Deux boxeurs français champions d'Europe
La faute au système qui a multiplié les catégories et les fédérations, même si c'est la seule EBU qui gère les championnats d'Europe. En effet, il y a aujourd'hui le double de catégories qu'à l'époque où la boxe était considérée comme un sport majeur, c'est à dire jusque dans les années 50 ou 60. Il y avait en effet à ce moment 8 catégories qui étaient les suivantes : poids mouches, poids plumes, poids coqs, poids légers, poids welters, poids moyens, poids mi-lourds et poids lourds. Aujourd'hui on a rajouté des super quelque chose pratiquement dans toutes les catégories.
De plus, comme il y a quatre voire même cinq fédérations censées régir la boxe, cela fait une cinquantaine de ceintures mondiales. Je n'ose même plus dire champions du monde tellement ce vocable est surrané pour la boxe. Dans ces conditions, pour un boxeur d'aujourd'hui, il suffit d'avoir remporté quelques victoires pour avoir une chance dite mondiale. Bien entendu, les boxeurs qui pensent avoir cette chance ne sont pas intéressés par un championnat d'Europe. C'est comme cela qu'on se retrouve avec des titres européens très dévalués, alors qu'autrefois être champion d'Europe voulait vraiment dire quelque chose.
Les Français ont eu quelques grands champions qui ont été de vrais champions d'Europe par le passé. Citons pêle-mêle en remontant jusque dans les années 50 des boxeurs comme Langlois, Charles Humez, Chérif Hamia, Alphonse Halimi qui fut champion du monde, Gracieux Lamperti, Jean Josselin, Roger Ménetrey, Jean-Claude Bouttier, Gratien Tonna, René Roques pour ne citer que les plus connus. Je sais que j'en oublie quelques uns, mais les noms que je viens de citer sont très parlants pour les plus anciens d'entre nous, car ces boxeurs étaient de très grande qualité et avaient tous obtenu une chance d'être champion du monde. Ensuite il y eut notamment Christophe Tiozzo et Laurent Boudouani qui furent en amateurs médaillés olympiques, ce qui est un gage de grande classe comme on peut le constater de nos jours avec Brahim Asloum.
Cela dit Tiozzo, Boudouani et bien sûr Asloum n'appartiennent pas à la catégorie de ceux que j'ai cités en premier, car eux ont vécu ou vivent l'ère des multi champions du monde. Cette ère a tellement dévalué la boxe qu'on s'est retrouvé avec des boxeurs détenteurs de titres dans cinq catégories différentes. Certes ce n'était pas n'importe qui, puisque ces boxeurs qui auraient pu rivaliser avec les géants du passé s'appelaient Sugar Ray Leonard ou Thomas Hearns, mais cinq titres différents ça ne fait pas très sérieux même pour eux. Les géants dont je parlais (Robinson, Olson, Griffith etc) étaient déjà bien heureux quand ils avaient été champions du monde dans deux catégories différentes, alors on imagine quand on parle de cinq catégories...
Voilà pourquoi, je crois qu'il faut simplement être satisfait de voir deux boxeurs français champions d'Europe, en espérant que l'un d'entre eux pourra aller un peu plus loin et décrocher une des multiples ceintures de leur catégorie comme l'ont fait les frères Tiozzo, Boudouani, Jacquot ou plus près de nous Monshipour ou Mormeck. Tous ces boxeurs étaient assez doués et auraient peut-être (ou sans doute) pu, pour quelques uns d'entre eux, décrocher une ceinture européenne il y a quelques décennies. C'est la raison pour laquelle les amateurs de boxe se rappellent leur nom. Espérons que dans dix ou vingt ans on se rappellera de Bernard Inom et Jean-Marc Monrose, car cela signifierait qu'ils ont fait une carrière honorable.
Michel Escatafal (michel.escatafal@orange.fr)