 1, dont le propriétaire est « le frère » de Nicolas Sarkozy (Arnaud Lagardère),  pour être remplacé par Alexandre Bompard qui s’occupait auparavant de sport sur Canal+, mais qui surtout est un sarkozyste notoire aux dires de celui qui donnait l’information. On croit rêver, et ce d’autant plus que personne n’ose dénoncer avec vigueur ces pratiques d’un autre âge.

Certes il y a bien quelques commentaires plus ou moins indignés en provenance des partis d’opposition, mais il s’agit de protestations de pure forme. Bref, tout le monde accepte le système, comme si on se disait que finalement le jour où on retrouvera le pouvoir nous pourrons faire la même chose sans que cela nous soit reproché. Et bien, encore une fois, je réponds NON. La presse doit être pluraliste, y compris la presse audiovisuelle. Il n’y a aucune raison que nous subissions une information au formol, où les seules annonces distillées par le pouvoir doivent l’être à son bénéfice exclusif.

Nous pourrions continuer encore longtemps sur ce thème, mais ce serait enfoncer des portes ouvertes. Et puis après tout, puisque tout le monde semble se satisfaire de ce traitement pourquoi s’indigner ? Quand on voit un Olivier Besancenot passer  en grande pompe chez Drucker qui représente le type même de cette télévision à la fois aseptisée et infantilisée, il ne faut pas s’étonner si beaucoup considèrent qu’après tout nous n’avons que ce que nous méritons. Toutefois, cela ne nous empêche pas d’espérer qu’après avoir élu Nicolas Sarkozy, notre peuple si fier à certains moments de son histoire, retrouve les accents qui ont fait sa réputation.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


A quoi joue la classe politique française ?

Par escatafal in politique française - 8 jui, 2008

Hier la France a eu droit dans ses journaux télévisés à une démonstration grandiose de ce que peut être la démagogie d’un président de la République,  qui ne sait plus que trouver pour faire oublier les comptes et les mécomptes de sa politique. C’est tout juste dans ces journaux télévisés si, à coté de Roland-Garros et de l’Euro 2008 (panem et circenses),  l’on a évoqué les diverses manifestations qui ont lieu un peu partout en France, ou les récriminations de ceux qui voient s’en aller des pans entiers de nos services publics au nom d’une rigueur qui ne dit pas son nom, alors que l’on a multiplié il y a quelques mois les cadeaux fiscaux pour ceux qui ont déjà « le maximum vital ».

Non, ce qui comptait avant tout, c’était le déplacement en grande pompe de Nicolas Sarkozy, président de la République, avec l’ensemble des représentants de la classe politique française au Liban. Pourquoi faire ? Là est toute la question. Certes le Liban, petit pays de 3,7 millions d’habitants a un lien historique fort avec la France. Celui-ci  date de presque 150 ans, puisque Napoléon III a obtenu  en 1861 la création de la province autonome du Mont-Liban au Nord du pays. Ce lien sera prolongé ensuite à partir de 1920, le Liban ayant été  placé par la SDN sous mandat français et ce, jusqu’à son indépendance en 1943, ce qui explique que la moitié des Libanais soient encore francophones de nos jours. Par ailleurs le Liban vient de vivre pendant 8 ans sous tutelle syrienne, après avoir vécu 13 ans de guerre civile qui ont transformé ce pays en champs de ruines alors qu’avant 1975, il était considéré comme l’Eldorado du Moyen-Orient.

Autant de bonnes raisons pour  que la France veuille aider à la recomposition politique et économique du Liban, et sur ce plan je ne peux qu’applaudir des deux mains. Mais il n’était sans doute pas nécessaire de mettre en scène  cette réunion à Beyrouth,  à la fois surréaliste et inédite, regroupant à la fois  les autorités libanaises et la plus grande partie de la classe politique française, le tout  à la demande  d’un président de la République  dont le sens du spectacle l’égale à l’impéritie.  Là, j’avoue que je ne comprends pas. Je comprends d’autant moins que, comme tout le monde, j’ai remarqué la gêne pour ne pas dire plus des femmes et hommes politiques participant à ce déplacement.

Quand j’entends Madame Buffet demander à ce « qu’il n’y ait aucune récupération politicienne parce que ce serait porter un mauvais coup au Liban » je m’interroge. Quand j’entends le leader de mon mouvement, François Bayrou,  dire « qu’il n’est pas tombé de la dernière pluie », je suis inquiet. Et quand j’entends François Hollande s’indigner par avance des retombées de ce coup médiatique au profit de Nicolas Sarkozy, je suis outré. Non, Madame et Messieurs, vous n’aviez rien à faire à Beyrouth avec Nicolas Sarkozy, sauf à cautionner ce que vous dénonciez. Et si vous le dénonciez, c’est parce que vous aviez les mêmes sentiments que moi, à savoir que tout ceci était une opération de communication orchestrée par l’Elysée. Vous avez été piégés, il n’y a pas d’autre mot, mais on dirait que cela vous a fait plaisir.

D’ailleurs a-t-on vu les autres présidents de la République agir de même par le passé ? A ma connaissance jamais. Cela se fait-il à l’étranger ? Pas que je sache. Donc je pense qu’il eut été plus honnête vis-à-vis de nos concitoyens de rester en France,  et d’organiser  une manifestation pacifique aux abords de l’Ambassade du Liban à Paris avec des responsables politiques de tous bords accompagnés de leurs militants. Il y aurait eu sans doute beaucoup de monde, et les Libanais auraient pu constater de visu que la France pensait à eux. Je crois que la classe politique française serait sortie grandie d’une telle démarche, en lieu et place d’une mascarade comme celle qui a eu lieu à Beyrouth.

Tout cela m’amène à dire que les militants que nous sommes, tous les militants et pas seulement ceux du MoDem, devons faire comprendre à nos responsables que la politique de la France mérite mieux que les représentations théâtrales qu’elle offre à ses habitants et à l’étranger. Aujourd’hui, nous devons tous nous mobiliser contre les aspects négatifs de la politique mise en place depuis un an. Nous avons tous les jours la preuve de la mauvaise foi de ceux qui nous gouvernent, que ce soit sur le plan politique à travers la réforme des institutions, sur le plan social avec des réformes qui vont toujours dans le sens d’un abaissement des prestations accordées à ceux qui travaillent... ou qui ne travaillent pas, sur le plan économique où tout est fait pour donner encore plus à ceux qui ont déjà énormément. Bref, réveillons-nous et faisons en sorte que ceux qui nous entourent se réveillent  aussi, sous peine de voir notre pays s’enfoncer durablement dans une crise dont personne (ou presque) ne sortira indemne.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)


Quelques statistiques à propos du Championnat d’Europe des Nations…

Par escatafal in sport - 7 jui, 2008

Compte tenu de tout ce qui est dit ou écrit sur le Championnat d’Europe des Nations qui va se dérouler à partir d’aujourd’hui en Suisse et en Autriche, je vais vous faire part de quelques  calculs statistiques auxquels je me suis livré, relatifs aux 16 équipes qui se sont qualifiées pour la phase finale de l’Euro 2008.

Tout d’abord j’observe que,  contrairement à la Coupe du Monde, le nombre de pays vainqueurs du Championnat d’Europe des Nations est beaucoup plus important. En effet, sur 12 éditions depuis 1960, il y a eu 9 pays différents qui ont remporté la compétition, ce qui est beaucoup plus que pour la Coupe du Monde,  où seulement 7 pays l’ont emporté en 18 éditions.

A ce propos, parmi les 16 nations participantes à la phase finale, seules 3 ont remporté à la fois la Coupe du Monde et le Championnat d’Europe des Nations. Il s’agit de l’Allemagne, de loin la plus titrée avec 3 CM et 3 CEN, suivie de l’Italie avec 4 CM mais un seul CEN, et de la France qui a gagné une CM et 2 CEN, les 3 trophées ayant été remportés entre 1984 et 2000.

Ensuite  il y a cinq pays, la Russie (ex-URSS) en 1960, l’Espagne en 1964, la République Tchèque (issue de l’ancienne Tchécoslovaquie) en 1976, les Pays-Bas en 1988 et la Grèce en 2004 qui ont remporté chacun une fois le CEN. Cela signifie que les 8 autres pays qualifiés n’ont rien gagné à ce jour.

Autre statistique intéressante, le nombre de joueurs sélectionnés pour ce CEN et opérant à l’étranger. Là, on découvre que c’est dans les pays qui remportent le plus de trophées au niveau des clubs que le nombre de joueurs opérant à l’étranger est le plus faible,  à l’exception toutefois de la Russie, même si cette année elle a gagné la Coupe de l’UEFA.

En tout cas, dans la sélection russe, un seul joueur joue en dehors de la Russie (Allemagne). Ensuite viennent l’Allemagne et l’Italie avec 4 joueurs seulement appartenant à un club étranger, puis l’Espagne avec 5 joueurs. Après,  on trouve la Turquie (7), la Grèce (9), l’Autriche (10), la Roumanie et le Portugal (12) et la France (13). La Pologne et les Pays-Bas avec 14 joueurs, la Suède et la Suisse avec 16, la République Tchèque (20) et la Croatie (21) complètent ce classement.

Si l’Angleterre s’était qualifiée,  et avait été présente à cette phase finale du Championnat d’Europe, elle apporterait pleinement confirmation de ce que nous venons d’écrire. Les joueurs anglais gagnent beaucoup de compétitions européennes avec leurs clubs, du moins  ceux qui jouent, mais ne s’expatrient pas.

Ces statistiques  démontrent aussi qu’il existe réellement des places fortes dans le football mondial, en Europe comme en Amérique du Sud avec le Brésil, l’Argentine et quelques années auparavant l’Uruguay (9 CM à eux trois). Elles apportent la preuve également que la puissance des clubs (Angleterre et Espagne notamment) est souvent inversement proportionnelle au  palmarès des équipes nationales.

En fait il n’y a que deux pays qui peuvent se flatter de jouer sur les deux tableaux, l’Allemagne et l’Italie. La France, hélas, se situe à un niveau inférieur avec certes un beau palmarès pour son équipe nationale, mais celui-ci est famélique en ce qui concerne les clubs avec une seule victoire en C1 et une autre en C2 (ex Coupe des Coupes), le tout en 52 ans de compétitions européennes. Cela étant, j’espère que nous fêterons le dimanche 29 juin notre 4è victoire dans une grande compétition internationale, dix ans après la victoire en Coupe du Monde.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)

 


La BCE a dix ans déjà!

Par escatafal in économie - 6 jui, 2008

Dans une interview qu’il a donnée ces derniers jours  au journal espagnol  El Pais, Jean-Claude Trichet, Président de la Banque Centrale Européenne depuis 2003, a  fait un bilan des 10 ans d’existence de cette déjà très vénérable institution. Et le moins que l’on puisse dire est que ce bilan est à bien des égards tout à fait considérable. On a beau chercher, mais la BCE a dans l’ensemble parfaitement rempli son rôle que ce soit dans les moments de crise (11septembre 2001 et août 2007), ou sur la durée  en oeuvrant  pour la croissance dans la Zone euro et par voie de conséquence pour l’emploi.  Et pourtant  depuis quelques mois elle est confrontée,  comme les autres banques centrales, à une crise financière majeure mais aussi à un regain d’inflation dans le monde due, pour une bonne part,  à une forte hausse des matières premières importées, alimentée  pour certaines d’entre elles par  des spéculations favorisées par la faiblesse du dollar.

Au cours de cette interview, Monsieur Trichet a évoqué en premier lieu les 17 millions d’emplois créés en Zone Euro pendant ces dix années, soit un million de plus qu’aux Etats-Unis pendant la même période, et surtout  trois fois plus que durant la décennie précédente. Au passage,  j’espère que Nicolas Sarkozy aura lu cette interview ou qu’on lui en aura fait part,  ce qui lui évitera à l’avenir de proférer certaines  âneries et de se mettre un peu plus à dos les autres responsables européens.  Jean-Claude Trichet  a aussi rappelé avec vigueur le mandat principal qu’il avait reçu du Traité de Maastricht, à savoir assurer la stabilité des prix. Et de nos jours, chacun sait que  c’est une mission plus que nécessaire.

Il en a  aussi profité  pour rappeler que tout en étant garant de la bonne tenue de l’euro, il n’était pas question pour lui de limiter les avances technologiques et les innovations financières…malgré les risques, parce qu’il y en aura toujours.  Dans ces conditions, pour lui « l’important est de minimiser les risques et rester en alerte permanente ». Cette alerte est d’autant plus obligatoire, que la complexité croissante des marchés financiers et leur globalisation exigent une réponse globale de la part des autorités financières. Monsieur Trichet ajoutait aussi que « si nous résolvons le problème d’un coté de l’Atlantique, sans résoudre celui de l’autre coté, il faudra nécessairement qu’il y ait un ajustement de la part du premier ».

Par ailleurs en réponse à ceux qui comme Jacques Delors ou Helmut Schmidt ont exprimé leur préoccupation quant à la croissance du secteur financier (15 fois supérieure à celle de l’économie réelle dans le monde), ce qui selon eux a conduit à une accumulation massive de capital fictif avec peu de retombées pour l’ensemble des populations de la planète, J.C. Trichet a rappelé que nous devons accepter une fois pour toutes l’idée que nous vivons  dans une économie de marché. Mais il a dit aussi que dans ce type d’économie, le bon fonctionnement des marchés financiers est la clé pour une utilisation optimale du capital dans chaque pays et au niveau mondial.

L’évolution des marchés financiers,  et les excès qui vont de pair, font que de nos jours les autorités monétaires sont confrontées à de nouveaux défis, et il faut tirer les conclusions des actuelles turbulences sans aucune complaisance. Si une autorégulation est appropriée et effective  alors, dit J.C. Trichet, il faut l’approuver. Mais si elle s’avère impossible  ou insuffisante, dans ce cas il faudra créer un espace avec davantage de régulation. Une chose est certaine : la transparence doit désormais être la règle absolue, seul moyen de réduire au minimum les facteurs qui amplifient les fluctuations,  et qui empêchent d’obtenir le plus haut degré de stabilité financière possible.

Un autre domaine important a été abordé au cours de cet entretien, même si certains peuvent penser que cela ne relève pas nécessairement des préoccupations d’un président d’une grande banque centrale. Il s’agit du problème des salaires exorbitants des hauts dirigeants des grandes entreprises alors que les résultats de ces entreprises étaient en baisse, et qu’était recommandée la modération salariale. Sur ce plan, J.C. Trichet a rappelé que le mois dernier l’Eurogroupe  avait fait part de ses réflexions notamment à propos du secteur privé. Celui-ci, en effet,  doit  absolument engager une réflexion sur le sujet, d’autant que finalement c’est lui qui a payé au prix fort tous les  excès que l’on a connu ces dernières années, le secteur financier en premier, avec les conséquences sociales extrêmement importantes engendrées par ces dérives.

Le président de la BCE a aussi abordé des sujets plus politiques. Il a  souligné que l’ensemble des pays de la Zone euro doivent faire les réformes nécessaires pour s’adapter le mieux possible à un monde en constante évolution, et être moins vulnérables aux futurs chocs économiques. Les recommandations que donne la BCE vont toutes dans ce sens,  comme elles vont dans le sens d’une nécessaire convergence économique et fiscale entre pays utilisant la monnaie unique. Les pays de la Zone euro ont «nécessairement  un destin commun »,  et pour cela J.C. Trichet appelle à l’adoption de trois éléments fondamentaux indispensables à une union économique : une rigoureuse application du pacte de stabilité et de croissance, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, des réformes structurelles en ligne avec le processus de Lisbonne, et une vigilance adaptée aux indicateurs de compétitivité. Tout cela est évidemment valable pour tous les pays, y compris la France oserais-je dire.

Enfin parmi beaucoup d’autres questions, le Président de la Banque Centrale Européenne a rappelé que beaucoup pensaient, en Europe et dans le monde, que créer une monnaie unique relevait d’un pur rêve. Et pourtant le résultat est là : l’euro existe depuis bientôt dix ans, et il est devenu une monnaie de référence sans qu’aucune campagne de quelque sorte ait été diligentée à cet effet. Et Monsieur Trichet d’ajouter qu’en même temps « nous avons construit une institution indépendante  des gouvernements pour assurer la stabilité des prix ». Cela signifie qu’au-delà de tout ce qui peut être écrit, la BCE peut accomplir son travail sans être prisonnière des opinions publiques…et de l’influence que celles-ci peuvent exercer sur les gouvernements.

En résumé, tout au long de cet entretien, Jean-Claude Trichet a rappelé une nouvelle fois le haut niveau d’exigence que s’est fixée la BCE en raison du caractère original et inédit qui a présidé à sa naissance. La Zone euro, ne l’oublions jamais, est composé de 15 nations qui ne sont pas fédérées politiquement, ce qui ajoute à la difficulté. Entre les options prises par les gouvernements allemand, néerlandais et autrichien, pour ne citer qu’eux, et celles décidées par la France de Nicolas Sarkozy, il y a parfois de grandes différences. Cela étant, in fine, Nicolas Sarkozy devra respecter les engagements signés par ses prédécesseurs.  C’est assurément notre meilleure protection, face à un pouvoir dont la politique économique manque cruellement de lisibilité.

Michel Escatafal


Ouf, la campagne présidentielle américaine peut commencer!

Par escatafal in politique étrangère - 4 jui, 2008

Pendant que chez nous en France on cite parmi les informations importantes, une interview de Carla Sarkozy dans le Parisien  où elle explique comment elle a rencontré Nicolas Sarkozy, mais aussi les bisbilles pour ne pas dire les enfantillages entre le président de la République et le Premier ministre, aux Etats-Unis Barack Obama vient d’annoncer sa victoire dans les primaires démocrates. Oh certes les Etats-Unis c’est loin pour nombre de Français, c’est du moins ce que pensent certains médias, certes aussi nous savons bien que ce n’est pas le nouveau président américain qui va régler nos problèmes de pouvoir d’achat, mais compte tenu du poids des Etats-Unis dans l’économie et la diplomatie mondiales, l’élection américaine est un évènement majeur sur notre planète.

Il va l’être d’autant plus que cette fois les Etats-Unis vont avoir un candidat de couleur, ce qui est en soi une véritable révolution dans un pays qui, il y a 50 ans à peine, assassinait  Martin Luther King le représentant de la minorité noire.  Cela démontre que, malgré leurs travers, les Américains ont beaucoup évolué depuis cette époque très récente, et sur ce plan ils sont en train de donner une leçon au monde entier, surtout si le candidat Obama devient le président Obama. Evidemment, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois sur ce site, il faut employer le conditionnel car même si les années Bush ont été catastrophiques pour les Etats-Unis à tous points de vue, même si le sénateur Mac Cain ressemble comme un frère à Georges Bush quoique certains puissent en dire, il faut attendre les résultats de l’élection d’autant que cette interminable campagne des primaires démocrates laissera à coup sûr des traces.

Interminable et même très dure essentiellement par la faute d’Hillary Clinton qui aura, finalement, commis beaucoup d’erreurs dans cette course à l’investiture, alors que son adversaire aura su éviter toutes les chausse-trappes qui lui ont été tendues au cours des six derniers mois. Et il y en a eu beaucoup, y compris en provenance parfois de son propre camp. De plus, même s’il lui est arrivé de commettre des erreurs, celles-ci ont été minimes alors que sa concurrente a accumulé les gaffes. Parmi celles-ci, on citera l’évocation de son voyage en Bosnie en 1996 où elle décrivait une arrivée à l’aéroport de Tuzla « sous le feu des snipers », alors que c’était l’endroit le plus calme du pays. Même Nicolas Sarkozy n’a pas osé aller aussi loin pendant sa campagne présidentielle !

On ajoutera aussi cette phrase étonnante de la part de quelqu’un qui se vante à la fois d’avoir les nerfs solides et une solide expérience de la vie politique : « Le soutien en faveur d’Obama décroît parmi les travailleurs américains, des Américains qui travaillent dur, les Américains blancs ». On peut toujours mettre cette répartie sur le compte de la déception de voir l’électorat suivre inexorablement une voie différente de celle qu’elle espérait, mais pareils mots dans la bouche de quelqu’un qui se veut une combattante du droit des minorités ne peuvent que contribuer à semer  le doute dans les esprits, même si elle a été bien perçue dans certains milieux qui pour voter théoriquement démocrate n’en sont pas moins très conservateurs.

En tout cas, la campagne pour l’élection présidentielle va pouvoir enfin commencer. Cela fait déjà plusieurs mois que le sénateur Mac Cain fait la sienne,  avec des thèmes connus et archiconnus depuis la première campagne de Georges Bush, et où figurent toujours en bonne place les  accents guerriers qui sont la marque de fabrique des néoconservateurs américains. Est-ce que ce sera suffisant pour que les électeurs confient une nouvelle fois les rênes de l’Administration aux Républicains ?

Sans doute pas  en espérant, comme je le pense, que les Américains choisiront leur président, non pas en fonction de la couleur de sa peau,  mais en fonction de l’homme et de son programme lequel, notamment celui d'Obama, sera examiné avec une attention toute particulière y compris dans le reste du monde. Barack Obama semble avoir tous les atouts ou presque pour réussir parce qu’il incarne la nouveauté, parce qu’il dispose aussi d’un charisme exceptionnel qui permet à chaque communauté d’en faire son représentant, parce qu’enfin les Américains en ont sans doute assez d’essuyer des échecs qui rabaissent leur pays à un niveau inconnu depuis le début du 20è siècle.

 Cela étant, il faut souhaiter pour le sénateur de l’Illinois que les supporters déçus d’Hillary Clinton ne se laissent pas aller à voter le 4 novembre, par dépit, pour le candidat républicain, dont les idées ne sont parfois pas très éloignées de celles de l’ex-candidate. C’est la raison pour laquelle nombreux sont les démocrates à souhaiter qu’elle brigue la candidature à la vice-présidence. Mais serait-ce un vrai plus pour Obama?  En tout cas dans le camp de ce dernier on est sceptique  et cela se comprend car, qu’elle le veuille ou non, Hillary Clinton ne représente nullement « ceux qui veulent faire de la politique autrement », comme nous disons au Mouvement Démocrate.

Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)